‹ L'empire byzantin (volume 2)Chapitre 9 sur 24 · ORGANISME RELIGIEUX · texte numérisé non relu

ORGANISME RELIGIEUX

Lutte entre les patriarches pour la suprématie. — L'Église chrétienne venait à peine de recevoir de Tautorité publique toutes les conditions nécessaires è son développement que des dissensions importantes éclatèrent dans son sein par suite d'un vice d'organisation : l'absence d'un pouvoir supérieur aux patriarches. Constantin avait cherché à s'investir lui-même de cette fonction suprême (i); niais

- (1) Constantin cite Gœcilianus et Donatus à Rome ; iU comparaissent le 2 octobre 313 devant lai, entouré de dix-sept évêques italiens. De nouvelles querelles étant survenues entre les deux adversaires, les donatistes, condamnés par le concile d'Arles, en appellent à Tempereur qui confirme sa décision. C'est alors que commença le schisme des donatisles qui dura trois siècles. Constantin ratifie les décisions du concile de Nicéc.

après lui, la versatilité religieuse de Constance, les idées païennes de Julien et surtout le peu de puis* sance que possédaient les empereurs, empêchèrent que l'empereur s'emparât de la direction de TÉglise.

Les patriarches de Rome, de Carthage, de Gonstantinople, d'Alexandrie et d'Antiochc cherchèrent à acquérir chacun la prééminence sur les autres et remplirent de leurs luttes les premiers temps de l'histoire de l'Église.

Bien des motifs leur permirent de donner libre cours à leur ambition : le droit de surveillance qu'avaient les Églises les unes sur les autres pour la discipline générale ; la nécessité de fixer le dogme chrétien; le manque de fixité dans le mode d'élections des patriarches qui, d'après la règle établie, mais impossible à réaliser pratiquement, devaient être nommés par le peuple, le clergé et l'empereur.

En Orient, avec saint Ambroise, à la fin du quatrième siècle, et avec saint Augustin uu commencement du cinquième, les Églises de Milan et de Garthage éclipsèrent d'abord celle de Rome. Mais l'Église de Milan ne tarda pas à décliner rapidement ; celle de Garthage fut considérablement affaiblie par l'invasion des Vandales au commencement du cinquième siècle et déchirée par le schisme des donatistes qui dura trois siècles à partir de 315.

Le patriarche de Rome resta sans rival en Occidenl>r; il eut, en outre, l'avantage de posséder un clergé discipliné, par suite du manque d'instruction et de civilisation des peuples dans lesquels celui-ci

était recruté et qui n'avaient pas Tesprit aésez subtil pour s'intéresser avec ardeur aux discussions sur les dogmes chrétiens.

En Orient, les patriarches de Rome, de Constantinople, d'Antioche et d'Alexandrie restèrent en présence. Les conciles d'Orient étaient composés de Grecs, individus habitués à raisonner, ne pouvant admettre que des dogmes compréhensibles et non entourés de mystère ; aussi ces assemblées furentelles violentes, ce qui permit l'intervention constante des patriarches, principalement de celui de Rome, dont la liberté d'action n'était pas entravée par des difficultés d'ordre intérieur.

D'une façon générale celui-ci profita de ce que j le siège de l'arianisme était Gonstantinople et celui j de Torthodoxie Rome, pour développer sa puissance. Chaque ville importante d'Orient ayant la plupart du temps deux évéques, l'un arien, l'autre orthodoxe, le pontife romain donnait investiture à ce dernier, tandis que l'empereur la donnait au premier.

Peu après la reconnaissance du christianisme par Constantin, la lutte éclatait entre Alexandrie et Antioche. Ce conQit n'était autre que la continuation de l'ancienne rivalité de la Syrie et de l'Egypte, rivalité qui datait des Séleucides et des Lagides, et qui trouvait maintenant à se manifester dans les questions d'ordre religieux. Il allait être attisé par les populations d'Antioche et d'Alexandrie, qui n'étaient composées que de consommateurs toujours prêts à se soulever.

L'Église d'Anlioche intervint dans la nomination de Tévéque d'Alexandrie Athanase, en prétendant cette élection entachée d'irrégularité. La violence employée dans les conciles, mettant toujours les délibérations de ceux-ci à la discrétion de l'Église sur le territoire de laquelle ils se tiennent, des synodes sont convoqués à Tyr et à Gésarée pour que leurs décisions soient conformes aux désirs de l'Église d'Antioche. Le concile de Tyr condamne Athanase. Mais comme le jeune empereur Constantin rétablit Athanase, un concile est réuni à Antioche (341) et dépose de nouveau l'archevêque d'Alexandrie (1).

Le patriarche de Rome, craignant que la puissance de son collègue d'Antioche ne vienne à grandir à la suite de ces événements, prend parti pour Athanase et le soutient, bien que celui-ci ait été condamné par les conciles d'Arles et de Milan (353- 355).

Au-dessus des rivalités des primats perçait dans l'Église la différence d'esprit qui existait entre la partie occidentale et la partie orientale de l'empire. Lors du concile de Sardica (346), où furent réunis quatre-vingt-quatorze évêques de l'Occident et soixante-seize de l'Orient, les débats prirent bientôt un caractère de réelle violence, et les évêques de l'Orient, craignant pour leur sécurité, se sauvèrent précipitamment à Philippopolis. Les deux conciles

(i) Athanase fat rétabli par Constance (349), puis banni par lui (356). Il remonta sur le trône d'Alexandrie en 362, puis fut chassé définitivement par Julien (362).

U LKMPIRË BYZANTIN

formés à la suite de celte scission se foudroyèrei réci[>roquement.

Cette divergence d'esprit, jointe à la difficulté cl rassembler tous les évéques de Tempire au naèmi endroit et à la différence permanente de leurs lan gués, devait favoriser la séparation de TÉglise en deuj Églises : TÉglise d'Occident et TÉglise d'Orient.

L'occasion d'intervenir encore en Orient et ds jouer en quelque sorte le rôle d'arbitre fut donnée . au pontife romain lors des luttes qui éclatèrent entre les Églises de Constantinople et d'Alexandrie.

Bien que l'Église chrétienne n'eût pas institué d'autorité supérieure aux patriarches, elle avait établi une hiérarchie honorifique. Le concile de Nicce (I), antérieur à la fondation de Constantinople, avait déclaré que l'évéque de Rome, capitale de l'empire, aurait rang avant ceux d'Alexandrie et d'Antioche.

Après la fondation de Constantinople, Constantin avait fait un archevêque de l'évéque de Byzance, qui dépendait jusqu'alors de celui d'Héraclée, et le conseil œcuménique de 381 avait décidé a que Tévéque de Constantinoplejouirait des prérogatives d'honneur après l'évéque de Rome, parce que Constantinople était la nouvelle Rome » . Le primat de Constantinople chercha désormais à imposer sa suprématie aux patriarches d'Alexandrie et d'Antioche.

(1) Le concile de Nicée avait reconna troit patriarcats : oelui de Rome pour l'Europe, celui d*AIezan^^î^ l'Afrique, et celui d'Antioche pour rAsie|

MaÎ8 Alexandrie était une ville plus ancienne que CoDStantinople; elle avait été surnomùiée par Antoine « la capitale de TO rient » ; »on primat ne pouvait pas admettre la prééminence de celui de Gonstantinople ; aussi intcrvint-il souvent dans les difiicultés intérieures de TÉglise de Gonstantinpple pour affaiblir celle-ci.

Au commencement du cinquième siècle, saint Jean Ghrysostome, patriarche de Gonstantinople, qui tonnait contre la débauche de la cour et du clergé et qui avait déposé treize évéques'de Lydie et de Phrygie, s'était fait de nombreux ennemis dans Taristocratie de la capitale et dansTÉglise de Goiistanlinople. S'appuyant sur le droit de surveillance réciproque des Églises, Tarchevéque d'Alèxéndrie 8C déclara contre saint Ghrysostome. 11 débarque dans la capitale, accompagné de mariniers pour se défendre contre le peuple favorable à saint Ghrysostome et d'évéques choisis par lui afin de s'assurer la majorité dans les synodes. Un concile se réunit et dépose saint Ghrysostome, mais le peuple de Gonstantinople s'insurge; saint Ghrysostome rentre triomphant dansla capitale. Un deuxième concile est alors rassemblée l'instigation de l'impératrice Eudoxie et condamne de nouveau le patriarche (407).

Quelques années après, le primat d'Alexandrie trouvait de nouveau l'occasion d'intervenir dans les dissensions de l'Église de Gonstantinople. C'était au sujet du dogme de Nestorius, patriarche de Gonstantinople.

Le clergé de la capitale, qui regrettait d'être gou-

16 L*EMPIRB BYZANTIN

verné par un ancien moine de l'Église d'Antioche. Église rivale, interrompait constamment les sermons de Nestorius. L'archevêque d'Alexandrie, saint Cyrille, prend alors parti contre son coilèguc de Gonstantinople; il dénonce les erreurs de I^estorius. Il demande aux évéques d'Orient leur appui: mais l'Église d'Antioche, rivale de celle d'Alexandrie, ne répond pas à son appel.

Saint Cyrille s'adresse à l'Église de Rome, qui s'était décidée autrefois en faveur d'Athanase. évéque d'Alexandrie, contre l'Église d'Antioche; le Vatican accueille avec empressement les députés de l'Église d'Egypte, et le pontife romain Gélestin réunit un concile, qui approuve saint Cyrille.

Mais l'empereur etIepatriarchedeConstantinople. qui prétendait être le primat de rOrient, n^étaieot pas disposés à se soumettre à la décision du primat de Rome. Un concile est convoqué à Éphèse (431) saint Cyrille y vient avec cinquante évêques égyptiens, contracte alliance avec l'évêque d'Éphèse. Memnon, primat des Églises d'Asie ; craignant l'hostilité de l'Église d'Antioche, la rivale d'Alexandrie saint Cyrille réunit le concile avant l'arrivée des évêques d'Orient, et l'assemblée chasse le magistrat impérial Causidius, qui avait demandé, au nom de l'empereur, un délai de quatre jours pour permettre aux défenseurs de Nestorius d'arriver. Ce concile dégrade Nestorius du rang d'évêque. Mais lorsqu'arrivent cinquante évêques d'Orient, ceux-ci condamnent à leur tour saint Cyrille et Memnon Après de nombreuses luttes, Jean^ primat d'An

tioche, et saint Cyrille font la paix par lassitude.

Le patriarche de Byzance n'était pas satisfait : il désirait une victoire complète; il obtint de Tempereur que celui-ci donnât Tordre à saint Cyrille de se rendre de nouveau à Éphèse. Saint Cyrille y est menacé par les magistrats municipaux ; il se sauve alors et retourne à Alexandrie. Mais à Constantinople une partie du clergé, les moines et le peuple sont hostiles à Nestorius et celui-ci, abandonné, est forcé d'abdiquer (435).

Le successeur de saint Cyrille à Alexandrie, Dioscore, intervint aussi dans les difficultés intérieures de rÉglise de Constantinople. Ce fut à propos de la condamnation dès doctrines d'Eutychès par Flavien, patriarche de Constantinople.

Eutychès ayant appelé de cette décision à un concile général, le second synode d'Éphèse est réuni (449). Dioscore, qui avait pris parti pour Eutychès, y vient avec des archers et oblige ainsi le synode à reconnaître l'innocence d'Eutychès. Des émeutes éclatent à Éphèse et Flavien est blessé à mort. Le pape Léondontle/ome(l)n'avaitpa8.retenu l'attention de l'assemblée et qui voyait grandir la puissance de l'archevêque d'Alexandrie se prononce cette fois contre l'Église d'Alexandrie ; il réunit un synode provincial, qui annule' la décision de celui d'Éphèse, puis demande la convocation d*un concile général en Italie; mais Tempereur Théo-

^1) Épitre sur le myitère de rincarnatton. — Voir à FÉvoIution religieuse, p. SiO.

18 L*BMPIRE BYZANTIN

dose rassemble ce concile près de Gonstantinople, à Chalcédoine (451), afin d'être sûr d'obtenir la suprématie du primat de Constantinople sur celui d'Alexandrie.

Les Orientaux, qui étaient terrifiés par Dioscore^ reçoivent les légats du pape comme des libérateurs et leur cèdent le pas. Les évéques de Palestine, de Macédoine, de Grèce, attachés à la doctrine de saint Cyrille, passent du côté du pape et Dioscore est déposé et banni.

A ce concile, le patriarche de la capitale de Tempire revendiqua en Orient avec l'appui de l'empereur Marcien des droits égaux à ceux que le pontife romain avait en Occident; le concile déclara que l'évéque de Constantinople était le tribunal supérieur d'appel pour les métropolitaias orientaux : ceux d'Alexandrie et Antioche. Cette fois, c^étàit Constantinople qui triomphait d'Alexandrie.

De ces considérations, il résulte que le pape avait très habilement tiré parti des rivalités entre les Églises d'Alexandrie, d'Antioche et de Constantinople. A propos d'Athanase, il s'était prononce pour Alexandrie contre Antioche ; à propos de saint Cyrille, il s'était prononcé pour Alexandrie contre Constantinople ; à propos de Dioscore, il s'était cette fois prononcé contre 'Alexandrie dont la puissance religieuse, qui avait grandi grâce à lui, commençait à l'inquiéter. En intervenant ainsi dans les discussions entre les Églises d'Orient, il était parvenu à y jouer le rôle d'arbitre, et au concile de Chalcédoine il avait fait reconnaître la suprématie de ses

légats, qu'il envoyait dans les conciles généraux, réloignement de Rome ne lui permetlant pas d'y assister en personne.

En ce qui concerne la suprématie du patriarche de Gonstantinople sur celui d'Alexandrie, suprématie qui avait été déclarée par le concile de Ghalcédoine, elle ne fut jamais reconnue par TÉglisc d'Egypte.

La nation égyptienne regarda comme des étrangers les prêtres qui enseignaient les dogmes de l'Église de Gonstantinople, notamment les décisions du concile de Ghalcédoinc. Elle déclara péché mortel tout mariage contracté avec eux ; elle se sépara pour toujours des patriarches d'Alexandrie, imposés par Tempereur, et elle accueillit favorablement les Arabes deux siècles plus tard. L'empereur Marcien dut soutenir par une garde de deux mille soldats l'évèque d'Alexandrie qu'il désigna, et lorsque courut le bruit de la mort de cet empereur, le peuple d'Alexandrie tua le successeur de Dioscore. Avec la promulgation de THénoticon, dans lequel l'empereur Zenon n'approuvait pas expressément les décisions du concile de Ghalcédoine, la lutte religieuse perdit un peu de son acuité en Egypte ; mais lorsque Justinien eut ratifié le concile de Ghalcédoine, elle reprit plus vive et plus ardente que jamais (1).

