‹ L'empire byzantin (volume 2)Chapitre 3 sur 24 · I. — FORMATION DE i/eMPIRE BYZANTIN GOMME ÊTRE SOCIAL · texte numérisé non relu

I. — FORMATION DE i/eMPIRE BYZANTIN GOMME ÊTRE SOCIAL

La formation de Tempire byzantin, en tant qu'être social ayant sa physionomie propre, ses caractères distinctifs, fut la conséquence et le résultat du développement de la nation grecque dans le bassin oriental de la Méditerranée.

Les Grecs, peuple essentiellement commerçant et maritime, devaient se répandre dans les pays qui leur étaient le plus facilement accessibles par mer; F Asie Mineure, avec ses côtes étendues et découpées ; la Syrie, avec le long

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développement de ses rivages maritimes, et l'Egypte, avec son Nil terminé par un important delta, se prêtaient beaucoup plus à l'extension de la nation grecque que l'intérieur de la péninsule balkanique, aux montagnes nombreuses et enchevêtrées.

En Asie Mineure la présence des montagnes à proximité de la côte devait retarder longtemps l'hellénisation de l'intérieur de cette péninsule. Mais une fois que la nation grecque parvint à franchir les passages qui relient le grand plateau de l'Asie Mineure aux vallées des fleuves côtiers, elle put s'y développer facilement. Ce plateau, comme le reste de la péninsule, appartient en effet beaucoup plus à l'Europe qu'à l'Asie au point de vue géographique; son altitude n'est guère inférieure à mille mètres et le climat y est tempéré.

Les immigrations grecques, suspendues lors des guerres médiques, reprirent un siècle après l'expulsion des Perses. Le peuple grec se superposa ainsi peu à peu aux populations orientales.

Philippe et Alexandre songèrent à fonder un grand État gréco-oriental. Pour en assurer la formation, ils asservirent d'abord les cités grecques dont les rivalités avaient toujours

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rendu cette œuvre impossible, et pour en assurer la conservation ils créèrent des cités grec-ques dans leurs nouvelles conquêtes.

La tentative de Philippe et d'Alexandre était prématurée ; elle avorta en partie ; à la mort d'Alexandre, son empire se dissocia. Mais grâce à lui la conception grecque de TÉtat ne s'arrêtait plus à la cité, elle admettait Texistence des grands États territoriaux. De plus, la création de l'empire d'Alexandre eut pour résultat d'accélérer l'hellénisation de l'Asie Mineure, de la Syrie et de l'Egypte, où se portèrent la civilisation grecque, en pleine décadence en Grèce. Les Attalides, les Séleucides et les Lagides rivalisèrent entre eux pour donner à cette civilisation toute Textension possible et la faire briller d'un nouvel éclat.

Après l'invasion d'Alexandre, les Grecs enlevèrent peu à peu aux Syriens et aux Cophtes leurs meiUeures terres, les dépouillèrent de leurs villes et généralement des rivages de la mer.

En Syrie, bien que de race sémitique^ race difFérente de celle des Grecs, les Syriens et les Phéniciens s'hellénisèrent.

En Egypte, les Grecs ne s'assimilèrent pas

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les indigènes ; ils maintinrent par des mesures politiques la séparation entre les deux nationalités. Les Égyptiens ne pouvaient ni acquérir le droit de cité, ni exercer des fonctions publiques, ni atteindre des hauts grades dans l'armée. Ils payaient la capitation, tandis que les Grecs en étaient exempts.

Les Lagides et les Séleucides poursuivirent aussi rhellénisation de l'Egypte et de la Syrie au moyen de la religion en assimilant les dieux locaux aux divinités helléniques.

