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CHAPITRE PREMIER ÉVOLUTION RELIGIEUSE ET MORALE

I. Évolation religieuse. — Établissement du christianisme. — Lutte du christianif me contre la philosophie grecque, le paganisme et le judaïsme. — Luttes intestines du christianisme : 1** luttes relatives à la nature de Jésus-Christ ; 2*^ luttes provoquées par le retour de l'Église chrétienne au polythéisme ; 3* dispute sur la lumière du Mont-Thabor. — Luttes contre les sectes qui voulaient concilier le christianisme et la doctrine de Zoroastre. — Sentiments religieux et superstition du peuple byzantin. — Propagation de la religion chrétienne byzantine en dehors de l'être social byzantin. — II. Évolution morale. — Développement de l'individualisme. — Énergie des populations. — Développement des sentiments de charité. — Immoralité des Byzantins. — Vanité des grands. — Le peuple des grandes villes.

Etablissement du christianisme. — La formation <le rctnpire romain contribua puissamment chez

les peuples du monde médiierranéen à Faccéléralion de révolutiou religieuse, à runification reli- {{ieuse et à la transformation du polythéisme en monothéisme.

Dans Tantiquité, les religions polythéistes de rOrient du monde méditerranéen comprenait deux grandes catégories bien distinctes : le polythéisme arien qui reposait sur Texistence de la cité, et le polythéisme sémitique qui n^était nullement basé sur celle-ci.

Dans la cité arienne, les dieux faisaient partie intégrante des deux collectivités : la cité et la famille ; les fêtes de la première d'entre elles étaient à la fois religieuses et politiques; celles de la seconde étaient à la fois religieuses et familiales.

Les dieux, faisant en quelque sorte corps avec la cité elle-même, ne pouvaient pas être imposés par une cité victorieuse à la cité qu'elle avait vaincue ; aussi les conquérants grecs et romains firentils preuve d'une grande tolérance religieuse ; ils respectèrent les dieux locaux; même Alexandre participa aux fêtes religieuses des peuples qu^il soumit.

Les religions polythéistes du monde méditerranéen n'eurent donc aucune sorte d'animosité entre elles; bien plus elles fusionnèrent entre elles.

Par suite de la fondation de grands empires, empire d'Alexandre, puis empire romain, la destruction de la cité religieuse suivit celle de la cité politique; le particularisme religieux de la cité s'affaiblit peu à peu; les relations qui s'établirent

entre les différents peuples du monde méditerranéen montrèrent à ceux-ci que les mêmes dieux étaient adorés partout, bien que portant des noms différents, et les Séleucides et les Lagides cherchèrent à helléniser les reli^^ions syrienne et égyptienne, en assimilant les dieux de la Syrie et de rÉgypte aux dieux grecs similaires.

Sous Tempire romain, à la centralisation administrative s'ajouia la centralisation religieuse ; Rome, devenue la capitale politique du monde méditerranéen, devint en quelque sorte le musée de toutes les divinités de Tempire et en particulier des divinités orientales (1).

La fusion des religions polythéistes de Tempire romain et leur réunion dans un même centre, jointes à la conception d^un dieu supérieur aux autres dans toutes les religions polythéistes et à la concentration de la direction politique du monde méditerranéen entre les mêmes mains, amenèrent Téclosion de l'idée monothéiste dans le monde méditerranéen. Mais tout d'abord cette idée fut longtemps vague, flottante, imprécise et subjec* tive; certains monothéistes qui voulaient s'éloigner le plus possible du polythéisme donnaient à cette

(1) Vetpttien introdaisit à Rome SérapU ; les myitères d'Éleutit furent célébrée à Rome par Hadrien. Caracalla patronna le culte dlsii; Élé({abal, Aleiandre Sévère proposèrent au sénat de mettre le Christ au rang des dieui; Alexandre Sévère admit dans 8.1 chapelle tous les cultes { on y vit les statues d'Abraham, d'Orphée et de Jésus-Christ; après avoir battu Zénobie, Aurélien dédia au Soleil un temple, dans lequel il plaça les images de Relus et du Soleil qu'il avait rapportées da Palmyre.

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idée la dénommalion de « Divinitas » y tandis que d'autres qui désiraient manifester extérienrement leur idée l'appelaient Sérapis ou Mithra, Apollon ou le Soleil, donnant la préférence à celui-ci , qui devint ainsi la grande divinité des troisième et quatrième siècles.

Les monothéistes sentaient la nécessité de donner à leur idée une forme objective, extérieure, déterminée, immuable et facilement compréhensible, en un mot de fonder une religion.

La philosophie grecque, dont les conceptions monothéistes n'étaient accessibles qu'à une élite, ne pouvait satisfaire à ces conditions; seule une croyance monothéiste simple basée sur la foi pouvait remplir celles-ci.

Cette croyance monothéiste existait dans une partie de l'empire romain; il suffisait qu^elle en sortit pour qu'elle se répandit et germât rapidement dans un terrain tout prêt à le recevoir. C'était le peuple juif qui était le dépositaire de la religion monothéiste, qui lui avait été transmise autrefois des sanctuaires d'Egypte par Moïse.

Jusqu'à Moïse, la doctrine monothéiste égyptienne avait été ésotérique, monopolisée par une caste sacerdotale dont les membres juraient de ne pas dévoiler les secrets de celte doctrine lorsquUls s'éloignaient du temple; aussi le peuple égyptien resta-t-il polythéiste et même fétichiste.

Moïse, prêtre d'Osiris, voulut répandre la doctrine monothéiste; il choisit à cet effet un peuple où l'idée monothéiste avait déjà posé des germes ;

ce peuple fert ht tribas de» Hébr^trt fixées^ alews en Egypte. Dar»^ lextfg ttôttthrettx royafges à traretaf îes désert», lesr HébrietJt âraterrt ecr l'îmagrtrtrtfan frarppée par rimmerxtîfé et raniformfté de Tespaee, et par la régularité des mouvements célestes cftfe la ptfreté du crel leur permettartt d'ôbserrer fectlement, ihr ùtsnent été aîrm amenés à ard mettre i'exwtence dVrt Etre suprême, Fexrsteftce d'Aeiohim, comme letfrs patriardties te leur avaient réréflée.

Afin âe facîKfer la âittusicm de la doctrine raroïKT^ ihéistc et arnn d^as^rer sa perpéttïîté, Mofte rédigées un Livre Êûirtt,

Mais 1er petfple jtrif, qui se coiisidérait comme le pettple de Dieu, comme appelé à la dommatroti du monde, comfisqcra le monothéisme et ne chercha pas à le propager.

Jésus-Christ, ponrsnivant Fœuvre de Mofse, voulut répandre dans le monde romain la doctrine monothéiste qui loi avait été apprise par les Esséniens. A cet effet, FI imprima i cette religion ttrt cnrractére nettement moral, basé sur la charité, s'assnrant ainsi en Palestine l'appui dés faibles et des pauvres qu'nn sacerdoce puissant et riche écrasait sous son despotisme.

Le christianismâ fat mal accueilli par les Syriens, mais il fut bien reçu généralement par les Grecs d*Orient, qui étaient peu attachés au paganisme ei qui avaient subi Pinfluence de la philosophie ffr^eqae. Gt Ace mu% Hellènes, le dftristMuiiMAe ne fat pat étotrffé ; il pnt naître. Ce fut ft Atrticche

et à Tarse qu'il commença à s'établir; de là, il se propagea rapidement dans le bassin oriental de la Méditerranée, dans les nombreuses colonies grecques qui avaient entre elles de fréquentes relations commerciales (1).

Il se répandit ensuite dans le reste du monde romain. Celui-ci était alors divisé socialement en deux catégories principales : les riches et les pauvres; les premiers avaient déjà leur dieu unique: Tempereur-dieu ; les seconds virent dans Jésus- Christ leur dieu unique, Thomme-dieu, homme bon, miséricordieux, dont la vie avait été toute de charité, qui s'élait sacrifié pour les pauvres et qui avait donné à ceux-ci Tespérance de trouver dans un autre monde la compensation aux soufiFrances subies dans ce monde. Certains faits vinrent confirmer les premiers chrétiens dans leur croyance en la mission divine de . Jésus-Christ et assurèrent la propagation de la foi chrétienne. Ce fut d'abord le spectacle des martyrs dont le courage indomptable, calme et serein, frappa vivement l'imagination populaire ; ce fut ensuite Tinvasion des Barbares et la chute de Tempire romain, qui semblèrent être l'effet de la vengeance divine contre les Romains païens, un des signes précurseurs de la fin du monde, de la descente de Jésus-Christ sur la terre

(i) On a vu que lorsque Constantin reconnut le christianisme, c'était en Orient que cette religion était le plus prospère et qu'elle comprenait le plus d'adeptes, et que la puissance de l'Église en Orient fut une des raisons pour lesquelles il plaça en Orient le siège de l'empire auquel il voulait donner désormais un caractère civil.

et de la venue prochaine du royaume des cieux, que Jésus-Christ avait annoncée.

Au début du quatrième siècle, le christianisme était suffisamment répandu, surtout en Orient, pour que Constantin fût forcé de reconnaître cette religion; mais il ne devint religion d'État que plus tard.

Lutte du christianisme contre la philosophie grecque. — Le christianisme se trouva en présence d'une philosophie : la philosophie grecque ; d'une religion polythéiste : le paganisme, et d'une religion monothéiste : le judaïsme.

Lors de l'établissement du christianisme, la philosophie grecque s'était réfugiée à Alexandrie, où elle formait l'école néoplatonicienne; elle était devenue éclectique; elle cherchait à concilier Pythagore, Platon, Âristotc et Zenon; située à proximité du monde juif et égyptien, elle s'était imprégnée de judaïsme et d'ésotérisme égyptien. Elle était devenue panthéiste, et considérait la mortification de la chair et la purification de Tàme comme le seul moyen du salut de l'àme. Le but qu'elle poursuivait était de fonder une religion et une morale universelles.

Sous Ammonius et Plotin, elle conserva la neutralité entre le paganisme et le christianisme qu'elle regardait comme un regrès philosophique, comme compromettant la cause du spiritualisme par l'admission de certains dogmes, entre autres ceux de la création du monde et de la résurrection des corps.

L'animosité de l'école néoplatonicienne contre le christianisme ne perça que sous Constantin qui,

1«« L'ÊMrfKB UTZAIiril»

ponr farorîjer le dérelappemeot da christîattîsme, abolit le Iraitementde pltirierors prof es^etf rs de philosophie * Athènes, édicla !a destnrcêîo» âe^ ëcrks de Porphyre et flétrît les sectateurs d'Arins. Le née^platonisme menacé chercha à résister en s'appayant alors sur Taneienroe religion. Au début, tout ens^alliantau pagani8me,iïcoft8errases croyances; mais par la suite il fut peu à peu envahi par le paganisme. Jambliqtie se fit païen, et 6nale»eflt le rituel païen fut accepté par les néoplatoniciens.

Lorsque Julien arriva «frrr le trône imrpérial, le néoplatonisme releva la tête r cet emperetftr défendit atux adeptes dtt christianisme d^en^efî^er dans les écoles de grammaire et de rhétorique. Mais sous les succe^setnrsf de JuJîen le eferiatianisme, triomphant de plus en plus, le néoplatonismre derint une simple école de philosophie reli* gîetfse. Talentînien et Valens le persécutèrent; en 415, à Instigation de saint Cyrille, fut massacrée à Alexandrie Hy pâtre, la fille d'un mathématicien qui enseignait à Athènes et à Alexandrie la philo" Sophie de Platon et celle d*Aristote ; cet érénement hâta le déclin de l'école d'Alexandrie; celle-ci n'eut plus ensuite à sa tête qxte des professeurs obscurs et, à la fin du cincpiième siècle, ses auditoires étaient vides.

Mais si le néoplatonisme barssafit afnsi fortement à Alexandrie, il se reîevaft bvinamment à Athènes. L'école d'Athènes, qui avait été p^n ffoTissanfejtrsqu'à l'invasion d*Alaric, se dévefoppa ensnîCe et eWeftr hon accoeiï an né(i>pïatoT*isnie d'Alexandrie,

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malgré les teintes de religions orientales dont il s'était imprégné. Arec Proelus, Técole d'Athènes proposa dix^-kini arguments contre la doctrine cbré^ tienne sur la création du monde. Elle cherdia, de ploSy à concilier la- philosophie et la religion païenne; elle prétendit qne toutes deux étaient basées snr les mêmes croyances et qu'elles ne différaient entre elles qne par la façon dont elles exprimaient celles-ci ; la première était l'idée^ la seconde le spnbole. Les rites n'étaient qne des formalités préalaUes^ ayant pour bot de préparer l'àme à la contemplation, par laqndle elle s'élevait à la sonrce infinie de Tétre et participait à la soureraine félicité; au sixième siècle, Olympiodore disait qne la philosophie et la mythologie avaient une parfaite analogie entre elles. Eln s' efforçant ainsi d'associer la philosophie et le paganisme, l'école d'Athènes risquait soit de tomber dans la philosophie pure, soit de retourner au paganisme.

Sauf Zenon, les empereurs d'Orient ne montré^ rent pas généralement trop de rigneorà l'égard des néoplatoflueieiis; «ais des déieetîoiis se produisirent parai cseux-ci, certains devinrent chrétiens ; de plus, le goét de la Grèce pour la pAiilosopbie se perdit pen à pea et ce fut an milieu de l'indiffé* rcace gésérale qne Jostinien ferma Técole d'Athènes (1) (5â»).

(i) Sept philosophes de cette école se réfugièrent auprès de Chosroès; désabusés par les mœurs des Perses, ils revinrent dans Tenipire, mais Ghosroès, dans un traité qu'il sîgn» a^ee Jmtinien, stipula qu'ils ne seraient pas persécutés.

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Lutte du christianisme contre le paganisme, — Quant au paganisme, il était encore bien vivace, surtout en Occident, lorsque le christianisme (ut reconnu par Constantin; bien que les Romains n eussent plus grande foi dans les dieux, le peuple était fortement attaché aux cérémonies païennes et les classes élevées désiraient conserver Tancienne religion, pour s'en servir comme moyen de gouvernement. Aussi, jusqu'à Théodose I*% les empereurs chrétiens, tout en prenant certaines mesures contre le paganisme en vertu de leur autorité religieuse (1), ne persécutèrent pas généralement d'une façon très rigoureuse le paganisme et ils continuèrent à porter le titre de souverain pontife.

Constantin n'enleva au paganisme aucun de ses privilèges et s'il fit élever à Constantinople une église aux Saints Apôtres, il y fit bâtir aussi un temple à la mère des dieux Bhéa et fit dresser sur une place de la nouvelle capitale l'image de la Fortune romaine.

Si Constance et Constant édictèrent des lois contre le paganisme et si Constance, devenu le seul maître de l'empire, fit fermer les temples païens et menaça par un édit (2) de la peine de mort quiconque serait convaincu d'avoir participé à des sacrifices ou d'avoir adoré des idoles, toutes ces mesures ne furent que peu suivies d'exécution et le paganisme fut en réalité toléré.

(1) Voir p. 21.

(2) Édtt de 356.

Avec Julien le paganisme releva la tête; cet empereur donna les revenus de TÉglise aux pontifes, permit à ceux-ci de recevoir des libéralités et de tenir des écoles ; les légions d'Occident retournèrent alors au paganisme; mais celles d'Orient restèrent fidèles au christianisme.

A la mort de Julien, les païens passèrent en Orient un moment terrible ; mais Jovien arrêta les violences populaires et, pendant les quelques mois qu'il régna, il fit preuve de tolérance vis-à-vis des païens, bien qu'avec lui eût lieu la victoire décisive du christianisme.

Valens et Yalèntinien I*^ ne persécutèrent pas les païens, quoique ces deux empereurs confisquassent au profit du fisc les terrains que Julien avait rendus aux temples ; mais cette mesure ne semble pas avoir été dirigée particulièrement contre le paganisme, elle semble avoir été édictée dans le but d'enrayer le développement des biens de mainmorte, car Valens combattit le monachisme et Valentinien défendit au clergé de recevoir des dons testamentaires.

Gratien permit aux païens d'exercer leur culte. Mais le nombre des chrétiens continuait à croître particulièrement dans les villes et surtout en Orient; aussi à partir de Théodose I" les empereurs ne portèrent->ils plus la dignité de souverain pontife.

En Orient, Théodose voulut en finir avec le paganisme déjà bien affaibli. Il supprima les revenus des temples, de leurs prêtres et des vestales; il

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abolît les allocalîons des £étes publiques, où sous le prétexte d'assemblées de plaisir on faisait des sacrifices; en 392, il défendit par un édit non seulement les sacrifices, mais encore tous les actes d'idolâtrie. Dans ces différentes mesures contre le paganisme en Orient, il fut aidé par les éréques et principalement par les moines, qui yeillèrent à lexécution des édits impériaux; entraînés par leur ardeur religieuse, les membres du clergé chrétien d'Orient dépassèrent les instructions de lempereur: ils allèrent jusqu'à détruire des temples, bien que Théodose ne l'eût pas ordonné; mais celui-ci ferma les yeux sur ces persécutions religieuses.

En Occident, le paganisme fut beaucoup plus tenace qu'en Orient; il trouva d'ardents et de solides défenseurs dans le sénat de Rome. Gratien ayant fait enlever la Victoire sur l'autel de laquelle les sénateurs prêtaient serment, le sénat dont la minorité était chrétienne envoya successivement quatre députations à Gratien, Yalentinien P% Théodose l" et Yalentinien 11 pour en demander le rétablissement.

Lorsque Théodosc I" devint le seul maître de tout l'empire, il n'osa faire appliquer en Occident son édit de 392 et ce fut seulement par la crainte que cet empereur parvint à faire voter par le sénat la substitution de la religion chrétienne à celle de Jupiter comme religion des Romains.

Les fêtes des lupercales, fêtes de la fécondité des animaux et des végétaux, subsistèrent à Rome jusqu'ù la fin dn cinquième siècle, époque à laquelle

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elle« lurent supprimées par le pontife romain.

Si en 40S, Ion du premier liège de Borne par Alaricy le «énat reluM de participer aux sacrifices païens pour sauver la capitale, en 537, lors du siège de Borne par les Goths, ou ouvrit encore le temple de Janus.

En Orienti Arcadius, au début de son règne, fit preuve de tolérance vis-à*vis des païens ; il ne toucha pas à leurs temples ; il laissa des privilèges en Asie aux prêtres chargés de pourvoir et de présider aux jeux publics et invita même les magistrats à assister à ces fêtes ; il interdit cependant les spectacles publics rattachés au paganisme le dimanche et les jours de fêtes chrétiennes.

Par suite de la modération de cet empereur visà-vis du paganisme, les Goths, convertis au christianisme, trouvèrent lors de leur invasion en Grèce des auxiliaires parmi les moines ; ceux-ci les aidèrent à détruire les monuments grecs, en particulier ceux d'Eleusis.

Arcadius ne put résister longtemps aux sollicitations pressantes du clergé chrétien contre le paganisme; en 399, à la demande de Ghrysostome, il ordonna la démolition des temples.

Dès lors, les empereurs d'Orient se montrèrent impitoyables vis-à-vis des païens. Théodose II, le premier, exclut des charges les non-chréliens ; Marcien défendit le mariage avec les païens ; Léon 1*' exclut à jamais du barreau et de toute fonction judiciaire celui qui n'avait pas reçu le baptême de l'Église catholique. Zenon et Justinien

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pcrséculèrcut les païens; Justinien donna les biens des païens aux orthodoxes et les déclara inhabiles à recueillir des successions et des donations; il édicta que celui qui voulait s'enrôler dans Tarmée serait obligé de jurer devant trois témoins, sur les saints Évangiles, qu'il était chrétien; on découvrit et on convertit 70,000 païens en Asie, en Phrygie, en Lydie et en Carie et on bâtit quatre-vingt-seize églises pour ces néophytes.

Le paganisme, qui déclinait très fortement en Orient depuis Théodose II, fut à peu près complètement détruit sous Justinien; aussi les chrétiens ne montrèrent- ils plus désormais d'animosité contre l'ancienne religion. Après le milieu du septième siècle, on ne trouve plus d'écrits contre elle; même les Basiliques renfermèrent des décrets pour la conservation des temples comme monuments publics.

Le paganisme subsista néanmoins dans certaines parties du sud de la péninsule des Balkans. Les populations! des montagnes de l'ancienne Grèce conservèrent encore longtemps leur ancienne religion hellénique ; les Grecs de la Hellade s^étaient d'ailleurs montrés toujours réfractaires à l'admission de religions étrangères, ne faisant exception que pour les divinités égyptiennes et principalement pour les divinités d'Asie, qui furent introduites de bonne heure en Grèce ; ils avaient mal accueilli l'apôtre Paul; au neuvième siècle, les Maïnotes en Laconie adoraient encore Vénus et Neptune ; ils furent soumis au baptême par Ba-

sile P% qui les subjugua. Au même siècle, le paga* nisme existait encore chez les tribus slaves dé Macédoine et du Péloponèse, et au treizième siècle il subsistait encore chez les vieilles populations du Magne et du Pinde.

