IV. -— ÉVOLUTION DU CORPS SOCIAL DE l'iTALIE byzantine
En dehors de l'être social byzantin, il y eut un pays où la domination et l'influence byzantines se firent longtemps sentir, c'est l'Italie.
Là, comme dans l'empire byzantin, il se forma deux puissances sociales, l'Église et la noblesse ; la première était déjà importante quand la deuxième commença à se développer.
Lors des invasions des Ostrogoths l'influence sociale de l'Église était assez grande. Alors .que
toulc puissance polilique et sociale romaine avait disparu, TÉglisê apparut comme le centre de résistance des populations catholiques de Tltalie contre les Ostrogoths ariens et servit d'intermédiaire entre ces deux peuples, qui étaient chrétiens.
Lorsque Tltalie fut placée sous la domination byzantine par Justinien, FÉglise s'immisça peu à peu dans Texercice des fonctions publiques et parvint à s'investir de ces fonctions,
Tout d'abord Tévéque et le clergé participèrent à {élection du défenseur avec les classes élevées de la population urbaine; à la fin dti sixième siècle, Tévéque avait acquis en partie les droits de protection du défenseur. Quant au curateur, qui était nommé par l'État, l'évéque empiétait peu à peu sur ses attributions; à la fin du sixième siècle il s'était emparé de ses fonctions.
A la même époque l'évéque recevait le compte rendu de la gestion des revenus publics munici* paux, lorsque celui qui était chargé de les administrer quittait ses fonctions. L'évéque devait aussi désigner au choix de l'empereur les candidats pour les charges.
Lorsque l'empire byzantin perdit l'exarchat de Kavenne, l'Église avait évincé en grande partie les fonctionnaires de l'administration du pays.
Profitant du déclin de la domination by/antiae en Italie, l'Église romaine s'était substituée peu à peu au pouvoir impérial. Sous Grégoire !•' (590- ()0i), elle possédait en Sicile et en Italie de riches domaines qui fournissaient du blé, non seulement
pour sa propre consommation, mais encore pour alimenter Rome. Le clergé romain avait juridic* tion civile et criminelle sur ses vassaux et ses colons. L'Église se faisait le défenseur des humbles contre les exactions des fonctionnaires bpantinset s'efiForçait de soulager la misère si grande alors (1). Le sénat romain disparaissait au commencement du septième siècle, laissant tout pouvoir au pape. A la fin du sixième siècle, FÉglise avec Grégoire prenait en main la défense de l'Italie contre les Lombards, obligeant ceux-ci à s'incliner devant le pape.
La toute-puissance acquise par l'Église romaine en Italie et Taffaiblissement de la domination byzantine donnèrent à la papauté Tidée de se rendre indépendante de Byzance; elle seconda et même provoqua au commencement du huitième siècle les efiForts faits par les populations italiennes pour s'émanciper politiquement de Byzance.
Gomme dans le reste de l'empire byzantin, il se forma en Italie une noblesse d'empire et une noblesse inférieure; cette dernière disparut dès le sixième siècle.
Au quatrième siècle, en Italie, le fisc, l'Église et les propriétaires possédaient de grands domaines sur lesquels vivaient de nombreux esclaves et de
(i) Grégoire I" se plaignait à Byzance des crimes et de l'incapacité de l*exarque. Dans une épître, il recommandait de diminuer la capitation des esclaves de la glèbe qui, au moyen d'une somme fixée arbitrairement, achetaient le droit de se marier. Grégoire «e faisait remarquer par ses largesses et ses aumônes.
ÉVOLUTION DU CORPS SOCIAL Ul
nombreux paysans, serfs; par suite des patrocim'a, rabsorption de la petite propriété par la grande se de'veloppa.
Lorsque les Byzantins, sous Justinien, établirent leur domination en Italie, les fonctionnaires impé* riaux profitèrent bientôt des troubles qui s'y produisirent pour abuser de leur pouvoir; pour acquérir à bas prix les biens des petits propriétaires, usurper des terres du fisc et même occuper des domaines appartenant à TÉglise, que les papes leur concédaient. Les grands propriétaires recrutèrent presque toutes les charges de gouvernement, Justinien ayant décidé que, sauf les ducs qui seraient Grecs, les fonctionnaires seraient choisis dans la province à administrer. Bientôt la noblesse d'empire en Italie ne comprit que de grands propriétaires et elle devint exclusivement héréditaire.
Mais, contrairement à la noblesse du reste de Tempire, cette noblesse habita généralement les cités; les invasions des Barbares la forcèrent de se réfugier avec les paysans dans les villes, où elle essaya de résister. Aussi l'organisation sociale de la cité romaine subsista-t-elle beaucoup plus longtemps en Italie que partout ailleurs.
Malgré les interdictions des patrocinia par Tibère et ses successeurs, la petite propriété continua à être absorbée par la grande. La noblesse profita du rétablissement par Justinien des milices provinciales, et municipales, que les empereurs romain* levaient autrefois en Italie, lors de l'invasion des Barbares, pour suppléer à l'absence des troupes
impériales et qui avaient disparu depuis. La pos* session d'une terre astreignant au service militaire, les milices étaient recrutées sous la domination byzantine dans la classe moyennci c'est-à-dire parmi les propriétaires fonciers, qui fusionnèrent bientôt avec la noblesse d'empire. Aussi cette noblesse trouva-t-elle dans ces milices des soldats dévoués; celles-ci vinrent se joindre aux hommes armés dont elle disposait sur ses grandes propriétés depuis le septième siècle, et l'aidèrent à assurer son indépendance.
Tandis que la noblesse devenait de plus en plus puissante, l'action de l'autorité impériale se faisait de moins en moins sentir; aussi à partir du huitième siècle, les tribuns gouverneurs des villes se rendirent peu à peu indépendants; ils prirent le titre de duc et leur fonction devint héréditaire.
A côté de la noblesse commençait à se former au sixième siècle, dans les peuples des villes une nouvelle classe sociale qui devait être plus tard la bourgeoisie; cette classe comprenait les honesti, c'est-à-dire les fabricants et les négociants.
L'évolution sociale passait donc dans l'Italie byzantine par les mêmes phases que l'évolution sociale dans l'empire byzantin proprement dit ; mais par suite des invasions des Barbares et de la faible action de l'autorité impériale en Italie, cette évolution y fut plus rapide que dans le reste de l'empire; la fusion des deux noblesses, la formation de la bourgeoisie, le démembrement de la souveraineté s'y produisirent plus lot.
Cependant une portion de Tltalie byzantine, l'Italie du Sud échappa à l'inya«ion de8 Barbares et l'action de l'autorité impériale s'y fit sentir longtemps. Aussi l'évolution sociale y fut-elle beaucoup moins rapide que dans le reste de l'Italie.
Cette région fut hellénisée à nouveau du huitième siècle au commencement du onzième siècle. Les villes, la Galabre et la Terre d'Otrante étaient entièrement grecques de langui, de religion et d'esprit à la fin du dixième siècle. L'ApuIie restait italo-lombarde par suite du voisinage des duchés lombards.
Dans ritalie du Sud, l'Église avait acquis de la puissance, surtout au moyen du clergé régulier grec. De nombreux moines basiliens s'y étaient réfugiés lôrs de la persécution iconomaque ; Léon risaurien s'étant montré moins rigoureux à l'égard du monachisme dans cette province que dans le reste de l'empire, ils y avaient fondé de nombreux monastères (I). Peu considérés par la population jusque vers le milieu du dixième siècle, les moines acquirent ensuite un grand prestige sur elle et TÉglise régulière devint une puissance sociale.