(1) En 537, TarclieTèqae d'Alexandrie, Théodoie, qui n^adhérait pat au tome de Léon et an concile de Clialcédoine, fut bientôt dépoMédé par le lieutenant de Joitinien. L'empereur dut •outenir par la force Paul, le tncceMeor de Théodose; il dut lui

Après rinvasion arabe, les relations entre les Églises d'Antioche et d'Alexandrie d'une part, et rÉglise de Gonstantinople d'autre part, ainsi que la reconnaissance de la suprématie de Gonstantinople dépendirent des événements politiques extérieurs(l).

Autorité religieuse de F empereur. — Les patriarches ne furent pas les seuls à chercher à conquérir chacun la direction de TÉglise chrétienne; une puissance beaucoup plus importante que chacun d'eux, l'empereur, la leur disputa.

donner tout pouvoir pour résister au peuple qui s'insurgeait contre lai et contre les Melchites.

En 551, son successeur Apollinaire dut entrer dans Alexandrie avec un cortège militaire, et dès qu'il commença la lecture du tome de Léon, on lui jeta des pierres. Ses successeurs, Ëulogius (580) et Jean (606), quoique moins violents, continuèrent à proscrire la religion des Monophysites, qui était celle des Égyptiens.

(1) Au huitième siècle, les patriarches d'Antioche et d'Alexandrie, qui étaient sous la domination des Khalifes, ne prirent pas part an concile de Gonstantinople (754).

Au milieu du dixième siècle, sous Zimiscès, le patriarche de Gonstantinople examina le candidat patriarche d'Antioche.

En 978, les habitants d'Antioche, qui avait fait retour à rempire, envoyèrent une députation aux empereurs byzantins pour leur demander de leur choisir un nouveau patriarche sur une liste qu'ils avaient dressée.

En 1020, après la mort du patriarche de Jérusalem, Hakem en nomma un autre.

Lorsqu'à la suite du concile de Florence, au quinzième siècle, l'union fut faite entre les Eglises grecques et latines, les patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, qui étaient sous la domination des Mameluks, réunirent un synode important, désavouèrent leurs envoyés à Fcrrare, condamnèrent le symbole et le concile des Latins et menacèrent l'empereur de Gonstantinople des censures de l'Égliie d'Orient.

Après la mort de Tempereur païen Julien, le christianisme triomphant définitivement auprès des pouvoirs publics et étant devenu pour toujours la religion des empereurs d'Orient, Tautorité religieuse des empereurs, que Constantin avait établie, entrait en lutte avec TÉglise.

Sous les premiers successeurs de Julien, la puissance de rÉglise continuait à croître, tandis que celle des empereurs restait toujours assez précaire. Aussi rÉglise fut-elle tout d'abord victorieuse.

Avec saint Ambroise, elle se dressa contre Tempcreur. Cet évéque de Milan refuse en 385 à Justine, la tutrice de Yalentinien II, une église à Milan pour les Ariens, en déclarant que seuls les vrais croyants doivent jouir des privilèges temporels, et lorsqu'il apprend le massacre de Thessalonique il avertit Théodosc I" de n'avoir plus à s'approcher des autels pour recevoir l'eucharistie et il lui impose une pénitence publique (390). C'était non seulement enlever à l'empereur son autorité religieuse, mai? c'était encore soumettre le pouvoir temporel au pouvoir spirituel.

Sous Arcadius, successeur de Théodosc en Orient, saint Jean Chrysostome essaya aussi d'affranchir l'Église du pouvoir impérial; mais ce patriarche de Constantinople fut finalement exilé ù l'instigation de l'impératrice Eudoxic.

Cette fois les empereurs l'emportaient et cette victoire était définitive : ils devaient garder leur autorité religieuse.

L'autorité religieuse que l'empereur acquit ne

provint pas des droits qu^il exerçait comme membre de rÉglise; ceux-ci étaient assez faibles, supérieurs à ceux d'un fidèle ordinaire, mais inférieurs à ceux d'un prêtre. L'empereur pouvait pénétrer dans le sanctuaire et parler du haut de la chaire, mais il ne pouvait accomplir le sacrifice.

Cette autorité religieuse des empereurs dériva de la réalisation du but qu'ils poursuivirent et qui fut principalement : V de mettre la main sur l'organisation religieuse; 2"* de faire prévaloir leur avis dans les délibérations des conciles; 3* de faire reconnaître la suprématie du patriarche de Gonstanlinople, de tenir celui-ci dans leur dépendance et de gouverner ainsi toute l'Église.

Les élections ecclésiastiques devaient théoriquement être faites par le peuplç, le clergé et l'empereur; mais en pratique c'était l'empereur qui disposait des nominations ecclésiastiques, en désignant les évéques à choisir eten contribuant à l'élection. Le rôle du clergé et du peuple se réduisait donc le plus souvent à acclamer le candidat de l'empereur, ou à protester contre la nomination. Afin que l'élcction des évéques ne pût échapper à l'autorité impériale, tout évêque ne put être ordonné qu'avec des lettres patentes de Tempereur. Mais en Occident, par suite de l'éloignement du siège du pouvoir impérial, le pontife romain s'empara de cette prérogative impériale. Néanmoins, lorsqu'avec Justinien la domination byzantine se fit sentir de nou- •veau en Italie, les empereurs byzantins voulurent ressaisir leur ancien droit. Ils donnèrent compé-

tence à leurs ducs pour les ordinations des prêtres et des diacres.

Dans tout Tempire, Tordination des évéques et des archevêques échappa peu à peu à Tempereur. Les patriarches reçurent le droit d'ordonner les métropolitains de leur ressort, et les archevêques celui d'ordonner les évêques de leur circonscription, à titre de délégués de Tempereur (1).

L^empereur d'Orient en conservant la disposition complète des patriarcats de Gonstantinople, d'Antioche, d'Alexandrie et même autant que possible de celui de Rome, continua à avoir la haute main sur l'organisme religieux (2).

A Gonstantinople, en plus de l'empereur, le sénat participa souvent à l'élection du patriarche.

(i) Plut tard, aa dixième •ièclei aiort que la monarchie byzantine tournai! à l'absolutisme, Temperear Nicéphore Phocas voulut rendre k Tautorîté impériale le pouvoir direct en matière d'élections d'ecclésiastiques de tout rang ; il se fit donner par un synode qu'il avait composé lui-même les préroQ^tives suivantes : désormais, Je saint-synode présenterait des candidats aux évéchés vacants et le basileus en proclamerait un; de plus, il interdirait aux évéques de procéder à quelque nomination ou promotion que ce fût fans avoir préalablement provoqué et obtenu le consentement de la couronne. Mais ces mesures furent rapportées par Zimiscès, successeur de Nicéphore.

(S) Théodose II nomma pour patriarche de Gonstantinople Nestorius, un moine d'Antioche, et ses successeurs imposèrent aux Égyptiens les archevêques d'Alexandrie et les Melchites.

Au dixième siècle, d'après Constantin Porphyro(!;énète, pour l'élection d'un nouveau patriarche de Gonstantinople, les métropolitains dc8i(;naient trois candidats : si ces choix convenaient au basileus, il en proclamait un ; si, an contraire, il préférait un autre candidat, il le ditaît aux métropolitains et ceux-ci cédaient aussitôt.

Justinien voulut réglementer le mode d'élection des ecclésiastiques, afin d'enrayer les abus auxquels donnait lieu Tachât du sacerdoce, achat qui avait pour conséquences de soustraire à rautorité impériale le recrutement du clergé et d'introduire d^ns le sein des Églises des éléments complètement ignorants, ne connaissant même pas les prières publiques.

Par une première loi Justinien décida que les habitants de la cité où le siège serait vacant se réuniraient pour choisir trois candidats; puis, dans une autre loi, il ne fit plus entrer dans la composition du collège électoral que lés clercs et les principaux de la cité, en ne donnant à ceux-ci que la faculté de choisir deux ou même un seul candidat; Justinien décida, en outre, que tout laïque proposé devait avoir au moins trois ans d'études chrétiennes.

L'empereur qui fixait les limites, de chaque circonscription religieuse pouvait créer de nouveaux évêchés.

Quelquefois le sénat de Gonstantinople intervenait dans les questions d'organisation religieuse (1).

Avec Justinien, dont les idées d'absolutisme cherchaientà s'imposer partout,les empereurs byzantins régissaient par loi tout ce qui concernait l'organisme religieux.

Justinien autorisa les évéques, prêtres et diacres à avoir un pécule quasi castrense, c'est-à-dire à

(1) C'est ainsi que sous Romain Lécapène, au dixième siècle, le sénat éleva rarchevêque de Bulgarie au rang de patriarche sur la proposition de Tempereur.

l'imitation des militaires (1). Il interdit le mariage aux évéques, mais non aux clercs (2). Il enjoignit aux évéques de tenir une ou deux fois leur synode chaque année pour juger les afiFaires disciplinaires et les causes des clercs, et afin d'être sûr que cette prescription fût observée, il décida que les commandants des provinces veilleraient à Texécution de cette loi. Il édicta que ce synode serait composé des évéques de la circonscription, quand il s'agirait de juger des évéques (3).

En matière de conciles, les empereurs avaient de nombreux pouvoirs. Ils les convoquaient, en fixaient la composition (4), surveillaient leurs débats et pouvaient les diriger (5).

Même les papes, souvent représentes * par les légats, se rendaient aux convocations de l'empereur auxquels ils ne contestaient pas ce droit de convocation (6) ; mais ils cherchèrent peu à peu à s'afiFran*chir de la convocation impériale. Celle-ci devait

(i) Loi de 532.

(2) Loi de 543.

(3) Loi de 543.

(4) C'est aiasî que Théodose II fixe laî-même la composition du deuxième concile d'Éplièse*

(5) Cette direction des conciles, les empereurs byzantins la conservèrent toujours, même dans les derniers temps de l'empire, alors que l'Église était toute -puissante. C'est ainsi qu'en 1350, Cantacuzèile présida le synode réuni au sujet de la lumière du Mont-Thabor ; qu*au concile de Fcrrare (1437) l'empereur grec parat i la tète du clergé grec, bien que le patriarche de Constaiiiinople fût présent.

(6) C'est ainsi qu'après le second concile d'Éphèse, le pape Léon demanda à l'empereor Tkéodose de convoquer an concile général en Italie.

néanmoins être approuvée par le pontife romain et par les autres patriarches.

Afin d'assurer la surveillance des débats, des personnages civils assistaient aux conciles (1) et la police de cette assemblée était donnée à des laïques, à des officiers impériaux, auxquels on conférait le droit de déclarer illégale une sentence qu'ils jugeraient hostile.

Quant à la promulgation des décisions des conciles, elle appartenait à rempereur,.8eul dépositaire de Tautorité législative, aussi bien en matière religieuse qu'en matière civile; cette prérogative qu'il possédait.sous le paganisme lui avait été conservée sous le christianisme. Les évéques ne faisaient pas de lois exécutoires ; seull'empereur pouvait donner la sanction légale aux résultats de leurs délibérations.

L'Église, même le pape, ne songèrent jamais à contester à l'empereur ce pouvoir législateur; le clergé chrétien se contenta seulement de se plaindre de l'arbitraire du pouvoir impérial.

Les empereurs appuyaient souvent par la force des armes les décisions des conciles qu'ils* avaient promulguées (2). L'empereur ne pouvait ni substituer sa décision à celle d'un concile général, ni abroger les décrets d'un concile général ; seul ud nouveau concile général pouvait le faire.

(1) C'est ainsi qu'au second concile d'Éphcse les places d'honneur furent données à vingt laïques, revêtus de la difjnité de sénateur ou de consul..

(2) Marcien etrLéon appuyèrent par la force des armes les décrets des conciles.

Lutte entre t empereur byzantin et le pontife romain. — Afin de pouvoir disposer complètemçnt de rÉglise, les empereurs ne songèrent pas seulement à intervenir dans le fonctionnement de l'organisme religieux, Us voulurent en faire un instrument facile à manier; par suite, ils cherchèrent à faire ae Gonstantinoplé le centre religieux de Tempire, et le siège d'une autorité religieuse reconnue par TÉglise comme le chef de la chrétienté et sur laquelle ils posséderaient les pouvoirs les plus étendus.

Afin de faire de Gonstantinoplé la capitale du monde chrétien, les empereurs y firent apporter de nombreuses reliques religieuses (1),. et ils rappelèrent volontiers que Constantin avait déclaré que Gonstantinoplé avait été fondé par Tordre de Dieu.

Lorsqu'ils voulurent faire reconnaître leur suprématie religieuse ils se heurtèrent au pontife romain qui leur disputa vivement la direction de la chrétienté.

Ce fut après le concile de Ghalcédoine (451), d'où le patriarche romain était sorti considérablement grandi, que la lutte entre celui-ci d'une part,

(1) C'est aînsîque, sous Arcadîus, les reliques de Samuel, juge et prophète d'Israël, furent apportées à Gonstantinoplé. Sous lléraclius, si la vraie Croix tomba à Jérusalem entre les mains des Perses, Téponge qui avait étanché la soif du Christ et la lance (|ui lui avait ouvert le flanc leur avaient échappé et furent déposées à Sainte-Sophie, où on vînt les adorer.

J^orsque Edesso fut prise par les Arabes,. son image fut envoyée à C^nstantinoplo.

Les fragments de la tunique de saint Jean-Baptiste furent ramenéf d*Alep après la première victoire de Micéphore Phocas.

et Tempereur byzantin et le patriarche de Gonstantinople d'autre part devint vive; elle dura plusieurs siècles, jusqu'à la fin de Tempire byzantin.

Les papes protestèrent contre la parité qui avait été déclarée entre eux et les patriarches de Censtantinople au concile de Ghalcédoine.

Us dénièrent même à Gonstantinople le droit d'être le siège d'un patriarcat, ce patriarcat n'ayant pas été reconnu par le concile de Nicée. Pour fonder leur suprématie sur toute l'Église chrétienne ils s'appuyèrent sur ce que Pierre aurait visité et sanctifié Rome ; Gonstantinople se réclama alors de saint André.