Lutte du christianisme contre le judaïsme, — Lorsque le christianisme se propagea dans le monde romain, le judaïsme, bien que comprenant un nombre relativement restreint de sectateurs, était assez répandu dans le monde méditerranéen ; la captivité de Babylonc et beaucoup plus tard la dispersion qui suivit la ruine de Jérusalem amenèrent la création de nombreuses colonies juives. Les Juifs n'ayant jamais fusionné avec les populations chez lesquelles ils étaient établis, leurs colonies conservèrent leur physionomie et leur esprit primitifs ; les Juifs étant avec les Grecs et les Syriens les grands commerçants du monde grec-romain, les relations entre ces colonies étaient fréquentes. En Orient, sous Tempire romain, il y avait de nombreuses colonies sur les bords de TEuphrate, jusqu'en Arménie et en Egypte; à Alexandrie, au cinquième siècle, la colonie juive comprenait 40,000 habitants. En Occident, c'était à Rome qu'était la colonie juive la plus importante.

Les Juifs furent persécutés par les empereurs romains païens, non pas en tant que sectateurs d'une religion différente de la religion romaine, mais en tant que peuple qui, se croyant peuple de Dieu et par suite appelé à la domination universelle, refusait de se soumettre à Rome. Mais après

les persécutions des Flavîens et des Antonius, les Hébreux, dans les derniers temps du paganisme, jouirent d'une tolérance qui leur permit de rédiger le Talmud. Même Tempëreur Julien songea à reconstituer le temple de Jérusalem et à rendre aux Juifs leur ancienne cité ; mais il ne parvint pas à réaliser ce projet.

Au début de rétablissement du christianisme, les chrétiens se rapprochèrent des Juifs, mais ensuite ils s'en éloignèrent peu à peu et réclamèrent qu'on usât de rigueur à leur égard.

Cependant les Juifs ne firent presque jamais de prosélytes; ils n'eurent des adeptes que chez les Khazars au dixième siècle et dans l'élite de ce peuple seulement.

Pour satisfaire aux désirs des chrétiens, les empereurs chrétiens persécutèrent généralement les juifs en tant que sectateurs d'une religion hérétique.

Sous les empereurs chrétiens, Jérusalem ne fut accessible aux Juifs que moyennant un tribut élevé et qu'après de cruelles humiliations.

Sous Théoduse ï", saint Ambroise considérant que la tolérance du judaïsme était une persécution contre la religion chrétienne, l'empereur dut rendre des édits contre les Juifs.

Sous Zenon et Justinien, les Samaritains se révol- Icrent; Justinien persécuta les Juifs, les força à célébrer Pâques le même jour que les chrétiens, et interdit le mariage entre chrétiens et Juifs. Phocas voulut les convertir au christianisme ; aussi se sou-

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levèrent-ils fréquemment. Iléraclius les chassa de Jérusalem; aussi, lorsque sous cet empereur Ghosroès attaqua Tempire grec, les juifs furent-ils pour les Perses de précieux auxiliaires (1)^ et lorsque plus tard les Arabes envahirent la Syrie et TÉgyptc, les juifs de ces deux provinces leur firent-ils bon accueil. A la fin du neuvième siècle, les empereurs Basile I*' et Léon VI persécutèrent encore les juifs dans Tcmpire byzantin.

Toutes les mesures prises par les empereurs d'Orient et byzantins contre les Juifs furent à peu près vaines; le christianisme ne triompha donc pas du judaïsme comme il triompha de la philosophie (grecque et du paganisme ; c'est que le judaïsme étant comme le christianisme une religion monothéiste, les Juifs étaient donc au même stade de i'évolufion religieuse que les chrétiens ; ils étaient donc irréductibles.

Luttes intestines du christianisme, — Fa\ Orient, le christianisme eut non seulement à combattre la philosophie grecque, le paganisme et le judaïsme, mais il eut à subir des luttes qui Taffaiblirent beaucoup plus : des luttes intestines.

La doctrine chrétienne née au milieu du peuple juif, sur les confins du monde grec, égyptien et perse, avait emprunté aux juifs leur Bible, à la philosophie grecque (2) ses idées fondamentales, à

(1) Loi Juifs fourniront u Chusroèi un corps du vingl-Mx iiiiJIo lioumoi pour l'aidor ù conquérir Jériualcm.

(2; £l)o empruntait entro autroi à la philoiopliie grecque riucarnniioR tic» àmc» cl leur immorialitô.

la religion égyptienne (1) et à la religion de Zoroastre (2) leurs dogmes principaux; elle était donc le dernier terme de Téirolution religieuse occidendalc d'alors.

Cette compréhensivité de la religion chrétienne ne présenta tout d'abord pour celle-ci que des avantages ; elle lui assura un gr^nd nombre d'adeptes, imbus de principes de religions monothéistes antérieures; les difficultés qu'avaient les chrétiens, sous les empereurs païens, de se réunir empêchèrent de fixer le dogme et leur permirent d'interpréter la doctrine chrétienne suivant leurs inclinations particulières.

Mais lorsque plus tard les adeptes du christianisme voulurent préciser le dogme, la compréhensivité de la nouvelle religion présenta de nombreux inconvénients : les sectateurs du christianisme cherchèrent à concilier les Évangiles avec leurs croyances antérieures; ils les interprétèrent par suite différemment et des scissions se produisirent dans l'Église chrétienne. Ces scissions commencèrent à se former peu après la reconnaissance du christianisme par Constantin.

(i) Elle empruntait entre autres à la religion égyptienne la Trinité que Jcsus-Clirist avait apprise par les Esséniens.

{%) A la doctrine de Zoroastrc»clle empruntait la lutte da bien et du mal : les bons anges soui la conduite^ de Tarchange saint Michel, les mauvais sous la direction de Satan; elle lui empruntait encore les anges gardiens qui correspondaient aux ferouers, l'énoncé des péchés capitaux, la confession des péchés, le repentir du pécheur, la résurrection des corps, le jugement dernier, Tenfer et le paradis.

Jusqu^alors runion des chrétiens s'était maintenue noii seulement par suite de la difficulté qu'avaient les chrétiens de s'assembler et de communiquer entre eux, mais aussi par suite de la lutte qu'ils avaient eue à soutenir.

Lorsque avec Constantin le christianisme triompha, les chrétiens ne sentirent plus la nécessité de s'unir, et des sectes séparatistes naquirent bientôt à la suite des assemblées générales ou conciles qu'ils pouvaient désormais tenir.

Dès que l'Église chrétienne fut reconnue par Constantin, elle sentit la nécessité de fixer le dogme. Les idées chrétiennes étaient alors bien vagues chez la plupart des chrétiens ; beaucoup, aux troisième et quatrième siècles, confondaient le soleil et le Christ; Constantin, en reconnaissant l'Église chrétienne, avait eu surtout en vue la création d'une Église fondée sur le culte d'un seul Dieu et non sur le culte de Jésus-Christ.

Des scissions s'étaient déjà produites au sujet des rapports de filiation entre le judaïsme et le christianisme. Certains, les Ébionites (1), regardaient Jésus-Christ comme le Messie, mais continuaient à pratiquer les cérémonies de Moïse, dont la loi ne pouvait jamais être abolie.

D'autres, les Gnostiques (2), prétendaient au

(i) Les Ébionites eurent pour centre Bœrée, aujourd'hui Alep, en Syrie ; leur secte se perdit au quatrième siècle.

(2) La secte des Gnostiques eut pour fondateurs des habitants de la Syrie et de l'Egypte; elle se divisa peu à peu en plus de cinquante sectes particulières. Les Gnostiques se répjmdireot tout

contraire que Dieu n'ayait jamais institué la religion juive; ils ne reconnaissaient donc ni Moïse ni les prophètes.

Kn Orient, les réunions de conciles amenèrent de violentes discussions et la formation de sectes séparatistes; les Grecs, qui étaient d'une culture intellectuelle assez élevée, cherchèrent à baser les dogmes sur la raison.

Les luttes entre orthodoxes et hérétiques furent beaucoup plus violentes qu'entré chrétiens et païens; les sectes séparatistes, dont la formation empêchait Tunité religieuse, par suite de Tadoption de dogmes peu différents de ceux de Torthodoxie, excitèrent beaucoup plus la fureur des orthodoxes que les religions dont les dogmes étaient très éloignés de ceux du christianisme. Certains empereurs d'Orient, en vertu de leur autorité religieuse, secondèrent les efforts des orthodoxes contre les hérétiques en persécutant ceux-ci.

En Occident, la situation religieuse ne fut pas la même; les peuples qui habitaient l'Occident, surtout après l'invasion des Barbares, étaient d'esprit simple; ils ne cherchèrent pas à approfondir les dogmes de la religion chrétienne; ils édifièrent celle-ci sur la foi que venait fortifier leur imagination excitée par l'éloignement du lieu de naissance du christianisme; l'Église, qui était déjà imprégnée

d'abord rapidement, surtout en Asie et en Egypte; ils s*établireDt à Rome. Ils passèrent par leur apojrée au troisième siècle, puis déclinèrent an quatrième siècle et finirent par disparaître au cinquième siècle*

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de l'esprit romain, en profita pour devenir dogmatique et autoritaire, appelant mystères les dogmes queia raison ne pouvait comprendre et défendant aux chrétiens de chercher à en déterminer la signification.

Toutes les décisions des conciles en matière de dogme étaient promulguées par l'empereur, comme leurs décisions en d'autres matières religieuses (1) ; les empereurs en assuraient aussi l'exécution en employant au besoin la force. Les conciles n'étaient pas les seuls organes autorisés à fixer le dogme ; l'empereur, en vertu de son autorité religieuse, avait le droit de décréter des dogmes ; mais ces dogmes ne pouvaient l'être sans le consentement de l'Église ; ils ne devaient pas être non plus des dogmes fondamentaux qui ne pouvaient être établis que par un concile, que d'ailleurs l'empereur pouvait présider. Généralement, les empereurs cherchèrent dans leurs décisions en matière de dogme à apaiser les esprits, à établir une transaction religieuse entre les différents partis religieux pour maintenir la paix intérieure et pouvoir ainsi faire face aux ennemis de l'empire (2).

l* Luttes relatives àla nature de Jésus-Chrisi. — Les questions de dogmes qui soulevèrent le plus de

(1) Voîr p. 26.

(î) C'est ce que firent Héraclius et Léon l'Isaarien, qui avaient à faire face à det ennemis redoutables. On a tu à rÉYolntion de * Église que i«»s pontifes romains contrecarrèrent le* empereurs Jans leur œuvre d*apnisement, pour affaiblir Ti-^lise d'Orient par ^es disiensions intérieures.

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passions furent celles qui reposaient sur la nature à attribuer à Jésus-Christ.

Avant même que la reconnaissance du christianisme permît aux chrétiens de délibérer sur ces questions, le caractère humain seul et le caractère divin seul donné à la nature de Jésus-Christ avaient eu chacun ses partisans.

La nature humaine seule de Jésus-Christ avait été admise par les Ébionites; ceux-ci reg^ardaient Jésus-Christ comme le plus grand des prophètes, mais ils lui déniaient toute existence antérieure et toutes perfections divines.

La nature divine seule, de Jésus-Christ avait été reconnue par les Gnostiques ouDocètes; ils prétendaient que Jésus-Christ n'était pas né d'une vierge; que c'était un fantôme divin descendu sur les bords du Jourdain, de forme humaine, mais d'une substance d'essence divine ; il ne possédait pas par suite les imperfections de la matière et était incorruptible ; il n'avait donc pas pu souffrir sur la croix.

Le christianisme ne pouvait accepter aucune de ces deux solutions.

Admettre la nature humaine seule de Jésus- Christ, (^'était considérer Jésus-Christ simplement comme un prophète, tout au plus comme un dieu; il n'aurait donc pas pu éclipser les anciens dieux; c'était le maintien du polythéisme.

Admettre la nature divine de Jésus-Christ, c'était ne voir en lui que Dieu lui-même, c'était adhérer au monothéisme pur, c'était aboutir à une solution philosophique, c'était renoncer à fonder une reli-

glon; radoplion de cette solution aurait été d'autant plus vouée à un insuccès que révolution religieuse n'était pas encore assez avancée pour que le monothéisme pur pût s'établir; les esprits étaient encore trop imbus d'idées polythéistes.

C'était donc dans les deux cas l'échec du christianisme. ]I fallait trouver une solution qui permît d'associer en même temps les deux natures de Jésus- Christ, sans faire prévaloir l'une sur l'autre, sans que l'équilibre ne fût rompu au profit de l'une d'entre elles, ce qui aurait conduit fatalement ù n'admettre qu'une seule nature. Le problème était insoluble; aussi, malgré les solutions qu'il reçut, il resta toujours ouvert et les discussions à son sujet, éteintes parfois, reprirent souvent. Cette question de la nature de Jésus-Christ suscita des passions d'autant plus violentes en Orient qu'elle était, d'après ce qui précède, la pierre angulaire sur laquelle reposait tout le christianisme et qu'elle fut posée en Orient devant des esprits philosophiques.

Elle fut discutée par les conciles à propos de leurs délibérations sur la Trinité et l'Incarnation. La question de la Trinité fut soulevée par Arius, peu de temps après la reconnaissance du christianisme par Constantin.

Depuis longtemps, les chrétiens non initiés à la doctrine ésotérique du Verbe divin, qu'avaient enseignée les prêtres d'Osiris en Egypte et que les Ksséniens (1) avaient apprise à Jésus-Christ, cher-

(1; Les E^séniens lui avaient appris ces expressions à Engaddi,

202 1/EMPIRK BYZANTIN

rhaient en vain à s^expliquer les expressions de a le Père », « le Fils de Dieu » , a l'Esprit de Dieu V et les rappports qnî les unissaient.

Lorsque Arius porta la question de la Trinité devant le monde chrétien, trois systèmes principaux se trouvaient en présence ; c'étaient : !• TArianisme; 2* le Trilhéisme ; 3* le Sabellianisme.

D'après le premier système, le Fils avait été créé par le Père; sans être éternel comme le Père, la durée de sa vie était infiniment grande ; son esprit était celui du Père et il était soumis aux volontés de son Père; c'était lui qui avait créé le monde ; c'était lui le Verbe créateur, qui venait quelquefois sur la terre. Le Fils était donc inférieur à Dieu etil n'était que l'instrument de Dieu ; par suite, cette solution conduisait au monothéisme pur.

D'après le second système, l'essence divine était composée de trois esprits ou substances distinctes égales et infinies, mais agissant perpétuellement d'accord, prouvant par là l'unité d'une première cause. L'adoption de cette solution menait vite au polythéisme.

D'après le troisième système, la Trinité ne comprenait pas trois êtres réels et substantiels, mais trois attributs parfaits, tirant d'eux-mêmes la nécessité de leur existence. Le Fils n'était autre que la sagesse de Dieu par laquelle et non par qui le monde avait été créé ; c'était cette sagesse divine

»ur la mer Morte, où ils avaient en Palestine leur centre principal; les Ësséniens d'Ëngaddi correspondaient avec les Es^cniens du bord du lac Maoris, où était leur centre principal d'Egypte.

ÉVOLUTION RELIGIEUSE èOl

qui avait inspiré l'àmc et dirigé les aetionsdu mortel Jésus. Jésus-Christ n^avait donc été qu'un être humain, dont Dieu avait fait son instrument. Avec cette solution, on aboutissait au monothéisme pur.

Les trois systèmes principaux proposés au monde chrétien pour résoudre la question de la Trinité conduisaient donc soit au monothéisme pur, soitau polythéisme; par suite, ils ne pouvaient pas satisfaire les idées du christianisme.

Le concile œcuménique de Nicée, réuni en 325, pour trouver une solution adéquate, proclama Vhomoousioriy c'est-à-dire la consubstantialité du Père et du Fils, faisant ainsi une sorte de compromis entre le monothéisme et le polythéisme.

Cette solution laissait la porte ouverte à de nouvelles discussions et TArianisme subsista. La lutte entre Ariens et Orthodoxes reprit plus violente que jamais quelques années après le concile de Nicée, lorsque Athanasc, évéque d'Alexandrie, refusa d admettre Anus dans la communion catholique (1). Des désordres fomentés par les moines éclatèrent dans les grandes villes qui possédaient un parti arien et un parti orthodoxe, et par suite un évéque arien et un évéque orthodoxe.

D'une manière générale, TArianisme et TOrlhodoxie sa partageaient les patriarcats de la façon suivante : à Jérusalem, Antioche et Conslantinople, les Ariens étaient plus puissants que les Orthodoxes;

(i) On a vu, k rÉvolotion de l'Église, qae ces lattes eurent beaucoup plus pour raison des questions de souveraineté religieuse que des questions de dogme.

20ii L'EMPIRE BYZANTIN

à Alexandrie, les Ariens et les Orthodoxes étaient à peu près d^égale force ; à Rome, TOrthodoxie remportait de beaucoup sur TArianisme; mais en Occident le clergé, sans doute peu habitué aux subtilités théologiques, ne sembla pas avoir son opinion faile d'une façon immuable sur TArianisme (1).

Quant aux premiers empereurs, ils furent plutôt favorables à TArianisme.

Constantin hésita entre TArianisme et l'Orthodoxie, prenant parti tantôt pour l'un, tantôt pour l'autre; mais Constance priva les Homoousiens de l'exercice de leur religion, et, à la suite des conciles réunis au sujet d'Athanase, il proclama la ressemblance sans exprimer la consubstantialité du Fils de Dieu.

Valens défendit aussi l'exercice de leur religion aux Homoousiens.

Maïs avec Théodose I*', l'Arianisme fut violemment attaqué par l'autorité impériale. Cet empereur fit céder Sainte-Sophie et toutes les églises de Constantinople aux Orthodoxes, et il publia plus de quinze édits contre les hérétiques, leur défendant de se réunir et de remplir des fonctions. Ses persécutions contre les Ariens furent une des causes de la sédition d'Antioche de 387. Théodose 1" parvint à obtenir la conversion del'em-

(1) L'évêque de Borne prît p.nrtî pour Athanase, mais les roninles d*Arlcset de Milan (353-355) le condamnèrent. Au concile de Himini (360), les évêrjues d'Occident signèrent une déclaration entachée d'Arianisme; mais lorsqu'ils furent de retour dans leurs diocèses, les évoques des provinces latines s'aperçurent de leur méprise et se prononcèrent pour l'homoGusion. ,

pereur d'Occident, Yalentinien II, à l'Orthodoxie.

Arcadius favorisa les Ariens, mais Théodose II prit des mesures contre eux.

D'ailleurs TArianisme déclina fortement à partir de Théodose I'^ Cela résulta non seulement des mesures que cet empereur prit contre lui, mais surtout de ce que les préceptes de cette doctrine, imprégnés de philosophie, étaient trop subtils et ne pouvaient être compris des âmes simples. L'Ortho* doxjc, au contraire, qui ne faisait appel qu'à la foi, s'emparait plus facilement des esprits.

11 y eut néanmoins quelques Ariens encore longtemps en Orient; au sixième siècle, Justin P' les persécuta, leur interdisant l'exercice de toute fonction publique; il y eut cependant, pendant quelque temps, exception pour les Goths fédérés, Ariens qui fournissaient des militaires à l'empire. Avec Juslinien, ce privilège finit; cet empereur s'empara de l'or de l'église arienne que protégeaient les Goths ariens et que ceux-ci avaient bâtie à la suite d'une demande adressée par le Goth Gainos en 400 à l'empereur Arcadius pour leur service (1).

(i) En Occident, l'Arianisme eut des partisans nombreux pendant plus longtemps qu'en Orient. Les peuples barbares, sauf les Francs, avaient été convertis h rÂrianisuie avant leurs invasions dans l'empire; les Goths^ les Vandales, les Sucves, les Rour(>uignons, les flérules, les liombards furent ariens.

Ce fut à sa conversion ù l'Orthodoxie que Glovis dut ses sucées rapides en Gaule; il n'avait que six mille guerriers franc» lors de son baptême; tous les gallo-romains, les soldats romains, l'Église lui donnèrent leur appui.

L*Ananisme disparut chez les Barbares de 500 ù 7C0 ; en Gdule, les peuples barbares qui furent soumis par les Francs se conver«

20e L'EMPIRE BYZANTIN

Les discussions relatives à la deuxième personne de la Trinité ne tardèrent pas à s'étendre à la troisième personne. Même parmi les Orthodoxes qui admettaient la consubstantialité du Père et du Fils, il y en avait, comme la secte des Macédoniens, qui doutaient de la consubstantialité de la troisième personne. Cette question ne souleva pas d'ailleurs en Orient des passions aussi violentes que la ques* tlon relative à la deuxième personne de la Trinité,

Un concile se rassembla à Gonstantinople en 381 pour se prononcer sur la question; il fut déclaré que la divinité du Saint-Esprit était égale à celle des deux autres personnes; les Églises d'Orient considérèrent en outre que le Saint-Esprit procédait du Père seul; mais en 653 le concile de Tolède ayant établi que le Saint-Esprit procédait égale* ment du Père et du Fils, le Saint-Siège se rallia à cette solution, après avoir hésité pendant quelque temps.