'Les luttes que les habitants de cette région eurent à subir contre les Arabes, et l'éloignemcnt du centre de l'empire, favorisèrent l'absorption dç la petite propriété par la grande, la formation d'une
(1) Autour de ces monastères te groupaient des communautés moins importantes et des laures ou petites communautés d'ascètes vivant généralement dans des grottes et possédant des chapelles souterraines.
Ui L'EMPIRE BYZANTIN
féodalité guerrière et le démembrement de la souveraineté. Les villes qui n'étaient plus défendues par les forces de Tempire acquirent des franchises municipales, eurent leurs magistrats particuliers et même possédèrent des droits féodaux ; il s'y forma une classe bourgeoise (1).
(I) En iOiC, les Normands commencèrent à enlever Tltalie du Sud aux Byzantins.
Détermination du caractère économique principal de l*ètre tocial byzantin. — Développement de son apiculture, de son industrie et de son commerce intérieur : i** sous Tempire romain ; t^ sous Tempire d'Orient jusqu'à l'invasion arabe. — Son commerce extérieur de l'empire romain à l'invasion arabe. — Agriculture, industrie, commerce intérieur et extérieur de l'empire byzantin, depuis l'invasion arabe jusqu'au milieu du onzième siècle. — Développement de la puissance commerciale de Venise et de Gênes en Orient et dans l'empire byzantin et déclin économique de l'empire byzantin du milieu du onzième siècle au milieu du quinzième siècle.
Détermination du caractère économique principal de têtre social byzantin. — Ayant pour centre primitif de sa puissance les bords d^une mer parsemée d'iles (1), la nation grecque était devenue principalement commerçante.
La constitution géographique de TOrient lui avait permis d'étendre facilement son commerce au delà de la mer Egée.
(1) Le cœur de la civilisation grecque était dans la mer Egée et non dans la Grèce proprement dite; c'est à Delos que fut le siège de 1* Assemblée générale de la Confédération d'Athènes et des Grecs insulaires (477 avant Jésus- Christ).
li(î L'EMPIRE BYZANTIN
Cette mer communique avec trois bassins maritimes : le premier au nord-est, est le Pont-Euxin; le second, au sud-est, est la partie de la Méditerranée bornée au nord par les côtes d'Asie Mkieure et à Test par celles de la Syrie, au sud par celles de rÉgypte et à Touest par la Crète ; le troisième est la partie de la Méditerranée limitée au nord par le détroit d'ionie, à Test par les cotes ouest de Grèce et par celles de Lybie, au sud par celles d'Afrique, à Touestpar celles d'Afrique, de Sicile et de ritalie du sud. Dans ces deux derniers bassins, les Grecs pouvaient atteindre facilement les parties les plus éloignées de la mer Egée; de Crète on gagne facilement l'Afrique ; des côtes d'Épire, on passe facilement en Galabre par le détroit d'Ionie.
Développement de son agriculture^ de son industrie et de son commerce intérieur sous Hempire romain. — Bien qu'il fut surtout commerçant, l'être social gréco-oriental qui dériva du développement de la nation grecque fut à économie complexe, c'est-à-dire agriculteur, industriel et commerçant.
. Lors de la fondation de l'empire romain, c'était la partie orientale qui était la plus riche et la plus civilisée i aussi ce fut elle qui profita davantage de cet événement politique, qui amena la paix et la tranquillité dans les pays méditerranéens, réunit ceux-ci sous la direction d'un même organe et facilita ainsi les communications entre eux; l'agriculture, l'industrie et le commerce prirent alors en Orient un grand essor.
EVOLUTION B:CONOMrQUE 117
La question agricole fut l'objet des préoccupations constantes du gouvernement romain.
Sous la République, les Romains donnèrent dans les provinces conquises des terres aux vétérans pour y relever Tagriculture ; mais ces anciens soldats n'ayant aucune aptitude pour les travaux des champs abandonnèrent ceux-ci le plus souvent aux riches sénateurs.
Aussi sous l'empire, ces sénateurs possédèrent-ils de grands domaines jusque dans les provinces les plus reculées; comme dans les premiers temps de l'empire ils résidèrent à Rome, leurs terres administrées par des fermiers étaient mal cultivées. Pour relever l'agriculture, les empereurs romains comptèrent sur les Barbares pour faire des colons agricoles (1), mais les invasions des Barbares en terrifiant les laboureurs et en dévastant les campagnes achevèrent la ruine de l'agriculture dans les pays qu'ils traversèrent, les empereurs s'efiForcèrent de réparer ces désastres (2).
Sous l'empire romain, la Grèce proprement dite était une province beaucoup plus industrielle
(i) Sous Dioclétîen, les Barbares Taincus furent envoyés comme esclaves dans les campagnes dépeuplées; Constantin donna des terres à des Vandales ; en 386, Théodose donna des terres à des colonies de Visigoths en Tlirace et à des colonies d^Ostrogoths en Lydie, leur fit faire une distribution de bétail et de grains pour subvenir aux besoins pressants et les exempta de tribut pendant quelques années.
(2) Après que les Goths d'Alaric eurent évacué Tltalie, le gouvernement romain accorda des diminutions de taxes à ceux qui voudraieût occuper les terres sans culture et sans habitants.
qu'agricole par suite du peu de fertilité de son sol. L'Achaïe fournissait des étoCFes de laine renommées et Patras avait des manufactures de vêtements.
La Thessalie, la Thrace et la Macédoine, quoique fertiles, ne donnaient pas de nombreux produits agricoles, les Hellènes n'y ayant que peu pénétré. Ces provinces étaient couvertes de forêts çt de beaux pâturages; les populations se consacraient particulièrement à l'élevage des troupeaux de bœufs et de moutons.
La province d'Asie, avec ses cinq cents villes, était une des provinces les plus riches de l'empire ; elle possédait des vignes importantes et d'immenses pâturages où on élevait des brebis et des chèvres qui alimentaient l'industrie de la laine. Sa prospérité fut atteinte par l'invasion des Goths.
L'intérieur de l'Asie Mineure, encore peu hellénisé, n'était pas riche ;.les populations se livraient à l'élevage des troupeaux; les Isauriens, indépendants depuis Gallien, ravageaient souvent la péninsule depuis la Palestine jusqu'au Pont-Euxin et jusqu'à l'Hellespont. Les routes que les Romains y construisirent permirent plus tard l'hellénisation du plateau intérieur et y amenèrent le développement de l'agriculture.
En Syrie, les cultures étaient florissantes, grâce aux approvisionnements d'eau que les habitants se ménageaient. Les produits agricoles principaux de cette province étaient le vin, l'huile, les céréales et ses produits industriels les plus importants étaient
les toiles, renommées pour les plus fines, le verre, la soie et la pourpre.
L*Égypte était peut-être la plus riche province de Tempire au point de vue industriel et surtout au point de vue agricole. Ses filatures étaient prospères et les verreries fines des Alexandrins passaient pour les premières de Tempire. Les populations se livraient à Télevage des troupeaux et à la culture des légumes, des fruits, de la vigne, des daUiers et surtout du blé, lorsque TÉgypte fournit le blé à Rome au lieu de Tltalie épuisée.