Pour accroître leur puissance, les pontifes romains continuèrent à intervenir dans les dissensions religieuses de l'Église d'Orient, et lorsque les empereurs cherchèrent par un compromis à mettre fin aux luttes religieuses, les papes s^e£Forcèrent de réveiller les passions religieuses et d'empêcher, toute paix religieuse en Orient.

En AS% l'empereur Zenon promulguait VHénoticon^ édit par lequel il espérait concilien les diverses opinions sur le mystère de l'Incarnation, et mettre un terme aux querelles religieuses qui duraient depuis trente ans. Mais cet Hénoticon ne ratifiait pas expressément les décisions du concile de Ghalcédoine; il approuvait bien celles de Nicéc, de Gonstantinople et d'Ëpbèse, mais il se bornait à réprouver toutes les doctrines contraires, s'il en était, qui auraient été enseignées soit à Ghalcédoine, soit ailleurs. Le pape, qui avait été l'inspirateur des

décisions du concile de Ghalcédoine, ne pouvait être satisfait 'de THénoticon. Il ânathémisa le patriarche de Gonstantinople et toutes les Églises grecques.

Sous Anastase, qui voulait, comme son prédécesseur, affranchir TÉglise d'Orient du pouvoir du pontife romain, les catholiques se soulevèrent contre Tempereur et celui-ci fut même une fois menacé parrémeute. Le pontife romain et les catholiques avaient pour les servir dans cette lutte une armée (1) de Huns et de Bulgares, à la tête de laquelle était Yitalien, qui s'était déclaré le champion de la foi catholique.

Après trente-cinq ans de schisme entre TOrient et rOccîdent, les papes condamnèrent la mémoire des quatre patriarches de Gonstantinople qui n'avaient pas voulu admettre leur suprématie.

Vitalien força Anastase, à son lit de mort, à céder au pape et à ratifier le concile de Ghalcédoine.

Le successeur d'Anastase, Justin I'', qui s'était emparé du pouvoir en achetant les gardes impériales et qui avait ainsi évincé du trône impérial la famille d'Anastase, s'appuya sur les orthodoxes, qui avaient à leur disposition la force à Gonstantinople. Justin !•' rétablit alors l'orthodoxie en Orient; le patriarche de Gonstantinople fut obligé de se sauver en Egypte; cinquante-quatre évêques furent arrachés de leur siège et huit cents ecclésiastiques furent emprisonnés.

(1) Cette armée ravagea la Thrace, assiégea Gonstantinople et massacra soixante-cinq mille chrétiens.

Justinien P' et les pontifes romains, désireux de soustraire ritalie à la domination des Ostrogoths ariens, se rapprochèrent (1), et les Grecs et les Làtins se réconcilièrent ; Justinien ratifia le concile de Ghalcédoine en même temps que ceux de Nicée, de ConsCantinople et d'Éphèse.

La réoccupation de Tltalie par lès Grecs mit rÉgllse latine à la discrétion des empereurs.

Ceux-ci se réservèrent la confirmation de l'élection pontificale et leurs représentants dirigèrent les affaires religieuses de Tltalie ; Texarque eut autorité sur les prêtres, et les ducs furent compétents pour les ordinations des prêtres et dés diacres. Justinien hellénisa TÉglise d'Italie, même celle de rite latin.

Les pontifes romains furent donc à la discrétion de Tempereur et ils durent se soumettre à sa volonté; au cinquième concile général, c'est-à-dire au deuxième de Constantinople (553), les* envoyés * du pape adhèrent à la condamnation des trois chapitres (2),

Pour affirmer la victoire de TÉglise de Constantinople sur celle de Rome, les patriarches de Constantinople, après le règne de Justinien, prirent le titre de patriarche œcuménique; mais sous. Grégoire P' (590i604), la puissance de l'empire d'Orient en "Italie déclinait, tandis que celle de

(1) Le8 pontifes romams ne pouvaient pas s'adresser aux Francs, seul peuple catholique avec l'empire d'Orient ; les Francs étaient alors déchirés par des guerres intestines provoquées par les successeurs de Clovis.

(2) Voir à TÉvoIution religieuse, p. SIS.

rÉglise romaine croissait; aussi ce pape protestat-il contrie ce titre.

Les troublés auxquels fut soumis le pouvoir impérial avec Tempereur Phocas permirent au pape Boniface III (607-608) d'obtenir de cet empereur que le patriarche de Constantinople abandonnât son titre d'évéque universel, titre que Tévéque de Rome prétendait avoir seul le droit de porter.

Le pouvoir impérial s*étant raffermi dans Tem* pire avec Héraclius, le pontife romain, comme les patriarches de Constantinople, d'Alexandrie et d'Antioche, adhéra à TEcthèse d'Héraclius(l) et au Type de Constant (2).

Les Byzantins ne combattirent pas seulement la suprématie du pape par Toccupatioii de Tltalie, mais encore en cherchant à supplanter le pontife romain dans la direction de la chrétienté par la création d'un patriarcat à Jérusalem et dans la direction de rÉglise d'Italie par la création d'un archevêché à Bavenne.

Ils prétendirent que le patriarche de Jérusalem, de la ville de Jésus*Christ, devait avoir des droits supérieurs à celui de Rome, ville qui n'avait été visitée que par saint Pierre. Jérusalem appartenant à ['empire, les empereurs pourraient ainsi diriger l'Église chrétienne.

En Italie, après la réoccupation de ce pays par Fustinien, celui-ci établit un archevêque au siège lu gouvernetnent, à Bavenne.

(1) Voir à l'Évolution religîeoie, p. 213.

(S) ibidem, p. 213.

Les empereurs s'efforcèrent d'attirer peu à peu à Ravenne les affaires religieuses de Tltalie; lorsque le pape aurait été par ce moyen évincé en Italie, ils auraient déclaré rarchevéque de Ravenne indépendant de Rome, et par suite TÉglise d'Italie aurait été alors complètement à leur discrétion.

Afin de montrer une certaine indépendance visà-vis de Rome, les archevêques de Ravenne eurent à Gonstantinople un envoyé spécial, bien qu'avant Grégoire I*' les pontifes romains se fissent représenter par des légats dans la capitale de Tempire.

Les archevêques de Ravenne attirèrent à eux les affaires du clergé romain, et lorsque celui-ci demandait au gouvernement impérial la confirmation de la nomination du pape, il s'adressait toujours à Tarchevéque de Ravenne. ,

L'empereur Constant II déclara l'Église de Ravenne complètement indépendante de celle de Rome et éleva l'archevêque de Ravenne au rang de patriarche. Le pontife romain protesta.

Le déclin de la domination byzantine en Italie et surtout l'invasion arabe permirent à l'Église de Rome de s'affranchir peu à peu du pouvoir de l'empereur byzantin. Sous l'empereur Constant II, le pape Jean IV et le concile de Latran rejetèrent l'Ecthèse, auquel les prédécesseurs de Jean lY avaient adhéré.

Le fils de Constant II, Constantin IV Pogonat, se réconcilia avec les pontifes romains; il réunit en 680 à Constantinople le sixième concile général où furent approuvées les décisions des synodes de

Rome condamnant le Monothélisme. Il offrit les cheveux de ses deux fils sur la châsse de saint Pierre, comme un symbole de leur adoption par le pape.

Sous Justinien II, successeur de Constantin lY, le pape Sergius refusa de reconnattre les décrets d'un concile que cet empereur avait convoqué; Justinien II donna alors Tordre d'enlever Sergius, mais les soldats refusèrent de toucher à celui-ci. A la mort de Justinien II, Baveune se réconcilia avec le pontife romain.

Les papes profitèrent ensuite de la querelle des Iconoclastes pour s'affranchir complètement de la dépendance des empereurs byzantins.

Grégoire II, qui voulait affranchir la papauté des décisions des conciles, souvent imposées par l'empereur, déclara qu'il était inutile de convoquer un concile général à propos de la question des images.

L'empereur Léon III ayant rendu des édits pour la destruction des images religieuses, le pape Grégoire II voulut enlever tout pouvoir religieux à l'cmpêreur : a Les empereurs, dit-il, doivent s'abstenir de traiter les choses ecclésiastiques et s'occuper seulement du gouvernement de l'empire. » Mais Léon l'Isaurien lui répondit : «Ne sais-tu pas que je suis prêtre et roi?» Grégoire II lui déclara ({ue si le glaive de la justice était entre les mains du magistrat, un glaive plus formidable, celui de l'excommunication, appartenait au clergé; il prétendit que le successeur de saint Pierre était audessus des rois du monde, qu'il avait le droit de les

châtier; il ajouta : u Ne savez- vous pas que les papes sont les liens de Tunion et les médiateurs de la paix entre l'Orient et TOccident?»

L'Italie se révolta Tannée suivante, refusa de payer tribut à l'empire, nomma ses magistrats; les Romains se disposèrent à élire un empereur orthodoxe et à le conduire avec une escadre et une armée à Gonstantinople.

L'empereur Léon III envoya alors une escadre et une armée en Italie ; ses troupes débarquèrent à Ravenne, mais elles furent battues.

Grégoire II profita de ce soulèvement de l'Italie pour accentuer son mouvement séparatiste de l'empire byzantin; il assembla un synode à Rome, excommunia l'empereur, défendit aux Italiens de payer le tribut à l'empire et les délia du serment de fidélité à Byzance (730).

Mais en 733 Léon l'Isaurien détacha de l'obédience romaine les Églises de Galabre et les rattacha au patriarcat de Gonstantinople.

Les Lombards et les Grecs s'allièrent d'abord ensemble : ils marchèrent contre Spolète et Rome; mais Astolphe, successeur de Luitprand, roi des Lombards, se brouilla avec les Grecs et leur enleva l'exarchat.

Gontre les Grecs et les Lombards, les papes avaient besoin d'être soutenus par un peuple puissant qui leur permît d'acquérir l'indépendance complète. Les Francs remplissaient les conditions voulues.

Plus de deux siècles auparavant le roi Glovis

EVOLUTION or; CORPS SOCIAL 35

avait déjà tendu la main au pontife romain pardessus et contre le monde arien. Ce peuple était situé trop loin de Rome pour que les papes aient eu à craindre d'être subjugués par lui. Au milieu du huitième siècle l'appui qu'il leur prêterait devait être d'autant plus sûr et durable que les rois réels des Francs, les maires du palais carlovingiens, voulant supplanter les rois mérovingiens, et légitimer ensuite leur usurpation désiraient être soutenus par la puissance sociale la plus importante d'alors, l'Église, et par son chef, le pape.

Les pontifes romains décernèrent à Charles- Martelles titres de consul et de patrice. En 751, ils reconnurent Pépin comme roi des Francs. En 753, Etienne II vint en France demander à Pépin de le secourir contre les Lombards; afin d'obtenir cet appui, il lui donna le titre de patrice et le sacra comme roi des Francs.

A la suite de deux campagnes. Pépin détruisit la puissance des Lombards en Italie et fit don de Texarchat de Bavenne aux papes.

Tout en ne rompant pas complètement avec Byzance, et en laissant toujours administrer l'Italie et Bome au nom des empereurs byzantins, tant que la puissance des Carolingiens ne serait pas complètement assise chez les Francs, le pape s'éloigna de l'empire byzantin à la suite des succès de Pépin en Italie ; il ne prit pas part au concile de Constantinople réuni en 754.

Cependant, en 787, le pontife romain envoya ses légats au deuxième concile de Nicée, convoqué par

Irène, à Teffet de rétablir le culte des images. A la suite de ce concile, le pape Adrien proclama en Occident les décisions qui y furent prises, se substituant ainsi à Tempereur byzantin dans la promulgation des décrets des conciles, comme avaient pu le faire toujours les prédécesseurs d'Adrien, grâce à Téloignement du siège de l'empire par rapport à l'Occident.

Bien que les empereurs d'Orient eussent rétabli le culte des images conformément aux doctrines du pape, celui-ci continua à s'éloigner de Byzance, montrant ainsi que cette question de dogme n'était qu'un prétexte pour rompre avec Byzance, et que le véritable motif était une question de souveraineté.

La toute-puissance acquise par Charlemagne en Occident décida les papes à rompre définitivement avec les empereurs byzantins et à leur substituer en Occident un nouvel empereur.

Bien que les empereurs byzantins eussent rétabli le culte des images, le pape Adrien les menaça d'excommunication s'ils ne lui rendaient pas la Calabre et la Sicile' (1), qui étaient les restes de la domination byzantine en Italie.

Les pontifes romains ne se bornèrent plus à décerner aux rois carlovingiens le titre de patrice. Lorsque Charlemagne vint à Rome au secours du pape Léon III attaqué par les Lombards, ce pape le proclama et le couronna empereur d'Occident (800),

(i) On vient de voir p. 34 qu*en 733 Léon risaurien avait rattaché les Églises de cette région au patriarcat de Constantinople.

bien que le trône de l'empire byzantin fût encore occupé par l'impératrice Irène, qui favorisait les doctrines des pontifes romains.

Mais les papes s'étaient donné ainsi un nouveau maître en voulant se rendre indépendants des empereurs byzantins. Ils cherchèrent à s'affranchir de la domination des empereurs d'Allemagne, tandis que ceux-ci s'efforcèrent d'enlever à l'assentiment du pape la fonction impériale qui avait été conférée à Charlemagne par Léon III (I).

La cérémonie de la proclamation et du couronnement de l'empereur d'Occident par les pontifes romains comprenait deux actes distincts. Dans le premier, auquel s'associaient le sénat et le peuple romain, il conférait l'empire ; dans le deuxième acte, dans l'onction, le pape intervenait comme représentant de l'Église, donnant ainsi à cet acte le caractère d'une union scellée entre l'Église et l'empereur.

S'appuyant sur la distinction à établir entre ces deux actes, les premiers empereurs d'Occident associèrent leurs fils à l'empire, comme l'avaient fait les empereurs romains et comme le faisaient les empereurs byzantins, et cela afin de s'affranchir de l'approbation du pape pour la nomination ù l'empire.

(1) Rien qu'il ne 8*agtfte dans cet ouvrage que de Tempire hyzantin, il nout est impossible de laisser complètement de côté les luttes entre papes et empereurs d'Allemagne, luttes qui eurent leitr répercussion sur les phases de la lutte entre les papes et 1( s empereurs byzantins.