En 869, lors de la réunion à Gonstantinople du huitième concile, qui déposa Pholius, les Grecs acceptèrent l'addition du Filioque^ mais ils se ravisèrent bientôt après (1).

En 1054, lorsque les légats du pape déposèrent sur l'autel de Sainte-Sophie un anathème contre les

lircnt à TOrthodoxie ; le roi des Visigotbs Récarède (586-589) 8*y convei-tit, et, en 653, le concile de Tolède compléta même le «yinbole de Nicée : il déclara que le Saint-Esprit procédait éf^aleincnt du Père et du Fils ; les Vandales et les Ostrogoiht te convertirent à rOrthodoxie après la destruction de leurs royaumes; les Lombards, en Italie, se convertirent à rOrthpdQxie çn 9QQf (1) Voir p. 40.

sept mortelles hérésies des Grecs, ils comprirent parmi celles-ci la non -adoption du Filioque.

La question du Filioque fut donc une cause de scission entre TÉglise grecque et TÉglise romaine, et non une cause de scission dans le sein de TÉglise grecque.

Elle fut souvent débattue entre Rome et Byzance, lorsqu^après le rétablissement de Tempire grec, en 1261, les empereurs byzantins cherchèrent à se rapprocher du pape pour avoir Tappui de l'Europe occidentale (I). Les plus modérés des prélats grecs furent partisans de l'addition du Filioque; mais l'échec des négociations amené par l'obstination des Grecs à ne pas reconnaître la suprématie du pontife romain entraîna la non-adoption du Filioque.

La question de l'Incarnation, autre face de la question de la nature de Jésus-Cbrit, fut soulevée peu de temps après celle relative à la deuxième personne de la Trinité. Elle engendra, au commencement du cinquième siècle, des guerres religieuses qui durèrent pendant cent ans (2), de Théodose II à Justinien I'^

Jusqu'à ce que celte question fût débattue devant les conciles chrétiens, l'Église admettait d'une façon générale l'unité des deux natures sans approfondir la signification de cette formule. Mais certaines

(1) Voir p. 53, 56, 57, 58|59, la question du Filioque se confondaDt avec celle de la suprématie du pontife romain.

(2) On a vu, à l'Évolution dfi l'Église, que ces (;uerres religieuse» eurent en réalité pour motifs beaucoup plus de questions de souveraineté religieuse que des questions de dogmes.

sectes n'adoptant pas cette solution s'étaient déjà formées.

Indépendamment de la doctrine anthropomorphite des Docètes, les doctrines hérétiques principales étaient celles de Cérinthe d'Asie et de celle d'Apollinaire. Cérinthe d'Asie, pour concilier la nature humaine et la nature divine de Jésus- Christ, séparait le Christ de Jésus; il prétendait que le Christ, le premier des éons, fils de Dieu lui-même, s'était incarné dans Jésus lors de son baptême et l'avait abandonné lorsqu'il avait été livré aux Juifs.

Apollinaire (I) admettait que Jésus-Christ avait une âme et un corps humain; mais s'inspirant de la philosophie grecque il enseignait que la nature divine du fils de Dieu avait tenu la place du vouç de l'esprit humain; de plus, entraîné par son désir de ne voir qu'une seule personne en Jésus-Christ, il prétendait que le corps de Jésus-Christ était venu du ciel impassible et incorruptible et qu'il nWait par conséquent souflFert qu'en apparence sur la croix.

Telles étaient les solutions principales données à la question de l'Incarnation quand elle fut posée au commencement du cinquième siècle devant les

(1) Apollinaire, évèque de Laodicée, était un ami d'Âthanase qui comb ittit les Ariens et les Polytlierstes; il mourut en 381.

Sa doctrine se répandit dans les monastères d'Ëf^pte; elle fut combattue par les chrétiens d*Asie et de Syrie, condamnée par rÉ{>lise cntbolique et proscrite par les empereurs. Les ApollinarÎRtes disparurent assez prompteraent ou furent absorbés par d'autres secte? analo^îues, surtout par les Monophysites et les Eutychéens.

KVOLCJTIOM RELIGIEUSE 20!!

conciles de TÉglise chrétienne, à propos des doctrines enseignées par Nestorius.

Cet archevêque de Constantinople prêchait Texistencc de deux personnes en Jésus-Christ et la séparation de la nature humaine et de la nature divine de Jésus-Christ; il n'admettait pas, par suite, Toxpression d'Homme-Dieu et celle de Mère de Dieu qui avait été attribuée peu à peu à la mère de Jésys-Christ, depuis Torigine de la controverse d'Arius. Ce fut saint Cyrille, archevêque d'Alexandrie, qui se mit à la tête des adversaires de Nestorius. Nestorius fut finalement vaincu (1) (435), et hi doctrine monophysile fut généralement adoptée par les Églises d'Orient. Celte doctrine se rapprochait de celle enseignée par Apollinaire; elle admettait une seule nature incarnée, tout en reconnaissant la réalité du corps de Jésus-Crist et par suite sa corruptibilité; elle accordait la prépondérance à la nature divine sur la nature humaine.

Quelques années plus tard, en 448, la doctrine d'Eutychcs, donnant plus d'extension aux principes sur lesquels reposait la doctrine monophysile, décla* raitquc le Christ n'avait pas tiré son corps de la su])stance de Marie et que son humanité avait été créée d'une substancedivine et incorruptible. C'étaitaboutir au Monothéisme pur. Aussi les discussions religieuses reprirent-elles bientôt avec violence (â), et les Nestoriens se réconcilièrent avec les Catholique^

(1) Voir p« 16.

(t) Voir p, 17.

contre les Monophysites, qui adoptaient une solution qui était tout Topposé du système des Nestoricns.

11 fallait trouver une solution intermédiaire entre la doctrine de Ncstorius qui admettait deux personnes et celle d'Eutychès qui n'admettait qu'une seule nature.

Ce fut le pape Léon qui la donna dans son tonic ou epître sur le mystère de Tlncarnation ; il déclara le Christ en une personne, mais en deux natures. Cette solution fut adoptée finalement par le concile de Chalcédoine (451).

Ce compromis entre les deux hérésies n'était qu'une formule ne pouvant satisfaire la raison; il maintenait l'équivoque et il ne pouvait éteindre les discussions religieuses sur l'Incarnation. Les Nestoriens et les partisans d'Eutychès dont les doctrines se trouvaient l'une en deçà, l'autre au delà du tome^ maintinrent leurs croyances. Les empereurs Marcien et Léon !•' appuyèrent par la force les décisions du concile de Chalcédoine, déchaînant ainsi les guerres religieuses dans l'empire et surtout en Egypte (1).

Après trente années de désordres, l'empereur Zenon voulut ramener le calme dans les esprits ; il chercha une formule qui pût satisfaire les différents partis religieux; en 487, il décréta, en vertu de son autorité religieuse, l'hénoticon ou édit d'union et obligea tous les évêques d'Orient à le signer, sous peine de dégradation ou d'exil.

(i) Voir p. 19 ' '

Cet acte prononçait anathèxne contre îîeslorius et £utychès et contre tous les hérétiques qui divisaient ou confondaient le Christ ou le réduisaient à un vain fantôme ; il ratifiait la doctrine de saint Cyrille, les conciles de Nicée, de Gonstantinople etd'Éphèse et réprouvait toutes les doctrines contraires, fr'il y en avait.

Il n'était donc pas question du concile de Chalcédoine; l'empereur ne prenait donc parti ni pour ni contre; mais comme les doctrines de ce concile avaient été défendues par les prédécesseurs de Zenon, il semblait tacitement favoriser les disciples d'£utychès; aussi Thénoticon obtint-il surtout l'approbation des Égyptiens, et les Monophysites purent s'emparer du trône patriarcal d'Ântioche.

Les autres partis religieux ne pouvaient être satisfaits de la solution donnée à l'Incarnation, et la guerre religieuse éclata de nouveau en 508, sous Ânastase. Un évéque monophysite ayant ajouté au trisagion (1) les mots a qui a été crucifié pour nous » , les adversaires des Monophysites s'opposèrent à cette addition et fomentèrent l'émeute dana Gonstantinople. Celle-ci était à peine calmée qu'elle sévit de nouveau à propos de la question de savoir M si une personne de la Trinité avait expiré sur la croix » ; cette fois, Anastase mourant dut céder

(1) Les Grecs croyaient que le trisagion : « Saint» saint, saint, liieu seigneur des armées a , était l'hymne que les anges et les chérubins répétaient devant le trône de Dieu ; cet hymne leur avait été révêlé, disaient-ils, miraculeusement au cinquième siècle à l'Église de Gonstantinople.

devant la sédition ; il dut ratifier le concile de Chalcédoine (1).

Avec Justin I*' et Justinien I", les successeurs d'Anastase, TOrthodoxie remporta dans Tempire sur les autres sectes. Justinien voulut réaliser Tunité religieuse de Tempire au profit de l'Orthodoxie, en face du monde barbare arien (2). Il ratifia le concile de Ghalcédoine; puis il fit excommunier en 533 par le cinquième concile général, ou deuxième de Gonstantinople, les défenseurs des trois chapitres qu'avaient écrits des évéques amis de Nestorius, morts d'ailleurs.

Justinien, pour assurer le triomphe de l'Orthodoxie, n'hésita pas à persécuter les hérétiques. ]l rendit des édits par lesquels il s'empara des églises de tous les dissidents, des biens affectas à leur entretien et à celui de leurs ministres ; il défendit l'érection des chapelles autres que celles autorisées par les évéques catholiques et prohiba toute réunion de culte; il priva les hérétiques du droit de témoignage en justice, les considérant incapables de dire la vérité ; il les déclara inhabiles à recevoir des successions et des donations^ attribuant aux enfants catholiques les parts i^ enfants hérétiques et dépouillant même d'avance les parents au profit des premiers.

Si Justinien prenait en main la défense de l'Or-

(1) Voir p. 29.

(f^ Oa verra, à rÉvolution politique extérieure, que ce fut en gri^nde partie grâce à sa conversion à l'Orthodoxie que Juttinien reconquit l'Afrique et l'Italie.

ihodoxie el si le sénat de Consiantinople était orlhodoxe, la cour n'élait pas entièrement orthodoxe; Théodora avail opté pour les idées monophysites et Justinicn lui-même, dans sa vieillesse, voulant approfondir la question de la nature de Jésus-Christ, tomba dans rhérésie; il déclara que le corps du Christ était incorruptible ; la mort empêcha Tempereur d'imposer au clergé cette croyance.

Épuisés par la lutte, les différents partis religieux firent taire leurs passions, après Justinien, et les quatre successeurs de cet empereur n'eurent pas à prendre de décisions en matière de dogmes religieux. Mais Héraclius, approfondissant la solution donnée par les Orthodoxes à la question relative à la nature de Jésus-Christ, fut amené logiquement à demander aux évêques si le Christ, qui était une seule personne en deux natures, avait une seule volonté ou une volonté double. Les prêtres grecs se déclarèrent monothélites, c'est-à-dire prétendirent que Jésus-Christ n'avait qu'une seule volonté. Quelque temps après, l'empereur Héraclius et après lui l'empereur Constant II consacrèrent celte solution en promulguant, en vertu de leur autorité religieuse, le premier l'Ecthèse (639) et le second le Type (643) . Ces édits religieux, auxquels les patriar» ches de Rome, de Constantinople, d'Antioche et d'Alexandrie adhérèrent, ne furent par ratifiés par Tévéquc de Jérusalem ; celui-ci protesta ; de plus, le pontife romain se rétracta (l), considérant la doc-

(1) Voir p. 32.

trine monothélite comme un retour à Thérésic d'Eutychès, et le sixième concile général réuni en 680 à Constantinople par Tempereur Constantin III, sur la demande du pape, condamna le monothélisme; il déclara que la personne de Jésus-Christ réunissait deux volontés ou deux énergies agissant d'accord entre elles.

Ce fut la dernière fois que la question de la nature de Jésus-Christ fut posée devant l'Église; la question du monothélisme souleva d'ailleurs peu de passions religieuses. Mais les sectes qui s'étaient formées à la suite des discussions religieuses sur l'Incarnation restèrent définitivement séparées de rÉglise orthodoxe (1).

Ce fait fut funeste à l'empire d'Orient; il l'affaiblit beaucoup dans ses luttes contre les peuples étrangers. Les sujets de l'empire n'étant pas reliés entre eux par l'idée de patrie, qui n'existait pas, il n'y avait que la communauté des idées religieuses qui pût les réunir dans un même effort pour repousser des envahisseurs; aussi les sectes séparatistes, nestoriens, jacobites, accueillirent-ils en Syrie et en Egypte les Perses et les Arabes comme des libérateurs, au lieu d'aider l'empire à résister aux attaques de ces adversaires.

Lorsque les Nestoriens furent persécutés par Justinien, ils se réfugièrent en Perse; ils firent dans cet État des prosélytes et excitèrent ses rois à attaquer

(i) On a vu, à l'Évolution de l'Église, que la séparation de ces sectes de l'Éf^lise de Byzance eut beaucoup plus pour raison une question de souveraineté qu'une question de dogme.

EVOLUTION IIELICIEIISK 2i:>

l'empire; ils conservèrentleur patriarche à Anliochc.

Lorsque les Monophysites furent persécutés par Justinien, ils choisirent pour chef le moine Jacques Baradéc, qui reçut les litres d'évéque d'Édesse et d'apôtre de TOrient; placé ainsi sur les bords du désert, le chef des Monophysites pouvait désormais échapper aux coups des empereurs en s'y réfugiant. Les Monophysites', prenant le nom de leur chef, s'appelèrent jacobites. La doctrine jacobite se répandit en Egypte, où elle devint la religion des Cophtes, et en Syrie, où elle compta de nombreux adeptes.

La doctrine d'Eutychés trouva des disciples surtout en Arménie ; elle ne tarda pas à être adoptée parle clergé arménien.

La doctrine monothélite compta parmi ses adhérents sous Héraclius les Maronites, moines jusqu'alors orthodoxes, établis sur les bords de rOronte, près du tombeau de Maron, saint du cinquième siècle; ceux-ci conservèrent leur foi après la condamnation du Monothéllsme par le concile de Constantinople; ils eurent d'assez nombreux partisans. Au douzième siècle, alors que les croisés étaient en Syrie, les Maronites abjurèrent le Monothéllsme et reconnurent la souveraineté du pape, qui avait mis Anlioche sous sa juridiction.

2'* Luttes provoquées par le retour de t Eglise chrétienne au polythéisme, — Si à partir du septième siècle les passions religieuses s'éteignirent à propos de la question de T Incarnation, elles se portèrent sur une autre question.

Indépendamment de Tadoption d'un Dieu trini-

taire, TÉglise chrétienne avait dû faire, dès la fin du quatrième siècle, des concessions à l'ancienne religion polythéiste, pour parvenir à s'implanter dans le monde méditerranéen.

A partir de Théodose !•% elle avait institué le culte des martyrs chrétiens (l) et celui des saints, sans déterminer si les saints intercédaient simplement auprès de Dieu ou s'ils pouvaient agir par euxL-mémes; les reliques des saints déposées dans les églises entretenaient la ferveur du peuple et leurs prétendus miracles entretenaient la superstition; Timage des saints fut d'abord vénérée, puis les copies de cette image; le culte des images se répandit ainsi rapidement, et avant la fin du sixième siècle, il avait atteint son développement complet. Le peuple retrouvait donc indirectement les anciens dieux locaux de la cité et Tancien culte; chaque ville eut son saint particulier, que l'on fêtait chaque anne'e et qui était considéré comme la divinité du pays; avec Justinien, vingt églises à Constantinople furent dédiées au Christ, à la Vierge et aux saints et presque tous les saints du calendrier obtinrent la faveur d'une église.

Poussant encore plus loin son retour au paganisme, l'Église admit les anciennes cérémonies païennes auxquelles le peuple restait malgré tout attaché; elle introduisit au commencement du cinquième siècle l'encens et les fleurs dans son culte.

(i) On a vu que les martyrs servirent en outre au développement du christianisme en frappant Fimagination populaire au début de rétablissement de la nouvelle religion.

£n outre, après la reconnaissance du Christianisme, au quatrième siècle, TÉ^rlise n'appartint plus aux classes pauvres ; les puissants de Tempire s'emparèrent de la direction religieuse; le haut clergé s'enrichit, développa son opulence ; il devint aristocratique.

L'œuvre de Jésus-Chrit semblait donc de plus en plus compromise; ce n'était plus la religion monothéiste, simple et démocratique qu'il avait voulu fonder. Les discussions religieuses sur la nature de Jésus-Christ, qui excitait tous les esprits religieux de rOricnt du quatrième au septième siècle, firent fatalement surgir l'idée de'remettre le Christianisme dans la vraie voie. Cette idée germa logiquement à proximité du pays d'origine des fondateurs de la religion monothéiste; celui qui entreprit de mettre à exécution ce plan de réforme religieuse fut l'Arabe Mahomet. Voulant rétablir le monothéisme pur, Mahomet repoussa l'addition d'un Dieu trinitairc; il déclara que Jésus-Christ, comme lui, n'était pas Dieu lui-même, mais un prophète ; il s'insurgea contre le culte des saints, qu'il appelait le polythéisme, et contre le culte des images, qui semblait être le retour au culte des idoles que Moïse avait tant combattu ; il tonna contre le clergé opulent des chrétiens d'Orient, et il fonda un clergé pauvre.

Il chercha tout d'abord à accomplir pacifiquement sa réforme religieuse et à réaliser pacifiquement en Orient l'unité religieuse; celle-ci avait été complètement détruite par la formation de sectes à la suite des discussions relatives à la nature de Je-

sus-Christ; îl s'adressa au chef du monde chrétien d'Orient, à Tempereur Héraclius : «0 chrétien, lui écrivit-il, terminons nos dififérends ; n'adorons qu'un Dieu. » Héraclius n'ayant pas attaché d'imporlancc à la lettre de Mahomet, celui-ci se décida à employer la force pour accomplir sa réforme religieuse.

Les succès rapides de Mahomet, particulièrement la perte de la Syrie et de l'Egypte, amenée surtout par des motifs religieux, dessillèrent les yeux aux empereurs byzantins; ils se décidèrent à entreprendre la réforme de l'Eglise de leur empire dans le sens des idées manifestées par Mahomet ; la lulle des Iconoclastes commença, et si dans celle-ci les empereurs eurent pour but principal de combattre le développement du monachisme (1), ils cherchèrent aussi à ramener la religion chrétienne vers le Monothéisme.

Tout d'abord, après avoir pris l'avis d'un conseil de sénateurs et d'évéques, l'empereur Léon III, en vertu de son autorité religieuse, rendit un édit par lequel il fit placer sur les points élevés de la nef toutes les images de l'autel et du sanctuaire, pour qu'on ne pût les baiser et les adorer facilement; ensuite il ordonna, par un autre acte, la destruction de toute image religieuse.

La lutte des empereurs contre les images se poursuivit désormais pendant cent vingt ans, interrompue pendant quelques années par Irène qui rétablit momentanément le culte des images (2).

(1) Voir p. 81.

(2) Voir p. 83 la lutte des empereurs contre le culte des images,

EVOLUTION UELIGIEUSE 2U

Les Iconoclastes furent finalement vaincus, et à partir de 841 le culte des images put s'exercer désormais librement.

La question de savoir si les images avaient par elles-méme une sainteté propre fut agitée par les Grecs plus tard, au onzième siècle ; elle fut débattue jusqu'à la fin de Tempire byzantin, mais elle ne souleva pas de passions religieuses.

3* Dispute sur la lumière du mont Thabor. — Après la querelle des Iconoclastes jusqu'à la chute des empereurs byzantins, les discussions religieuses ne portèrent plus sur des questions de dogme fondamentales, comme celles relatives à la nature de Jésus-Christ et au culte des images (1). La question de dogme qui agita les esprits religieux fut celle soulevée au quatorzième siècle sur la lumière du mont Thabor.

Depuis le onzièipe siècle, les moines du mont Athos parvenaient non seulement à une quiétude complète de l'àme par leur vie contemplative; mais ils prétendaient qu'à force de tourner leurs regards et leurs pensées vers le nombril, leur âme finissait par se trouver enveloppée d'une lumière mystique et éthérée, et qu'elle arrivait ainsi à la vision de la divinité.

Cette doctrine ne s'était pas répandue tout

lutte qui se confond avec la lutte des empereurs contre le tnonachisme.

(1) On a vu que les luttes religieuses dans l'empire byzantin dérivèrent alors beaucoup plus de ror(»anisation religieuse de rËglise que de questions de dogme.

d'abord au dehors des monaslcres du mont Âlhos ; mais au quatorzième siècle, un moine latin de Caiabre, Barlaam, ayant visite ceux-ci et ayant été initie à ces idées, dénonça Terreur des moines qui parvenaient à voir une substance immatérielle. Les moines attaqués prétendirent alors avec Palamas que la lumière qu'ils voyaient n'était autre que celle du mont Thabor, lumière éternelle et incréée. Pour mettre un terme aux discussions relatives à cette doctrine, l'empereur Cantacuzène convoqua uq synode de l'Église grecque ; cette assemblée donna raison aux moines.