Les Romains ayant détruit la puissance des Carthaginois, le peuple grec ne trouva plus que Rome comme rivale commerciale dans la Méditerranée. Une colonie italienne avait déjà été fondée à Alexandrie sous les Lagides; sous Tempire, les commerçants romains s^établirent dans la partie orientale de Tempire, dans la province d'Asie, dans la Hellade ; mai^ le commerce était méprisé à Borne, Taristocratie de TOccIdent émigrait dans la capitale et se destinait aux fonctions publiques. Au contraire, les Grecs des classes aisées restaient en Orient et se consacraient au commerce et à Tindustrie, bien que les Romains leur permissent Taccès des fonctions de TÉtat.
Les grands centres commerciaux de TOrient étaient Corinthe, Antioche, Alexandrie, où se trouvaient les puissantes maisons de commerce de la Hellade, de la Syrie, de l'Egypte, qui expédiaient les produits de ces provinces à Rome, le grand centre de consommation de Tempire et Tintermë-
KiO L'EMPIRE BYZANTIN
diaire entre TOrient et TOccident. A Aotioche et à Alexandrie, les commerçants n^avaient pas seulement pour tâche de réunir les produits de la Syrie et de rÉgypte pour les réexpédier; mais encore ils avaient celle d^alimenter les populations de ces deux villes, composées de consommateurs et non de producteurs. Quant à la province d^Asie, ses cités étaient assez riches pour en consommer les productions ; aussi n'avait-elle pas de marché extérieur.
Les Grecs et les peuples grécisés ne possédaient pas seulement tout le commerce de TOrient (1), mais ils participaient encore au commerce de TOcçident; les plus actifs d^entre eux étaient les Syriens (2).
Les Grecs transportaient en Orient les marchandises sur leurs navires, réalisant ainsi un nouveau bénéfice. Tout Tor des Romains affluait en Orient, alors que TOccident s'appauvrissait au moment où il allait avoir à supporter l'effort principal des invasions germaniques. Plus lard dans l'empire d'Orient, après chaque invasion des Barbares dans les provinces de l'Europe, les empereurs purent, grâce à la richesse des provinces d'Asie, de Syrie et
(1) Les Juifs formaient dans certaines villes de l'Orient des colonies riches et industrieuses; à Alexandrie, a la Hn du quatrième siècle, il y avait une colonie de quarante mille Juifs.
(2) Les Syriens avaient des comptoirs en Dalmatie, en Dacio, en Espagne, en Gaule et même en Germanie; les Tyriens en avaient à Ostie et à Pouzzoles.
Les Égyptiens^ par contre, n'eurent pas de comptoirs en Occident.
d'Egypte, remplir le trésor de l'État, par suite reconstituer une armée et exempter de tributs les provinces qui avaient été envahies (1). Aussi le centre de la puissance de cet empire fut-il alors beaucoup plus en Asie qu'en Europe.
Développement de son agriculiure, de son industrie et de son commerce intérieur sous t empire d'Orient jusqu'à [invasion arabe, — Lorque l'empire romain fut définitivement séparé en deux empires, les marchandises de l'Orient, au lieu d'être dirigées sur Rome, le furent pur Constantinople, qui était devenu un grand centre de consommation.
Au quatrième siècle, dans l'empire d'Orient les invasions des Barbares dans les provinces d'Europe eurent pour efiFet de causer un grand préjudice à la richesse économique de cet empire; elles portèrent atteinte directement à l'agriculture et à l'élevage des troupeaux de bœufs et de moutons en Tbrace (2) et eu Macédoine et à l'industrie en Hellade; elles furent funestes indirectement au commerce des provinces d'Asie, par les impôts que les empereurs établirent sur celles-ci pour reconstituer des armées et payer des tributs aux Barbares. Mais de Théo-
(1) Après la victoire remportée par les Gotbs à Aadrinople les provinces peuplées et riches de l'Orient purent reconstituer une armée.
(2) Lors de Tiovasion des Golhs, vers 480, ces Barbares ruinèrent l'agriculture en Thrace en coupiiU la main droite des paysans. Les habitants atténuaient les ravages des invasions en cachant leurs grains et leurs troupeaux dans des retraites qu'ils trouvaient facilement dans les nombreux accidents du sol de la péninittle det Balkans.
dose II à Justinien, de rinvasiôn des Huns à celle des Bulgares, c^est-à-dire pendant plus de cent ans, Tempire d'Orient n'eut plus à subir de grandes invasions de Barbares, mais seulement de simples incursions. Anastase, en réduisant les Isauriens qui jusqu'alors pillaient TAsie Mineure, Antioche et Damas, assura le développement économique de ces régions. Il en résulta qu'Anastase parvint à accumuler d'immenses trésors, tout en a£Franchissanl ses peuples de taxes odieuses, et lorsque Justinien monta sur le trône, Tagricullure, l'industrie et le commercé étaient prospères.
La culture du blé s'était développée en Thrace, en Bithynie, en Phrygie, et, en temps de disette en Egypte, ces provinces étaient obligées d'alimenter Constantinople.
La Syrie, sous Anastase, était la première des provinces de l'empire d'Orient, au point de vue industriel (1) et commercial.
L'Egypte (2) continuait à fournir Constantinople en blé (3) ; les arts mécaniques y avaient pris beaucoup de développement; des milliers d'ouvriers
(i) Sous Anastase, il y avait à Édesse dix mille ouvriers.
(2J De Dioclétien à Héraclius il n'y eut pas de guerre en
Egypte.
(3) Sous l'empire d'Occident, Rome no 8*approvi.sionnait plus de blé en Egypte, mais en Afrique; après que ce pays fut envahi par les Vandales, elle s'alimenta en Sicile; l'agriculture tombant en décadence dans cette ile, la culture du blc se développa en Italie, principalement en Toscane et en Campante, et iila Hn du sixième siècle l'Église eut suffisamment de blé pour suffire non seulement à sa consommation particulière, mais aussi à celle de Rome*
travaillaient pourle logement, les habits et la table des riches citoyens de la capitale, qui étalaient un grand luxe et qui avaient fait construire de belles maisons de campagne, avec jardins sur les bords du Bosphore.
Le règne de Justinien fut en général néfaste à lagriculture, à Tindustrie et au commerce. Cet empereur soumit les populations à de nombreux impôts et employa toutes sortes d'expédients pour payer les dépenses occasionnées par ses guerres et parla construction de nombreux monuments. En outre, 8*inspirant en matière économique des idées d absolutisme qu^il appliquait en matière politique, il donna une grande extension à l'étatisme économique. Il établitdesdroits d'importation et d'exportation excessifs sur le Bosphore et THellespont, tout en maintenant les droits que les navires avaient à payer en Byzance ; ceux-ci ne purent désormais lever Tancre à Byzance sans en avoir obtenu Tautorisation des proposés du dignitaire investi du titre de magister.
Les prédécesseurs de Justinien possédaient des manufactures impériales et de grands domaines, dont ils tiraient des revenus importants. Justinien ne se contenta pas de celte intervention de TÉtat en matière économique; il songea à détruire le commerce privé au profit de TÉtat, en établissant des monopoles sur la plupart des marchandises et même sur les vêtements (l). Ces monopoles étaient
(i) L*un des monopoles les plus inipoctants qu'il établit fut
donnés à ferme par TÉtat, qui se procurait ainsi des sommes d'argent élevées.