Lorsque Rome soumit à son pouvoir la partie orientale du bassin méditerranéen, elle ne chercha pas à la romaniser, comme elle le fit pour les provinces occidentales de l'empire. I^a civilisation grecque avait été accueillie avec faveur à Rome ; elle y avait rapidement pénétré et les classes supérieures s'en étaient imprégnées avec enthousiasme. Aussi les Romains regardèrent-ils toujours les Grecs comme supérieurs à tous les autres peuples de l'empire ; ils furent toujours pleins d'égards envers eux et ils ne cherchèrent jamais à les asservir. Ils reconnaissent la langue grecque comme langue officielle, permettent aux Grecs d'exercer des fonctions publiques dans l'empire, confèrent

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droit de cité romaine à la nation grecque toute entière ; le sénat leur est ouvert de bonne heure et on y voit figurer des Grecs. Les Romains n'occupent pas la Hellade avec des troupes romaines ; ils donnent aux cités une grande autonomie, laissent les confédérations des villes se reformer, et en favorisent même le développement : Hadrien institue le Panhellénion.

En Asie Mineure, les Romains ne fondent pas de villes et de colonies romaines ; il y eut cependant exception pour la Pisidie, où Auguste établit des colonies de vétérans romains; mais celles-ci, destinées à détraire les pirates, de vaient profiter au commerce hellénique, par suite à rhellénisation et non à la romanisation.

En Syrie et en Egypte, les Romains maintiennent les anciennes institutions, n'y mettent que très peu de troupes romaines et recrutent leur armée dans la population indigène. En Kgypte, ils ne fondent aucune colonie.

Non seulement les Romains ne romanisèrent pas les provinces orientales, mais sous leur domination rhellénisation de ces provinces se poursuivit et même Rome y contribua par ses mesures administratives et par sa puissance militaire.

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Sous Tempire les Hellènes ont dans TAdriatique des comptoirs à AppoUonia, à Dyrrachium et sur la côte dalmate (1).

En Thrace sous la protection romaine les Grecs, partant de la côte, pénètrent peu à peu dans l'intérieur.

Les villes grecques de la rive ouest du Pont- Euxin sont mises à l'abri des incursions des Barbares par les troupes romaines.

En Asie Mineure, rhellénisme qui, jusqu'à rétablissement de la domination romaine^ s'était simplement développé sur les côtes de la Méditerranée, se répand, sous les Romains^ sur le plateau intérieur.

La Bitbynie et le Pont sont hellénisés; en Cappadoce, du temps de Pompée, Césarée est organisée comme les cités grecques ; en Galatie, Pompée abolit l'antique gouvernement des quatre princes ; la langue grecque y est seule autorisée avec le latin, et au quatrième siècle Ancyre est l'un des foyers de la civilisation grecque.

En Syrie, rhellénisme continue à se déve-

(1) La Dalmatie fut cependant romanisée ; Dioclétîen y établit des colons et lorsque la cour fut transférée à Ravenne, les hauts fonctionnaires de la cour y eurent des propriétés.

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lopper sous l'empire romain ; on oblige les Juifs de Palestine à parler grec ; ils sont heliéaisés, et leur dispersion dans le monde romain devait profiter à l'expansion de la civilisation grecque.

Les Romains favorisent le développement de rhellénisme en Arabie ; ils font cesser la piraterie des Arabes dans la mer Rouge et rouvrent la route des Indes à la marine d'Egypte, par suite au commerce grec.

En Egypte, les Romains maintiennent les distinctions établies entre Grecs et indigènes.

liCS Égyptiens ne peuvent acquérir le droit de cité romaine, et sauf de rares exceptions ils ne peuvent entrer au sénat. Le gouvernement romain affaiblit par tous les moyens la puissance de l'ancienne caste sacerdotale d'Egypte.

L*empire romain était donc socialement divisé en deux parties : V la partie occidentale qui avait été romanisée et dans laquelle la civilisation romaine posa des germes si puissants qu^elle devait reparaître quelques siècles plus tard malgré Tinvasion des Barbares ; 2^ la partie orientale qui avait été profondément hellénisée, dont la civilisation était gréco-orientale et qui devait échapper à Tinvasion des Barbares.

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A cet être gréco-oriental il ne manquait qu'une capitale et qu'un gouvernement indépendant de celui de Rome pour constituer un être politique. Son centre politique ne pouvait pas être Athènes : cette cité avait été d'abord éclipsée par Alexandrie, puis reléguée pour Rome; aussi était-elle alors bien oubliée.