La dispute sur la lumière du mont Thabor, bien qu'elle agitât les esprits de l'empire byzantin, n'amena pas de violentes guerres religieuses ; elle ne s'étendit pas au delà de cet empire, qui était alors bien réduit; elle ne souleva donc pas les passions religieuses de l'Orient, comme l'avaientfaitles questions sur la nature de Jésus-Christ, ni les passions de l'Asie Mineure et de la péninsule des Balkans, comme l'avait fait la querelle des Iconoclastes; de plus, comme elle ne touchait pas à une question de dogme fondamental, elle fut vite oubliée; le siècle suivant, on n'en entendit plus parler.

Luttes contre les sectes qui voulaient concilier le" Christianisme et la doctrine de Zoroastre. — En dehors des luttes que le Christianisme eut à soutenir en Orient contre la philosophie grecque, le Paganisme et le Judaïsme, et contre les sectes qui se formèrent au sein de l'Église à la suite de différences d'appréciation de la doctrine chrétienne,

l*ÉgHse eut à combattre des sectes qui voulaient concilier le Christianisme avec la religion de Zoroastre, et qui désiraient donner au culte religieux le plus de simplicité possible.

Ces sectes furent les Manichéens, les Pauliciens, les Bogomiles; elles se formèrent et se développèrent successivement, s'inspirant dans leurs doctrines générales des mêmes idées et ne différant entre elles que par des points de détail secondaires.

Le Manii^héisme dut son origine et son nom à Manès, né vers 240 en Perse. Il avait pour fondement essentiel Texistence de deux principes : le mal et le bien. L'Ânx^ien Testament était l'œuvre du mauvais génie; aussi les Manichéens se séparaientils entièrement des Juifs. Le Christ était le bon principe, qui était venu révéler au monde la vraie loi de la vie, par la connaissance de laquelle le salut de Tàme pouvait être obtenu; il n'avait donc eu aucune réalité corporelle.

De même que les deux principes agissaient dans le monde, ils agissaient chez Thomme ; celui-ci avait deux âmes, Tune intellectuelle et raisonnable provenant du bon principe, l'autre mauvaise, cause de tous les péchés, provenant du mauvais principe.

Les Manichéens ne considéraient le baptême que comme une cérémonie d'initiation ; ils prétendaient que le Nouveau Testament avait été falsifié. Ils •avaient des diacres et des évêques; ils recommandaient vivement Tascétisme qu'ils considéraient <:omme un moyen d'assurer le salut de l'àme; cet •ascétisme consistait à renoncer au travail.

Le Manichéisme se répandit dans toutTempire; les Gnostiques, qui ne reconnaissaient ni Moïse ni les prophètes et qui niaient la réalité du corps de Jésus-Christ, ne tardèrent pas à grossir les rangs des Manichéens, dont les doctrines se rapprochaient ainsi des leurs.

Saint Augustin lutta contre les Manichéens à Carthage; mais sous Justinien ils formaient encore une secte importante en Afrique. Théodose I" rendit des édits contre les Manichéens. Justinien les persécuta non seulement comme tous les hérétiques, mais il alla jusqu'à décréter la peine de mort contre eux. Au septième siècle, les Manichéens fusionnèrent avec la secte des Pauliciens.

Cette secte venait alors de se former; elle s'était développée tout d'abord en Arménie et en Gappadoce où la religion de Zoroastre avait autrefois déposé de puissants germes. Elle admettait Texistence de deux principes : l'Ancien Testament avait été l'œuvre du mauvais principe, le Nouveau Testament celui du bon principe. Jésus-Christ n'avait pas été engendré par la Vierge, c'était un corps descendu du ciel qui avait traversé celui de Marie et les Juifs n'avaient crucifié qu'un fantôme.

L'âme humaine et le monde invisible appartenaient au bon principe, la matière et le monde visible au mauvais principe.

Les Pauliciens n'admettaient que la prière qu'ils considéraient comme un acte essentiel ; ils proscrivaient le culte des images et des reliques ; ils repoussaient toutes les cérémonies extérieures et

ne célébraient le bapténae que par la parole; leur clergé comprenait simplement un chef et des compagnons qui n'étaient pas distincts des fidèles.

Cette nouvelle doctrine se répandit bientôt dans le Pont et Justinien II persécuta ses adeptes. Les empereurs iconoclastes furent intolérants à Tégard des Pauliciens, bien que cette secte censurât comme eux l'opulence du clergé et défendît comme eux le culte des images. Constantin Copronyme, vers le milieu du huitième siècle, transplanta en Thrace les nombreux Pauliciens établis dans les villes de Mélitène et de Théodosiopolis; mais cette mesure eut pour résultat de répandre leur doctrine en Europe. Michel I" et Léon TArménien persécutèrent aussi les Pauliciens.

Théodora redoubla de rigueur à leur égard ; avec les Juifs ils étaient alors les seuls obstacles à Tunité religieuse. A la suite des persécutions que Théodora leur fit subir, ils se soulevèrent en Asie Mineure sous la conduite d'un des leurs, Carbéas, qui commandait les gardes du général d'Orient. Une guerre qui dura trente-cinq ans (845-880) s'engagea alors entre les Pauliciens et les empereurs byzantins (1).

(1) Lct Paulicient établirent le centre de leur résidence antre Sivas et TrébJzonde, à Téphrice, qu'ils fortiBèrent. Michel, le fiU de Théodora, marcha contre eux; mais il fut battu à Samosate. ties Pauliciens, aidés des Sarrasins, se répandirent alors sous la conduite de Chrysacheir dans l'Asie Mineure^ pillant Nicée, Nicomédie, Ancyre, Éplièse.. I/empereur Basile V les refoula dans leur pays d'origine, mais il n*osa attaquer Téphrice et revint à CoDfltaotinople.

Cette lutte ne tourna pas à Tayantage des empereurs; les PauHciens, qu'ayaient soutenus les Sarrasins, ne furent pas soumis; cependant, à la suite de la mort de leur chef tué dans un combat, ils se découragèrent et abandonnèrent Téphrice, leur centre de résistance. Continuant à s'entendre avec les Arabes, les Pauliciens étaient une source de dangers pour Tempire; aussi l'empereur Zimisccs les transporta- t-il en Thrace (l),où ils retrouvèrent leurs coreligionnaires établis par Constantin Copronynie et où ils furent chargés de défendre la frontière contre les incursions des Bulgares (2).

A la fin du douzième siècle, les Pauliciens qui servaient dans Tarmée byzantine ayant abandonne Alexis Gomnène lors de sa guerre contre les Normands, cet empereur entreprit de les convertir; il s'établit à Philippopoli et les persécuta. Les Pauliciens commencèrent à disparaître; cependant, au début du treizième siècle, ils avaient un primat dont la résidence était à Tinterscction des frontières de Bulgarie, de Croatie et de Dalmatie et dont la juridiction s'étendait jusqu'en Italie et en France, oîi les Pauliciens comptaient des coreligionnaires.

En Orient la plupart des Puliciens fusionnèrent avec les Bogomiles, dont la doctrine avait été créée au début du douzième siècle à Constantinopic et

(1^^ On ?eria, à rÉvoIution politique c&térieure, que celle mesure Ht partie de l'œuvre d*ensemblc du rétablissement de la domination impériale en Orient. Nicéphore Phocas était rentré en Cilioio et k Antiochè; Basile II rentra plus tard en Arménie.

(S) Les Pauliciens furent, comme les Arméniens, d'excellents •oldati.

ÉVOLUTION RKLIGIEUSE 225

avait fait bientôt de nombreux prosélytes à Philippopoli.

Les Bogomiles prétendaient que Dieu avait eu deux fils.

L'aSné, Salhanal, s'était révolté contre son père qu'il voulait égaler; il avait été chassé du ciel avec un certain nombre d anges qui avaient été ses complices et avait créé le monde visible au moyen d'un principe dérobé au monde divin. La théocratie juive et l'Église chrétienne avaient été son œuvre ; après avoir eu son siège à Jérusalem, il l'avait actuellement à Constantinople, à Sainte- Sophie.

Le fils cadet était Jésus-Christ, le sauveur du monde. Il avait vaincu son frère aîné et il avait appris aux hommes la véritable manière de vivre cl d'adorer Dieu.

Les Bogomiles niaient la Trinité, proscrivaient le culte des images et des reliques. De l'Ancien Testament ils n'adoptaient que les Psaumes et les seize Prophètes; ils rejetaient toute cérémonie extérieure, n'admettant que la prière.

Sentiments religieux et superstition du peuple byzantin, — Les discussions sur les dogmes chrétiens qui déchirèrent l'empire byzantin étaient dirigées par l'élite religieuse de l'âme de l'être social byzantin, élite chez laquelle les sentiments religieux s'étaient spécialisés. Ces discussions n'étaient pas comprises généralement par le peuple auquel le clergé cachait le Nouveau Testament. Mais l'élite religieuse trouvait un précieux auxiliaire dans le

SâO L'EMPIRE BYZANTIN

peuple dont les sentimeats religieux étaient puissamment développés.

En Egypte et en Syrie la religion avait été de tout temps Tobjet des préoccupations des indigènes (I), tandis que la politique les avait toujours laissé indifférents.

Chez les Grecs, lors de Texistence de la cité sociale, toutes leurs pensées publiques avaient été tournées vers la politique et vers la religion, qui étaient d'ailleurs étroitement unies entre elles.

Lorsque la cité sociale fut détruite, les sentiments politiques des Grecs disparurent, bien que sous la domination romaine ils eussent pu se manifester au moyen des assemblées provinciales que les empereurs avaient créées (2); mais les Grecs ne concevaient pas au point de vue politique Texistence d'un État autre que la cité.

Il n'en fut pas de même des sentiments religieux des Grecs; ceux-ci profitèrent de l'adoption du culte de l'empereur par les assemblées provinciales pour transformer bientôt celles-ci en réunions religieuses; et non seulement ils célébrèrent le culte de l'empereur dans les assemblées provinciales, mais encore dans des assemblées municipales.

Lorsque les apôtres se répandirent dans ^c monde romain, les Grecs trouvèrent dans le Chris-

(1) En Egypte, sous l'empire romain, la tranquillité publique fut ouvent troublée par la superstition tics indigènes; les partisans de l'ibis combattaient ceux du chat, les partisans du crocodile ceux du singe.

(î) Voir t. II, à l'Évolution politique intérieure.

lianisme la satisfaction de leurs sentiments religieux; ce fut grâce à eux que la nouvelle religion put naître et lorsque Constantin, au quatrième siècle, reconnut le Christianisme, c'était en Orient que les Églises comprenaient le plus d'adeptes et étaient les plus florissantes. Désormais, en Orient, le titre de citoyen fut remplacé par celui de chrétien; le lien qui unissait les sujets de Tempire n'était plus l'idée de patrie, mais la religion; par le baptême, le néophyte barbare pouvait exercer les fonctions les plus élevées de l'État et de l'Église. C'était avec le Labarum à leur tète que les légions combattaient dorénavant (1).

Avec Théodose I", le. Christianisme devint religion d'État: l'empire et le Christianisme étaient désormais étroitement unis. Dans l'empire byzantin l'empereur n'était pas seulement un personnage politique, mais aussi un personnage religieux; il était l'élu de la Trinité; il était choisi par Dieu; c'était par le Christ qu'il régnait et gouvernait. Les lois étaient promulguées au nom de « Seigneur Jésus-Christ notre maître » . C'était sur les saints Évangiles que sous Juslinien le consistoire impérial proposait à l'empereur les décisions pour les affaires qui lui étaient soumises. La plupart des empereurs byzantins étaient très dévots, bien que souvent ils combattirent l'Église, et ce fut dans

(1) Le Labarum fut déposé dans le palais de Constantinople après Théodose V, les successeurs de cet empereur n'ayant pas paru à la tète de leurs armée i.

une église particulière, dans Téglise des Saints- Apôtres (l), que les empereurs se firent enterrer.

Par suite de l'intensité de ses sentiments religieux, le peuple s'intéressait aux nominations des autorités ecclésiastiques, alors qu'il restait presque toujours indiCFéreut au choix de l'empereur ; il luttait parfois en faveur de ses patriarches contre l'empereur.

Il prit une part active aux luttes religieuses qui ensanglantèrent les premiers siècles de l'empire d'Orient. Ce fut dans les grandes villes, à Gonstantinople, à Alexandrie, à Antioche, qui comprenaient de nombreux consommateurs oisifs, qu'il répondit le plus facilement aux excitations des moines à l'émeute et qu'il se montra le plus violent Ce fut sous Constance que le sang coula la première fois à Constantinople, pour des motifs religieux (2). Jusqu'à Justinien, la capitale fut souvent troublée par des querelles religieuses; l'émeute religieuse la plus terrible eut lieu sous Anastase : cet empereur faillit y perdre sa couronne.

Si le développement des sentiments religieux chez les Byzantins fut une cause de feiblessc dans l'empire, par suite des luttes que ces sentiments suscitèrent, il fut aussi un élément de force pour cet empire en permettant à celui-ci de s'assimiler

(1) Cette église fut, depuis Constantin et sa mère Hélène, le Saint-Denis des basileis ; les sarcophages furent détruits par Mahomet II.

(2) Le peuple voulait défendre son évêque Paul, condamné au bannissement; celte émeute coûta la vie à trois mille cinq cents habitants de Constantinople.

des peuples étrangers convertis à la même religion et qui s'étaient infiltrés chez lui, principalement dans la péninsule des Balkans.

Dans Tempire d'Orient, il ne se passait pas de fait important, sans que la religion n'y fût associée.

Lorsque Héraclius partit d'Afrique pour s'emparer du trône impérial à Byzance, il attacha aux mâts de ses navires l'image de la Vierge; dès que sa flotte parut au milieu des Cyclades, les soldats se mirent à prier pour le succès de l'entreprise et lorsque ce futur empereur arriva à Héraclée, sur la mer de Marmara, le métropolitain lui donna une couronne consacrée à la Vierge.

Les grandes guerres que firent les empereurs d'Orient ne tardèrent pas à revêtir un caractère religieux. Ce fut au nom de TOrthodoxie, pour détruire l'Arianisme que Justinien entreprit ses expéditions d'Afrique (1) et d'Italie. Ce fut en appelant les Byzantins à venger les saints autels profanés par les adorateurs du feu qu'Héraclius parvint à réunir une nombreuse armée pour repousser les Perses. Cette guerre prit bientôt un caractère presque entièrement religieux chez les Byzantins. Le clergé byzantin excita les Byzantins à faire leur devoir; avant d'entrer eti campagne, Héraclius fit une retraite religieuse; ce fut avec l'image de Jésus-Christ à leur tête que les troupes byzantines marchèrent à l'ennemi ; Héraclius, dans une de ses

(1) Byzance hésitait ù entreprendre la campagne d'Afrique ; ce fut un évèque d*Orient qui décida Juitinicn à la faire.

expéditions contre les Perses, prit pour objectif Ourgmiah, qui était considérée comme la patrie de Zoroastre; après s'être emparé de cette ville, il la détruisit; après la fin de la guerre, il fit un pèlerinage à Jérusalem et avant d'entrer dans la ville de Jésus-Christ il se dépouilla de son diadème et de la pourpre.

Lorsqu'après le rétablissement du culte des images par Théodora l'unité religieuse fut à peu près faite dans l'empire byzantin, la religion chrétienne posa plus que jamais son empreinte dans tous les domaines. Elle inspirait les arts cl les lettres ; les traités de tactique du dixième siècle étaient même pénétrés de l'esprit religieux.

Gomme dans la cité grecque antique, les fêtes populaires étaient toujours associées à des fêles religieuses, et souvent l'hippodrome de Gonstanlinople retentissait d'hymnes religieux.

Les empereurs étaient de fervents chrétiens. Au dixième siècle, pendant leurs repas, ils se faisaient lire les homélies de Ghrvsostome. Ils considéraient la propagande religieuse comme un des plus beaux titres de gloire qu'ils pouvaient acquérir.

Lors de leur couronnement ou lors de leur triomphe, ils s'arrêtaient dans les églises de Gonstantinople, avant de se rendre à l'hippodrome ; lors des fêtes religieuses, ils se rendaient aux principales églises processionnellement. Lors de ces difFérentes cérémonies, le peuple rassemblé sur le passage de Tempereiir entonnait des hymnes religieux, dans lesquels le Dieu trinitaire n'était pas oiiblié.

Les guerres du dixième siècle ne furent pas entreprises sans que la religion chrétienne n'eût sa part.

Lorsque Zimiscès partit en campagne contre les Russes, au printemps 972, il fit ses dévotions processionnellement escorté, accompagne par des chants religieux du peuple, et le patriarche bénit la Hotte. Lorsque Zimiscès revint de celte guerre, il plaça dans le char la Vierge conquise en Hulgarie et qui était une icône vénérée.

Lorsque Basile II résolut d'attaquer les Bulgares en 990, il alla prier saint Démélrius à Saloniquc, et au cours de sa campagne Photios Taccompagna en priant à ses côtés.

Les guerres que Nicéphore Phocas conduisit au dixième siècle contre les Sarrasins prirent un caractère entièrement religieux. Lors de Texpédilion de Crète, la flotte, avant de quitter Coustantinople, fut bénie par le patriarche tandis que le peuple priait. Lorsque les troupes débarquèrent en Crète, un évéque avec des clercs marchait en tête de chaque corps, portant une croix colossale, qui souvent renfermait des reliques. Lorsque Nicéphore fut arrêté par la résistance de Chandax, la capitale de Tile, Nicéphore entouré des prêtres supplia le Christ et tous les saints de l'assister ; pendant le combat, les prêtres parcouraient les rangs pour exciter la troupe à faire son devoir et ils présentaient des excolpia ou amulettes sacrées aux soldat:» que ceux-ci baisaient dévotement.

Lors de l'expédition de Cilicie, ce fut en enton-

232 L'IOfPIRE BYZANTIN

nant des hymnes à la Vierge Hodigîtria (1) que les colonnes grecques montèrent à Tassant de Massîssa.

A partir du commencement du onzième siècle, bien que les sentiments religieux des Byzantins ne s'affaiblissaient pas, ceux-ci portèrent leurs passions religieuses presque exclusivement sur des questions relatives à Torganisation de TÉglise et ils laissèrent à peu près de côté les questions relatives au dogme chrétien. Aussi fut-il impossible de faire appel à leur fanatisme religieux pour repousser les Turcs, comme on Tavait fait au dixième siècle lors de leurs guerres de revanche contre les Sarrasins. Les Byzantins devinrent d'une tolérance religieuse assez grande et lorsque les Latins occupèrent Constantinople, ils y trouvèrent des mosquées et des synagogues.

A côté de leurs croyances chrétiennes, les Byzantins firent preuve d'une assez grande superstition; celle-ci était aussi bien développée dans les classes élevées, parmi les empereurs en particulier, que dans les basses classes.

Vers le milieu du quatrième siècle, le peuple de Constantinople crut que la flotte chargée des grains d'Egypte n'était pas parvenue à temps dans la capitale parce que le philosophe s-yrien, Sopater, avait arrêté les vents du Midi; il fit trancher la tête à Sopater pour ce motif.

L'empereur Théodose I", qui' voulait entreprendre une guerre, consulta un moine égyptien

(1) La conductrice.

par rintcrmédiaire d'un eunuque afin de connattre Tavenir.

Si le peuple byzantin se passionna, surtout sous Justinien, autant pour les jeux du cirque, ce fut en partie parce qu'il voyait dans les victoires des Bleus ou des Verts de bons ou de mauvais présages.

Procope, le secrétaire de Bélisaire, attribua les Héaux de la nature, la peste, les tremblements de terre, les inondations, au prince des démons qui s'était revêtu de la figure de Justinien.

(îe fut en raison de sa superstition que Temperour Maurice, après avoir quitte Gonstantinople pour combattre les Avares, revint dans la capitale ; il avait été troublé par la mort d'un cheval qu'il aimait beaucoup, par la rencontre d'un sanglier, par un orage suivi d'une pluie abondante, enfin par la naissance d'un enfant monstrueux ; Maurice était pourtant un vaillant guerrier, qui réformait l'armée et voulait rendre à la fonction impériale son autorité militaire.

Si Héraclius ne résista pas en Syrie aux Arabes, ce fut en partie parce qu'il se laissa effrayer par des songes et des présages, et si son petit-fils devenu empereur ne s'opposa pas aux invasions arabes, ce fut parce qu'il avait été vaincu par un songe.

Le peuple de Gonstantinople croyait que, lors de la fondation de la capitale de l'empire par Constantin, un ange avait guidé cet empereur lorsqu'il en avait tracé l'enceinte.