38 L'EMPIRE BYZA^TI^

Pendant quatre générations après Gharlemagne, le pontife romain fut réduit à donner la couronne impériale de père en fils. Les désordres auxquels Tempire germanique fut soumis après la déposition de Charles le Gros (887) permirent aux papes de recouvrer une partie de leur pouvoir sur la nomination à la fonction impériale.

A partir d'Othon I" il fut décidé que le prince élu dans une diète d'Allemagne acquerrait au même instant les royaumes subordonnés de Tltalie et de Rome, mais qu'il ne pourrait pas légalement se qualifier d'empereur et d'auguste avant d'avoir reçu la couronne des mains du pontife de Rome.

Les papes songèrent de leur côté à soustraire aux empereurs germaniques la nomination à la fonction pontificale. Adrien avait investi à cet effet son neveu des premières dignités de l'Église, pour qu'il lui succédât. Mais à la mort d'Adrien, Léon m fut préféré à son neveu, et les papes se bornèrent à désigner aux cardinaux leur successeur avant leur décès.

Après leur élection par le collège des cardinaux, les pontifes romains devaient obtenir non seulement l'approbation du peuple romain, mais encore celle de l'empereur; celui-ci leur faisait notifier son consentement par un commissaire impériaL Les papes prêtaient alors serment de fidélité à l'empereur.

Jean YIII parvint à affranchir à la fin du neuvième siècle la papauté de l'approbation impériale.

La lutte entre les empereurs d'Allemagne et les

papes reprit avec violence lors de la querelle des investitures. Un moment, avec Grégoire VII, la papauté parut triompher ; elle songea même à rétablir Tempire d'Occident à son profit.

Les invasions des Sarrasins, dans ie sud de ritalie (I), en y affaiblissant la domination byzantine, permirent aux pontifes romains de poursuivre leur affranchissement vis-à-vis de l'empereur byzantin.

Nicolas l*% pape de 858 à 867, ne se borne pas à revendiquer, comme ses prédécesseurs, le droit de promulguer en Occident les décisions des conciles, à la place de Tempereur byzantin ; dans une lettre qu'il adresse à l'autorité impériale de Byzance, il prétend que lui seul peut donner force exécutoire dans toute la chrétienté aux décisions des conciles. Non seulement il n'admet pas que le patriarche de Gonstantinople occupe le premier rang dans l'Église, mais il ne lui accorde même pas le second rang qu'il confère au patriarche d'Alexandrie ; celui-ci était alors sous la domination des Arabes et, par suite, ne pouvait chercher à enlever au pontife romain le premier rang.

Voulant faire de l'Église un instrument facile à manier, Nicolas I*' continue Tœuvre d'organisation monarchique et centralisatrice qu'avaient poursuivie ses prédécesseurs. Jusqu'à lui les évéques et les métropolitains jouissaient d*une grande indépen-

(1) Sous le règne de Michel le Bègue (8tO-829), les Sarrasins s*insuUent en Sicile, Fouille et Calabre.

dance vis-à-vis du pape ; les questions d'ordre dis< ciplinaire étaient réglées par des synodes diocé* sains et provinciaux. Il restreint la compétence de ces assemblées, en faisant de la papauté le tribunal d'appel de la chrétienté.

Nicolas I*' ne veut pas seulement afiFranchii rÉglise de la domination de Tempereur byzantin et la soumettre au pape; mais il veut encore impo< ser son pouvoir aux souverains ; comme Grégoire II, il se déclare supérieur aux rois et il inter vient dans leUVs querelles domestiques, comm( gardien de la moralité publique.

Mais les empereurs byzantins, qui ne pouvaien laisser s'accroître la puissance de la papauté, cher obèrent à entraver Texécution des projets de Nico las I".

Le patriarche de Gonstantinople, Photius, con voque en 867 les évéques d'Orient à un concil< afin de juger le pontife romain. Il recueille le plaintes des Églises d'Italie et de Gaule, effrayé des idées absolutistes du pape, et l'empereur byzan tin promet à l'empereur germanique Louis II II titre de basileus — titre que les Grecs n'avaieo accordé à aucun autre souverain étranger qui Gharlemagne — s'il veut lui donner son appu contre le pape. Nicolas I*' meurt en 867, et soi successeur Adrien II, qui craignait les Sarrasin dont la puissance menaçait Rome, se réconcilia avec Byzance.

En 869, lors de la réunion du huitième concilci les évéques d'Orient acceptèrent la suprématie d^

pontife romain; mais ils se 'ravisèrent bientôt et Tempercur Basile l^' signifia leur congé aux légats qui représentaient le pape à ce concile .

Après la mort de Louis II, Tempire germanique resta vacant pendant trois ans et demi. Le pape Jean YIII désirait donner la couronne impériale à un Carolingien, qui concéderait de nombreux avantages à la papauté ; de plus, Tempire grec s'étant relevé sous Basile, tandis que Tempire germanique déclinait, Jean YIII songeait à se rapprocher des empereurs byzantins pour avoir leur appui contre les Sarrasins dont la puissance Tinquiétait, et il craignait d*indisposer contre lui les empereurs byzantins en nommant un nouvel empereur d'Occident.

L*union entre TÉglise d'Orient et celle d'Occident fut scellée dans un concile réuni en 879; mais le patriarche de Constantinople, Photius, ayant fait proclamer la suprématie du patriarcat de Constantinople sur celui de Rome, le pape protesta et le schisme religieux entre Constantinople et Rome fut de nouveau accompli.

Le pontife romain couronna alors Charles le Gros empereur de Germanie (881).

Quelques années après, les Grecs reprirent sur les Sarrasins le sud de Tltalie ; TÉglise de cette région fut subordonnée de nouveau à Byzance et elle fut peu à peu gréciséc par les empereurs byzantins.

Les papes se trouvèrent en présence de Tautor rite de l'empereur d'Allemagne dans le nord de

4â L'EMPIAE byzantin

l'Italie et en présence de celle de Tempereur byzantin dans le sud.

L'action de Tempereur d'Allemagne sur la papauté fut plus énergique que celle de Tempereur byzantin, mais elle fut plus éphémère. Par suite de l'organisation toute militaire de TEurope occidentale, l'empereur d'Allemagne venait à Rome à la tète de ses armées, tandis que l'empereur byzantin était forcé de rester à Gonstantinople et avait les yeux fixés surtout vers l'Orient; mais l'empereur d'Allemagne était souvent rappelé en Allemagne, tandis que les fonctionnaires byzantins faisaient sentir continuellement à Rome l'influence de leur empereur.

A Rome, trois partis cherchèrent à mettre un de leurs partisans sur le trône pontifical : ce furent le parti national romain, le parti allemand et le parti grec.

Tirant habilement parti de leur position centrale entre les deux empires, dont les centres politiques respectifs étaient loin de Rome, les papes s'efforcèrent de se rendre indépendants et même de mettre la main sur les deux empires.

Pour s'affranchir du pouvoir des deux empereurs, la papauté profita des différends qui surgirent entre eux par suite de la contiguïté de leurs États^ des dissensions intérieures des deux empires, dissentions qui naquirent de la mauvaise organisation politique de ces deux États; en outre, les papes appelèrent à leur aide certains peuples pour arracher l'Italie ù la domination des deux empereurs.

Si depuis le début du dixième siècle les patriarches de Constantinople qui voulaient lutter contre rautorité impériale grandissante reconnurent la suzeraineté des pontifes romains, à la fin du dixième siècle, alors que les papes étaient sous l'influence allemande, Nicéphore Phocas rattacha l'Apulie au patriarcat de Constantinople ; il donna à Tévéque d'Otrante le titre d'arôhevéque et de métropolitain de l'Apulie sans consulter le pap%. Son successeur, Tempereur Zimiscès, rompit avec Rome et le patriarche de Constantinople fut déclaré œcuménique.

 Rome, le parti grec disputa au parti allemand la possession du Saint-Siège (1).

En 1009, le pape voulant lutter contre l'empereur d'Allemagne, l'union des deux Églises d'Orient et d'Occident fut rétablie, mais elle fut de courte durée ; en 1013, Benoît VIII rompit avec Byzancc, i couronna Henri II empereur, soutint les popula-

! ^1) En 980, le pape Boniface, dévoué à Byzance, fait tuer Jean XIV, du parti allemand, et triomphe; puis, la même année, Henoît vil rentre en vainqueur dans Rome aux côté» d*Othori II. Boniface se réfugie alors à Constantinople.

En 984, Boniface rentra à Rome, mais mourut onze mois après. Le parti national reconquît le pouvoir à Rome.

En 996, Othon III rentra à Rome et donna la tiare à son parent Grégoire V.'La parti national de Rome s'insurgea, et Grégoire V dut s'enfuir. Crescentius reçut de ses partisans les titres ^^ patrice et de consul et gouverna avec Tappui de la noblesse romaine. 11 fit monter sur le trône Philagathos, Grec d'origine; "ûai» Othon arriva devant Rome (998) et réprima la sédition. Crescentius fut pendu, et, malgré l'intervention de Nil, moine '«nommé, Philagathos ne fut pas soutenu par Ryzance et il fut »«pplicié. Grégoire V mourut en 999.

44 L*£MPIRE BYZANTIN

lions soulevées dans le sud de Tltalie contre Id Grecs et appela contre ceux-ci les Normands i l'empereur Henri II.

Sous Jean XIX, le Saint-Siège, qui avait eu de difficultés avec Henri II, était bien disposé poDi Byzance. L'empereur byzantin demanda alors ai pape de reconnaître le titre d'oecuménique donoi au patriarche de Constantinople ; mais le poDtili romain n'accorda rien et la rupture des deui Églises eut lieu encore une fois.

En appelant les Normands dans le sud de l'Italk les papes voulurent en faire leurs soldats contre li; Byzantins, comme les rois francs l'avaient es dans le nord de l'Italie contre les Lombards, h pontife romain mit en application le droit qui prétendait avoir de disposer des royaumes ; ildona à Robert l'investiture de la Fouille, de la Calabr et de toutes les terres qu'il enlèverait aux Grec schismatiques et aux Sarrasins infidèles.

' De son côté, le patriarche de Gonstantinopli invita les populations de la Fouille à abhorreriez hérésies des Lating, lorsque les Normands repl» cèrent cette région sous la juridiction des ponlifeî romains (I). Le pape y répondit en faisant excoffi

(i) Les Normands purent rattacher la Fouille à Borne ; quaij à la Calabre) elle était tellement hellénisée que les peuple romains durent laisser subsister dans l'Église de cette ré^rionj rite grec qui avait été substitué au rite latin à In fin du ncii vième siècle. Ce ne fut qu'au treizième et au quatorzième sièclei sous la domination des Angevins, que le clergé latin s'atu qua ouvertement au clergé grec dans Tltalie du Sud et enleva; celui-ci ses diocèses ; mais le rite grec subsista encore longteinp

munier le patriarche de Gonstantînople par ses légats dans la capitale de Tempire byzantin, et en leur faisant déposer sur Taulel de Sainte-Sophie un anathème terrib^ qui condamnait les sept mortelles hérésies des Grecs (1054). La rupture entre les deux Églises d'Orient et d'Occident fut alors complète.

£n détournant la combativité des Normands contre la partie occidentale de Tempire byzantin, qui allait être bientôt assailli à l'orient par les Turcs, les pontifes romains n'eurent plus à craindre* d'ennemis dans le sud de l'Italie (I) ; ils purent désormais se consacrer entièrement à leur lutte contre les empereurs d'Allemagne.

Avec Grégoire VII, la papauté l'emporta sur ceux-ci; mais au milieu du douzième siècle la papauté, avec Adrien lY et Alexandre III, se trouva aux prises avec la révolution à Rome et avec l'empereur Frédéric I*' Barberousse. L'empereur byzantin Manuel, vainqueur des Normands, rentra dans

dans cette ré{;ion. On l'y trouve aux «eizième et dii-septième siècles.

En Sicile où, malgré TinvatioD arabe, le culte grec s'était maintenu^ le comte Roger remit sous la dépendance de Rome les évèchés qui relevaient de Ryzance ; il laissa cependant des évèques grecs, et le rite grec ; à la 6n du treizième siècle, sous la domination angevine, le rite grec subsistait encore en Sicile, bien qu'à la fin du douzième siècle les rois normands devinrent intolérants vis-à-vis du clergé grec, et qu'au début du treizième siècle les pontifes romains défendirent toute relation entre celui-ci et le clei^é d'Orient.

(1^ En 1053, le pape Léon IX avait combattu les Normands; mais il avait été vaincu.

la Pouillc et la Calabre (1155). Menacé par trois adversaires, le pape accueillit favorablement les deux ambassades que Manuel lui envoya successivement, entama avec lui des négociations sur Tunion des deux Églises ; mais les Normands reprirent leur revanche sur les Grecs, Alexandre IIl se réconcilia avec Frédéric Barberousse ; le pontife romain prononça alors définitivement la séparation des deux Églises.

Les Normands étaient parvenus dès la fin du onzième siècle à affranchir complètement la papauté du pouvoir des empereurs byzantins ; mais ils n'avaient pas réussi à faire passer une parcelle de l'empire byzantin proprement dit sous la juridiction des pontifes romains.

Un événement politique, l'invasion de l'empire byzantin par les Turcs, permit aux papes de réaliser en partie leur plan de domination en Orient.

Lors de l'invasion des Turcs, l'empire byzantin étant épuisé, l'empereur Alexis, désirant obtenir un s^ecours en hommes pour défendre ses États, s'adressa à la papauté ; celle-ci était alors toute j puissante en Occident : elle avait réalisé les prétentions que Grégoire II avait émises en 727 dans une lettre à l'empereur Léon III ; elle était reconnue en Occident comme supérieure aux rois et, par suite, elle pouvait être considérée comme le représentant de l'Europe occidentale.

Alexis envoya des ambassadeurs au concile de Plaisance (1095) pour solliciter l'appui des pontifes romains ; il adhéra aux idées formulées par Gré-

gqire II dans sa leltre à Léon III : il reconnut M que les papes étaient les liens de Tunion et les médiateurs de la paix entre TOrient et TOccident. »

En faisant cette démarche Fempire byzantin se remettait entre les mains du pontife romain; il avouait la défaite de FÉglise de Constantinople vis-à-vis celle de Rome.