La fondation de cette capitale et la division en deux empires furent le résultat de l'évolution politique intérieure de l'empire romain et d'un événement extérieur : l'invasion des Barbares.

Fondation de la capitale de l'empire byzantin. — L'empereur, dont les intérêts étaient opposés à ceux du sénat romain, avait besoin d'une capitale indépendante du siège de cette assemblée. Le sénat romain, qui avait été créé pour remplir les fonctions politiques d'une cité républicaine et qui ne pouvait pas par conséquent remplir les fonctions politiques d'un grand état

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impérial, avait vu sa puissance diminuer conti- Duellement sous l'empire, alors que celle de l'empereur grandissait sans cesse.

A partir de Caracalla, qui donna le titre de citoyen aux habitants des provinces, désormais les empereurs romains se trouvèrent toujours au milieu de leurs concitoyens dans toute l'étendue de l'empire ; ils purent par suite établir leur résidence où ils voulaient (1).

Avec Dioclétien et Maximien qui concentrent en eux tous les pouvoirs politiques de i'Ktat, le siège de l'empire n'est plus à Rome : il est là où se trouve l'empereur ; même la cérémonie d'installation des consuls a lieu là où est l'empereur (2).

Avec ces deux princes, les empereurs ne donnent plus à leur absence de Rome un caractère provisoire^ mais un caractère définitif.

Pour fixer leur résidence hors de Rome, les empereurs prirent d'abord comme prétexte les

(i) Aussi Caracalla ré{;Da-t-tl dans les provinces; Maxiinin ne '(•sida jamais à Rome.

PendaDt cent vingt ans, de Carus au sixième consulat rifonorius, les empereurs furent toujours absents de Rome le l" janvier.

(2) Maxtmien et Dioclétien établirent leur résidence ordinaire dans les provinces, le premier a Milan, le second à Nicoiiédie.

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attaques des Barbares ; mais Maximien et Diociétien restèrent à Milan et à Nicomédie même pendant la paix.

Constantin songea à avoir une capitale qui serait définitivement le siège du pouvoir impérial. Elle devait satisfaire à plusieurs conditions dérivant de la situation politique intérieure de l'empire et des événements extérieurs.

Elle devait être l'œuvre propre de l'empereur, afin que celui-ci pût s'affranchir entièrement de toute dépendance du sénat romain; elle devait être difficilement accessible aux légions romaines, qui tenaient principalement garnison dans les provinces occidentales de l'empire et qui se recrutaient dans celles-ci, afin que l'empereur ne fût plus à la merci du pouvoir militaire et que la fonction impériale perdît son caractère militaire et devînt une fonction civile ; elle devait être la métropole de la nouvelle religion, le christianisme, sur lequel Constantin s'appuyait et qui venait d'être reconnu par lui ; par suite elle ne devait avoir joué aucun rôle dans l'histoire du paganisme, et devait être dans la région de l'empire où le christianisme était le plus développé et le plus puissant.

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Afin de permettre à l'empereur d'assurer la défense de l'empire contre les ennemis extérieurs, elle devait se trouver à la fois à proximité de la Perse, État continuellement en lutte avec l'empire romain, et à proximité du Danube que les Barbares franchissaient constamment pour envahir l'empire romain ; elle devait empêcher le retour d'incursions de pirates barbares dans la Méditerranée comme cela avait eu lieu pour les Goths sous Gallien ; elle devait enfin se trouver sur le bord de la mer, afin que si les Barbares parvenaient à s'introduire dans ses murs, l'empereur eût la suprême ressource de s'échapper par mer où il se trouverait hors d'atteinte des Barbares, qui ne possédaient pas de marine (1).

1) CfUe dernière préoccupation fût une des causes principales de l'établissement du sièf^e de Tempire d'Occident à Ravenne à partir d'Honoriiis.