H prétendait qu'il lui avait été miraculeusement révélé, au cinquième siècle, dans une église de

ConstantÎQople, que les anges et les chérubins entonnaient devant Dieu rhymne suivante : « Saint, saint, saint, Dieu seigneur des armées. »

A propos de la reconstruction de Sainte-Sophie par Justinien, il s'était créé des légendes ; on racontait quVn ange avait décrit à Tempereur endormi le plan qu'il fallait adopter; qu'un autre ange lui avait indiqué des trésors cachés à un moment où l'argent faisait défaut ; qu'un autre enfin lui avait dit qu'il fallait construire trois absidee.

La superstition des Byzantins dura jusqu'à la chute de Tempire, et lorsque Mahomet II entra dans Constantinople en 1453, les Grecs se réfugièrent à Sainte-Sophie, où ils attendirent qu'un ange descendit du ciel pour les délivrer.

Par suite de leur superstition, les Byzantins consacrèrent une grande partie de leur temps à prier; ce fut là une des raisons principales du développement du monachisme dans rempire byzaptin.

Propagation de la religion chrétienne byzantine en dehors de [être social byzantin. — Les sentiments chrétiens de l'àme de l'être social byzantin se répandirent à Textérieur et furent adoptés par de nombreux peuples étrangers.

Les Goths commencèrent à se convertir au Christianisme, après leur invasion dans l'empire sous Gallien; les captifs chrétiens qu'ils emmenèrent leur firent connaître l'Évangile; mais le Christianisme ne prit chez eux une véritable exten-

sion que vers 3G0, avec Ulphilas; Constantinople élant alors attaché à rÂrianisme, les Goths devinrent ariens; il en fut de même chez les Barbares, chez lesquels le Christianisme se répandit à cette époque ; les Vandales, les Suèves, les Bourguignons, les Hérules, les Lombards furent aussi ariens.

Le Christianisme grec fut introduit en Arménie au quatrième siècle par le roi Tiridatc ; mais ce pays resta tout d'abord partagé entre le Christianisme et le Mazdéisme; il se convertit bientôt après entièrement au Christianisme, grâce à saint Grégoire rilluminateur.

Les Laziques se convertirent au Christianisme grec en 522.

Le Christianisme fut introduit chez les Bulgares par les Grecs sous Boris en 864; mais il se développa surtout après l'arrivée des missionnaires slaves, les disciples de Méthode, qui avaient été chassés de la Moravie.

Les Serbes et les Croates commencèrent à se convertir au Christianisme grec vers la fin du règne d'Héraclius.

Le Christianisme grec se répandit aussi chez les Russes. Ce fut Olga, princesse de Kief, qui Ty introduisit pour la première fois. Venue en 955 à Constantinople pour voir Constantin Porphyrogénète, elle se convertit avec sa suite au Christianisme et elle reçu le baptême; lorsqu'elle fut de retour dans ses États, Olga chercha à y propager le Chrisianisme; mais sa tentative fut vaine, les Russes

23rt LEMPIRE BYZANTIN

conlinuèrcnt à se livrer à des sacrifices humains et à brûler les cadavres. Quelque temps après, Wladimir, petit-fils d'Olga, grand prince de Kief, reprit Tœuvre d'Olga. Le patriarche Chrysobergius présida à Tintroduclion officielle du Christianisme chez les Russes; Wladimir força ses sujets à recevoir le haptéme et il éleva des églises. Le Christianisme se développa cette fois chez les Russes; Wladimir fut aidé dans son œuvre par les guerriers varangiens qui après avoir été au service de Byzance retournaient en Russie et y propageaient la religion chrétienne à laquelle ils s'étaient généralement convertis pendant leur séjour dans Tempirc.

L'Église russe fut d'abord sous la dépendance du patriarche de Constantinople, et celui-ci nomma aux hautes dignités ecclésiastiques. Mais l'invasion mongole rompit le lien qui reliait l'Église russe à l'Église byzantine, et lorsque l'empire grec tomba sous les coups des Turcs, ce fut la Russie qui recueillit la succession du patriarche de Constantinople, et ce fut elle qui devint désormais le poiol d'appui et le centre religieux de tous les chrétiens d'Orient.

Les doctrines des sectes séparatistes de l'Église byzantine se répandirent aussi en dehors de l'empire byzantin.

Les Nestoriens persécutés gagnèrent la Perse où ils firent de nombreux prosélytes au sixième siècle; bien que Justinien fît preuve de rigueur à leur égard dans son empire, il stipula dans son traité avec la Perse que le roi de cet État serait tolé-

ÉVOLUTION RELIGIEUSE 23t

rant vis-à-vis d'eux. De Perse, les Nestoricns propagèrent leur doctriDe en Tartarie, dans Tlnde et même en Chine, jusqu'à Canton. Lorsque la route des Indes fut ouverte par le Cap, les Jésuites au seizième siècle trouvèrent les Nestoriens dans les ludes et entrèrent en conflit avec eux.

Les Jacobites convertirent la Nubie et TÂbyssinic à leur doctrine sous Justinien ; le missionnaire jacobite que Thcodora envoya dans ces pays, à rinstif;alîon de Théodose, ancien patriarche d'Alexandrie, qu'elle protégeait, y arriva avant le Melchite que Justinien y envoya, ce qui assura en Nubie (l) et en Abyssinie le triomphe de la doctrine jacobite sur lu doctrine orthodoxe. Les Jésuites essayèrent de convertir au Catholicisme les Abyssins, lorsque les Portugais rouvrirent la route des Indes au seizième siècle ; après avoir été tout d'abord mal accueillis ils réussirent dans leur projet en 1626, mais en 1632, ils furent expulsés définitivement d'Abyssinie.

Les Pauliciens qui avaient été transplantés sur les frontières de la Thrace par les empereurs byzantins, répandirent, au neuvième siècle, leur doctrine chez les Bulgares. Bien qu'ils fussent originaires du haut Euphrate, ils firent des prosélytes même en Occident. Employés dans l'armée byzantine, certains d'entre eux tinrent garnison dans l'Italie byzantine et leur doctrine se propagea, avec

(1} Au douzième uccle, les Nubiens se ronvertirent au Maliométisme. Les Abyssins restèrent chrétiens.

des modifications, il est vrai, en Italie et au delà des Alpes; en 1167, un Grec, Nicétas, présida près de Toulouse un concile où les principales doctrines des Pauliciens furent adoptées, et peu de temps après les Albigeois s'en inspirèrent.

Les Bogomiles répandirent leur doctrine chez les Serbes et les Bosniaques; mais elle fut persécutée en Serbie par le grand joupan de Rasçie qui fonda Tunité serbe au douzième siècle.

Développement de V individualisme, — Au fur et à mesure que disparaissait la cité sociale et religieuse, disparaissait aussi la cité morale. Dans la cité antique s'étaient développées la solidarité morale entre tous les habitants d'une même cité el la conscience de cette solidarité. Lorsque de nombreuses relations furent établies entre les cités, que des empires furent fondés, qu'en un mot la cité sociale et religieuse fut détruite, cette solidarité n'exista plus.

La religion païenne n'avait pas prévu la disparilion de la cité; elle' ne s'était donné aucune direction morale de la vie et les pontifes de la Grèce et de Rome n'avaient pas d'action sur les consciences. De plus, aucun lien moral ne s'était formé entre les cités. La cité antique disparue, l'individu se

trouva en présence d'individus auxquels il n'était rattaché par aucun lien de solidarité morale.

Les néoplatoniciens ne cherchèrent pas seulement à créer une religion universelle, ils s'efforcèrent aussi de fonder une morale universelle; mais ils échouèrent. Ce fut Jésus-Christ qui créa cette religion et cette morale universelle. Sa morale fut basée sur la charité, sentiment intermédiaire entre l'individualisme et la solidarité (1). Cependant la charité chrétienne ne fut pas généralement regardée par le chrétien comme une fin en soi, mais comme un moyen destiné à lui assurer son salut personnel dans l'autre monde; ce ne fut pas avec son coreligionnaire que le chrétien se trouva uni par des liens puissants, mais avec Dieu (2). Le Christianisme ne fit donc que développer l'individualisme, qui avait commencé à naftre dès que la solidarité morale de la cité avait commencé à décliner. L'individualisme triompha ainsi peu à peu en Occident (3) et en Orient.

(i) La ch.iritc suppose la conscience de différences sociales; elle conduit un être supérieur socialement à un autre u faire le bien à celui-ci, tans qu'ils sentent l'un et l'autre le lien de la solidarité terrestre qui les unit.

(2) Ce fut surtout pour leur salut personnel que les peuples occidentaux entreprirent les croisades : le pape promit l'indull^ence plénière aux croisés ; ce fut aussi pour le même motif que les peuples de l'empire byzantin résistèrent vaillamment aux Perses et aux irabes.

(3) En Occident, l'individualisme triompha rn politique avec fCousseau qui vit dans la société la cause de tous les malheurs de l'homme, en économie politique avec l'école orthodoxe, en littérature avec le roman.

Dans le Haul-Empire et dans le Bas-Empire, Tindividu se dégagea des différentes collectivités qui existaient dans la cité antique et des distinctions politiques que Rome avait établies dans Tempire. Les lois vinrent assurer le mouvement individualiste qui s'aFfirmait de plus en plus. Elles donnèrent de'plus en plus d^imporlancc à la parente naturelle sur celle qui dérivait des idées religieuses de la cité antique et elles firent disparaître de plus en plus les différences de forme d'actes dont le fond était semblable.

Dans la famille, les enfants se dégagèrent de plus en plus de la puissance paternelle, acquérant l'égalité avec leur père, et Tépôuse, considérée autrefois comme bien inférieure à l'époux, fut regardée peu à peu comme l'égale de son'mari.

Sous Auguste, les pères pouvaient disposer encore de la vie de leurs enfants et étaient responsables de leurs actes; sous Alexandre Sévère, ils ne pouvaient plus être qu'accusateurs et ils n'avaient plus que le droit de correction; sous Constantin, celui qui tuait son fils subissait la peine des parricides et Paulus déclarait meurtrier le père qn» laissait mourir le nouveau-né.

Sous le droit classique, le père ne pouvait pins donner au créancier son fils en gage, il ne pouvail plus le vendre comme esclave.

Tandis que l'enfant s'affranchissait de plus en plus de la puissance paternelle^ il acquérait peu à peu la propriété individuelle, nécessaire pour assurer sa liberté.

Sou8 le droit classique le fils pouvait avoir une propriété, mais il n^en avait ni Vusus ni Vabusus^ son père en avait Tusufruit toute sa vie, et cela même si le père lui en avait fait don, ou s'il avait acquis cette propriété par mariage, donation ou succession latérale. Deux exceptions seulement existaient, c'était lorsqu'il était militaire ou lorsqu'il exerçaitune profession commerciale ou industrielle ; le pécule acquis par lui était sa propriété propre.

Avec Justinien, les enfants furent autorisés à avoir un pécule; le père de famille ne put plus les déshériter sauf dans les cas exceptionnels déterminés par la loi et s'il ne laissait pas à ses enfants la réserve à laquelle ils avaient droite ceux-ci dispo* saient désormais d'une action.

En matière d'héritage, la parenté naturelle l'emporta de plus en plus sur la parenté basée sur l'ancienne conception religieuse de la famille.

En ligne directe la fille obtint l'égalité avec le fils.

En ligne collatérale, d'après les Douze Tables, seuls les agnats pouvaient hériter ; les cognats n'avaient aucun droit de succession; à défaut des agnats, c'étaient les gentiles qui héritaient. Avec le préteur, les cognats furent préférés aux gentiles, lorsque les agnats faisaient défaut. Avec Justinien, les ligne mùlc et femelle eurent les mêmes droits.

L'épouse devint peu à peu l'égale du mari. Dans la famille antique, le culte des morts ne pouvait se transmettre que de mâle en mâle, elle n'était considérée que comme une chose quittant les pénates de son père pour appartenir entièrement à la famille

de 80D mari. Ses biens devenaient donc la propriété de son mari et celui-ci avait sur elle droit de vie et de mort, en cas d'adultère ou d'ivrognerie.

Après les guerres puniques, la femme put posséder une fortune particulière, sous la réserve de l'usufruit du mari ; et lorsque le divorce fut admis, elle put reprendre sa dot à la dissolution du mariage. Justinien donna à la femme Thypothèque légale pour assurer la restitution de la fortune qu'elle avait apportée.

Le mariage se dégagea peu à peu des idées religieuses anciennes. Dans le droit classique, l'accord des parties et le consentement des chefs de famille suffit. Plus tard Justinien permit même aux filles de contracter mariage sans le consentement de leurs parents lorsqu'elles avaient plus de vingt-cinq ans.

Le mariage put se dissoudre par suite de la volonté de l'une des parties. Le divorce s'étant très répandu, Auguste voulut en enrayer le développement; il décréta qu'il fallait sept témoins, pour qu'il fût valable. L'Église chrétienne repoussant le divorce, les empereurs chrétiens cherchèrent à concilier les idées de l'Église à ce sujet avec les mœurs. Les cas où le mariage pouvait être dissous furent très restreints,- et des sanctions furent édictées pour empêcher de transgresser la loi.

Le successeur de Justinien fut forcé de rétablir le divorce par consentement mutuel. Mais au huitième siècle Léon III réduisit à quatre le nombre des motifs pour lesquels le divorce pouvait être permis.

Au dixième siècle Constantin YII prohiba le divorce.

Les anciennes distinctions entre les diverses classes sociales s'e£Façant de plus en plus pour ne laisser subsister que Tindividu vis-à-vis de l'individu, le mariage fut de plus en plus admis entre des personnes d'origines sociales difiFérentes.

SoU8 la Ilépublique, un citoyen seulement pouvait contracter un mariage légitime; s'il s'unissait à une femme d'extraction servile ou plébéienne ou d'origine étrangère, celle-ci était considérée comme une c<9ncubine. D'Auguste au dixième siècle, l'habitude de se marier avec une personne autre qu'une matrone se répandit beaucoup et Justinien abolît la défense qui avait été fait à tout sénateur d'épouser une personne d'extraction servile ou qui avait exercé la profession' du théâtre.

Quant aux enfants qui naissaient de ces unions, Constantin permit de les légitimer en autorisant la célébration des noces de leurs parents. Justinien leur accorda le droit d'hériter de la sixième partie de leur père putatif.

En ce qui concerne les enfants nés de l'adultère, de l'inceste et de la prostitution, Justinien ne leur donna que des aliments; ils suivirent la condition de leur mère.

L'individualisme pénétrait même dans le système des corporations; Justinien fut moins rigoureux que Théodose II à l'égard de ceux qui voulaient sortir de la corporation; plus tard les Basiliques supprimèrent tout ce qui attachait l'ouvrier à la corporation et celle-ci à l'administration impériale; au

douzième siècle, les empereurs finirent par détruire les corporations.

Dans le domaine politique s*effaçaient peu à peu les anciennes distinctions politiques que Rome avait établies lors de ses conquêtes. Sous Auguste, le peuple de l'empire était divisé en deux parties : les citoyens et les provinciaux. Ces derniers acquirent ensuite peu à peu le titre de citoyen romain et Caracalla dut mettre d'accord le droit avec le fait : il donna ce titre à tous les hommes libres de Tempire. En 531, Justinien abolit la liberté dite des Latins, distincte de la liberté romaine et il supprima l'ancienne distinction entre les biens ita« liques et ceux des autres provinces.

En politique, les anciennes catégories disparaissaient donc aussi, l'individualisme triomphait, et bien que l'empereur fût tout puissant et despotique Justinien fut forcé de proclamer que tous les citoyens étaient égaux.

S'éloignant de plus en plus de la solidarité de la cité antique, l'évolution morale inclinait donc de plus en plus vers l'individualisme et ce fait se manifestait dans les différents domaines de la législation. La substitution de l'individualisme à la solidarité amena la disparition de l'idée de patrie; seul le lien religieux put grouper les sujets de l'empire contre un ennemi (1).

Énergie des populations. — L'absence de sentiments patriotiques chez les Byzantins ne brisa pas

(1) Voir p. 229 et 231.

leur énergie lors des invasions des ennemis de Tempire. Les villes de Syrie, les populations des campagnes d'Asie Mineure résistèrent vaillamment aux attaques des Perses et des Arabes; il en fut de même des populations de la péninsule des Bal^ kans» lors de Tinvasiou des Barbares dans cette contrée (I). Même les grandes villes de Tempire, composées des populations les plus oisives et les plus molles de Tempire, firent preuve à diverses reprises d'énergie (2).

Les Byzantins montrèrent une énergie persévérante dans leurs luttes contre les Perses, contre les

(1) Parmi les belles défenses oa peut citer : celle de Dara contre les Perses (572), celle de Sirmium (vers 600) contre les Avares, celle d'Alexandrie a\i septième siècle contre les Arabes, celle de Fatras au huitième contre les Esclavons, celle d'Héraclée de Pont (805) contre les troupes d'Haroun-al-Kaschid, celle de Syracuse (827) contre les Arabes, celle de Bari contre Othon au dixième siècle.

Les populations des campagnes se réfugiaient dans des kastra établis sur des pitons escarpés, et s'y défendaient jusqu'à ce que les armées de l'empereur vinssent à leur secours. Ce fut grâce à la résistance des populations d'Asie Mineure qu'Héraclius put débarquer à Issus et ensuite, en partie, grâce à celle-ci qu'il put remporter des succès rapides lors de sa première campagne.

(2) En 540, l<*s jeunes citoyens d'Antioche résistèrent vaillamment contre Ghosroès.

Lorsque, sons Justmien, les Bulgares se présentèrent devant Constantinople, les jeunes gens et les vieillards se levèrent à l'appel de Bélisaire.

Lorsque les Perses assiégèrent Constantinople, le patriarche Sergius empêcha Heraclius de s'embarquer pour Carthage, et la population de la capitale, sous sa direction, finit par repousser l'ennemi. Constantinople repoussa ensuite deux fois les Arabes; lort du second siège (7i6-7i8), les paysans prirent part à la lutte et massacrèrent les Arabes.

Arabes et contre les Latins (1) et lorsque leur capitale tomba aux mains des Turcs, leur empereur Constantin XII sut mourir Taillamment.

Si dans les guerres à caractère religieux la religion chrétienne développa les énergies individuelles et promit de les faire converger vers un même but, la résistance à Tennemi, elle anéantit aussi parfois Ténergie des Byzantins. La croyance des chrétiens que Dieu dirigeait les événements humains n^ébranla pas Tesprit essentiellement guerrier des peuples de l'Europe occidentale; mais elle fut parfois funeste aux peuples de TOrient, d'un caractère tout différent; lorsqu'ils essuyèrent certaines défaites, les Byzantins crurent impie de s'insurger contre le jugement de Dieu : ils cessèrent toute résistance, s'abandonnant au découragement (2).

Développement des sentiments de charité, — Les sentiments de charité qui faisaient partie intégrante de Tessence de la religion chrétienne se développèrent peu à peu dans l'empire. Les œuvres de charité créées se multiplièrent; mais si les fonc-

(1) Voir à rÉTolution politiqae extérieure. Lor8 de leurs luttes contre les Latins, l'empereur de Nicée, celui de Trébizonde et le despote d'Épire refusèrent le concours des Grecs qui avaient offert leurs services aux Latins. Lorsque Lascaris commença à lutter contre les Latins, il ne possédait que trois villes et deux mille soldats. Les Grecs finirent cependant par reconquérir leur indépendance.

(2) Après la bataille de l'Yerniuk, au lieu de défendre la Syrie contre les Arabes, Héraclius se prosterna au pied d'un crucifix, dans la cathédrale d'Antioche, et en présence des évêques il pleura ses péchés et ceux de son peuple; et il déclara qu'il était inutile, et peut-être impie, de s'opposer au jugement de Dieu.

ÉVOLUTION MORALE Ml

tionnaires de Tasslstance publique furent des membres de Tordre religieux, la direction de ces œuvres appartint à TÉtat et TÉglise ne put y jouer le rôle qu'elle remplit en Occident.

Des hôpitaux furent fondés par les empereurs d'Orient; parmi ceux-ci, Justinien se fit remarquer par ses libéralités à Tégard des institutions de bienfaisance, et lorsque son épouse Théodora entreprit son voyage en Bithynie, elle n'oublia pas dans ses aumônes les établissements bospitaliers qu'elle trouva sur son passage.

Basile I*' organisa l'assistance judiciaire. Au dixième siècle, alors que l'empire atteignait son plus haut degré de prospérité, il existait de nombreuses maisons de retraite pour les vieillards,.de8 hospices pour les pauvres pèlerins et les voyageurs, des hôpitaux et des léproseries, des orphelinats. Ces établissements charitables étaient dotés de revenus importants. A leur tète étaient des directeurs qui, tout en étant sous la dépendance du stratège de leur thème, relevaient directement de leur chef particulier de l'administration centrale, le grand orphanotrophe.

Alexis Comnène fonda à Constantinople une maison d'orphelins à laquelle étaient attachés des professeurs.

Au treizième siècle, alors que Vatacès faisait tous ses efforts pour relever Tempire grec, il n'oublia pas les hôpitaux; il leur affecta une partie des revenus de ses vastes domaines.