Le pape ne pouvait laisser passer une occasion aussi propice de soumettre TOrient à sa puissance : il répondit à Tappcl d'Alexis ; il ne lui envoya pas un simple secours comme cet empereur le lui avait demandé, il organisa les croisades ; ce ne furent plus seulement les Francs et les Normands que la papauté mit à son service, ce fut le monde occidental tout entier, et elle le lança sur TOrient qui ne voulait pas admettre, comme TOccident, la toutepuissance du pontife romain.

L'établissement de la domination de TÉglise latine en Orient commença par la 'Syrie et la Palestine; Antioche et Jérusalem, deux sièges importants du clergé grec, tombèrent entre ses mains à la suite de la première croisade. Le clergé latin y lit sentir son joug sur les chrétiens orientaux et il persécuta tellement ceux-ci qu'ils regrettèrent la domination des musulmans. Il enleva au patriarche d'Antioche ses revenus et sa juridiction, et se les appropria.

Daimbert, archevêque de Pise, se fit reconnaître par les croisés comme le chef spirituel et temporel de la nouvelle Église. A ce titre, il donna à Gode-

froi et à Bohémond rinvestiture de leurs possessions. Il réclama la propriété absolue de JaCFa et Jérusalem ; mais les croisés n'y accédèrent pas ; à la suite de négociations entamées entre ceux-ci et Daimbert, TÉglise obtint la possession du quart de ces deux villes, et éventuellement la totalité si Godefroi mourrait sans enfant.

Il restait à conquérir Constantinople, le siège le plus important de TÉglise grecque, pour que tout rOrient chrétien fût soumis à la juridiction de la papauté.

Mais la seule puissance qui pouvait y parvenir, les Normands^ après avoir échoué dans ses tentatives contre Tempire byzantin proprement dit, fut définitivement anéantie par l'empereur d'Allemagne Henri IV, en 1194.

Un événement de politique intérieure de l'empire byzantin permit au pape de lancer l'Occident contre la capitale de l'Orient, contre Constantinople.

L'empereur byzantin Isaac l'Ange ayant été détrôné, sonfilsAlexisaccourutauprèsdupape Innocent III pour lui demander que la quatrième croisade remît son père à la tète du gouvernement de l'empire ; il obtint cet appui, mais à la condition qu'il promît la soumission à Rome.

Lorsque en 1203 les croisés furent arrivés à Byzance, Isaac ne remonta sur le trône qu'en reconnaissant, ainsi que son peuple, la suprématie du pape. Mais la promesse faite par Isaac au nom de son peuple était impossible à réaliser ; les cou-

vents, les maisons, les boutiques de marchands retentissaient de clameurs contre la tyrannie du pape. Les Latins qui occupaient Constantino|)le contenaient difficilement leur indignation en entendant ces protestations ; ils furent scandalisés de voir des mosquées et des synagogues dans la capitale de Tempire ; ils se rendirent compte qu'ils ne pourraient faire reconnaître la suprématie du pape aux Grecs que par la force.

L'animosité entre Grecs et Latins allait croissant et une simple étincelle devait suffire pour mettre le feu aux poudres. La guerre ne tarda pas à éclater entre les deux peuples, et la haine des Latins contre les Grecs fut telle qu'au deuxième siège de Constantinople ils pillèrent même tous les objets religieux.

Lors de la fondation de Tempirc latin, le clergé latin joua un rôle important, sinon prépondérant, dans l'organisation du nouvel État. Les six électeurs français de Tempereur furent des ecclésiastiques, et les Français et les Vénitiens décidèrent de nommer un patriarche élu par la nation à laquelle n'appartiendrait pas Tempereur.

Ce fut le légat du pape qui couronna Baudouin trois semaines après son élection. Mais le clergé vénitien, qui était parmi ceux d'Occident celui qui avait conservé le plus d'indépendance vis-à-vis de Rome, nomma patriarche de Constantinople Thomas Morosini.

Au fur et ù mesure que les Latins prirent possession des territoires de l'empire, le pape Innocent \\i f Â

organisa au point de yue religieux le pays conquis. Le clergé latin remplaça le clergé grec, dont un grand nombre de membres s'étaient réfugiés en Asie. Les croisés saccagèrent dans Tcmpire les couvents grecs et le pape substitua aux moines grecs des moines relevant de l'obédience romaine.

L'Église reçut un domaine, les principaux prélats obtinrent des fiefs. Les possessions de l'Église latine allèrent ensuite croissant; ses terres étant dispensées de service militaire, tout cultiv^ateur avait intérêt à lui céder les siennes, moyennant le droit de continuer à en tirer personnellement profit; en outre, un grand nombre de Latins, désirant retourner en Europe peu après la fondation de l'empire latin, abandonnèrent leurs terres à l'Église pour un prix modique ou même moyennant des indulgences.

En Grèce, en mars 1207, fut signée une convention entre le pape et les barons, relativement aux possessions de l'Église, aux paiements auxquels celle-ci aurait droit et à la dîme. Elle obtint la juridiction civile sur toutes les personnes de religion. Afin que le patriarche ne se rendît pas indépendant de Rome, il fut stipulé que l'appel des questions les plus importantes serait porté devant le pape, le patriarche n'ayant pouvoir de décision que pour les affaires d'ordre secondaire.

Des conventions analogues furent passées en Macédoine, en Thessalie et en Attique entre l'Église et les seigneurs séculiers de ces provinces afin d'établir les immunités de l'Église.

Malgré les prescriptions d'Innocent III qui avait recommandé la modération à son clergé, TÉglise latine fit preuve de violence à Tégard des Grecs; à Gonstantinople le légat du pape interdit le culte grec et exigea Tobëissance aveugle vis-à-vis de Uome.

. Des dissentiments ne tardèrent pas à éclatci entre les deux grandes puissances de Tempire latin.: rÉglise et la noblesse latine.

L'accroissement des biens du clergé, qui étaient exempts du service militaire, soustrayante Tempire latin un grand nombre de soldats, Tempereur Henri défendit de faire don d'aucune possession à rÉglise. Certains seigneurs allèrent plus loin; ils s'emparèrent de fiefs ecclésiastiques. Henri osa placer dans Sainte-Sophie son trône à la droite de celui du patriarche, ce qui amena de vives protestations de la part du pape. Afin d'affaiblir le pou* voir du légat du pontife romain à Gonstantinople, qui affectait l'autorité d'un souverain, l'empereur Henri arrêta les persécutions que ce légat dirigeait contre le clergé grec.

Après la mort d'Henri la papauté voulut raffermir sa puissance en Orient. Honorius III, dispen-» sateur de la couronne de l'empire latin, couronna Pierre de Gourtenai empereur d'Orient en 1217, et afin que celui-ci ne pût invoquer aucun droit de souveraineté sur Gonstantinople, cette cérémonie eut lieu dans une église située hors des murs de la capitale.

£q Morée, Geoffroi défendit de faire don à l'Église

d^aucune possession ; il mit en séquestre les biens des prélats qui prétendaient ne tenir leurs fiefs que du pape, et il maintintsa décision bien que le clergé Texcommuniàt. Le pape Honorius III intervint et parvint à rétablir la paix entre TÉglise et Geoffroi.

La puissance du pontife romain alla en déclinant dans Tempire latin ; ce fut le patriarche de Constantinople qui couronna Robert, le successeur de Pierre de Courtenai.

En I26I, Tempire latin s'écroulait définitivement et avec lui la suprématie du pape sur TÉglise grecque de Constantinople, sauf en Morée où continuait à subsister la domination des Latins.

Dans cette région TÉglise latine fut prédominante jusqu'au milieu du quatorzième siècle, époque à laquelle la prépondérance passa à rÉglise grecque, par suite du développement qu'acquit l'autorité religieuse de Tévéque grec de Nomenbasie, avec la réoccupation de la presqu'île par les Byzantins.

Après les Normands les Latins avaient donc échoué contre l'empire byzantin; les pontifes romains firent une troisième tentative contre cet empire : ils s'adressèrent encore à un prince franc, à Charles d'Anjou, frère de saint Louis, auquel Urbain IV avait donné, en 1263, la couronne de Naples pour délivrer la papauté du pouvoir de l'Allemand Manfred qui régnait alors dans le sud de l'Italie. Charles d'Anjou avait répondu aux espérances d'Urbain IV; il avait défait Manfred et son neveu Conradin qui était venu d'Allemagne à son

secours avec une armée. La papauté jeta Charles d'Anjou sur Tempire byzantin, comme elle avait lancé contre celui-ci les Normands. Urbain lY fit prêcher une croisade contre les Grecs schismatiques avec indulgence plënière, et Charles d'Anjou se prépara à envahir Tempire byzantin par Durazzo où il comptait faire sa jonction avec les princes français d'Âchaie. A cette nouvelle, l'empereur byzantin Michel, effrayé, entama avec le pape des négociations dans lesquelles il proposa la reconnaissance de la suprématie de celui-ci sur TÉglise grecque ; mais les prélats grecs se séparèrent de leur empereur; ils déclarèrent que les Latins étaient des hérétiques. Michel fit tous ses efforts auprès des ecclésiastiques grecs pour qu'ils adhérassent à ce rapprochement; il obtint des plus modérés qu'ils consentissent à s'entendre avec rÉglise latine sur la question du Filioque (1), mais ils repoussèrent presque tous avec énergie la suprématie du pape, montrant encore une fois de plus que le schisme entre les deux Églises tenait beaucoup plus à une questioade souveraineté qu'à une question de dogme.

Néanmoins, avec son fils Andronic, trente-cinq archevêques et évêques métropolitains, Michel signa les lettres d'union et d'obéissance; envoya, en 1^74, à Grégoire X au concile de Lyon une ambassade, qui abjura devant le pape le schisme. Grégoire Xfit partir alors des nonces pourByzance,

(1) Voir à rÉvolution religieuse, p. SOT.

avec la mission d'établir dans toutes les églises Tusage du symbole orthodoxe et de préparer la réception d'un cardinal légat.

Mais ces négociations avaient eu pour résultat de suspendre la marche de Charles d'Anjou, but que Tempereur byzantin avait poursuivi; aussi lorsque les nonces du pape arrivèrent à Constantinople, ils trouvèrent le peuple et le clergé plus disposés que jamais à repousser Tunion. Ils excommunièrent alors les protestataires. Michel, voulant tenir sa promesse, les aida dans leurs persécutions.

L'opposition des Grecs redoubla : les deux princes qui régnaient avec le titre de despotes sur rÉtolie, rÉpire etlaXhessalie; qui avaient reconnu leur dépendance vis-à-vis de l'empereur de Constantinople, refusèrent de se soumettre au pontife romain et appuyèrent par la force le clergé grec. Le prince de Trébizonde prit le titre d'empereur que Michel n'était plus digne de porter. Michel fut abandonné de ses généraux et même de sa famille ; prêt à perdre sa couronne il hésita à continuer ses persécutions.

Le pape Martin IV organisa alors une nouvelle croisade contre les Grecs avec le roi des Deux- Siciles et Venise. Charles d'Anjou avait déjà armé quinze mille hommes et cent vingt galères pour s'emparer de Constantinople; Michel Paléologue, pour empêcher le départ de ces forces, excita les Siciliens à se révolter et les Vêpres siciliennes éclatèrent (1282). Cette croisade était par suite enravée.

La troisième tentative du pape pour faire reconnaître sa suprématie sur TÉglise de Byzance n'avait pas réussi. Cet échec eut des conséquences très importantes ; car le pape ne devait plus trouver l'occasion d'avoir à sa disposition une force armée pour conquérir l'empire byzantin.

La translation du Saint-Siège à Avignon, de 1309 à 1378, imposée au pape par la situation difficile que lui faisaient les empereurs allemands et les rois angevins de tapies et le grand schisme d'Occident de 1378 à 1449 affaiblirent considérablement l'action des pontifes romains sur l'Orient ; la décroissance du sentiment religieux dans l'Europe occidentale ne leur permit plus de jeter celle-ci sur les Turcs et de profiter de cette circonstance pour mettre l'Église byzantine sous leur dépendance. Les empereurs byzantins, il est vrai, proposèrent aux quatorzième et quinzième siècles à l'Église latine de faire l'union avec elle, mais ce fut toujours sans sincérité et par suite sans résultat.

L'invasion des Turcs en Bithynie força les empereurs byzantins à rentrer en relation avec les papes après cinquante ans de rupture, afin d'obtenir des secours.

En 1339, Andronic le Jeune envoya une ambassade à Benoit XII; il lui proposa l'union des deux Églises, et pour ne pas e£Frayer les Grecs par cette démarche, il demanda a qu'un légat assemblât à cet effet les patriarches de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem et qu'il préparât avec eux la tenue d'un synode libre et uni-

56 L^EMPIHE BYZANTIN

vcrscl » ; ne perdant pas de vue la raison essentielle et véritable de Tenvoi de son ambassade, il ajoula Il qu'avant, il fallait délivrer les patriarches de rOrient et un grand nombre de prélats du joug des mahomctans v . Benoît XII répondit évasivemeDt à cet appel.

£n 1348, Gantacuzène voulut reprendre des négociations avec Clément YI, successeur de Benoit XII. Il lui envoya à Avignon deux de ses ministres pour lui demander d^organiser une croisade et d'approuver Funion des deux Églises. La diminution de la foi en Occident et la guerre entre la France et TAngleterre rendaient toute croisade impossible; quant à la proposition d'union, le pape y fit bon accueil : il envoya à Constantinople deux prélats latins qui retournèrent avec Fambassade grecque. Ceux-ci eurent de nombreuses conférences avec Tempereur; mais, après avoir traîné longtemps, ces négociations n'aboutirent pas.

En 1355, Jean Paléologue I" signa un traité secret avec Innocent VI. Dans cet acte, il prêta serment de fidélité et d'obéissance aux papes; leur promit de recevoir leurs légats et de rendre les honneurs à ceux-ci, mais à condition que les papes lui fournissent un secours de quinze galères avec cinq cents hommes d'armes et mille archers. Pour assurer la reconnaissance de la suprématie des papes par les Grecs, l'empereur proposa que le légat ne donnât les bénéfices vacants qu'aux ecclésiastiques qui souscriraient au symbole du Vatican, et que l'on créât trois écoles à Constantinople pour

apprendre à la jeunesse de la capitale la langue et la doctrine des Latins.