C'est après la première invasion d'Alaric qu'Honorius, dont la résidence était à Mi'an, établit le centre de l'empire à Ravenne (404). Lors de la seconde invasion d'Âlaric (408), la cour à Ravenne est prête h se sauver par mer en Orient. L'empereur Népos assiégé à Ravenne par les conférés,' en 475, se sauve en Dalmatie. — Odoacre, lors de l'invasion de Théodoric, •e sauve à Ravenne, oil il résiste trois ans. — Tbrodoric, bien qu'il séjournât souvent à Rome et à Vérone, fiia sa résidence générale à Ravenne. Sous la domination byiantine jusqu'au huitième siècle, Ravenne fut considérée comme le siège du gou» vernement et la capitale de l'Italie.

A Gonstantinople les empereurs d'Orient, dont les palais se

ISTRODUCTION

Byzance (1) réalisait ces conditions. Constantin y fonda la nouvelle capitale, Gonstantinople. li'être social gréco-oriental avait désormais un centre politique.

Fiction de t unité de l*empire romain chez les Romains. — Si au point de vue social l'empire romain était divisé en deux parties, au point de vuepolitique il ne formait qu'un seul empire. Les seuls peuples de Tempire qui montrèrent des tendances séparatistes furent les Syriens et les Égyptiens (2), sur lesquels les Grecs faisaient peser leur domination, et les Maures, qui ne voulaient pas se soumettre aux Romains. Dans presque tous les cas les révoltés contre Tempereur n'avaient pour but que de soutenir les pré-

trouvaieDt au bord de la mer, songèreDt quelquefois à se sauver par mer. Lors del'cmeute provoquée parles querelles du cirque, Justinien est prêt à s'embarquer. Héraclius, lors de l'invasion des Perses, se prépare à quitter Byzance et à aller établir le siège du gouvernement à Carthage.

(i) Byzance avait été presque entièrement détruite par Septime Sévère pour la punir d'une révolte; mais cet empereur, ayant été frappé de la belle position de la ville, la fit reconstruire sur des proportions plus vastes.

(2) En 103, Niger se révolte en Syrie; vers 250, Zénobie se révolte à Palmyre, où rhellénisation n'avait pas pénétré; elle était appuyée par les Syriens et même par les Égyptiens que Firmus souleva avec Tappui des Blemnyes.

Sous Probus, Satroninus se révolta à Alexandrie.

Sous Dioctétien, l'Egypte se souleva.

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tendants à Tempire et non pas d'amener la séparation d'une province de l'empire.

La division de Tempire en empire d'Orient et en empire d'Occident qui résulta au point de vue politique de l'invasion des Barbares fut un partage administratif plutôt qu'un partage politique de souveraineté. Il ne pouvait en être autrement, car la notion de l'État romain subsistait et la souveraineté n'était pas domaniale. Il y avait deux empereurs, mais il n'y avait qu'un empire, l'empire romain, et lorsque les circonstances le permettront il n'y aura qu'un seul empereur.

D'ailleurs ce partage administratif de l'empire ne fut pas le premier qui ait eu lieu. Sous Auguste, le sénat conserve l'administration de certaines provinces, et donne à l'empereur celle des provinces frontières. En 237, le sénat nomme deux empereurs : Maxime et Balbin, un pour h guerre, un pour l'administration. A partir de Dioctétien la situation critique de l'empire force l'empereur à prendre un associé, et ce ne sera qu'exceptionnellement que l'empire n'aura plus qu'un seul empereur. Mais comme le sénat n'a presque plus de pouvoir, c'est l'empereur lui-même qui choisit générale-

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ment son. associé (1), et lors du partage définitif de l'empire en empire d'Orient et en empire d'Occident (395), alors même qu'il y a deux cours et deux conseils (2), il y a unité de législation pour tout l'empire.

Dans leurs titres, lois et statuts, les successeurs d'Arcadius et d'Honorius s'annoncèrent Majours comme collègues inséparables dans les mêmes fonctions, comme associés à la souveraineté de l'empire et à la cité de Rome, renfer-

(1) C'est ainsi que Constance reconnaît que le gouvernement àe l'empire est au-dessus de ses forces et qu'il charge Julien, avec le titre de César, de gouverner et de défendre l'Occident.

hBB légions ayant demandé à Valentinien de se donner un collègue, Valentinien donne le titre d'Auguste à son frère Valens.