L'amphithéâtre ne fut pas admis par les Byxan-

tins chrétiens; Constantinople n'eut qu'un théâtre et un cirque. Les combats des gladiateurs furent supprimés par Justinien à Constantinople (1).

Les idées chrétiennes tempérèrent parfois le despotisme des empereurs (2V Elles atténuèrent leur cruauté vis-à-vis des usurpateurs, les empereurs se contentant généralement de reléguer ceux-ci dans un monastère et n'usant de rigueur contre eux que lorsqu'ils s'étaient échappés du couvent (3).

Au dixième siècle, alors que la dynastie macédo-

(1) lU forent supprimés à Rome par Honorius.

(2) C'est ainsi que lorsque Justinien II fut sur le point de mourir, il dit à Tibère : « Vous allez recevoir les marques du pouvoir souverain, non de ma main, mais de celle de Dieu... Ne prenez pas plaisir à verser le sang des hommes. Abstenez-vous de vengeance... Homme, j*ai dû pécher^ pécheur, j*ai été puni sévèrement, même dès cette vie... Soyez modeste et sage... Aimez votre peuple à l'égard de vous-même... Protégez la fortune des riches et soulagez la misère du pauvre. »

(3) Au huitième siècle Constant I**", ayant craint que son frère Théodose ne lui enlevât le trône, fit entrer celui-ci dans les ordres sacrés, afin de le rendre ainsi inhabile à la pourpre.

Au huitième siècle, les usurpateurs Anastase II (713) et Théodose III (716), abdiquèrent et embrassèrent l'état ecclésiastique.

Sous Léon IV, les fils d'un deuxième mariage de Copronyme s'étant révoltés, on leur pardonna la première fois ; à la deuxième, on les condamna à embrasser l'état ecclésiastique; à la troisième, l'aîné eut les yeux crevés, les autres la langue coupée.

Sous Constantin VII^ deux usurpateurs furent saisis et embarqués pour un monastère.

L'usurpateur Michel VII fut envoyé par le patriarche dans un monastère; le patriarche couronna Isaac Comnène qui, vers la fin, se retira dans un monastère.

Lorsque Alexis I"* Comnène s'empara du trône (1081), il envoya dans un monastère l'empereur Nicéphore III Botoniate, son prédécesseur.

nienne était solideinent établie 8ur le trône, les empereurs firent particulièrement preuve de modération vis-à-vis des ennemis intérieurs et extérieurs deTempire (1).

Plus de douceur pénétrait peu à peu dans les mœurs.

Au commencement du douzième siècle, Tempereur Jean Gomnène abolit la peine de mort et à la fin de ce siècle Tempereur Andronic, bien que re<» nommé par sa cruauté, interdit de piller les malheureux naufragés et de s'emparer de leurs personnes.

Immoralité des Byzantins. — Dans Tempire byzantin, bien que les matrones ne circulassent que voilées et enfoncées dans des litières, les mœurs étaient beaucoup plus libres qu'en Occident. En Orient le climat, la vie au grand air, les réunions fréquentes des habitants des villes dans les lieux publics favorisèrent la dissolution des mœurs, tandis qu^en Occident, lors de l'époque féodale, le climat, la vie à l'intérieur des chaumières, l'isolement des familles contribuèrent puissamment au développement de la monogamie.

Les empereurs du Bas-Empire, comme l'avait

(l) C'est ainsi que sous la iniiioricé de Constantin VlI le commandant des armées navales Lecapenus, qui s'était emparé du trône, en fut chassé sans qu'aucun massacre ait eu lieu, Lorsque Zimisccs monta sur le trône, il n'y eut aucune exécution. Théophano fut déportée à Proti (ile des Princes) et les fonctionnaires hostiles furent exilés dans leurs terres en province.

Les Byzantins montrèrent beaucoup de douceur vis-à-vis des princes arabes faits captifs en Crète par Nicéphore Phocas, bien qu'il se fût agi d'une guerre religieuse.

fait Auguste (1) à Rome, combattirent l'adultère; Constantin le déclara crime capital; mail bien qu'ils eussent dans cette œurre Tappui de TÉglise chrétienne, ils sentirent Timpossibilité de corriger les mœurs de TOrient et furent forcés d^atténuer les peines édictées. Justinien ne condamna plus Tépouse adultère qu'à la solitude et à la pénitence, et son époux fut autorisé à la rappeler après deux ans.

L'Église d'Orient crut né pas pouvoir astreindre au célibat les prêtres, les diaconesses; elie interdit cependant le mariage aux éyèques, aux moines et aux religieux; elle défendit à un oncle d'épouser sa nièce (2); elle permit un second mariage au survivant après la mort du premier époux, mais elle considéra un troisième mariage comme une espèce de fornication légale et un quatrième comme un péché et un scandale (3) .

C'étaient dans les grandes villes de l'empire que vivaient les populations de beaucoup les plus immorales de l'empire (4).

La population y était partagée en deux classes bien distinctes : les riches et le peuple.

Vanité des grands. — Le mobile principal des

(1) Auguste punit l'épouse infidèle et son complice à des confiscations, des amendes et à l'exil dans des îles ; mais cette mesure n'eut pas grande efficacité.

(2) C'est ainsi que l'Église s'opposa au mariage d'Méraclius avec sa nièce.

(3) C*est ainsi que le patriarche de Gonstantinople refusa de célébrer les quatrièmes noces de Tempereur Léon VI.

(4) Aussi il ne faudrait pas juger le peuple byzantin sur le peuple des grandes villes de cet empire.

actes des riches était la vanité ; ils ne songeaient qu*à s^enrichir de plus en plus et acquérir les plus hautes dignités honorifiques. Pour y parvenir, ils ne reculaient devant aucun moyen; ils obtenaient les dignités en achetant ceux qui étaient chargés de les donner (1); lorsqu'ils étaient en possession de leurs fonctions, les grands commettaient de nombreuses exactions pour rentrer dans l'argent dépensé par eux en corruptions et pour pouvoir éblouir le peuple par leur luxe. En étalant beaucoup de magnificence, en flattant la vanité du peuple par de beaux spectacles et en lui faisant croire qu'il était le premier peuple du monde, les grands parvenaient à maintenir leur ascendant sur les basses classes.

Cette àpreté des grands à s'enriohir dura jusqu'à la fin de Tempire; ils ne surent jamais employer au profit de Tempire ces richesses qu'ils avaient acquises pour satisfaire leur vanité ; lorsqu'à la fin de l'empire le trésor fut vide, ils cachèrent leur argent afin que le fisc ne pût s'en emparer et lorsque Constantin XII s'adressa à eux pour la défense de Gonstantinople, ils restèrent sourds à son appel.

C'était à Gonstantinople que s'étalait le plus le luxe de la classe riche des villesde l'empire. A partir àe Constantin, Gonstantinople était comme Rome capitale de l'empire ; de plus, grâce à sa splendide situation, elle pouvait remplir Iç rôle de Baïes et

0) Voir «\ l'Évolution politique intérieure, t. II,

de Pouzzoles, oh le^ sénateurs romains avaient leurs riches maisons de campagne. Aussi, lors des invasions des Barbares, les personnages riches d'Italie et d'Afrique y accoururent-ils.

Plus tard, lorsque les Arabes s'emparèrent de rÉgypte et de la Syrie, les Grecs riches d'Alexandrie et d'Antioche vinrent s'y établir. La prospérité commerciale dé Constantinople contribua aussi puissamment au développement de la classe riche dans cette ville.

Les empereurs byzantins se firent remarquer les premiers par leur amour du luxe. Ils se construisirent de somptueux palais dans la capitale sur les •bords du Bosphore. Le palais de la Magnaure, que fit reconstruire Théophile au neuvième siècle, fut le plus fameux; bâti sur le modèle du palais de Bagdad, qu'il surpassait même, il se composait de salles splendides, dont la plus remarquable était le triclinium d'or; il comprenait en outre de beaux jardins et cinq églises. Le palais des Blaquemes, que fit construire Manuel Comnène au douzième siècle, était magnifique.

En plus de leur palais de Constantinople, les empereurs avaient des résidences d'été. Justinien avait la sienne à Chalcédoine; c'est là qu'il passait les mois chauds de l'année avec Théodora. Constantin YII possédait une villa à côté de Scutari, le palais d'Hiéraï ; c'était près de celui-ci qu'il chassait au sanglier. Manuel I*' Comnène résidait l'été dans les îles délicieuses de la Propontide.

Étant à la. tète d'une classe dont les moindres

actes étaient dictés par la vanité, les empereurs d'Orient eurent la passion de Tétiquette. Dioclétien introduisit Tusage d'adorer Tempereur; le souverain s'entoura d'une cour dont les nombreuses dignités, savamment hiérarchisées, flattaient la vanité des grands; les impératrices eurent aussi leur cour. L'empereur restait toujours éloigné de ses officiers et rarement les honorait d'un sourire. Un brillant cérémonial entourait tous ses mouvements; au dixième siècle, dans le somptueux palais impérial, avaient lieu constamment des processions où s'étalait tout le faste d'un despote oriental. Lorsque les ambassadeurs étrangers étaient reçus au palais, on les éblouissait par le cérémonial et le luxe.

Le faste de la cour alla toujours croissant, même sous les Gomuènes (I), alors que les finances de Tempire étaient dans un état déplorable.

Tous les grands n'étalaient pas seulement leurs richesses à la cour; ils avaient dans la capitale des palais (2) et près de la capitale des maisons de campagne, où ils cherchaient à imiter le luxe de leurs souverains; ils faisaient des saisons dans des stations thermales de l'empire (3); conservant les habitudes des nobles de Rome, ils avaient leur

(1) C'est ainsi qu'Ixaac TAnge donna dans son palais des fêtes luxueuses, et qu'il occupa vingt mille eunuques et domestiques.

(2) C'est ainsi que sous Basile II les ministres d'État occupaient douze superbes maisons à Constantinople.

(3) Sous Justinien, les pins renommées étalent celle de Pythie, en Anatoiie, où Théodora fit des saisons, et celle d'Anchialus, en Thrace ; sous Constantin Porphyrogénète une des plus importantes fat celle de Brousse ; cet empereur s'y fit soigner.

254 I/ËMPIRE BYZANTIN

garde particulière avec laquelle ils circulaient dans les rues de la capitale (1), vêtus de magnifiques tissus historiés.

. Le peuple des grandes villes. — Exploitant Tamour deë spectacles que les Grecs avaient toujours monture autrefois pour les fêtes païennes, les empereurs d'Orient satisfirent les goûts des populations oisives des grandes villes, en élevant non-seulement des bains et des temples, mais encore des théâtres et s^urtout des' cirques et en affectant dans les cités des revenus pour ces monuments et pour les jeuK du cirque. Ils ne firent ainsi que continuer Tœuvre de Rome qui, pour éblouir les populations conquises, affirmer sa toute-puissance et sa richesse, avait fait construire ces édifices imposants dans les principales villes de Tempire. Au cinquième siècle les villes qui possédaient les plus beaux monuments étaient Rome, Carthage, Alexandrie, Antioche et Gonstantinople.

. Les populations des villes de Tempire se passionnèrent beaucoup pour les jeux du cirque. Lors de rinvasion des Barbares elles étaient beaucoup plus occupées de ces distractions que de la défense de Tempire. Lorsqu'un empereur voulait infliger une punition sévère à une ville qui s'était révoltée contre son autorité, il supprimait les jeux du

(1) Sous Justînien, Bélûairn eut sept mille cavalier» de cortège ; à la fift du ditième siècle, Teunoque Basile eut une garJe de trois mille esclaves et serviteurs qu'il réunit contre Bringat, en faveur de Nicéphore Pkocas, lorsque celui-ci arriva devant Gonstantinople.

cirque (1). Tout personnage qui voulait gagner les faveurs d'une ville devait paraître s'intéresser aux jeux du cirque (2); les empereurs byzantins étaient obligés d'y assister ; certains, comme Romain II au dixième siècle, y passaient même la plus grande partie de leur-temps, et Michel III, au milieu du dixième siècle conduisit des chars avec la livrée des Bleus. C'était au cirque que se déchaînaient les passions de la plèbe turbulente des villes; elle prenait parti pour les cochers et souvent à la suite des courses l'émeute éclatait.

Ce fut à Constantinople et aux sixième et septième siècles de Marcien à Héraclius, qu'il y eut le plus de séditions provoquées par les jeux du cirque. La plus fameuse fut celle de Nikka, sous Justinien ; elle mit Constantinople à feu et à sang pendant cinq jours; sous Maurice en particulier les factions des Bleus et des Verts se combattirent violemment. Ces séditions étaient d'autant plus dangereuses pour le pouvoir impérial que les factions s'étaient organisées en véritables milices, ayant leurs privilèges et leurs tribuns; que ces événements avaient aussitôt leur contre-coup dans les turbulentes cités de Tarse, d'Antioche et d'Alexan-

(i) Lorsque Aatioche se souleva, parmi les mesures de répression que prit Théodose, cet empereur donna Tordre de fermer les bains, les cirques et les théâtres.

(2) Lorsque Honortot arriva à Milan, il assista aux jeux du cirque; Théodoric maintint en Italie les joux du cirque; après la prise d'Antioche par Chosroès, au sixième siècle, ce roi de Perse assista aux jeux du cirque ; lorsque TotiU eut pris Rofiie en 549, il donna das jeux équestres dans le cirque.

drie, qu'au cirque le peuple entrait en contact avec Tempereur et que par suite c'était là qu'il pouvait manifester contre celui-ci.

Les empereurs essayèrent de domestiquer ces factions; Phocas, en particulier dépouilla les Yerls de leurs immunités, de leurs tribuns; mais les empereurs durent renoncer à lutter contre ces factions; ils donnèrent alors à celles-ci Tapparence d'une institution publique, nommant un des chefs de chaque faction : le démocrate, Tautre étant élu par la faction; ils parvinrent alors à transformer ces factions en gardes d'apparat fort paisibles.

L'Église au quatrième siècle avait vigoureusement combattu les jeux du cirque; mais elle dut y renoncer, et au dixième siècle le patriarche Théophaiie nourrissait plus de mille chevaux pour les jeux du cirque.

L'établissement du Christianisme contribua cependant à empêcher le développement des cirques, en ce sens que les fonds publics furent employés à la construction d'églises au lieu de l'être à celle de cirques (1).

La prospérité du commerce à Constantinople aux neuvième et dixième siècles rendit moins oisive la plèbe de la capitale ; cette plèbe trouva dans le métier de colporteur une occupation; aussi au dixième siècle les jeux du cirque commencèrent-ils à décliner : ils perdirent de leur splendeur.

(1) Lorsque Justinien fondait des villes, on y élevait des palais, d^B caihédrales, au lieu de bains, de théâtres et de cirques.

ÉVOLUTION MOBALE 257

Au douzième siècle le contact des Latins amena rintroduction de coutumes occidentales ; celles-ci contribuèrent ainsi à faire oublier les jeux du cirque ; les tournois pénétrèrent dans Tcmpire byzantin . Au milieu du douzième siècle Tempereur Manuel se distingua dans ce nouveau genre de jeu. Sous l'empire latin et après le rétablissement de Tempire grec, les Byzantins commencèrent à ne plus se passionner pour les jeux du cirque et à ne plus y aller.

Dans l'empire byzantin, la vanité du peuple des grandes villes n'était pas seulement exaltée par la splendeur déployée aux jeux du cirque : elle l'était par les somptueux monuments élevés par les empereurs; elle fut particulièrement satisfaite par les folles dépenses de Justînien, et elle se manifesta pleinement lorsque Justinieu, contemplant son œuvre la plus belle et la plus riche, Sainte-Sophie, s'écria : « Salomon, je t'ai vaincu. »

Toute la vanité du peuple de Gonstantinople et tout son amour pour les spectacles trouvaient leur complet épanouissement lors des magnifiques cérémonies que les empereurs byzantins donnaient souvent et dont les principales avaient lieu les jours de leur naissance, de leur mariage et de leur couronnement. La ville se parait alors de tapis; on élevait des arcs-de-triomphe après lesquels grimpaient des lierres et des rhododendrons; des fleurs odoriférantes jonchaient les rues couvertes de nattes. L'empereur défilait alors dans la ville, escorté des grands de sa cour, aux costumes éclatants, au milieu des acclamations du peuple.

358 LEMPIRE BYZANTIN

Le peuple de Constantinople avait aussi la satisfaction d'assister à d'autres magnifiques cérémonies publiques : les triomphes et les revues navales; mais ces spectacles étaient rares. Jusqu'à la fin du dixième siècle, le peuple de Gonstantinople ne connut que les triomphes de Bélisaire et d'Héraclius: mais au dixième siècle il put, en peu de temps, assister à deux triomphes : à ceux de Nicéphore Phocas. Rien ne fut plus imposant et plus beau que le triomphe de Nicéphore Phocas quand il revint vainqueur d'Asie; le triomphateur, entouré d'une flotte magnifiquement parée, aborda à Gonstantinople après avoir traversé le Bosphore et la Corned'Or; après son débarquement il parcourut, escorté des nobles aux robes de soie luxueusement brodées, les rues de Gonstantinople qui étaient splendidement pavoisées et garnies de fleurs; sur son passage se pressaient de nombreux spectateurs qui remplissaient l'air de leurs acclamations enthousiastes et d'hymnes religieux; et dans cette foule en délire étaient représentées les principales nations de l'Europe, de l'Afrique septentrionale et de l'Asie occidentale; il y avait des Bulgares, des Slaves, des Francs, des Arabes, des Arméniens. Nicéphore Phocas se rendit ainsi à Sainte-Sophie, dont l'intérieur resplendissait d'or et renfermait des objets d'orfèvrerie d'une richesse incomparable; après avoir prié dans cette église, il se dirigea vers l'hippodrome; quand il déboucha dans ce monument, des milliers de voix l'acclamèrent. Gette entrée triomphale, qui avait pour cadre le site merveil-

RVOLUTION MOUALK 250

leux du Bosphore et de la Corne-d'Or, ne pouvait qu^exalter la vanilé du peuple de Constantinople ; celui-ci se rappelait qu'autrefois ses ancêtres les Romains avaient conquis le monde, et il songeait qu'actuellement l'Occident était plongé dans les ténèbres de la féodalité; le peuple de Constantinople pouvait alors se croire le premier peuple de l'univers, il pouvait avoir foi dans sa supériorité et dans son immortalité.

Formation de l'art byzantin. — L'art byzantin pendant la lutte des Iconoclastes. — Renaissance de l'art byzantin. — Décadence de l'art byzantin. — Propagation de Tart byzantin en dehors de l'être social byzantin.

Formation de Part byzantin. — Lorsque les Romains eurent fondé leur vaste empire, ils voulurent le doter d'un art qui fût unique, attestant Tunité du monde méditerranéen sous leur direction. Ils s'inspirèrent de l'art grec et créèrent l'art gréco-romain.

Voulant frapper les populations par leur esprit civilisateur, ils portèrent leurs efiForts artistiques principalement sur l'architecture ; ils élevèrent dans les différentes parties de leur empire des monuments grandioses. Création de Rome, cet art gréco-romain n'était pas le reQet des sentiments esthétiques des divers peuples de l'empire, mais il était pour ceux-ci une importation étrangère ; il n'était même pas l'expression naturelle des sentiments esthétiques du peuple romain; il était donc factice, purement officiel et administratif. Aussi que l'empire romain vienne à s'écrouler et que

même raction de son administralion centralisatrice vienne à s'affaiblir, Tari gréco-romain disparaîtra.

En Orient, sous les dehors apparents de Tart gréco-romain se manifestèrent cependant les sentiments esthétiques de l'être social gréco-oriental qui poursuivait son développement sous la domination romaine.

Dans la sculpture, la peinture, Torfèvrerie et la glyptique, où les artistes grecs ne pouvaient pas être contenus par le formalisme romain, ils donnèrent libre essor à leurs sentiments. En architecture même, où le plan général de Tédifice était donné par un représentant de l'art officiel, les Grecs ne se bornèrent pas à exécuter fidèlement et avec une ponctualité toute administrative les instructions données ; ils apportèrent dans les détails des modifications personnelles intelligentes et variées.

Au quatrième siècle se passèrent deux événements importants et décisifs pour l'avenir de l'art de l'être gréco-oriental : le transfert de la capitale des empereurs romains en Orient et la reconnaissance du Christianisme. Par suite du premier fait la prépondérance dans l'empire passa aux Grecs ; leurs sentiments esthétiques ne furent donc plus contenus par les idées artistiques que Rome leur avait imposées ; ils purent se manifester librement. Par suite du second fait, les sentiments esthétiques des Grecs assoupis depuis des siècles par Tabsence d'une grande idée trouvèrent dans la

religion chréticaae un aliment puissant et vivifiant; se pliant aux nouvelles idées, le génie souple des Grecs créa en deux siècles un art difiFérent de Tan* cien art grec.