Malgré ces clauses avantageuses pour le pape, celui-ci n'envoya aucun secours. Les Turcs faisant de grands progrès en Thrace, menaçant la capitale, Jean Paléologue se décida, en 1369, à aller trouver le pape Urbain V, qui faisait une tentative de rentrée à Rome. Il le supplia d'intervenir contre les Turcs, et à cet eÉfet il reconnut non seulement la double procession du Saint-Esprit^ mais encore la suprématie du pape ; afin de lui montrer sa soumission il lui baisa dévotement les pieds, les mains et la bouche et tint la bride de sa mule.

Les difficultés avec lesquelles la papauté se trou* vait aux prises empêchèrent ces négociations d'aboutir. Aussi, quelques années plus tard, quand eut lieu le grand schisme d'Occident (1378-1449), les empereurs byzantins désespérant d'obtenir un appui des papes ne sWressèrent plus à eux. En 1400, IVIanuel se rendit à la cour de France et à celle d'Angleterre.

Lorsqu'à la suite du concile de Constance, un seul pape, Martin Y, eut remplacé les trois papes (1417), Manuel reprit les négociations avec le Saint-Siège; mais, après de nombreuses discussions entre eux, ils ne purent s'entendre.

En 1425, lorsque Jean Paléologue II eut succédé à son père Manuel, il proposa à Martin Y de réunir un concile général ; celui-ci entama des négocia* tions à cet effet avec Jean II; mais Eugène lY, successeur de Martin Y, les laissa traîner en longueur.

C'est alors que le concile de Bâle qui avait pacifié la Bohème songea aussi à ramener les Grecs dans le sein de TÉglise latine. Eugène lY reprit aussitôt les négociations avec Byzance; il s'adressa directement à Jean II et lui proposa de choisir Ferrarc pour le lieu de Tenlrevue. Invoquant le désir de Jean II de ne pas avoir à traverser les Alpes pour venir s'entendre avec TÉglise latine, il transféra le concile de Bâle à Ferrare, où il {Pouvait disposer plus facilement de cette assemblée qu'à Constance.

Jean II vint à Ferrare avec les représentants de l'Église grecque et même avec ceux des patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem. Les Grecs n'ignoraient pas que le schisme d'Occident avait beaucoup affaibli la papauté; qu'Eugène IV ne pourrait réunir que peu de prélats latins au concile de Ferrare, celui de Bâle continuant ù siéger malgré le pape. Aussi, à Ferrare, Jean II ne s'humilia pas devant le pontife romain comme l'avait fait un de ses prédécesseurs en 1369 avant le grand schisme. Il fit son entrée à cheval, et lorsqu'il fléchit le genou devant Eugène IV, celuici le releva aussitôt. Aux séances du concile, son siège fut placé à la gauche du pape. On adopta un cérémonial mettant l'évêque de Rome et celui de Constantinople sur le pied d'égalité ; ces deux évêques se donnèrent un erabrassement fraternel et tous les ecclésiastiques grecs refusèrent de baiser les pieds du pontife romain, comme l'avait fait Jean l" en 1369.

Mais le concile de Ferrare fut bientôt transféré à

Florence et le nombre des prélats latins augmenta, tandis que celui des membres du concile de Bâle diminuait. La papauté voyant son succès s'affermir devint plus exigeante pour les Grecs. Elle leur demanda de reconnaître la suprématie du pape et d'adopter le Filioque ; à ces conditions le pape Eugène IV promettait d'entretenir toujours deux galères et trois cents soldats pour la défense de Coiistantinople ; de fournir dix galères pour un an, toutes les fois qu'il en serait requis, et de solliciter les secours des princes de l'Europe occidentale en cas de besoin urgent. Le traité fut signé par le pape, l'empereur et les principaux membres des deux Églises (1438).

L'union semblait faite encore une fois; mais si elle était conclue entre le pape et l'empereur, elle élail toujours impossible à réaliser entre les Latins elles Grecs.

Les Grecs furent à peine de retour à Gonstantinople qu'ils regrettèrent leurs concessions; Sainte- •*^ophie resta vide, et la population et le clergé grec retournèrent vers Marc d'Ephèse, le défenseur de la religion nationale. Les patriarches d'Alexandrie, d Antioche et de Jérusalem réunirent des synodes, désavouèrent leurs représentants à Ferrare et à Horence, condamnèrent le concile et menacèrent l'empereur de Constantinople des censures de 1 Église d'Orient.

Pour ne pas perdre sa couronne, Jean Paléo- 'ogue dut renoncer à forcer les Grecs à se soumettre au concile de Florence.

GO L*EMPIRC BYZANTIN

L'obstinalion cl la duplicité des Grecs vis-à-vis du Saint-Siège irritèrent Nicolas V, successeur d'Eugène IV, et lorsque Tempereur ConstaDtiu envoya des ambassadeurs à Rome pour supplier le pape de lui envoyer des secours, celui-ci accueillii froidement les offres de rcmpcreur. Cependant, le 12 décembre 1452, malgré les protestations du clergé grec, Funion entre les deux Églises fui encore une fois conclue. Mais Gonstanlinople tomba entre les mains des Turcs, le 29 mai 1453. sans avoir obtenu aucun appui efficace de la chrétienté.

L'empire byzantin succombait sans que l^Église latine fût parvenue à soumettre TÉglise grecque Tous les efforts faits dans ce but par les pontifes romains avaient finalement échoué. Après avoir su profiter des circonstances pour s'affranchir tempo- Tellement et spirituellement de Tempire byzantin, la papauté avaib espéré reconstituer l'empire romain tout entier à son profit, et en faire une vaste théocratie : en Occident, elle avait un moment presque réussi; en Orient il n'en avait pas été ainsi, son pouvoir spirituel même n'y avait pas été reconnu; elle avait alors jeté à trois reprises différentes les peuples de TOccident à Tassant de l'Orient pour y établir sa domination; mais ces trois entreprises avaient échoué. La troisième fut la dernière, car les papes voyaient leur puissance décliner en Occident; ils ne pouvaient plus disposer des peuples occidentaux ; ils étaient forcés de transférer leur résidence à Avignon, loin de TOrient,

îtla papauté passait par une crise intérieure d'une laule gravité. L'Orient n'avait plus à craindre le Saint-Siège et il était sûr de conserver son indé- |)endance religieuse.

Lutte entre fempereur byzantin et le patriarche ie Constantinople. — Le pontife romain ne fut pas le seul patriarche contre lequel Tempereur byzantin eut à lutter pendant toute la durée de Texistence de Tcmpire byzantin.

Le patriarche de Constantinople fut aussi un adversaire important de Tcmpereur byzantin : il ne put jamais s'affranchir du pouvoir spirituel et temporel de l'empereur byzantin comme le pape : sa résidence n'était pas distincte et éloignée de celle de l'empereur byzantin, comme cela était pour ie pontife romain, et il ne possédait pas comme celuici un territoire indépendant.

Pour diriger l'ÉgHse chrétienne, l'empereur chercha à avoir un patriarche de Constantino[)le ù sa dévotion, sans quoi la reconnaissance de la suprématie de celui-ci, reconnaissance qu'il appuya toujours, ne lui aurait été d'aucune utilité.

De son côté le patriarche, représentant de rÉglise byzantine, s'efforça de s'affr^anchir de la domination impériale.

La lutte entre l'empereur et le patriarche fut d'autant plus vive que le premier avait des pouvoirs religieux étendus et l'autre des pouvoirs politiques, et qu'aucun acte n'avait déKni ni délimité ces pouvoirs. Ce fait permit à chacun d'eux d'intervenir dans l'exercice des fonctions de l'autre ; il en

résulta que la Iranquillité de la capitale dépendilde leur accord.

L'empereur, en vertu de son autorité religieuse, donnait ou refusait Tinvestiture aux patriarches élus ; souvent même il indiquait au clergé son candidat et au besoin l'imposait par la force. Aucune condition de capacité n'étant requise pour entrer dans l'Église, il était facile à l'empereur de choisir un patriarche sur lequel il pouvait compter (1).

Suivant les nécessités religieuses, l'empereur changeait plus ou moins souvent les patriarches sur le dévouement desquels il avait des doutes ('2\ Même s'il ne trouvait pas de candidat lui plaisant entièrement, il laissait le siège patriarcal vacant (3).

(1) Irène nomme son secrétaire particulier patriarche de Constantinople. Au milieu du neuvième siècle, un capitaine des gardes et principal secrétaire de l'empereur est nommé patriarche de Gonstantinople.

Basile I"" destine son troisième fils au patriarcat. Sous Constantin VII, le patriarche Théophylaste est le fiU de Romain Lécapène.

En 996, le ma{;istros Sisinnos, médecin distingué, est élu patriarche de Gonstantinople par Basile II.

Sergios, mort en 1019, eut pour successeur l'eunuque Eustathius, protopapas de la chapelle impériale du Grand-Palais.

(S) Lors de la querelle des Iconoclastes, les empereurs ayant besoin d'un clergé dévoué, et par suite d'un patriarche docile, tes patriarches de Gonstantinople passèrent du couvent sur le trône et du trône dans un couvent.

(3) Zimiscès laissa le trône patriarcal vacant à deux reprises pendant quatre ans : la première fois, après l'abdication d'Antoine (980) ; la deuxième fois en 992.

Pour protester contre les droits des empereurs, l'Église et le peuple n'avaient d'autre recours que l'émeule; les moines soulevaient souvent à cet effet la population de la capitale.

Pour résister à la toute-puissance religieuse de l'empereur, le patriarche avait à sa disposition différents moyens d'action sur l'autorité impériale et parmi ceux-ci le plus important était le privilège qu'avaient les patriarches de couronner l'empereur depuis l'empereur Léon I". Ils profitaient de ce dernier droit pour reprendre l'autorité qu'ils avaient perdue sous le règne précédent (1), ils imposaient au nouvel empereur leurs conditions, et ils faisaient payer fort cher leur concours quand celui-ci était un usurpateur. Mais une fois sur le trône (2) le nou-

(1) C'est ainsi que firent souvent nos anciens parlemenls à la mort d'un roi; ils profitaient de ce que son successeur avait souvent besoin de leur appui pour se faire rendre d'anciennes prérogatives.

(î) La veille de l'entrée de Nicéphore Phoras à Constantinople, le patriarche lui fait approuver les sept conciles œcuiné'niques et les conciles locaux, et lui fait promettre de demeurer toujours fidèle ei véritable esclave et fils de la très sainte Église. Une fois sur le trône, Nicéphore oublia vite ses promesses; il prit des mesures contre le développement des établissements religieux; il prétendit nommer lui-même les évêques ou, du moins, présider à ces nominations. A cet effet, il se faisait donner Tautorisation par un synode de prélats qui lui étaient dévoués. De plus, il interdit aux évéques de prendre une décision quelconque eniniatière ecclésiastique, de procéder à quelque nomination ou promotion que ce fût sans avoir préalablement provoqué et obtenu le consentement de la couronne.

Mais lorsque Zimiscès voulut s'emparer du pouvoir, Polyeucle,. patriarche de Constantinople, en profita pour reconquérir le terrain perdu sous Nicéphore Phocas. Il obtint de Zimiscès une

04 LT.MPIRE BYZANTIN

yel empereur oubliait vite ses engagements et reprenait les concessions qu'il avait faites au patriarche et à TÉglise.

Pour s'afFranchir du consentement du patriarche en matière d'élection impériale, les empereurs prétendaient que la cérémonie du couronnement ne signifiait pas que Tempereur tenait sa couronne de rÉglise, mais qu'elle était le symbole de l'union de l'empereur avec l'Église; le titre d'auguste élait obtenu avant l'imposition du diadème, imposition qui était consacrée par les prières et les bénédic-

e&piation éclatante avant de le couronner. Zimiscès fut forcé ilc déclarer nulle et non avenue la novelle de r^tcéphore Pliocas contre les établissements reli{;ieux et les nominations ecclcsiai^tiques; désormais, aucune nomination d'évêque ne pourrait avoir lieu sans la participation du patriarche et les prélats qui avaient été eiclus de rÉglise pour n*avoir pas voulu accepter lc« novelles de Nicéphore, furent réintégrés. Pour montrer sa toute puissance, Polyeucte alla encore plus loin : il obtint que Zimisoès abandonnât sa fortune particulière, que Tune des moitiés serait donnée aux pauvres de la banlieue de la capitale, et que l'autre moitié serait employée à la construction et à Tagrandissement des hôpitaux de Constantinople.

Le pouvoir du patriarche pendant cette période s'agrandit tellement que lors de l'élection du successeur de Polyeucte, Zimiscès ne déclara pas comme ses prédécesseurs qu'il était pontife et roi, mais que t Dieu tout puissant avait créé sur terre deux grandes puissances jumelles : le patriarche et l'empereur». De plus, au lieu d'imposer son candidat, Zimiscès se bornait à le présenter à l'assemblée ecclésiastique. Il conservait cependant quelques parcelles de son autorité religieuse : c'était lui qui devait convoquer le synode chargé d'élire le patriarche, il y appelait des sénateurs pour représenter Tautorité civile.

Quelque temps après, Zimiscès reprit tout son pouvoir religieux et il somma le patriarche Basile de comparaître devant le tribunal impérial.

lions du patriarche. D'ailleurs Tcmpercur était Télu de Dleu(l).

Lorsqu'il y avait lieu de couronner une basilissa, la couronne lui était 'posée sur la tête soit par le patriarche, soit par Tempereur lui-même, suivant que le patriarche était plus ou moins puissant (2).

Pour se soustraire à la domination de l'empereur, les patriarches de Conslantinople allèrent même quelquefois jusqu'à s'appuyer sur Rome (3).

Contre les empereurs, les patriarches pouvaient recourir ù l'excommunication. Le droitd'excommunication avait élô reconnu à l'Église lorsque le ~ christianisme était devenu la religion d'Étal, mais elle ne pouvait exercer cette prérogative qu'après

(1) Sur le point de mourir, Teriippreur Justin, en 574, disait à son sucf'PRScur éventuel Tibère : « Vous niiez recevoir les iiiarr|ues ilu pouvoir souverain, non de ma main, mais de celle de Dieu, »

^2 ' Au sixième siècle, le patriarche de Constanlinople pinça le di.idème sur la lètc de rcmporeur Jusiinicn et sur celle d^ l'impéralricc Tlicodorn. Mais à la Hn du dixièuie siècle, ce fut l'empereur Zimisfus qui plaça la couronne sur la tête do la Lasilissa.