A la mort de Valens, le fils de Valentinien, Gratien, qui lui avait succédé en Occident, ne pouvant soutenir seul l'empire romain chancelant, présente Théodose aux troupes assemblées 4'Orient comme son collègue et leur maître et lui donne la pourpre, le diadème et le titre d'Auguste.

Théodose est obligé de donner à Maxime l'empire d'Occident (3B7). Celui-ci est disposé à disputer tout l'empire à Théodose, s^lil n'est pas investi par Théodose du titre d'Auguste, prouvant ainsi que l'empereur seul pouvait conférer ce titre.

Lorsque les Visigoths soutiennent les prétentions d'Avitus sur le trône d'Occident, celui-ci demande et obtient le consentement de Marcien, empereur d'Orient.

Léon place Antemius sur le trône d'Occident et a vis-à-vis de hii le ton d'un père.

A la mort d'OIybrius, le conseil de Léon s'occupe de l'électioo .d'un nouveau collègue (472).

(2) Les cours et les conseils étaient la création de l'empereur etttMi celle de l'État romain.

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mes dans les mêmes limites. Le code théodio* sien fut promulgué dans les deux empires en 438, sous Valentinien III eu Occident, sous Théodose II en Orient. Ces deux empereurs commencèrent néanmoins à rompre Tunité de législation; par un édit, ils décidèrent que les lois nouvelles ne seraient exécutoires que dans les États du prince qui les aurait promulguées à moins que son collègue ne les eût aussi adoptées.

D'ailleurs les différences qui existaient da&s r organisation sociale des deux empires fai>« saient sentir leurs effets dans les questions d'ordre politique. Les deux empires se réjouis^ saient réciproquement de leurs malheurs et se méprisaient entre eux. Si, à la mort d'Arcadius, Honorius, qui voulait aller à Gonstantinople pour administrer comme tuteur les provinces de Théodose encore enfant, ne donna pas suite à son projet, ce fut parce qu'il sentit la repugnance des habitants de Gonstantinople à obéir au gouvernement de la cour de Ravenne.

Mais la fiction de Tempire subsiste toujours, et si une circonstance se présente, Tempire n'aura plus qu'un seul empereur. Aussi lorsque le barbare Odoacre fait abdiquer Augustule, le

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sénat romain décide-t-il à Tunanimité d'envoyer à l'empereur d'Orient Zenon une lettie dans laquelle les pères conscrits « reconnaissent l'inutilité, annoncent même ne plus conserver le désir de prolonger plus longtemps la saccession impériale en Italie, et déclarent qu'un seul monarque suffit pour remplir de sa majesté l'Orient et l'Occident et pour les défendre. Ils consentent, au nom du peuple et du sénat, à transférer le siège universel de l'empire à Constantinople, et renoncent au droit de choisir un maître, seul vestige de l'autorité qui avait imposé des lois à l'univers » . Désormais il n'y aura plus qu'un empereur romain.

Fiction de l'existence et de l'unité de iancien empire romain chez les Barbares et chez les Bytantins, — La fiction de l'ancien empire romain et de son unité chez les Barbares et chez les empereurs romains résulta d'événements politiques : l'infiltration et l'invasion' des Barbares dans l'empire.

L'infiltration des Barbares dans l'empire se fit par l'armée. Rome, ayant besoin de soldats, s'adressa aux Barbares germaniques. Ceux-ci ne demandaient pas mieux de se mettre au service' d'un empire militaire, qui leur permettait

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de satisfaire leurs goûts belliqueux et qui leur donnait des terres qu ils ne trouvaient plus en Germanie. De son côté Rome par cette mesure ne devait pas seulement avoir l'avantage de posséder une armée aux effectifs élevés et composée d'hommes solides, mais encore celui de repeupler les campagnes et d'y développer l'agriculture avec ces Barbares, qu'elle espérait sans doute s'assimiler, mais qui la débordèrent ; de plus, elle pouvait donner la facilité à chaque propriétaire de province de se racheter au lieu de prendre les armes, ce qui lui permettait de remplir le Trésor (1)

ÏjCS Barbares furent d'abord employés par Rome comme auxiliaires dans l'armée ; ensuite ils entrèrent dans les légions des provinces frontières. Plus tard, vers 475, la plus belle jeunesse des Barbares forma les confédérés de l'Italie, et lors de l'invasion des Barbares l'armée romaine, aussi bien à Rome que dans l'Italie, ne fut plus composée que de Barbares; en outre, l'empire romain prit à son service des tribus entières, en maintenant à leur tête leurs chefs nationaux (2).