Les empereurs favorisèrent Téclosion et le développement du nouvel art. Constantin attira à Gonsr tanlinople des artistes; Théodose II fut lui-mémo un artiste; Zenon et Anastase protégèrent les arts; Justinicn, qui monta sur le trône au moment où le nouvel art trouva sa forme définitive, consacra des sommes considérables à la construction de nombreux monuments, afin de flatter la vanité du peuple byzantin.

Dans le nouvel art, expression naturelle des sentiments esthétiques de Tétre social gréco-oriental, s'associèrent des sentiments esthétiques grecs et des sentiments esthétiques orientaux.

Les sentiments grecs se manifestèrent en architcclurc par Tunité de Tintérieur des églises byzantines et dans Taccord entre le plan général de Tédificc et sa décoration intérieure ; ils se montrèrent dans la mosaïque par Tharmonie apportée dans les compositions et par la disposition symétrique des figures.

Les sentiments orientaux trouvèrent leur expression dans Tapplication de la coupole à leurs monuments religieux et dans Tornementation. Si la cou* pôle avait été précédemment connue des Assyriens et des Perses et si les oiseaux et les animaux qui figurèrent dans les ornements des édifices byzantins avaient déjà paru dans l'art oriental, il n'eu

résulte pas que la coupole et rornementation employées par les Byzantins fussent de simples importations étrangères; elles reflétaient Tàme byzantine, car elles persistèrent toujours dans Tart byzantin.

Bien que le nouvel art s^inspiràt profondément des idées de la nouvelle religion, il ne rompit pas complètement avec Tancien art païen. L^amour de la tradition et de Timitation, déterminé par la grandeur de Tépoque classique grecque^ fut si persistant chez les Byzantins^ que ceux-ci traitèrent leurs sujets religieux diaprés la forme antique. Les mosaïstes et les peintres s^inspirèrent des modèles païens : dans la mosaïque, Tarrangement des plis des vêtements des personnages, les détails de leur costume, leur attitude rappellent les anciennes statues grecques; les compositions sont Talliancc du symbolisme païen et de l'histoire chrétienne; dans les miniatures, les Byzantins imitent les fresques pompéiennes et copient des œuvres antiques.

Les artistes byzantins avaient d'ailleurs sous leurs yeux les modèles de l'ancien art grec que les empereurs chrétiens eux-mêmes protégeaient i Constantin enlevait aux villes grecques les chefsd'truvre de Tantiquilé pour les réunir à Gonstantinople; il en fut de' même de ses successeurs, et au commencement du sixième siècle il y avait dans la capitale de Tcmpire une grande quantité des plus beaux ouvrages de la statuaire antique ; ces témoins de Tancien art grec restèrent debout jusqu'à la prise de Constantinople par les Latins, qui détruisirent alors tous ces chefs-d'œuvre.

La nécessllé de posséder des monumenls servant de sanctuaire à la nouvelle religion portèrent surtout les efforts artistiques des Grecs vers Tarchitecture. La coupole qui reflétait déjà avant la reconnaissance du christianisme lessentiments esthétiques de Tètre social gréco-oriental fut adopté dans les édifices chrétiens byzantins.

En Orient la coupole avait déjà été employée sous le Haut-Empire romain en deux lieux différents : dans la Syrie centrale et dans l'Asie Mineure occidentale. Elle avait été adoptée dans la première région (1) pour remédier à Tabsence de bois; avec elle on pouvait couvrir de grands espaces. Mais les coupoles syriennes construites sans cintres offraient de nombreuses difficultés d'exécution, et l'emploi de la coupole ne se serait jamais étendu et généralisé si les Grecs d'Asie Mineure ne s'étaient servi dans la construction des coupoles de la brique, que les Romains importèrent chez eux et qui leur permit de ne pas employer de cintres.

Lors de la fondation de Constantinople et de la reconnaissance du Christianisme par Constantin, les architectes grecs étaient donc en possession d'une méthode de construction facile de la coupole. A partir du quatrième siècle, les sentiments esthétiques grecs n'étant plus comprimés par l'art grécoromain, l'emploi de la coupole se généralisa de plus en plus, des écoles locales se formèrent et au

(1) Il n*ea fut pas de inêrne daûs la Syrie du Nord, où se trouvait beaucoup de bois.

sixième siècle, après des tâtonnements, TarchiteC" ture byzantine trouva sa forme définitive.

Les Grecs eurent à déterminer pendant ces deux siècles le plan général des nouveaux sanctuaires. La forme circulaire des monuments était celle qui aurait répondu le mieux à l'adoption de la coupole; mais cette forme qui ne permettait de couvrir qu'une faible surface et qui avait pu être employée dans les temples païens (I), dans lesquels le peuple n'avait pas d'accès, ne pouvait pas convenir aux églises chrétiennes, à rintérieur desquelles devaient se rassembler les adeptes de la nouvelle religion.

Les Grecs durent appliquer la coupole à une construction d'origine étrangère : la basilique romaine (2), construction que l'Église avait adoptée afin de pouvoir réunir un grand nombre de fidèles dans une même enceinte ; ils furent ainsi amenés à faire reposer la coupole sur un plan carré et à trouver les pendentifs sphériques; de plus, afin de satisfaire les idées d'unité et d'harmonie qui ont toujours caractérisé le génie grec, ils donnèrent aux églises la forme d'une croix à branches égales.

L'architecture byzantine chrétienne trouva sa plus belle expression dans Sainte-Sophie de Constantinople; elle fut représentée dans tout l'cm-

(1) Tel fui le temple circulaire de fiaalbeck, du deuxième liccle.

(S) Le plan général de la basilique fut modifié ; l'atrium fut supprimé, le rectangle s'allongea et on adjoignit dei absides à la basilique.

2tiii LEMPlllE BYZANTIS

pire par de nombreuses églises qui ressemblèrent à ce chef-d'œuvre, maïs n'en furent pas la copie.

Le peuple se réunissant à Tintérieur de Téglise, les architectes byzantins portèrent toute leur attention sur cette partie du monument, négligeant Texlérieur; ils agirent ainsi contrairement à ce qu'avaient fait leurs prédécesseurs grecs qui avaient apporté tous leurs soins à Textérieur du temple, le peuple n'étant pas admis à Tintérieur. Ils laissèrent pénétrer la pleine lumière dans Téglise afin d'en éclairer l'intérieur, en particulier les murs sur lesquels TÉglise représenta les personnages principaux et les événements importants du Christianisme, dans le but d'instruire les fidèles sur la nouvelle religion. Considérant la coupole et la voûte des églises comme l'image du ciel, les Byzantins les couvrirent des figures du Christ, de la Vierge, d'anges, de prophètes, de martyrs et de compositions représentant les grandes fêtes de l'Église.

La décoration intérieure des édifices chrétiens fut mise en harmonie avec le caractère attribué au Christ après la reconnaissance du Christianisme. Les classes supérieures de la société s'étant alors emparées de la direction de la nouvelle religion, le Christ n'était plus considéré comme le Bon Pasteur, égal au plus simple mortel, mais comme le maître puissant du monde. Il fallait donc que son image et celles de son cortège sacré produisissent sur les fidèles un effet encore plus imposant que Fempereur byzantin ; il fallait que le lieu où il était

adoré fût onoore plus resplendissaat que le palais où était adoré Tempercur. Les Byzantins trouvèrent dans remploi de la mosaïque gréco-romaine le moyen d'obtenir de puissants effets décoratifs; aussi à partir du quatrième siècle donnèrent-ils à celle-ci une grande extension; le fond généralement adopté pour ces mosaïques fut le bleu foncé, et souvent Tor, afin d'en augmenter la splendeur. Les Byzantins employèrent en outre des marbres de différentes couleurs pour les panneaux des murs et pour les parements dans les églises; ils firent de riches travaux d'orfèvrerie et de beaux tissus historiés pour les ornements du culte.

La sculpture, Tart par excellence de Tancienne religion, fut en quelque sorte proscrite par TÉglisc, et les sculpteurs byzantins durent tourner leur acti • vile vers la sculpture ornementale, Texécution de bas-reliefs et le travail de Tivoire.

Les peintres byzantins n'exercèrent pas seulement leur talent dans les fresques, mais encore dans les miniatures des manuscrits.

Du quatrième au sixième siècle, la société religieuse, bien que très puissante, n'ayant pas encore absorbé la société civile, les artistes byzantins ne mirent pas seulement leurs capacités artistiques au service de l'Église, mais aussi au service des empereurs et des grands.

Les architectes byzantins contruisircnt des édifices civils, entre autres le palais de Constant!nople. Les mosaïstes représentèrent des sujets profanes, tels que les victoires des armées de Justi-

nien en Afrique et en If alie ; ils traitèrent de tels sujets jusque dans les églises, tant était grande alors la pénétration de la société civile et de la société religieuse. Les sculpteurs protégés par les empereurs byzantins, surtout par Arcadius, élevèrent à Gonstantinople des statues sur les places publiques» entre autres celles de Théodose le grand, d'Eudoxie, de Théodose II, de Justinien.

Dans la miniature de manuscrits, des sujets profanes furent représentés. L'amour du luxe, qui prit chez les grands une extension considérable dès le règne d'Arcadius, donna un puissant développement à Torfèvrerie et aux tissus historiés.

Si Tart servit à la société religieuse et à la société civile, il n'en eut pas moins un caractère d'unité complète. Sa formation est accomplie au commencement du sixième siècle et ses difiFérentes branches sont pour toujours déterminées. Au sixième siècle, dans les mosaïques et les miniatures, les artistes montrent une tendance générale à abandonner les éléments symboliques pour la représentation historique; ils se préoccupent de donner à leurs oeuvres un coloris fort et éclatant; bien qu'inférieur de beaucoup à l'art antique, leur arl présente certaines qualités; il est expressif et naturel, le dessin est assez pur, les draperies des personnages sont disposées avec élégance, surtout dans les miniatures; mais comme les artistes byzantins ne s'inspirent que de la statuaire antique, ils ne savent pas composer une scène : leurs sujets ont presque tous la même attitude et les draperies de leurs person-

nages sont arrangées d^une manière uniforme et monotone.

L^art byzantin, qui s'était constitué brillamment en deux siècles ne trouvait, ni en lui-même ni dans la société dans laquelle il s'était formé, de puissants germes de vie.

Ce n'était pas l'amour du beau qui était la cause fondamentale du développement de cet art, mais le goût du luxe et de la tradition ; aussi ce furent les arts industriels qui eurent de plus en plus la prépondérance et les artistes prenant pour base l'antiquité ne tirèrent pas d'eux-mêmes l'inspiration entière de leurs œuvres, comme cela eut lieu en Occident, pendant le moyen âge.

La sculpture et la peinture, qui sont les branches les plus importantes pour le développement de l'art, n'étaient appelées à aucun avenir. La sculpture, qui était en quelque sorte prohibée par l'Église, devait bientôt complètement disparaître, et l'ornementation sur pierre ressemblait bientôt plus à l'orfèvrerie qu'à la sculpture. Quant à la peinture, les fresques étaient moins en honneur chez les Byzantins que les mosaïques, aux effets beaucoup plus riches.

La mosaïque, qui par elle-même donne une certaine raideur aux personnages et de la dureté aux différents tons, ne pouvait remplacer la peinture.

Les artistes byzantins n'avaient en aucune façon Tamour de la nature; dans leurs travaux d'ornementation, ils firent comme les Orientaux, ils ne donnèrent pas aux animaux qu'ils représentèrent

870 I/KMPIRE BYZANTIN

des formes naturelles, mais des (ormes fantastiques ; dans leurs mosaïques et leurs miniatures, ils ne traitèrent que des compositions à personnages, n^ayant comme leurs ancêtres les Grecs aucun goût pour le paysage.

Leur amour du luxe les amena à représenter leurs personnages recouverts de riches costumes de soie et même de pourpre, dont les plis ne pouvaient avoir Télégance, la souplesse, la variété d^allure de la prétexte romaine. Leur idée de considérer le Christ comme le maftre du monde les poussa à donner à celui-ci Taspect d'un monarque oriental ; ils le vêtirent de riches habits et du manteau de pourpre; ils n'étudièrent pas ainsi le nu; de plus, ils ne traitèrent pas les scènes où la majesté divine eût pu paraître humiliée, telles que la Flagellation et la Crucifixion; ils n'exécutèrent donc pas des compositions dans lesquelles ils eussent été peu à peu amenés à apporter de la vie et du mouvement.

Les artistes byzantins ne portèrent donc pas leur attention sur tout ce qui constitua les sources vivifiantes de la renaissance de la peinture dans TEurope occidentale : Tétude de la nature, du paysage, du nu ; la manière de donner de la souplesse aux vêtements des personnages ; enfin la représentation des scènes de Thistoire chrétienne qui demandaient de rimagination et de l'expression sentimentale.

La société religieuse étant devenue très puissante au sixième siècle, les peintres ne furent plus

ensuite que des moines; Tart religieux devint hiératique et tomba dans le formalisme. Sous Justinien, la centralisation de Tarchitecture à Constantinople, qui avait suivi celle de l'administration, amena la destruction des écoles provinciales d'architectes, et la mainmise de TÉtat sur Tarchitectnre détermina la création d'un enseignement officiel qui n'eut plus sa base dans les sentiments esthétiques de l'être social byzantin, qui se sépara de la nation et qui par suite manqua de vie.

Après Justinien, les artistes byzantins purent néanmoins mettre leurs capacités au service de la société civile. Justinien II fit construire le chrysotricliniun du palais impérial et le palais Sophinien; Tibère, les thermes de Blaquernes; Justinien Rhinotmète fit annexer au grand palais le grand triclinium; ces édifices furent recouverts de mosaïques. Même les empereurs continuèrent à protéger la sculpture; on éleva les statues de Phocas et de Justinien II.

Vart byzantin pendant la lutte des Iconoclastes. — La lutte des Iconoclastes fut dans son ensemble favorable au développement de l'art.

Seules la peinture murale religieuse et la mosaïque religieuse eurent à en souffrir; les compositions chrétiennes furent recouvertes de chaux, les évéques du concile de 754 ayant déclaré que a l'art coupable de la peinture est un blasphème contre le dogme fondamental de notre salut » ; mais ces compositions furent remplacées par des paysages et des sujets profanes.

La sculpture et rarchitecture ne furent pas abandonnées ; on éleva les statues de Léon Tlsaurien et de Constantin Y ; Théophile fit construire des palais et des églises.

Les peintres qui ne pouvaient plus exercer leur talent sur les murs des églises se portèrent vers la miniature, qui s'était réfugiée dans les monastères; aussi celle-ci, qui était en progrès depuis le quatrième siècle, prit-elle de plus en plus d'extension. Il en fut de même de Tivoirerie ; mais celle-ci ne traita que des sujets profanes.

Les artistes, ne pouvant plus représenter la figure humaine dans les compositions religieuses, se consacrèrent de plus en plus à Tornementation.

L'orfèvrerie continua à prospérer surtout sous Théophile, et la peinture émaillée prit un grand essor.

Renaissance de Fart byzantin. — La lutte des iconoclastes n'eut pas seulement pour résultat de développer toutes les branches de l'art, sauf la peinture murale et la mosaïque, mais elle eut des effets encore beaucoup plus importants pour l'avenir de Tart. En enrayant la désagrégation de l'être social byzantin et l'absofption de la société civile par la société religieuse, cette lutte prépara le réveil des sentiments esthétiques des Byzantins et affranchit les artistes byzantins du formalisme monastique; elle amena la renaissance de l'art aux neuvième et dixième siècles.

Le monachisme, qui sortait victorieux de la querelle des images, voulut enlever toute indépen-

dance aux peintres, dans le domaine religieux, empêcher tout caprice de l'imagination ; les Pères du deuxième concile de Nicée décidèrent que «l'artiste n'invente rien ; c'est par les antiques traditions qu'on le dirige; sa main ne fait qu'exécuter » .

Mais la victoire du monachisme était plus apparente que réelle; la société civile s'était dégagée de la société religieuse; aussi la déclaration du concile fut à peu près vaine, et si une partie des artistes s'y soumirent, le plus grand nombre s'y refusèrent.

Les premiers furent en faveur dans les monastères ; les seconds trouvèrent leur point d'appui auprès de la cour impériale, où ils fondèrent une école originale. Les empereurs favorisèrent jusqu'au commencement du onzième siècle le développement de cette école, non seulement en luttant contre le monachisme, mais encore en protégeant les arts. Les Macédoniens exemptèrent les architectes de toutes les charges personnelles; ils rendirent des décrets pour la conservation des temples comme monuments publics; les économies qu'ils firent leur permirent de consacrer des sommes importantes à la construction de palais et d'églises. Basile I", Léon le Philosophe, Gontantin Porphyrogcnète, Romain II, Nicéphore Phocas> Zimiscès, Romain III se montrèrent amateurs des arts; celui qui parmi eux donna le plus d'impulsion aux arts fut Constantin Porphyrogéncte : il couvrit de belles mosaïques et remplit de riches travaux d'orfèvrerie le palais de la Magnaure qu'avaient agrandi et embelli Théophile et Basile 1*'.

S74 LEMPIRE BVZANTIN

Comme auparavant, les sujets traités par les artistes furent non seulement des sujets religieux, mais aussi des sujets profanes ; ceux-ci furent généf aie ment inspirés par les guerres des Macédoniens.

Si Tart se mit au service de la société religieuse et de la société civile, néanmoins il avait toujours son unité, même en architecture, La coupole, les absides étaient employées dans la construction du palais impérial; la mosaïque en était la décoration principale.

Les artistes qui ne voulurent pas asservir leur pensée à la tyrannie monastique puisèrent beaucoup d'éléments de leurs œuvres dans Tantiquité païenne, et cette inspiration de Tart antique se manifesta non seulement dans Tart civil, mais aussi dans l'art religieux.

Des éléments asiatiques pénétrèrent aussi de plus en plus dans Fart byzantin, Tempire ayant alors avec l'Orient des relations commerciales très développées et presque exclusives.

Si des éléments helléniques et asiatiques s'infiltrèrent dans Tart byzantin, celui-ci conserva sa physionomie propre, il ne devint pas factice, il resta le reflet exact des sentiments esthétiques de l'être social byzantin.

La paix intérieure et la prospérité économique de l'empire, sous les Macédoniens, amenèrent le développement des germes de renaissance de l'art, germes qui avaient été posés par la lutte des empereurs iconoclastes.

Sauf la statuaire, qui fut définitivement prohibée

par rÉgllse, pour donner satisfaction aux Iconoclastes, toutes les branches de l'art byzantin prirent un nouvel essor à la fin du neuvième et au dixième siècle.

De nombreuses églises furent fondées par la piété de la société civile, qui était beaucoup plus hostile au monachisme qu'à la religion elle-mémq.

La nécessité de refaire les fresques et les mosaïques qui avaient été effacées par les Iconoclastes donna une nouvelle impulsion à la peinture et à la mosaïque. Le développement de la mosaïque fut aussi favorisé par les grands, qui se servirent de celle-ci pour orner leurs châteaux.

La miniature, qui avait pris beaucoup d'extension dans les monastères pendant la querelle des images, continua à se développer.

Les sculpteurs, ne pouvant plus consacrer leurs talents à la statuaire et ne pouvant l'exercer dans la sculpture sur bas-reliefs que d'une façon limitée, se tournèrent vers l'ivoirerie, qui prit un nouvel essor.

L'amour du luxe, alors plus fort que jamais chez les grands, par suite de la richesse économique de Tempire, amena un puissant développement de l'orfèvrerie, de l'émaillerie et de la fabrication des riches éto£Fes. Les églises, les palais impériaux, les maisons des riches renfermèrent de nombreux travaux d'orfèvrerie et d'émaillcrie ; les grands portèrent au cou des émaux et se vêtirent ' de tissus historiés.

Le caractère général de la renaissance de l'art fut la recherche de l'élégance et de la grâce.

21(i L'EMPIRE BYZANTIN

En architecture, les artistes byzantins portèrent leur attention sur Fextérieur des églises, qui était loin d'égaler en beauté et en splendeur Tintérieur.

De même que les Occidentaux imprimèrent par Tadoption de l'ogive un caractère plus élancé et plus gracieux à leurs églises, les Byzantins donnèrent plus d'élévation et d'élégance à leur coupole; ils la firent reposer sur un tambour et diminuèrent l'épaisseur des piliers qui la soutenaient.

Gomme la proscription de la sculpture ne leur permit pas d'animer l'extérieur de leurs églises par la représentation d'être humains, comme cela eut lieu en Occident, ils recherchèrent des e£Fets décoratifs, ils entremêlèrent la brique et la pierre. De plus ils multiplièrent le nombre des dômes tout en laissant à leurs églises leur caractère d'unité, grâce à l'emploi de la croix à branches égales.

Dans la peinture et la mosaïque, les artistes byzantins ne se bornèrent pas à une imitation servile de l'art antique; ils firent preuve d'une véritable force créatrice, apportant de l'imagination et de la variété dans l'exécution de leurs œuvres.