Toutes ces mesures eurent pour eÉfet d'élever le prix des objets au triple de leur ancienne valeur; mais pour empêcher cette hausse, Justinien, en 542, interdit aux artisans de se faire payer leurs produits plus cher que par le passée et pour que les marchands n'abandonnassent pas leur profession, rendue désormais difficile, il leur ferma le service militaire.
Justinien ne craint pas d'élever même le prix des denrées de première nécessité pour se procurer de l'argent; il fait des spéculations sur les blés en employant le procédé suivant : il empêche la plupart des villes de s'alimenter en blé, en obligeant les paysans de Bithynié, de Phrygie, de Thrace à livrer à l'empereur tous leurs blés, parsuite du droit de réquisition qu'il avait en cas de disette ; il revend ensuite à ces villes le blé qu'il a ainsi réuni dans la capitale et réalise d'importants bénéfices.
Quelques mesures de Justinien furent cependant favorables au développement économique de l'empire d'Orient.
Jusqu'à son règne, l'une des routes principales du commerce entre cet empire et la Chine était
celui de la soie; le commerce de ce produit passa des particuliers au grand trésorier.
A Alexandrie, le gouverneur Héphistas érigea en monopoles tous les marchés de la ville et défendit à tous les marchands le trafic des denrées qui s'y débitaient; il était le seul acheteur du blé récolté en Egypte.
entre les mains des Perses, souvent en guerre avec les Grecs; le commerce de la soie qui provenait de Chine était donc à la merci des événements extérieurs. Justinien TenafiFranchit en introduisant dans ses États Télevage du ver à soie.
Ses conquêtes en Italie rouvrirent ce pays aux Grecs et aux Syriens ; un grand nombre d'entre eux vint s'y établir^ les Grecs principalement à Ravenne, les Syriens en Sicile. Les Grecs redevinrent les maîtres de la Méditerranée occidentale.
La marine des Grecs, qui avait prospéré sous Tempire romain par suite du développement du commerce, ne fut pas atteinte par l'invasion des Barbares. La fondation de Gonstantinople empêcha les incursions de pirates barbares dans la Méditerranée, comme cela avait eu lieu au troisième siècle avec les Goths. Les peuples barbares n avaient généralement aucune aptitude pour la navigation ; les seuls d'entre eux qui menacèrent la puissance maritime des Grecs dans la Méditerranée furent les Vandales, qui se rendirent les maîtres de cette mer (1) après leur conquête de l'Afrique. Aussi lorsque l'empire d'Occident, qui ne possédait plus de marine impériale, fit appel à Léon !•' pour reprendre l'Afrique aux Vandales, cet empereur d'Orient envoya de Gonstantinople vers Garthage une flotte composée de 1113 vais-
^1) Ils s'emparcrenl des fialéaret, de la Corse, de la Sardai{;ne et de la Sicile; appelés par les Huns en Italie, ils y abordèrent par mer et prirent Rome (455). lis faisaient des incurlions jusque dans l'archipel et jusqu'à Gonstantinople.
seaux, montés par plus de cent mille hommes tant soldats que matelots (468).
Lorsque Justinien monta sur le trône, la marine grecque n^avaitpas périclité et lors de Texpédition d'Afrique, il put rassembler à Gonstantinople cinq cents navires manœuvres par vingt mille matelots de rÉgypte, de la Sicile et de Tlonie. Mais les taxes qu^il établit sur la navigation portèrent préjudice à la marine grecque.
Son commerce extérieur de t empire romain à F invasion arabe. — Le commerce extérieur de l'être social gréco-oriental joua un grand rôle dans le développement économique de celui-ci. Il se faisait principalement avec le grand empire commercial de TAsie, Tempire chinois, et avec les peuples intermédiaires.
Les routes commerciales naturelles venant de Chine et se dirigeant sur le bassin méditerranéen forment deux faisceaux principaux aboutissant Tun dans les Indes, l'autre dans Tancienoe Sogdiane.
Le premier faisceau comprend trois voies principales : la première, par mer, se termine à Ceylan, la seconde, par la vallée du Gange , aboutit dans la Gouzerate; la troisième, par la vallée de Tlndus finit au même point. De Geylan et de la Gouzerale on peut soit atteindre Alexandrie en passant par la mer Rouge, soit atteindre Antioche ou Trébizonde en passant par le golfe Persîque, les vallées du Tigre et de l'Euphrate.
Le deuxième faisceaq de routes aboutit à Samar-
cande et à Boukhara, où les Chinois et les Sogdoïdes échangeaient leurs produits sous Tempire romain. De ces deux grands marchés, on pouvait se diriger : 1" par la Perse, soit sur Antioche, soit sur Trébizonde ; 2* par la mer Caspienne, la vallée de l'Araxe sur Trébizonde ; 3* par le nord de la mer Caspienne, la mer d'Âzof sur Kherson en Crimée, point qui avait en outre l'avantage de se trouver à proximité de Tembouchure du Dnieper, la voie fluviale qui conduisait de Kief à la mer Noire.
GrÀce à leur situation à l'extrémité de grandes routes commerciales dans le bassin méditerranéen, Alexandrie, Antioche (1), Trébizonde et Kherson (2) devaient devenir les grands entrepôts et les grands centres du commerce extérieur de Tem pire byzantin et se développer par conséquent suivant les événements extérieurs.
Le point où fut centralisé le commerce extérieur de Tempire fut Constantinople, qui était déjà le centre de son commercé intérieur. Cette ville devint l'intermédiaire entre l'Orient et les peuples de l'Europe occidentale, centrale et septentrionale, remplissant au point de vue commercial le rôle que Londres joue actuellement; aussi prit*elle un caractère cosmopolite*
(i) Antîoclie avait rînconvénient de n'être pat un port de mer; Alexandre avait fondé cette ville pour en faire le centre de la grande monarchie continentale gréco-orientale, et ne l'avait pat destinée à être comme Alexandrie le point d'appui de ta puittance navale. Le port le plut important de la Syrie fut Tyr.
(2) Kherson fat fondé au sixième tiède avant notre ère par une colonie d'Héraclée. '
Le commerce extérieur de Tempire fut poui* les Grecs uac source de richesses encore plus importante que le commerce intérieur. Ce fait eut l'inconvénient de mettre en grande partie la fortune économique de Tempire à la merci des événements extérieurs.
L'empire romain favorisa le développement du commerce extérieur en Orient comme il favorisa celui du commerce intérieur. Âudébutde l'empire, tout le commerce entre TÉgyple, la côte occidentale des Indes et la côte orientale d'Afrique était fait par les Arabes. L'empire romain en combattant la piraterie de ces populations dans la mer Bouge etdans celle des Indes, fît passer le commerce entre les mains des Grecs d'Egypte.
Le commerce de la Syrie avec la Mésopotamie fut fait par les Syriens.
Antioche et Alexandrie furent alors les deux grands entrepôts du commerce extérieur de la partie orientale de l'empire.
Alexandrie avait sur Antioche l'avantage de se trouver au débouché de la route des Indes à la Méditerranée par la mer Rouge, route qui était moins coûteuse que celles par l'Arabie et la Syrie, et qui n'était pas constamment interceptée par des guerres comme les voies passant, par la Perse.
Dans la mer Noire, les Barbares, qui craignaient la puissance militaire des Bomains, respectèrent les colonies grecques et vinrent y faire des échanges (1).