(i) Mais ce Trésor se vidait plus tard par les tributs que l'empire était souvent obligé de payer aux Barbares.

(t) Après la roortde Valentinien, Théodose emploie des Ibères^ des Arabes, des Goths, sous la conduite de leurs chefs nationaux.

INTRODUCTION

Comme les provinciaux, les Barbares purent devenir citoyens romains, mais seulement par Tarmée. Sous l'empereur Léon, ou admit que la tache de Barbare disparaissait à la deuxième génération. Des Barbares arrivèrent ainsi peu à peu aux plus hauts grades de l'armée et aux plus hauts emplois de l'empire (1) ; ils purent s'allier par mariage avec

(1) En 383, parmi les généraux de Gratien, on trouve le roi des Francs Mellobaudes.

Âpres la victoire de Théodose sur Maxime, Tliéodose nomma le Franc Arbogast maître général des armées de la Gaule et les Francs occapcrent les postes importants de l'armée.

Sous Ârcndius, Trigibild obtint le titre de maître général des armées romaines.

Stilichon, fiis d'un officier de cavalerie vandale, après s'être distingué dans la guerre et dans les ambassades, fut nommé maître de la cavalerie, comte des domestiques et enfin uiaitre général de la cavalerie d'Occident.

Alaric fut nommé maître général de l'Illyrie orientale (398).

Lorsque Constantin, nommé empereur par des légions barbares de Bretagne, eut été reconnu dans la Gaule et eut soumis l'Espagne, il distribua des emplois civils à des Barbares (407).

Après le siège de Rome (408), Alaric, sur sa demande, fut nommé maître général des armées de rOccîdent.

Gennerid, d'extraction barbare, fut maître général de la Dalmatie, Pannonie, Norique.

Aétius, fils d'un citoyen romain originaire de Scythie, fut à la tète des armées; il fut élevé ensuite au rang de patrice, nommé trois fois consul, et reçut le titre de maître général de la cavalerie et de l'infanterie.

Ricimer, Visigoth par sa mère, et Suève par son père, obtint le commandement principal des forces barbares et se fit nommer patrice.

INTRODUCTION xxv

Tempereiir (1), et, s' appuyant sur les Barbares de Fempire, ils disposèrent de la pourpre (2) ; certains d'entre eux se firent même proclamer empereurs (3) dans les provinces éloignées de Tempire; mais comme les Romains qui s'étaient fait proclamer empereurs, ils ne songèrent pas à rendre indépendantes de Rome et à détacher de Tempire certaines provinces.

Les Barbares entrant en grand nombre dans

(1) Arcadiut te marie avetf Eadoxie, fille d'un géuéral des Francs au service de Rome (395).

Ilonorius, à treize ans, se marie avec la fille de Stilichon (398).

Genséric, pour avoir des droits à la couronne, force la fille de l'impératrice Eudoiie, emmenée captive à Rome, à épouser son Uls.

(2) Sur l'ordre d'Alaric, le préfet Attale est nommé empereur par le sénat, puis est déposé par Alaric mécontent.

Ricimer fait déposer Avitus, puis fait nommer empereur Sévère, puis Anthémius et enfin Olylirius avec l'aide de Genséric. Après la mort de Ricimer et d*01ybrias, le prince Rurgonde Gundolbald nomme empereur Glycérius, puis l'abandonne.