(3) Au milieu du neuvième siècle, lorsque l'empereur força le patriarche Ignace à abdiquer pour nommer à sa place Photius, Ignace en appela à Rome.

Au dixième siècle, les patriarches de Constantinoplo reconnurent la suzeraineté du pape, pour lutter contre la toute-puissance des empereurs, et en 975 le patriarche Hasile, sommé de comparaître devant le tribunal impérial, déclara qu'il ne reconnaîtrait jamais d'autre juridiction que celle d'un concile œcumérlque, concile où le pape serait nécessairement convoqué et soutiendrait le patriarche.

Au contraire, à partir des croisades jusqu'à la fin de l'empire byzantin, en 1453, ce sont les empereurs qui se rapprochèrent de Rome et les patriarches qui s'opposèrent à ce mouvement.

que la preuve de la faute avait été faite devant les tribunaux; c'était remettre rexcommunication entre les mains de la puissance publique. De plus, les patriarches de Constantinople n'avaient pas assez d'indépendance pour se servir du droit d'excommunication contre les empereurs en toute sécurité; ils avaient à craindre d'être exilés et remplacés par un patriarche dévoué à l'empereur. Mais comme l'excommunication ne pouvait être levée que par celui qui l'avait prononcée, la nomination d'un nouveau patriarche la laissait subsister.

Les patriarches n'osèrent jamais recourir à l'excommunication aussi souvent que le firent les pontifes romains, qui disposèrent souvent des couronnes par ce moyen.

Même lorsqu'à la fin du treizième siècle l'Église grecque atteignit un de ses plus hauts degrés de puissance dans l'empire, et que le patriarche de Constantinople Arsène excommunia l'empereur Michel Paléologue, Arsène continua néanmoins à nommer celui-ci dans les prières publiques, les patriarches ne croyant pas avoir le droit de déposer les monarques etde délier leurs sujets du sermentde fidélité.

Gardiens de la morale publique, les patriarches intervinrent parfois pour réfréner les infractions des empereurs aux préceptes prescrits par l'Eglise, mais ce fut presque toujours en vain (l).

(i) Après la mort d'Eudoxie, le patriarche défendit k Héraclius d'épouser sa nièce Mnrtina, ce qui n'empéclia pas Héraclius de passer outre.

Au neuvième siècle, Léon VI ayant voulu célébrer «es qua-

Le rôle politique du patriarche ne se bornait pas seulement au couronnement; il intervenait dans des circonstances graves, soit auprès de Tempereur, soit auprès du sénat (l).

Le patriarche présentait quelquefois à Tempereur les doléances du peuple (2).

Suivant les événements, le patriarche ou l'empereur l'emportaient l'un sur l'autre. D'une manière générale, jusqu'à la prise de Constantinople par les Latins, les empereurs parvinrent à dominer les patriarches de Constantinople ; mais après le rétablissement de l'empire grec, à la fin du treizième siècle, il n'en fut plus de même. L'Église était alors devenue une puissance sociale très importante, et les empereurs byzantins durent lui demander son concours pour reprendre l'empire aux Latins. On vit à Magnésie Michel Paléologue conduire la mule du patriarche dans les rues de la ville.

trtrtncs noces, le p.itriarche Nicolas lui refusa sa bénédiction et ne voulut pas hnptiser le nouveau-né issu de cette alliance Léon VI ny.mi contracté mariage fut exclu de la communion des Hdries; il exila alors Nicolas.

Niccpliore Phocas épousa Théophano malgré la défense du patriarche.

(1) Le patriarche Sergius empêcha Fléraclius de s'embarquer pour Carthage lorsque les Perses menaçaient la capitale.

Au dixième siècle, le patriarche Polyeucte exhorta le sénat à replacer Nicéphore Phocas à la tête des troupes, après sa première expédition d'Asie, malgré l'eunuque Bringas alors tout puissant.

(2} C'est ainsi que lorsque Basile II rentra triomphalement dans Constantinople, après ses victoires de Syrie, le patriarche Sergius lui demanda le retrait de l'Allelengyon, impôt impopulaire qne l'empereur avait rétabli.

Quelques années après, Michel Paléologue ayant fait crever les yeux de son pupille, Tempereur Jean Lascaris, pour posséder seul le pouvoir impérial, le patriarche Arsène excommunia Tempcreur.

Malgré les supplications de celui-ci, Arsène maintint sa décision. L'empereur nomma un nouveau patriarche, ce qui donna naissance au schisme des Arsénites (1266-1312). Après de nombreuses luttes, les Arsénites finirent par remporter.

Le patriarche Athanase, qui fut chassé de son siège^ excommunia l'empereur Andronic rAncien, et celui-ci, pour obt,enir que cette peine lui fût retirée, dut se rendre, suivi d'un cortège d'évê- <[ues, à la cellule d'Athanase, qui finit par l'absoudre .

Pendant la guerre civile de 1341-47 l'impératrice, qui ne s'entendait pas avec le patriarche, n'osa pas le déposer; elle le menaça seulement d'assembler un synode pour le dégrader de sa dignité. Pendant cette même guerre civile, le patriarche de Constantinople songea à se rendre indépendant comme le pontife romain; il s'entoura du même apparat que lui, il réclama les mêmes droits temporels que lui.

Formation d Eglises- autonomes dans la circonscription de TÉglise de Constantinople. — Les rivalités des patriarches, les luttes entre les empereurs byzantins et les patriarches ne furent pas les seules causes d'affaiblissement de l'Église d'Orient en tant qu'organisme religieux. La formation d'un grand nombre de sectes séparatistes lui enleva toute

homogénéilé et amoindrit beaucoup sa puissance.

Ces scissions furent surtout favorisées par la traduction de la Bible dans les idiomes indigènes des pays d'Orient; dès lors, la connaissance de la langue grecque n'étant plus nécessaire pour entrer dans le clergé, le lien entre les Églises de ces pays et TËglise de Byzance se relâcha et Bnit par se rompre complètement.

En Syrie et eu Egypte, les indigènes suppor taient difficilement la domination des Grecs; depuis rinvasion d'Alexandre, les Syriens et les Gophtes avaient été chassés par les Grecs de leurs villes, de leurs meilleures terres et en général du littoral de la mer. La Bible ayant été traduite en syriaque et en cophte, ils profitèrent des discussions théologiques pour s'émanciper au cinquième siècle de Byzance (1) au point de vue religieux et pour posséder un clergé particulier qui deviendrait peu à peu le représentant de leurs aspirations nationales. C'était la première étape vers Tindépendance politique.

fu'Église de Byzance et avec elle les empereurs luttèrent violemment contre la formation de ces Eglises, mais ce fut en vain. Les persécutions ne firent qu'augmenter Tanimosité des sectes sépara-

it) Les Syriens et les Égyptiens devinrent jacobites et nestoriens ; ce fut la Syrie, Aniioche principalement, qai fut Je berceau et le cœur des sectes jacobites, nestoriennes et maronites. La formation de ces sectes affecta directement les patriarcats d'Antiocbe et d'Alexandrie et indirectement celui de Constantinople qui voulait établir sa suprématie sur ceux-ci.

listes, et celle-ci dévint telle que les Nesloriens et les Jacobites s'allièrent à Ghosroès contre Tcmpire byzantin, et qu'ils accueillirent plus tard les Arabes comme des libérateurs (l).

Dans la circonscription du patriarcat de Constantinople se formèrent des Églises indépendantes de rÉglise de ConsCantinople : ce furent celles d'Arménie, de Bulgarie et de Serbie.

Dans ces pays, la création des Églises autonomes fut favorisée non seulement par la traduction de la Bible en langues indigènes, mais encore par une autre circonstance : le patriarche de Constanlinople ne possédait pas, comme le pape, de territoire; il était sous la dépendance de Tempcreur byzantin el, par suite, il ne pouvait servir de point d'appui aux Églises particulières pour résister contre leurs rois respectifs, comme purent le faire les Églises des pays de l'Europe occidentale.

Lorsque l'Arménie fut convertie au christianisme au quatrième siècle, elle était partagée entre les Grecs et les Perses. Dans les provinces d'occident, aux mains des Grecs, les chrétiens arméniens se servirent des caractères grecs pour leurs prières; dans les provinces orientales ils employèrent

(i) Un riche Égyptien, qui avait obtenu radininistracion de sa province, fit la déclaration suivante à Amrou : « Je renie à jamais le tyran qui donne des lois à Byzance, son concile de Cbalcédoinc et les MelchiteS) ses esclaves. Mes frères et moi sommes résolus de vivre et de mourir dans la profession de TÉvangile et de l'unité 4e Jésus-Christ. Nous ne pouvons embrasser la religion de votre Prophète, mais nous désirons la paix, et nous consentons de bon cœur à rendre tribut et obéissance à ses successeurs temporels. »

ridiomc syriaque, les Perses ayant défendu Tusage de la langue grecque.

Au commencement du cinquième siècle Mesrobc inventa les lettres arméniennes et traduisit la Bible en langue arménienne. Dès lors le clergé arménien, qui connaissait déjà peu la langue grecque, et qui par suite de ce fait s'était montré indifférent aux disputes tfaéologiques, ignjDra de plus eu plus la langue grecque; il ne participa même pas au concile de Chalcédoine en 451. Le clergé arménien proBla des discussions soulevées à propos de Tbcrésie d'Eutychès (1) pour rompre tout lien religieux avec rÉglise de Byzancc ; il adopta les doctrines d'Eutychès. Â la tête du clergé arménien fut placé le catholicos qui eut sa résidence dans la cité royale d'Ani. L'éloignement de TArménic par rapport à Gonstantinoplc ne permit pas à rÉglise et ù Tempereur de cette capitale d'empécbcr la formation d'un clergé autonome.

A la fin du dixième siècle, les victoires de Basile II en Syrie laissèrent espérerau clergé byzantin que Tempereur allait se tourner vers TArmcnie et ramener le clergé arménien sous la dépendance de rÉglise de Constantinople. Tous les Arméniens n'étaient pas d'ailleurs hostiles à l'union religieuse; il y avait chez eux un parti qui lui était favorable. Les métropolitains de Mélitènc et de Sébaste, à la frontière arménienne de l'empire byzantin, croyant que leurs désirs étaient alors sur le point d'être

(1) Voir à rÉvolution religieuse, p. 209.

72 L'EMPlUE BYZANTIN

réalisés, échangèrent des lettres assez vives avec le chef de TÉglise d'Arménie et montrèrent en toutes circonstances leur mépris pour cette Église.

Mais lorsque Basile II entra avec ses armées en Arménie, il fit preuve d'une grande tolérance vis-àvis du clergé arménien, afin de ne pas soulever TArménie contre la suzeraineté- de l'empire. Le clergé byzantin voyait lui échapper la seule occasion de rétablir sa domination religieuse en Arménie; par suite des invasions turques, Taction politique de l'empire ne devait plus jamais s'y faire sentir. Néanmoins, en 1170, les Byzantins envoyèrent Théorianos au catbolicos d'Arménie pour négocier l'union religieuse avec Gonstantinople; mais cette nouvelle tentative qui fut la dernière fut aussi sans résultat.

Deux autres peuples, les Serbes et les Bulgares, bien que convertis au christianisme par les Grecs ( 1 } , parvinrent à conquérir l'indépendance religieuse vis-à-vis de l'Église de Byzance. Ils arrivèrent à ce résultat principalement en tirant parti de leur situation enlre^ Rome et Byzance, ce qui leur permettait de s'appuyer, suivant les circonstances, tantôt sur rÉglise romaine, tantôt sur l'Église byzantine.

Au neuvième siècle les apôtres Cyrille et Méthode créèrent un alphabet slave pour la liturgie ; cet alphabet devint au dixième siècle slavo-byzantin chez les Bulgares par suite de la proximité de ce peuple par rapport à Byzance.

(i) Voir p. 235.

Dès rétablissement du christianisme chez les Bulgares, l'État et TÉglise se montrèrent unis et il en fut toujours de même par la suite.

Lorsque le tsar de Bulgarie Siméon (892-927), qui avait accru ses États au détriment de Tempire byzantin, voulut se faire couronner empereur, il s'adressa au pape. Byzance dut reconnaître TÉglise bulgare comme autoccphale, et le sénat de la capitale de Fempire éleva au rang de patriarche Tarchevéque bulgare. La résidence du chef de l'Église bulgare fut au dixième siècle parfois à Peréiaslavetz, le plus souvent à Dorystol.

Après ses victoires sur les Bulgares Zimiscès, voulant établir solidement sa domination sur ceuxci, porta atteinte à Tautonomie de TÉglise bulgare; il déposa le patriarche bulgare et subordonna directement à celui de Constantinople tous les évéchés bulgares.

Mais rindépendance bulgare s'étant maintenue dans la partie occidentale de la Bulgarie, les Bulgares créèrent un nouveau patriarche, Établi d'abord à Sofia, il erra pendant quelque temps dans les différentes grandes cités de la Bulgarie occidentale, à Vodhéna, à Mogléna, à Prcspa; il se fi.xa définitivement pour plusieurs siècles à Ochrida, centre de la résistance bulgare contre les Byzantins. Samuel songea à placer le siège du patriarcat à Prespa, qui était sa résidence royale; à cet effet, il fit transporter dans cette ville des reliques d'églises, qu'il avait prises à Larissa en 980.

Lorsque Basile II soumit toute la Bulgarie ùl sa

* domination, il montra vis-à-vis de TÉglisc bulgare beaucoup de tolérance; il lui laissa sa liturgie slave de Méthode et son autonomie. 11 étendit même rarchevéché bulgare, dont le siège était à Ochrida, jusqu'à la mer Noire et jusqu'à la Thessalie; cependant il semble que certains diocèses furent rattachés directement à TÉglise de Constantinople.

Comme le tsar Siméon, Pierre et Samuel reçurent leur couronne du pape; mais il n'y eut aucune union religieuse entre les Bulgares et Home. '

Lors des croisades, les Bulgares ne s'entendirent pas avec les croisés. Lors de la première croisade, ils suscitèrent de nombreuses difficultés aux croisés qui traversèrent leur pays. Lorsque Johannitsa, empereur de Tempire valaquo-bulgare, proposa aux croisés de les aider à conquérir Constantinoplc, ceux-ci refusèrent.