(i) Du temps d'Auguste, à Tanaïs, les tribus de la steppe
Après l'invasion des Barbares, le commerce de lempire d'Orient, ne trouvant pas de débouché en Occident, se tourna complètement vers TOrient (1). Bien que les Grecs et les Perses fussent souvent en guerre, leurs relations commerciales étaient développées; ils échangeaient leurs produits dans les grandes foires d'Arménie et des frontières de Syrie ; Justinien signa avec la Perse un traité stipulant la liberté de commerce entre cette puissance et Tempire d'Orient, moyennant le paiement d'un décime de la valeur des marchandises aux bureaux de douanes des frontières.
Mais pour que le commerce de la Sogdiane avec lempire ne put plus être troublé constamment par les guerres que les Grecs soutenaient contre la Perse, Justinien fonda Trébizonde, au débouché de la route de la Sogdiane à la mer Noire par la mer Caspienne et TAraxe. Une nouvelle route fut ouverte par le nord de la Caspienne à la suite d'une ambassade que lui envoyèrent les Turcs d'Asie; ceux-ci avaient alors comme tributaires les Sogdoïtes, dont les Perses avaient arrêté les caravanes, favorisant ainsi le commerce de la Chine à l'empire d'Orient par la voie de Geylan.
Justinien fit rentrer les Chersonésiens (2) sous la
échangeaient des pelleteries et des esclaves contre des vêtements, des Tins et des articles de luxe que leur apportaient les marchands de l'empire romain.
(1) Néanmoins des Juifs et des Syriens, établis en Occident, concentraient entre leurs mains tout le commerce de l'Orient avec rOccident.
(t) Kliertoa tirait du blé, du vin etda l'buila des pays voisins.
dépendance de l*enipire grec, et le commerce des Byzantins, appuyé dans la mer Noire surKhersonet Trébizonde, devint de plus en plus actif dans cette mer.
Agriculture^ indus trie, commerce intérieur et extérieur de tempire byzantin depuis [invasion arabe jusqu'au milieu du onzième siècle, — L'invasion arabe enleva à Tempire byzantin ses deux provinces les plus riches : la Syrie et TÉgypte. Mais ce fait eut pour résultat de développer ragriculture et rindustrie dans les provinces restant à Tempire.
L'Egypte occupée par les Arabes ne pouvant plus alimenter Tempire en blé (1), la culture de ce produit agricole prit beaucoup d'extension dans TEurope et TAsie byzantines. Au dixième siècle, la Tbrace, la Macédoine fournissaient de bonnes moissons; la Thessalie était un des greniers de Tempire ; en Hellade et en Peloponèse presque incultes pendant longtemps, Fagriculture tenait une place importante. En Anatolie Tagriculture, qui s'était développée même dans l'intérieur de la presqu'tle, était prospère; cette province était riche en blé et en vin, abondante en bétail et fournissait d'excellents. chevaux ; l'occupation de la Cilicie par les empereurs byzantins à la fin du dixième siècle empêchait le retour des incursions des Arabes dans l'Asie Mineure, incursions qui dérangeaient les agriculteurs.
L'industrie continuait à être florissante dans le
(i) Après rinvation arabe, l'Egypte alimenta l'Arabie en blé.
Péloponèse et la Hellade. Corinlhe, Argos, Patras, Thèbes (1), Athènes possédaient des manufactures de toile, de laine et d'importantes fabriques de soie. A Byzance, les fabriques de soie étaient aussi très prospères. La Thessalie et Tile de Chypre avaient des manufactures célèbres d'étoffes de luxe.
Le commerce intérieur était aussi florissant. Lors de Tinvasion des Arabes, les commerçants grecs de Tyr et d'Alexandrie abandonnèrent ces deux villes et se rendirent à Constantinople, où ils donnèrent une nouvelle impulsion au commerce de la capitale.
Au dixième siècle, Thessalonique, situé au milieu des côtes de Macédoine et sur la grande voie Egnatia qui reliait Constantinople à l'Adriatique, était devenu un grand centre de commerce.
L'hellénisation du sud de rilalie avait développé les relations commerciales entre cette région et les ports du Péloponèse, de Thessalonique et de Constantinople.
Les empereurs byzantins firent tous leurs efforts pour rendre prospères l'agriculture, l'industrie et le commerce.
La question agricole préoccupa vivement les Byzantins (2) et un contemporain de Porphyrogcncte considérait l'agriculture comme l'une des trois parties que comprend la politique (3).
Les empereurs byzantins luttèrent par leurs lois
(1) Thèbes occupait le premier rang.
(2) Léon III fit un code rural.
(3) Les deux autres parties étaient le militaire et la religion.
162 LEMPIRK BYZANTIN
contre Tabsorption de la petite propriété par la grande^ la transformation des propriétaires libres en colons ou en moines nuisant à Tagriculture en enlevant tout intérêt immédiat à ceux qui cultivaient la terre.
Les empereurs byzantins reprirent les idées de leurs prédécesseurs, les empereurs romains, sur la colonisation militaire. Ils fondèrent avec des mercenaires des colonies, là ou Tagriculture avait besoin d'être relevée (1). Ils créèrent des fiefs militaires comprenant, dans les cas où le fief pouvait être perdu, celui où le détenteur apporterait de la négli* gence dans la culture.
Mais le marché des grains de tout Tenipire était toujours entre les mains de TÉtatau dixième siècle.
Pour développer certaines industries, les empereurs byzantins exemptèrent de quelques impôts des catégories d'ouvriers (2).
L'invasion des Arabes porta beaucoup plus de préjudice à la marine de Tempire byzantin qu'à son agriculture et à sou industrie. Les Grecs se trouvèrent désormais en présence d'un peuple maritime important. C'était la première fois que ce fait se produisait depuis la fondation de l'empire d'Orient, la Perse n'ayant jamais pu atteindre soit les côtes de la mer Noire, soit celles de la Méditerranée lors de ses guerres contre l'empire d'Orient.
(1) Au neuvième siècle, Tempereur Théophile répartit trente mille mercenaires persans dans ses colonies.
(2) Une loi affranchit de tout impôt personnel les ouvriers qui travaillaient le parchemin et la pourpre.
Dès qu'ils se furent emparés de la Syrie, les Arabes, qui s'étaient montrés bons navigateurs dans la mer Rouge et dans TOcéan Indien, construisirent avec les bois du Liban une flotte de 1,700 barques, avec laquelle ils firent fuir les flottes de Tempire jusqu'à THellespont, pillant Chypre, Rhodes et les Gyclades.
Lorsqu'ils eurent occupé la Sicile et la Crète, les Arabes purent facilement venir ravager les côtes de ritalie byzantine et les côtes de l'empire byzantin dans la mer Egée (1).
Les Grecs ne purent jamais reprendre dans la Méditerranée occidentale la prépondérance comme ils l'eurent de Justinien à l'invasion des Arabes; ils la perdirent dans l'Adriatique au profit de Venise, et à la fin du dixième siècle, bien que l'empire fût à l'apogée de sa puissance, l'empereur Basile II signa avec cette république un irailé dans lequel il fut stipulé que celle-ci fournirait toujours les vaisseaux nécessaires au transport des troupes impériales destinées à tenir garnison en Longobardie.