Le Pannonien Oreste, patrice, avec ses Barbares, chasse du trône Mépos et met k sa place son fils Romus Augustule. L'Hérule Odoacre le dépose, et c'est alors que le sénat, renonçant à avoir un empereur k Rome, déclare qu'un seul empereur suffît pour défendre l'Orient et l'Occident et que le siège de l'empire est transféré à Constantinople.

(3} A Autun, Magnence, Franc d'origine, est proclamé em* pereur par des gardes (350).

Le général Sylvanus, Franc, qui résidait à Cologne, est pro* clamé empereur (355).

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la composition des léguions et étant investis des hautes fonctions de Fempire, les prétendants à Fempire, les usurpateurs et les empereurs romains appelleront à leur aide même les tribus barbares établies en dehors de Tempire (1).

Ces tribus, en effet, n'étaient pas re{jardées par les Romains et par elles-mêmes comme des étrangers, mais comme des soldats de l'empire, ainsi que l'étaient les Barbares des légions. Lorsque l'invasion finnique ébranlera le monde germanique, ce ne seront plus des tribus qui se mettront au service de Rome, sous la conduite de leurs chefs héréditaires, mais des peuples entiers sous la conduite de leurs rois. Ces peuples et leurs rois se considéreront comme sous la souveraineté impériale et ratta-

(1) Pendant que Valens opère en Syrie contre Ic« Perses, deux cohortes gauloises aident des conspirateurs romains à proclamer comme empereur Procope ù Constantinople. Le prince des Goths lui fournil plusieurs milliers d'auxiliaires pour le soutenir.

Attaqué par Constance, l'usurpateur Constantin appelle des Francs et des Allemands à son secours (415).

Jovinius est couronné empereur à Mayence par les légions, ù l'instigation du roi des Alains et des Burgondes (411).

Lorsqu'à la mort d'Honorius, Jean s'empare du pouvoir, Aétius appelle à son secours soixante mille Huns du Danube aux frontières d'Italie.

Honifacc appelle les Vandafes en Afrique, lors de sa rôvollc (431).

INTRODUCTION xxvii

chés à Tempereur par Tobéissance militaire (1). Si les Barbares de Fempire attaquent les institutions impériales, ce ne sera pas en tant que puissance extérieure, mais en tant que puis-

'(1) Après d'importantes incursions des Germains en Gaule (355), les Saliens furent admis dans la Toxandrie comme sujets et auxiliaires de l'empire.

Sous Théodose, en 386, les Visigotlis fondèrent des colonies en Thrace, et des Ostrogolhs s'établirent en Lydie. Us obtinrent la possession entière de Tillages et de districts pour lieu de résidence, conservèrent leurs mœurs el langage, reconnurent la souveraineté de l'empereur sans se soumettre à l.i juridiction inférieure des lois et magistrats romains. Les tribus et les familles continuèrent à être commandées, soit en temps de paix, soit en temps deguerre, par leurs chefs héréditaires; mais la dignité royale fut abolie et l'empereur pouvait à son gré destituer les généraux de la nation. l\ entretenait un corps de quarante mille Golhs pour la défense de Tempire d'Orient, et ces troupes audacieuses (fœderati ou alliés) avaient une paye élevée et des privilèges.

En 408, Alaric offre ses services à Stilichon | our marcher contre Tusarpateur des Gaules; Stilichon déclare alors au sénat que « le paiement de ce subside, qjii semble exciter l'indignation des Romains, ne devait pas 6tre considéré comme le joug odieux d'un tribut ou d'une rançon arrachée par les menaces d'un ennemi barbare. Alaric avait fidèlement soutenu les justes prétentions de la République sur les provinces usurpées par les Grecs de Constantinople ; il ne demandait qu'à stipuler une récompense de ses services • .

Après avoir vaincu les Snèves et les Francs, les Goths sont obligés par Aétius d'employer leurs forces k la défense de la République.

Ataulf se met au service de l'empire romain.

Les Barbares d'Odoacre et ensuite les Ostrogoths prennent le tiers des terres d'Italie, en qualité de vétérans romains, et ces terres sont considérées comme des bénéfices militaires donnés à titre de solde.

Sous Odoacre, Padministration civile continue ù être exercée

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