Inspirés par l'art antique et dégagés de l'influence monastique, ils cherchèrent à se rapprocher de la réalité ; ils traitèrent les divers thèmes de la Crucifixion ; ils donnèrent de la beauté à leurs personnages; ils représentèrent le Christ jeune et beau; au neuvième siècle, ils coibmencèrent à le dépouiller de la longue tunique dont les artistes byzantins l'avaient toujours vêtu ; ils ne lui laissèrent plus sur

le corps qu'un linge le recouvrant de la ceinture aux genoux; dans les représentations des souffrances du Christ, au neuvième siècle, ils donnèrent à son corps une attitude droite; à la fin du dixième siècle, ils firent retomber sa tête sur sa poitrine, tandis que son corps se tordit.

Dans les mosaïques et les peintures de la fin du neuvième et du dixième siècle, le dessin est correct, les proportions observées; les personnages nobles dans leur attitude, pleins de vie et de grâce, sans recherche ; les figures sont expressives, mais parfois avec exagération; les plis des draperies sont disposés avec élégance et harmonie ; les artistes font preuve d'une grande finesse d'exécution; ils emploient facilement l'ornementation, mais avec goût et sans profusion ; ils se montrent préoccupés du coloris, se servant dans les miniatures de couleurs claires, le bleu de ciel et le rose, au lieu du rouge et du vert qui avaient été les couleurs usitées aux septième et huitième siècles.

Mais les mosaïstes et les peintres ne donnent aucune importance àl'anatomie; comme les Byzantins des époques antérieures, ils ne savent pas composer une scène ; leurs personnages sont généralement représentés tous de face, ce qui leur donne de la raideur; leurs sujets secondaires sont traités d'après le même modèle, ce qui rend monotones leurs œuvres. De plus, ils ignorent les lois de la perspective et montrent toujours la même aversion pour le paysage.

L'ivoirerie et l'émaillerie présentent d'une façon

générale les mêmes qualités et les mêmes défauts que la mosaïque et la peinture.

Décadence de tart byzantin. — Les mesures prises par les empereurs macédoniens contre la noblesse et TÉglise furent finalement vaines; elles purent retarder l'évolution sociale de Téire social byzantin, mais ne purent Tenrayer ; ils furent vaincus par ces deux puissances sociales, et du commencement du onzième siècle à la prise de Gonstaniinople par les Turcs, Tétre social se désagrégea de plus en plus. Il en résulta que les sentiments esthétiques de Tétre social byzantin s'affaiblirent d'une façon continue, et que toute force créatrice se retira peu à peu de l'art. Les Gomnènes d'abord et les Paléologues ensuite firent cependant tous leurs efforts pour maintenir le développement de l'art; mais ce fut en vain, tant il est vrai qu'il ne suffit pas que des souverains protègent l'art pour faire naître une période de prospérité artistique.

Sous les Gomnènes, l'Église sortie définitivement victorieuse de sa longue lutte contre les empereurs fit élever de nombreux édifices religieux, et Manuel reconstruisit avec magnificence le palais des Blaquernes. L'amour du luxe, encore vivace malgré le péclin économique de l'empire, continua à donner une vive impulsion au développement des arts industriels, surtout à Gonstantinople : les ateliers de mosaïques, dé manuscrits à miniatures, d'ivoirerie, d'orfèvrerie, d'étoÉFes précieuses furent en pleine activité dans la capitale jusqu'à la prise de celle-ci par les Latins; au onzième siècle les Byzan-

tins donnèrent une grande extension aux travaux sur portes de bronze et d'argent.

Pour cacher le vide de leur pensée, les artistes byzantins exagérèrent les qualités qui avaient caractérisé leurs œuvres lors de la renaissance des neuvième et dixième siècles. Ils tombèrent dans le maniérisme, apportant une recherche excessive dans l'exécution de leurs œuvres, fouillant les détails et s'efForçant de faire preuve d'habileté; ils donnèrent une grande importance aux motifs décoratifs et à Fornementation, tendant vers la magnificence, et ne montrant aucune simplicité dans leurs compositions; il en résulta que leurs œuvres restèrent toujours fades.

Par suite de la disparition graduelle des sentiemonts esthétiques de l'être social byzantin et par suite de la victoire de la société religieuse, celle-ci put mettre la main sur l'art religieux, réaliser en&i le plan qu'elle avait conçu depuis quelques siècles et dont l'exécution avait été retardée par la lutte des Iconoclastes. Il en résulta que l'art religieux prit de plus en plus un caractère hiératique.

Au dixième siècle, la typologie des apôtres fut presque fixée ; quant au type des prophètes et à celui des compositions, ils étaient moins précis ; à la fin du onzième siècle les types commencèrent à devenir invariables, et les figures et les compositions furent disposées dans toutes les églises dans un même ordre.

Bien que l'Église eût ainsi endigué les caprices de l'imagination des artistes, ceux-ci, jusqu'au

2S0 l/EMPIRE BYZANTIN

treizième siècle, conservèrent dans certaines limites leur liberté. Par suite de la présence de statues antiques à Constantinople jusqu'à la prise de cette capitale par les Latins, ils s'inspirèrent encore de Fart antique, quoique de plus en plus faiblement; dans leurs œuvres du onzième siècle, on rencontre encore fréquemment des personoifications mythologiques, et un certain réalisme allié au mysticisme. Si dans les compositions les traits généraux sont imposés aux artistes, ceux-ci montrent dans Texécution des détails une imagination variée et souple. Dans Tordonnance de la décoration des églises les artistes, qui ne pouvaient pas toujours employer la disposition prescrite, par suite du plan de Tédifice, font preuve souvent d'une réelle originalité.

Les artistes byzantins traitèrent parfois des sujets qui auraient pu avoir sur le développement de Tart des efFets vivifiants : la Passion et les scènes de la vie des martyrs ; mais, asservis par TÉglise, ils se laissèrent beaucoup plus guider par les croyances religieuses d'alors que par l'amour de la beauté et de la nature. Ils représentèrent le Christ austère et triste; ils donnèrent un caractère plus sénile à la Vierge ; ils figurèrent leurs ascètes avec des membres amaigris, pour montrer les sou£Frances endurées pour la cause chrétienne.

Dans leurs peintures et mosaïques, le dessin devient incorrect, les proportions ne sont pas observées, les figures et surtout les mains s'allongent tout en ayant cependant encore quelque élégance.

les plis des draperies présentent de la raideur, les attitudes des personnages manquent de grâce; les mêmes défauts que ceux qu^on rencontre dans la période précédente persistent : insouciance de Tanatomie, méconnaissance des lois de la perspective, aversion pour le paysage, régularité dans lu manière de placer les figures.

La richesse de Tornementation, la perfection dans Texécution des détails, Texpression donnée aux visages encore au commencement de la décadence, le coloris relativement brillant ne pouvaient compenser les défauts qui allèrent en croissant au fur et à mesure que Ton s'éloignait de la fin du dixième siècle.

Dans les arts industriels, par suite de la disparition graduelle, des sentiments esthétiques de Tétre social byzantin, la vie manque aussi de plus en plus; les artistes se tournent vers des schémas déterminés, ils deviennent des artisans, et les arts industriels ne sont plus bientôt que de Tindustrlc.

La fondation de Tempire latin, en accéléront la désagrégation sociale de Tétre social byzantin, hâta Taffaiblissement des sentiments esthétiques de celui-ci ; elle précipita la décadence de Tart byzantin.

Bien qu'à la suite des efforts des Paléologues pour relever Tart il se produisit quelques tentatives de renaissance, comme dans les écoles de mosaïques de Gonstantinople et de Saloniquc au quatorzièifTe siècle, Tari n'en continua pas moins à décliner d'une façon générale

En architecture, les Byzantins en vinrent même à perdre, en certains endroits, dans le Péloponèse et à Trébizonde notamment, le principe fondamental sur lequel reposaient leurs édifices religieux : la dépendance de la coupole et du plan du monument ; ils allongèrent le corps de Téglise et regardèrent la coupole comme un accessoire.

Dans la peinture et la mosaïque, les artistes byzantins se ressentirent profondément du pillage de Gonstantinople par les Latins en 1204 et des incendies allumés lors de la rentrée -des Grecs, en 1261. Les chefs-d'œuvre de Fart antique et de Tart byzantin ne furent plus là pour les aider à suppléer au manque de force créatrice qui leur faisait défaut de plus en plus. Cependant les souvenirs antiques étaient si vivaces chez eux qu'on rencontre encore dans leurs compositions de cette époquedes personnifications mythologiques. N'ayant plus des modèles antiques pour se guider, certains s'inspirèrent de l'école italienne, qui commençait à prendre de l'essor.

Mais toute initiative était de plus en plus enlevée aux artistes; le monachisme vainqueur confisquait chaque jour davantage l'art à son profit et achevait à cette époque de coordonner le travail de formation de l'iconographie religieuse; il fixait d'une façon invariable les types, choisissant ceuxci parfois parmi les modèles des neuvième et dixième siècles et même parmi ceux du quatrième siècle..

Quant aux arts industriels, qui sont en rapport

direct avec le développement du luxe, et qui étaient devenus de Tindustrie, ils périclitèrent avec le déclin économique de Tempire. Cependant la diminution de la richesse amena la création d'un nouveau genre de sculpture : la sculpture sur bois ; mais là aussi les artistes ne firent preuve d'aucune originalité ni de qualités réellement artistiques.

L'art byzantin agonisait donc au moment de la prise de Constantinople par les Turcs, alors que Tempire s'écroulait socialement et politiquement.

L'évolution de l'art byzantin s'était tenue constamment en corrélation directe avec l'évolution sociale, économique et religieuse de l'être social byzantin. Après s'être constitué du quatrième au sixième siècle, il avait tendu à devenir hiératique à la suite de la prépondérance de la société religieuse sur la société civile; la lutte des Iconoclastes, en dégageant la société civile de la société religieuse et en enrayant la désagrégation de l'être social, avait rendu à l'art de la force créatrice ; la renaissance de l'art suscitée aussi par le relèvement économique de l'empire s'était produite aux neuvième et dixième siècles. Mais les empereurs n'avaient pu que retarder l'évolution sociale; la société religieuse était sortie victorieuse de sa lutte contre la société civile, l'être social s'était dissocié. lundis que l'empire s'appauvrissait économiquement; l'art avait décliné de plus en plus; sans vie, séparé de la nation, il était tombé sous le joug de r Église. La conquête des Latins avait hâté sa décadence et il s'était réfugié dans les monastères au mo-

ment OÙ rcmpire tombait sous les coups des Turcs.

Propagation de [art byzantin en dehors de tétrc social byzantin. — Les sentiments esthétiques de Tétre social byzantin firent preuve d'une grande force d'expansion en dehors de celui-ci. Art essentiellement religieux, Tart byzantin pénétra partout où s'implanta le Christianisme grec; mais reflet des sentiments esthétiques de l'être social byzantin, il ne tarda pas à subir dans les difiFérents êtres sociaux dans lesquels il fut importé des modifications plus ou moins profondes, en rapport avec les sentiments esthétiques qu'il éveilla dans ces êtres sociaux.

Les Russes, les Arméniens, les Serbes et les Bulgares s'étant convertis au Christianisme grec, l'ert byzantin s'y répandit.

Devenus chrétiens au commencement du onzième siècle, les Russes de Kief appelèrent de Byzance des architectes pour élever des églises et des peintres pour décorer celles-ci. Mais dans l'architecture et dans l'ornementation s'adjoignirent presque aussitôt des éléments orientaux, et au douzième siècle les Russes commencèrent à se dégager de la tutelle des Byzantins; ils parvinrent à posséder des artistes nationaux. L'invasion des Mongols, au treizième siècle, en coupant les communications entre les Russes et les Byzantins, acheva d'aÉfranchir l'architecture russe de Fart bvzantin.

En sculpture et en peinture, sur lesquelles rÉglise byzantine avait mis complètement la main,

les Russes se conformèrent jusqu'à la Hn du moyen àp^e aux préceptes que celle-ci avait édictés.

Les Russes furent aussi initiés aux arts industriels par des artistes byzantins, qui immigrèrent chez eux après le dixième siècle.

Les Arméniens et les Géorgiens, convertis dès le quatrième siècle au Christianisme, firent appel de bonne heure aux artistes byzantins.

L'architecture byzantine importée chez eux subit bientôt des modifications, en particulier dans Tornemcntation, sous l'influence d'éléments persans et arabes. Mais les luttes que l'Arménie eut à soutenir contre ses voisins ne permirent pas à celle-ci de se dégager complètement de la tutelle de Ryzance au point de vue artistique et de se créer un art purement national.

Le développement de l'architecture que les Pagratides avaient protégé fut arrêté à la fin du onzième siècle par l'invasion turque et ensuite par l'invasion mongole.

Dans la peinture, la sculpture et les arts industriels, les Arméniens copièrent les modèles byzantins, tout en y apportant des idées propres; ils donnèrent cependant à la sculpture une importance relative plus grande que chez les Byzantins, par suite de l'abondance de la pierre chez eux.

La Géorgie fut particulièrement riche en ouvrages émaillés du onzième au quatorzième siècle ; l'émail- Icrie, après s'être développée à la fin du onzième siècle, y devint florissante aux douzième et treizième siècles, pour décliner au quatorzième siècle.

Les Bulgares et les Serbes, convertis au Christianisme grec, subirent aussi puissamment Tinfluence artistique de Byzance; mais Tarchitecture et les arts industriels byzantins ne pénétrèrent chez eux que relativement tard^ par suite des luttes intestines qui déchirèrent ces deux peuples et des guerres qu'ils eurent à soutenir.

Chez les Bulgares, Tart prit au moyen âge moins d'extension que chez les Serbes, ceux-ci étant parvenus à fonder au onzième siècle un royaume important qui ne fit que se développer jusque dans la deuxième moitié du quatorzième siècle. En Serbie, l'art fut protégé par les rois et eut surtout pour centre les monastères. Il commença à se manifester au onzième siècle, mais il ne prit un réel essor que dans la deuxième moitié du treizième siècle et dans la première moitié du quatorzième siècle.

Les Serbes étant placés sur les confins du monde grec et du monde latin, l'architecture byzantine importée chez eux subit des influences occidentales ; des clochers isolés furent construits auprès des églises, des motifs chrétiens romains furent introduits dans la décoration, et le toit reçut des modifications.

En dehors des nations chez lesquelles pénétra le Christianisme grec, l'art byzantin se répandit chez le peuple avec lequel les Byzantins furent en relation constante : les Arabes.

Vers la fin du huitième siècle, l'amour des sciences et des arts remplaça chez ceux-ci la fer-

veur guerrière ; mis bientôt en contact intime avec la civilisation byzantine par la conquête de deux provinces byzantines, ils s'adressèrent à Byzance pour s'instruire et pour élever des monuments. Jusqu'à la fin du dixième siècle, les khalifes arabes, même ceux d'Espagne, firent appel aux artistes byzantins; mais là aussi l'architecture byzantine subit bientôt des modifications ; poussant plus loin l'évolution de celle-ci, les Arabes inventèrent l'ogive, et au dixième siècle ils avaient constitué un style propre.

La religion mahométane défendant la représentation de la figure humaine, la peinture byzantine ne put se répandre chez les Arabes (I).

L'art byzantin ne pénétra pas seulement dans les régions qui entouraient l'empire byzantin au nord, à l'est et au sud, mais encore dans un pays situé à l'ouest de cet empire et sur lequel les Byzantins établirentleur domination pendant quelques siècles : sur l'Italie.

En Italie, l'art byzantin fut importé à des épo« ques différentes, en quatre points principaux : à Venise, à Ravenne, dans l'Italie du âud et à Rome.

Lorsqu'au dixième siècle Venise se fut enrichie par son commerce, elle songea à élever des monuments; elle s'adressa à Byzance, dont l'art était en pleine renaissance, et à laquelle elle était beaucoup plus rattachée qu'à l'Occident. Les Grecs élevèrent Saint-Marc; l'émaillerie, l'orfèvrerie et

(1) Le« Arabes la remplacèrent par les arabesques.

la mosaïque byzantines furent répandues à profusion dans Venise.

Quelques siècles plus tard, lorsque commença la renaissance italienne, Tart italien supplanta Tart byzantin.

A Ravenne, Tart byzantin pénétra, au sixième siècle, lorsque Justinien voulut faire de cette ville la capitale de Tltalie, sa nouvelle conquête. Mais Tart byzantin, qui était à Ravenne d'importation complètement étrangère, ne posa aucun germe artistique dans le nord-est de Tltalie et s'écroula en même temps que la domination byzantine.

Dans ritalie du Sud, la peinture byzantine qui y fut introduite au sixième siècle, lors de la conquête des Byzantins, resta obscure jusqu'au dixième siècle. L'Italie du Sud s'étant hellénisée du huitième au commencement du onzième siècle, grâce à l'immigration des moines basiliens sous les Iconoclastes, l'art byzantin trouva à partir du dixième siècle un terrain favorable à son développement. Le mouvement artistique fut dirigé par les moines, lestypes admis par l'Église byzantine furentacceptés par les peintres de l'Italie du Sud.

Mais la conquête normande étant survenue à la fin du onzième siècle, l'influence hellénique se fit de moins en moins sentir dans cette région, malgré le maintien des monastères grecs. Les artistes byzantins ayant éveillé des sentiments esthétiques chez les populations d'origine latine, celles-ci cherchèrent à les traduire sans l'aide des Byzantins.

Au douzième siècle des artistes italiens, tout en

imprimant la forme byzantine à leurs œuvres, leur donnèrent un fond latin ; au quatorzième siècle les types de leurs compositions eurent un caractère complètement local, et aux quinzième et seizième siècles les fresques ne présentèrent plus que des éléments latins.

Bien qu'il existât des monuments latins, Tarchitecture byzantine se répandit dans Tltalie du Sud pendant la période d'hellénisation. Mais elle subit des modifications dues d'abord à la proximité des Arabes et ensuite à la présence des Normands; il se créa ainsi des styles byzantino-arabe et normand-byzantin.

L'influence artistique de Byzance se fit aussi sentir à Rome aux sixième, septième et huitième siècles, mais simplement dans la mosaïque. Ce fait fut dû, aux sixième et septième siècles, à rétablissement de la domination byzantine, et, au huitième siècle, à l'immigration des moines chassés par les Iconoclastes. Au neuvième siècle, la papauté s'étant tournée vers les empereurs d'Occident pour s'affranchir de la tutelle des empereurs d'Orient^ l'influence grecque commença à décliner, et aux onzième, douzième et treizième siècles apparut une école locale qui, tout en s'inspirant de l'art byzantin, y apporta des qualités propres.

Si l'art byzantin joua un rôle assez important dans rhistoire de l'art en Italie, il ne donna par contre aucune impulsion à la renaissance italienne.

En Sicile, l'art byzantin pénétra aussi, grâce aux couvents grecs, qui étaient des foyers de culture

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intellectuelle. Mais il se trouva en présence de la civilisation latine et de la civilisation arabe; aussi subit-il en architecture des modifications et il se forma un style romano-byzantin-arabe.

Ce fut au commencement du douzième siècle que Tart byzantin fut en Sicile le plus florissant; les Normands qui venaient de conquérir cette ile^ et qui laissèrent d'abord subsister les monastères grecs, firent appel aux artistes byzantins pour élever des églises et des palais et pour décorer des monuments. Ce fut surtout dans la mosaïque que les artistes byzantins se distinguèrent. Des artistes italiens furent formés par les artistes grecs; ils fondèrent une école originale qui se dégagea de la dépendance de Byzance, et à la fin du douzième siècle, alors que Tart byzantin déclinait en Sicile, Tarchitccture latine prédominait.

Dans TAfrique byzantine, Tart byzantin fît aussi sentir son influence pendant la domination byzantine ; mais il se trouva en présence de la civilisation latine; aussi ne put-il pas s'afiBrmer en architecture ; il ne fit sentir son action que dans les détails de Tabside des églises et dans la décoration de celles-ci par l'emploi de la mosaïque.

L'art byzantin se répandit jusque dans l'Europe occidentale. Bien qu'il pénétrâten certains points (1) dans Tarcliitecture, ce fut surtout dans les arts industriels qu'ail fit sentir son influence, et ce fut à lui que l'Occident dut le développement de ceux-ci.

(1) Notamment dans le Périgord^ rÂngoumois €t laSaiatonge*

A la Bn du dixième siècle, la princesse grecque Théophano ayant épousé Tempereur Othon II, leB émaux et les travaux d'orfèvrerie byzantine furent importés d'Allemagne à la fin de ce siècle et pendant le onzième ; ils y donnèrent naissance au mouvement artistique qui se produisit au douzième siècle dans les arts industriels.

Les sentiments esthétiques se propagèrent donc d'une façon extraordinaire en dehors de l'empire byzantin; ils pénétrèrent dans une grande partie de l'Europe et du bassin méditerranéen : chez les Russes, chez les Arméniens, chez les Bulgares, chez les Serbes, chez les Arabes, en Italie, en Sicile, dans l'Afrique du Nord, et même dans l'Europe occidentale. L'art byzantin subit dans tous ces pays des modifications; même en certains endroits, il disparut; mais partout où il fut importé, il éveilla les sentiments esthétiques des peuples; là où il succomba, il fit naître un art indigène.

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