Dans la mer Egée, les Byzantins reprirent le premier rang. La première des guerres de Niccphore Phocasfut dirigée contre les Arabes de Crète, qu'ils combattirent d'abord de préférence aux Bulgares; ceux-ci ne pouvaient, en effet, ni menacer le commerce maritime des Grecs, ni s'emparer de Constanlinople, attendu qu'ils n'avaient pas de
(i En 904 Salonique, la secuiide ville commerciale de l'cmpire^ fui pillée par lei Arabes.
marine. Nicéphore Phocas parvint à vaincre les Arabes de Crète, grâce à la puissance maritime des Grecs que les empereurs byzantins s'étaient efforcés de relever (1).
Aussitôt après l'invasion arabe le commerce de Byzance avec la Syrie et TÉgypte fut à peu près suspendu; mais lorsque la période des grandes guerres fut passée, que le commerce reprit dans les possessions des Arabes, que le luxe se fut développé chez ceux-ci, les relations entre Grecs et Arabes reprirent malgré les guerres fréquentes qui eurent lieu entre ces deux peuples. Les Grecs retournèrent dans les anciennes provinces de l'empire, où ils échangèrent leurs produits contre ceux des Arabes, et l'empereur Léon V, au commencement du neuvième siècle, dut même interdire aux Grecs de se rendre en Egypte et en Syrie, afin d'arrêter l'émigration.
C'était à Damas et à Alep que se trouvaient les principaux marchés de Syrie pour les Grecs et les Arabes. Lorsque les Byzantins eurent repris Antioche, à la fin du dixième siècle, ils signèrent avec le prince d'Alep un traité dans lequel fut stipulée la liberté de trafic des caravanes et des marchands
(1) Par une loi les marins du Péloponèse furent affranchis de toute espèce d'impôts.
Pour cette expédition de Crète, on équipa cent douze galères et soixante-quinze navires dans la capitale, les îles de la mer Égéc, les ports de l'Asie^ de la Macédoine et de la Grèce; celle escadre étaitmontée par 34,000 matelots, 7,340 soldats, 700 Russe , 5,487 Mardoites, et transportait les armes, machines, vivres, fourrages et munitions nécessaires pour rexpédition.
grecs. L'anarchie qui régna au neuvième siècle et au dixième siècle dans le khalifat de Bagdad amena le déclin d'Antioche, et le commerce de la Chine et des Indes avec Torient du bassin méditerranéen prit presque exclusivement la voie de la mer Rouge, au grand profit d'Alexandrie qui devint ainsi Tentrepôt du commerce des trois continents. La substitution des Fatimites aux Abbassides en Syrie en 974 eut pour résultat de relever momentanément le commerce dans cette contrée.
Les guerres entre Byzantins et Arabes du côté de la Syrie et les dissensions du khalifat de Bagdad, en éloignant de Syrie le trafic des produits venant de TAsie, eurent pour résultat de rejeter le commerce non seulement vers Alexandrie, mais aussi vers la mer Noire.
Au dixième siècle, à Trébizonde se tenaient chaque année plusieurs foires auxquelles se rendaient des Russes, des Perses, des Syriens, des Byzantins, des Musulmans, des Gircassiens, des Ibères, des Arméniens. On y échangeait les produits de Gonstantinople, des pays du Nord, des Indes, de Geylan, de la Ghine, de la Mingrélie, des khalifats de Bagdad et du Gaire. L'industrie et Tagricullure s'étaient aussi développées à Trébizonde.
Gàrin (Erzeroum) était au onzième siècle un grand entrepôt des marchandises venant de Perse^ de rinde et de toute TAsie, destinées à Trébizonde et à Tempire grec.
L^Arménie atteignait au dixième siècle son plus
haut degré de prospérité et un va-et-vient continuel s'était établi entre elle et Byzance.
Les commerçants grecs se répandaient chez les Bulgares et chez les Russes; ils allaient jusqu'à Kiev et Novgorod, grands entrepôts de commerce. En raison de la constitution hydrographique de la Russie, les Russes ne pouvaient entrer en communication avec le monde méditerranéen que par la mer Noire; de plus la direction nord-sud et la longueur des fleuves du versant de la mer Noire leur donnaient toute facilité pour atteindre cette mer; il en résulta que le Dnieper devint la grande voie de communication entre les Grecs et les Russes et par suite entre Jérusalem et Tlslande.* Rherson près de Tembouchure de ce fleuve devint un centre commercial important; afin de développer le commerce de cette ville avec Byzance, les empereurs byzantins, au dixième siècle, ne firent payer à ses vaisseaux aucun droit pour la traversée du Bosphore et pour le débarquement des marchandises dans la capitale. Les Russes eux-mêmes obtinrent en 907 le droit de poser leurs produits à Saint-Mamas, faubourg extra muros. MaiiB la voie du Dnieper avait Finconvénient de passer au milieu des Petchenègues, et par suite de mettre le commerce entre Grecs et Russes à la merci de ce peuple.
Byzance, qui continuait à centraliser le commerce <^e Tempire byzantin, profita de la prospérité générale qui atteignait son plus haut degré du milieu du neuvième au milieu du onzième siècle.
Développement de la puissance commerciale de
ÉVOLUTION ÉCONOMIQUK 107
Venise et de Géne$ en Orient et dans t empire byzantin et déclin économique de Pempire byzantin du milieu du orts^ième siècle au milieu du quinzième siècle. — Si les Grecs s'efforcèrent de s'emparer du marche commercial en Orient d dans les pays du Nord, il n'en fut pas de même en Occident; ils considéraient les peuples de celte partie de l'Europe comme des Barbares pauvres, chez lesquels ils ne pouvaient écouler leurs produits. Mais les Barbares n'étaient plus les mêmes qu'au moment de leurs invasions, leur évolution s'était poursuivie sans arrêt. Ce furent quelques villes d'Italie, lien géographique entre l'Occident et l'Orient, qui devinrent le lien commercial entre l'Europe occidentale et l'empire byzantin. Ces yilles furent Âmalfi, Pise, Gènes et Venise.
Amalfi et Venise, qui avaient appartenu à l'empire byzantin, avaient conservé encore au commencement du onzième siècle une apparence de vassalité vis-à-vis de Byzance. Venise était toujours restée en dehors du monde barbare ; lors des traités signes en 810 entre Gharlemagne et Nicéphore, pour limiter leurs possessions, Venise avait obtenu de relever de Byzance.
Lorsque ^commença à décliner la puissance des Sarrasins dans la Méditerranée occidentale, Amalfi, Pise et Gênes supplantèrent ce peuple dans la mer Tyrrhénienne, Venise dans l'Adriatique.
En 992, l'empire byzantin ne pouvant plus faire respecter sa domination dans les provinces avoisi* nant l'Adriatique, Basile II signa avec Venise un
traité dans lequel celle-ci s'engagea à fournir les vaisseaux nécessaires à la défense de cette partie de Tempire.
Quelques années après, les Sarrasins ayant cerné Bari, Byzance fit appel à Venise, qui alla au secours de cette ville et la délivra.
En 1001, Zara, siège du capétano impérial du thème de Dalmatie, ayant été attaquée par des Narcntans demanda appui à Venise. Le doge battit le grand joupan de Croatie. La Dalmatie échappa alors à Tempire byzantin ; ses villes durent prêter serment de fidélité et payer tribut à Venise.
Lorsque les Normands assiégèrent Durazzo en 1081, les Grecs demandèrent à Venise son aide contre eux et l'obtinrent.
En 1084, Venise secourut de nouveau Tempereur Alexis contre les Normands, dans TAdriatique.
En 1149, Manuel obtint Tappui de Venise contre les Normands de Roger.
Mais les villes d'Amalfi, Pise, Gènes et Venise ne voulurent pas se borner à dominer dans la Méditerranée occidentale et à y servir d'auxiliaire à Byzance ; elles songèrent à prendre pied en Orient, et à enlever la prépondérance commerciale aux Grecs dans cette région.
Ce fut Amalfi qui la première eut des colonies indépendantes en Orient; au onzième siècle elle en avait à Constantinople, à Antioche, à Jérusalem et à Alexandrie. Mais la puissance maritime d^Amalfi ne tarda pas à décliner, tandis que celle de Venise grandit.
Les Vénitiens, en échange de la promesse d^appui qu'ils firent en 992 à Basile II, obtinrent la réduction des droits dont les marchandises vénitiennes étaient alors frappées.
En 1084, lorsque Venise donna son appui à Alexis contre les Normands, ce fut moyennant le privilège exclusif du commerce, la cession de boutiques et de maisons à Gonstantinople.
Venise, qui voulait développer son commerce en Orient, finit par entrer en conflit avec Byzance. En 1155, Tempereur Manuel ayant fait arrêter des négociants vénitiens, la première guerre entre Byzance et Venise éclata ; cent galères vénitiennes balayèrent les côtes de Dalmatie et de Grèce.
Les croisades favorisèrent beaucoup le développement des marines de Venise, de Gènes et de Pise au détriment de la marine byzantine. Ce furent des vaisseaux génois et pisans qui lors de la première croisade ravitaillèrent les croisés devant Ântioche et pendant leur marche sur Jérusalem. Après la fondation du royaume de Jérusalem, les républiques italiennes vinrent encore en aide aux croisés en assurant la communication de ceux-ci avec l'Europe occidentale.
Les Vénitiens, les Génois et les Pisans établirent des colonies dans le royaume de Jérusalem, qui ne tarda pas à devenir un centre important d'échanges entre l'Orient et l'Occident; ils concentrèrent entre leurs mains tout le commerce au détriment des Grecs; Tyr devint leur principal entrepôt.
Après les victoires de Saladin, le contact cons-
lia L*KMPIIIE BYZANTIN
tant entre Latins et Musulmans ayant adouci le caractère de leurs relations, le commerce prit un nouvel essor, et se concentra surtout à Acre.
A la faveur de la quatrième croisade, Venise songea à s^emparer du cœur même de Tempire byzantin : de la mer Egée, à Texcl^^sion de ses deux rivales, Gènes et Pisc, qui étaient aux prises avec leurs difficultés intérieures. Lors de la fondation de Tempire latin, elle occupa des ports en Morée, Coron, Modon, elle prit pour elle les îles de Corfou, Sainte^Maure, Céphalonie, Zante, les Gyclades, la Crète, tandis que les Grecs ne possédaient plus que Rhodes ; elle parvint même à supplanter les Francs en Eubée, à Gallipoli, à Rodosto; elle agrandit son quartier à Constantinople et posséda la franchise entière, alors que Gènes et Pise n'avaient que des privilèges. Afin d'accroître sa puissance dans la mer Egée, elle déclara que tout citoyen de Venise ou d'une ville alliée qui parviendrait à s'emparer d'une île ou d'un point de la mer Egée, dans les limites des territoires assignés à cette République, les posséderait et les gouvernerait à titre de fief héréditaire vassal de Venise. Vingt baronnies insulaires se fondèrent dans ces conditions. Elles succombèrent plus tard lors des expéditions dirigées contre les Latins par Ta mira! de Michel Paléologue et lors des guerres des Turcs (1537-66).
Le commerce maritime de la Méditerranée orientale échappait donc complètement aux Byzantins au douzième siècle et celui de la mer Egée an
ÉVOLUTION ÉCONOMI'QUE fil"
treizième siècle. Mais celui de la mer Noire leur restait; il avait même pris beaucoup d'extension.
Sivas devenait un centre important : les musulmans de Syrie et de Mésopotamie s'y réunissaient pour se rendre en caravane soit par le territoire des -sultans s^4'îjoukide8, vers la mer' Noire, soit vers Trébizonde, d'où ils gagnaient ensuite le sud de la Russie. Le commerce attira dans cette région beaucoup de Grecs, qui devinrent si nombreux dans le haut Euphrate que les Arméniens de ce pays durent émigrer en Cilicie au douzième siècle pour ne pas être absorbés par eux.
Lorsque Gonstantinople tomba aux mains des Latins, de nombreux Grecs vinrent s'établir à Trébizonde qui avait conservé son indépendance. Ce port de mer continua à se développer, la destruction de Bagdad au treizième siècle par Holagou- Khan, petît-fils de Gengis-Khan ayant eu pour conséquence de faire remonter vers le nord les produits de l'Orient qui s'écoulaient vers la Méditerranée (1).
Le commerce de l'empire byzantin ne fut pas seul à décliner du onzième siècle au treizième siècle.
Les invasions des Normands aux onzième et douzième siècles détruisirent l'industrie en Hellade (2), ce qui permit ensuite l'importation de
(1) A cette époque encore, les produits de la Cliîne et des Indes, évitant la Mésopotamie et la Syrie, venaient aboutir soit à Trébizonde, soit à Alexandrie, au détriment d'Antiocbe. Ce fut Venise qui s'empara du commerce d'Alexandrie avec l'Europe; elle s'allia avec les Mameloucks.
[t) Avec les ouvriers qu'ils enlevèrent de la Hellade, les rois
rindustrie étrangère dans Tempire byzantin. Les invasions des Francs, lors de la fondation de Tempire latin au treizième siècle, ruinèrent Tagriculture. Celles des Turcs en Asie Mineure amenèrent le môme résultat. Les guerres entre Latins et Grecs développèrent la piraterie dans la mer Egée. Au moment où Tempire périclitait au point de vue économique, les empereurs byzantins achevaient au douzième siècle de détruire les corporations : les marchands se trouvaient désormais isolés et par suite impuissants à défendre leurs droits contre les empiétements des étrangers. Depuis le onzième siècle, les empereurs byzantins renonçaient à empêcher l'absorption de la petite propriété par la grande propriété, ce qui contribuait à accélérer le déclin de Tagriculture.
Lors de la fondation de Tempire latin à Gonstantinople, les Grecs ne voulurent pas s'avouer vaincus au point de vue économique.
L'Asie, de la Propontide à la Pamphylie, était encore prospère; mais Tagriculture y. était abandonnée. Vatacès (1222-1225) voulut relever celleci. 11 donna lui-même Texemple parla bonne organisation de ses domaines (1) qui devinrent le jardin et le grenier de TAsie. Les nobles l'imitèrent et l'agriculture redevint si florissante que Vatacès,
normands créèrent des manufactures de soie en Sicile ; plus tard, une révolution intérieure dispersa les ouvriers qui se répandirent dans l'Italie du Nord et même au delà des Alpes.
(1) Il fait semer dans ses domaines des grains et planter des vignes, couvre ses pâturages de brebis et de pourceaux, et fonde une immense basse- cour.
désirant exporter le superflu des grains et des troupeaux, entretint des relations cordiales avec les Turcs; ceux-ci achetèrent alors les produits agricoles des Grecs d'Asie. Vatacès protégea aussi rindustrie nationale; il entrava Timportation de rindustrie étrangère, des soieries du Levant et des manufactures d'Italie. 11 songea même à rendre aux Grecs la suprématie sur la mer; il contruisit une flotte, et avec elle il reprit Lesbos, attaqua les Vénitiens de Candie et intercepta les secours lents et faibles envoyés de TOccident aux Latins. Grâce au relèvement de la marine byzantine, il assura la liaison entre la Thrace et Tempire de Nicée et prépara la reprise de Gonstantinople par les Grecs en 1261; plus tard l'amiral Paléologue put reconquérir Ghio et Rhodes.
Mais cet effort énergique de Tempire byzantin n'eut pas d'effet durable, et la décadence économique de Tempire contihua.
Au moment où les Grecs recouvraient leur indépendance, les Mongols dévastaient TAsie, la Russie et la Hongrie, interrompant le commerce des Grecs avec TOrient et la Russie. L'établissement des Tartares sur le bord nord de la mer Noire mettait désormais à leur merci le commerce russe avec Byzance et la partie du commerce de l'Orient qui empruntait la voie de l'Oxus et de la Caspienne.
Le commerce des Grecs qui avait été chassé de la Méditerranée occidentale et de la mer Egée était peu à peu évincé par celui des Génois à Gonstantinople, dans le Bosphore et dans la mer Noire.
174 L*EMPIRB BYZANTIN
Les Génois parvinrent à ce résultat en compensation de l'appui qu^ils donnèrent aux Paléologues pour rétablir Tempire grec. Us obtinrent de Michel Paléologue un quartier à Péra, Texemption de droits d'importation et d'exportation; ils approvisionnèrent seuls Gonstantinople, et par suite mirent la capitale à leur merci; ils y créèrent un podestat, qui se rendit peu à peu indépendant, malgré le serment de fidélité prêté à Tempire ; ils s'approprièrent la pèche, qui pouvait favoriser encore un peu le développement de la marine grecque (1). Ils s'emparèrent des douanes et des droits seigneuriaux du Bosphore, rendant ainsi impossible le commerce des Grecs de la capitale avec la mer Noire. Ils élevèrent des forteresses près de leurs factoreries (2) dans la mer Noire, afin de pouvoir repousser les attaques des Tartares contre leurs établissements.
Au milieu du quatorzième siècle les Grecs voulurent s'affranchir de la tutelle commerciale des Génois. Ils obtinrent à cet e£Fet l'appui des Vénitiens et des Catalans, mais les Génois furent vainqueurs (1352) et Gantacuzène dut leur accorder tous les droits de commerce, presque la souveraineté, et le bannissement des Catalans et des Vénitiens.
Pendant la lutte de Byzance contre les Osmanlis, Gènes, soutien de Byzance, se fit donner à titre de
(1) Au commencement du siècle, lorsque les Latins arrivèrent a Constantiuople^ il y avait encore seize cents bateaux pêcheurs dans son port.
(2) La principale était Gaffa.
Kef par Tempire grec Chic (1), Imbros et Sanio«ihrace, afin de tenir entre ses mains THellespont,
Les Génois n'étaient pas les seuls à porter atteinte au commerce maritime des Byzantins.
En 1307, les Catalans mercenaires s'emparèrent de Gallipoli, pouvant ainsi intercepter le commerce de Gonstantinople avec la Méditerranée.
Les Turcs qui avaient occupé les provinces d'Asie (1312) construisirent des vaisseaux. Amir, prince d'ionie, réunit à Smyrne une flotte de trois cents navires montés par vingt'*neuf mille hommes ; elle fut-destinée, il est vrai, à secourir Cantacuzène; mais la marine turque servit bientôt contre Tem*pire byzantin; elle permit aux Turcs de s'établira Gallipoli en 1356, et Mahomet, lors du siège de Gonstantinople, put rassembler trois cent-vingt navires dans la Propontide, tandis que les Grecs, ne possédant plus qu'une marine insignifiante, durent demander à Venise et à Gènes leur appui pour ravitailler la capitale.
Alors que le commerce grec périclitait près de la capitale, le commerce avec la Russie et l'Orient, déjà atteint par l'invasion mongole du treizième siècle et par celle des Turcs, était profondément troublé par la deuxième invasion mongole à la fin du quatorzième siècle.
La navigation du Dnieper était interceptée et les souverains de Wladimir et de Moscou se trou-
(1) Chio appartint à une société cummercialc sous la euzeraineté de Gènes ; les Turcs czpuiscrent celle-ci en 1566.
176 L*EMPIRC BYZANTIN
valent séparés du monde grec; la Perse, les Indes voyaient s'arrêter leur commerce avec l'Europe . Lorsque plus tard l'Orient fut' entièrement aux mains des Turcs, l'Europe occidentale ne put plus communiquer avec les Indes et la Chine par l'Orient et la Méditerranée; elle chercha une nouvelle voie, soit par le sud de l'Afrique, soit par l'ouest : elle découvrit ainsi le cap de Bonne-Espérance et l'Amérique.
Les empereurs byzantins ne cherchèrent pas par leurs mesures à soutenir la puissance commerciale des Grecs; au contraire, ils l'afFaiblirent ; tandis que les Génois acquéraient des immunités de taxes, le commerce byzantin était de plus en plus imposé depuis le rétablissement de l'empire grec.
Cependant, lors des guerres contre les Turcs osmanlis, le commerce et l'industrie étaient encore bien développés à Thessalonique et à Constantinople (I); aussi, bien que les Turcs occupassent vers la fin du quatorzième siècle les pays des céréales par excellence, les Grecs avaient peu à craindre des Turcs tant que ceux-ci ne se seraient pas emparés de ces deux villes.
Comme tous les peuples commerçants, dont la puissance économique est très fragile par suite de sa grande dépendance des événements extérieurs, l'empire byzantin avait connu d'abord une grande prospérité pour succomber ensuite économiquement.
(1) Lors de la conquête musulmane, il y avait de rtlellespoot à l'Ëurin de populeux faubourgs et de nombreux jardins.
ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE m
Une des causes principales de la décadence de Tempire fut de n^avoir pas compris que, sa force économique reposant surtout sur le commerce, il devait chercher à s'emparer du commerce de rOrient avec TOccident au dixième siècle ; mais les Byzantins ne concevaient pas que le monde barbare avait évolué depuis l'invasion des Barbares; le commerce extérieur avec les Indes et la Chine, par la Syrie et TÉgypte, leur ayant été enlevé par les Arabes, ils auraient dû s*assurer de nouveaux débouchés pour le commerce extérieur; ils se tournèrent, il est vrai, vers la mer Noire, où ils parvinrent à développer beaucoup leur commerce; mais leur inaction dans la Méditerranée occidentale, lors de la décadence des Sarrasins leur fut fatale; Venise, Gènes, Pise supplantèrent les Arabes dans le commerce de cette mer et, à la faveur des croisades, dans celui de la Méditerranée orientale; Venise prit possession de la mer Egée, lors de la quatrième croisade; Gènes ensuite s'empara du commerce de la mer Noire; les étrangers purent disposer de la capitale elle-même de Tempire, qui était devenue une ville cosmopolite. L'Europe occidentale remportait ainsi sa première victoire économique et c'était sur l'Orient, en attendant le jour plus lointain où elle dirigerait le commerce du monde.
Si l'empire byzantin commit des fautes au point
de vue économique, il n'en est pas moins vrai
qu'il fit souvent des efforts pour développer sa
prospérité économique. Après la conquête arabe,
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