Plus tard, Johannitsa déclara la guerre à Pempire latin et chassa les Latins d'Andrinople, malgré Tintervention du pape qui lui avait donné sa couronne. Lorsque Vatacès, empereur de Nicée, assiégea les Latins dans Constantinoplc, Asun, roi des Bulgares, lui envoya des secours en hommes.

L'union des Bulgares avec Constantinoplc ne fut pas plus sincère que ne l'avait été leur rapprochement avec Rome. Johannitsa extermina les prêtres grecs.

L'Église serbe parvint aussi à se rendre indépendante de l'Église byzantine.

Lorsque au onzième siècle les Serbes de Dioclée

eurent expulsé le gouverneur byzantin, le grand joupan se rapprocha de Rome, mais les Serbes conservèrent la religion grecque. Comme chez les Bulgares, l'Église et TÉtat chez les Serbes furent toujours étroitement unis (1).

Quand Stéphan 1", Tun des grands joupans de Rascie qui avaient reconstitué l'unité serbe, prit le litre de kral (roi), il se fit couronner à la fois par le légat du pape (1217) et par son frère Stanislas Sava, archevêque des Serbes, qui lui imposa un diadème envoyé de Constantinople.

En 1221, le patriarche de Constantinople, dont la puissance était profondément menacée par l'établissement de l'Église latine dans l'empire, fut obligé de reconnaître l'Église autocéphale de Serbie.

Lorsque Douchan se fit proclamer tsar de Serbie, il ne voulut tenir la couronne ni de Rome, ni de Byzance ; comme il ne pouvait être sacré que par un patriarche, le patriarche bulgare de Tirnovo et l'archevêque d'Ochrida sacrèrent patriarche l'archevêque serbe Joannikios, et celui-ci couronna Douchan (1346). Le tsar de Serbie reconnut dans son code l'orthodoxie grecque comme religion d'État.

En Albanie, où une partie de la population, les Mirdites (2), avait toujours été attachée à Rome,

(i) C'est aiosi que Saint-Sava, un des fils de Stéplian Nemyana, grand joupan de Rascie, fut nommé archevêque, tandis que son autre fils lui succéda sous le nom de Stéphan I".

(2) Les Mirdites habitaient la haute Albanie ; c'était la population la plus nombreuse du pachalik de Croïa.

rÉgllse de Gonstantinople perdit vers le milieu du treizième siècle la juridiction de tout le clergé de cette région ; Tévéque d'Albanie se sépara alors de rÉglise d'Orient.

Recrutement du clergé d'Orient. — L'Église n'imposant aucune capacité pour entrer dans le sacerdoce, le bas clergé séculier était ignorant (1) ; aussi était-il peu considéré de la population, beaucoup moins que le clergé régulier. Quant au recrutement des hautes dignités de l'Église, il était très varié; celles-ci n'élaientjamais données à des membres du bas clergé; elles l'étaient soit ù des moines renommés, soitàdcslaïquesoccupantune importante situation ou sociale, ou politique, ou intellectuelle ; aussi à côté de brillants théologiens il y eut, dans la direction de l'Église, des ecclésiastiques d'une instruction des plus rudimentaires.

Le monachisme en Orient. — A côté du clergé séculier se forma un puissant clergé régulier.

Le monachisme eut son berceau en Egypte, où la caste sacerdotale avait pris autrefois une grande extension. Il se développa rapidement après la reconnaissance du christianisme par Constantin; l'Egypte. (2), la Lybie, la Thébaïde furent bientôt remplies de moines. Le monachisme se répandit vite dans les provinces de l'empire; saint Hilarion l'introduisit dans la Palestine en 328, saint Athanase à Rome en 341, saint Basile dans

(J) Par un acte (564) Justinien se plaint de l'ignorance du clergé. (2) Au milieu du quatrième siècle, il y avait des milliers de moines dans les déserts de l'Egypte et dans les iles du r^il.

le Pont en 360, saint Martin dans la Gaule en 370.

Les personnes des basses classes se faisaient inoînes pour échapper à la pauvreté ; celles des lutres classes pour se soustraire aux fonctions publiques et au service militaire.

Jusqu'à Justinien, la femme qui voulait entrer jans un monastère avait besoin du consentement 3e son mari; les enfants de celui de leurs parents et les esclaves de celui de leurs maîtres. Au début, les moines pouvaient quitter leur profession lorsqu'ils le voulaient; mais bientôt les lois de TÉglise et de rÉtat ne le permirent plus. Plus tard Justinien édicta d'abord que les moines non cloftrés ne seraient pas ramenés par la force dans leur couvent (1), et ensuite que les moines pourraient rentrer dans la vie civile.

Les moines vivaient en solitaires ou en commun. Dans les premiers temps du monachisme, les moines étaient pieux, simples et travaillaient; mais ensuite étant vénérés des peuples, ils accrurent leurs richesses; leur discipline se relâcha et ils considérèrent le travail manuel comme incompatible avec les vertus contemplatives.

Bien qu'ils jouèrent dans le développement de l'art et de la littérature byzantine {2) un rôle assez remarquable, quoique secondaire, les moines d'Orient ne furent pas un élément de civilisation

(i) Novelle de 533.

(2) Voir à révolution artistique et à révolution littéraire. Les moines lettrés les plus renommés furent généralement des lettrés laïques qui se retiraient momentanément dans un cloître.

aussi important que les moines d'Occident du moyen âge, qui donnèrent seuls asile à la culture lilléraire au milieu du monde barbare. De plus, ils étaient détournés constamment de l'étude des lettres ; ils passaient leur temps à se livrer à des disputes théologiques, à s'occuper des élections ecclésiastiques et à fomenter des émeutes dans les grandes villes pour imposer par la force leur candidat (1). En Egypte et en Syrie la proximité de grands déserts leur permettait de surgir subitement à Alexandrie et à Antioche, d'y soulever le peuple; et si leur parti ne l'emportait pas, de se retirer ensuite hors d'atteinte des coups de leurs adversaires Saint Chrysostome, au commencement du cinquième siècle essaya vainement de réformer les moines de Gonstantinople, qui remplissaient les rues et d'empêcher l'usage des femmes qui servaient le clergé de la capitale et qu'ils considéraient comme

(1) C'est ainsi que, lors des luttes entre ArienB et Catholiques, un essaim de moines sortit du désert et chanta dans la cathédrah' d' Antioche un chœur général, à la gloire du Père, du Fils et Ju Saint-Esprit.

Au cinquième siècle, saint Cyrille fut attaque un jour dan» la rue. à Alexandrie, par cinq cents moines.

Lors de la lutte de saint Cyrille contre Nestorius, les abbés Dalmatius et Eutyclès, supérieurs de trois cents moines, se rendirent au palais impérial à Constantinople ù la tête d'une lonp.ne file de moines tenant des flambeaux allumés et chantant des litanies de la Mère de Dieu.

Au deuxième concile d'Éphèse (4V9), des moines assiégèrent leâ portes de la cathédrale où se tenait le concile, bien qu'ils fussent représentés par un Syrien à cette assemblée. 1

Lors des guerres de religion sous Anastase (508-518), ce fureal des moines qui conduisirent l'émeute ù Constantinople.

une occasion continuelle de péché ou.de scandale.

Les moines étaient encore un élément de trouble dans Tempirc pour d'autres raisons. Vénérés des peuples, considérés par ceux-ci comme les favoris de la divinité, ils étaient consultés au sujet de revenir; ils désignaient les futurs empereurs choisis par Dieu ; ils suscitaient ainsi des compétiteurs aux empereurs et, par suite, fomentaient des révoltes contre Terapereur régnant. Il est vrai que les monastères rendirent quelquefois service aux empereurs en leur permettant de se défaire soit d'un prétendant au trône, soit même d'un usurpateur.

Les moines étaient un élément de faiblesse pour l'empire, non seulement parce qu'ils troublaient constamment la tranquillité publique, mais aussi parce qu'étant exempts du service militaire ils enlevaient des soldats à la défense de l'empire.

Toute personne pouvant fonder un monastère sous la seule réserve du consentement d'un évéque, et seulement sous la condition de fournir au monastère des ressources suffisantes et de s'engager A le terminer complètement, le monachisme prit une grande extension dans l'empire byzantin, où la piété était très grande.

Suivant les conditions de leur formation, les monastères pouvaient être indépendants, ou sous la juridiction de l'empereur, des patriarches, d'évéques, d'Églises, d'autres monastères, de particuliers. L'higoumène était élu soit par les moines, soit par l'autorité sous la dépendance de laquelle était placé le monastère.

Dans les monastcres indépendants, les évêqucs n'avaient que le droit de s'assurer si les règles canoniques étalent observées; ils ne pouvaient s'immiscer dans leur administration intérieure.

Les cloîtres qui jouèrent le rôle le plus important dans rhistoire de l'Église furent celui de Studion à Constanlinople et les monastères du mont Athos.

Le cloître de Studion fut fondé en 463; au neuvième siècle il devint le centre de la poésie d'Église.

Les monastères du mont Athos durent leur développement à la persécution des Iconoclastes; les moines de Constanlinople s'y réfugièrent. Au di.xième siècle, ils étalent très renommés; ils correspondaient avec les monastères de tout l'empire et prenaient un caractère international ; les Slaves, les Serbes, les Bulgares, les Arméniens, les Géorgiens y fondèrent des monastères. En lOGO ils obtinrent de Constantin X l'autorisation de s'affranchir de la juridiction du patriarche de Constanlinople. Alexis I" Comnène les plaça directement sous son pouvoir; ils souffrirent de la conquête latine, mais les Paléologues leur firent de nombreux dons et ils redevinrent très florissants; lor.< de la querelle des Arsénites (126G-1312), ils intervinrent en médiateurs dans la capitale.

Sauf Valens, qui au quatrième siècle donna ordre de forcer les déserteurs de la société à remplir les devoirs d'hommes et de citoyens (I), les empereurs

(1) Il y avait alors cinq mille moines rien que dans le désert »5 Nubie,

d'Orient ne cherchèrent pas à empêcher le développement du monachisme. Sous Théodose II, avec Pulchérie, le palais impérial devient un monastère, et à partir de lui les moines devinrent les auxt* liaires du pouvoir. Justinien, qui avait besoin de l^appui de TÉglise pour fonder la monarchie absolue et pour reprendre sur les Barbares Tltalie et l'Afrique, n'entrava pas le développement du monachisme. Le nombre des moines était alors aussi élevé que celui des soldats; et Héraclius, un des successeurs de Justinien, dut malgré sa grande piété appeler au service militaire les moines oisifs, pour assurer la défense de l'empire contre les Perses.

L'Egypte possédait au commencement du septième siècle six cents monastères ; Edesse, au temps de sa splendeur, avait eu jusqu'à trois cents monastères. Au commencement du septième siècle les nombreuses îles de l'Archipel étaient couvertes de monastères, et cette mer avait été dénommée pour cette raison la mer Sainte. Il était temps d'enrayer le développement du monachisme ; les empereurs iconoclastes, dans leur lutte contre le culte des images, visèrent surtout à la destruction du mona« chisme.

Jusqu'alors les empereurs, qui ne pouvaient voir avec plaisir se former un clergé régulier à côté d'un clergé séculier sur lequel ils pouvaient exercer de nombreux pouvoirs, avaient cherché à mettre les moines sous la dépendance de l'autorité impériale, soit directement, soit par l'intermédiaire du clergé séculier. •

Justinien avait prescrit (1) qu'en cas de maladie des abbés et des abbesses ce serait Tempereur qui déférerait le gouvernement de la communauté au plus ancien ou au plus élevé en grade des membres de la communauté; qu'en cas de décès ce serait Tempercur qui réglerait le mode d'élection du nouvel abbé, et qu'afin que le clergé séculier ne vînt entraver l'exercice du pouvoir impérial, les évéques et les métropolitains n'auraient pas le droit de faire prévaloir leur candidat.

Justinien était intervenu même dans la. discipline intérieure des monastères; il avait imposé des règles de chasteté et la vie commune aux moines autres que les anachorètes (2) et astreint les moines et les religieux au célibat.

Le concile de Chalcédoine, en 451, avait subor* donné les moines aux évéques; cette disposition dura jusqu'au deuxième concile de Nicée (787), qui émancipa les moines. Justinien avait défendu d'ouvrir de nouveaux couvents sans le consentement des évéques (3).

Pour lutter contre le monachisme, les empereurs iconoclastes se constituèrent un haut clergé à leur dévotion. Cette tâche leur fut d'ailleurs facilitée par Tanimosité latente entre le clergé séculier et le clergé régulier, le premier voyant avec anxiété se former à côté de lui un clergé plus puissant, le second ne voulant pas se soumettre au.pre-

(1) Novelle de 53.1.

(2) Novelle de 533.

(3) Novelle de 535.

mier, comme Tavaient prescrit les lois impériales. Les empereurs eurent de plus le parti militaire comme appui dans cette lutte contre les moines.

L'empereur Léon III rendit des édits proscrivant le culte des images. Les moines de nombreuses tles de TÂrchipel se soulevèrent alors, armèrent une flottille de bateaux et marchèrent sur Constantinople ; mais ils furent repoussés de la capitale, grâce au feu grégeois.

^ Constantin V, successeur de Léon III, réunit en 7541e concile de Constantinople, qui condamna le culte des images; Tempereur dispersa les communautés religieuses.

Son successeur, Léon IV, combattit aussi le monachisme; mais Timpératrice Irène convoqua le deuxième concile de Nicée (787), qui rétablit le culte des images et émancipa les moines des évéques en donnant aux abbés le droit de conférer les ordres dans les couvents.

Avec Nicéphore qui détrôna Irène (802), avec Léon FArménien, et avec Théophile, qui réunit en 816 un concile dont les décisions confirmèrent celles du concile -de 754, la lutte des empereurs contre le monachisme reprit; mais après la mort de Théophile, sa veuve Théodora rétablit le culte des images (841), malgré Topposition du haut clergé.

Le monachisme, vainqueur des empereurs, reprit un nouvel essor. Les conséquences de son développement furent, au dixième siècle, encore plus funestes pour Tempire qu'avant le huitième siècle.

Les paysans donnaient leurs biens aux églises, et devenaient moines de cette église (1), et lorsque le nombre des moines commis à cette église dépassait huil ou dix, cette- église se transformait en monastère. Par ce fait Tagriculture voyait diminuer le nombre de ses bras, comme Tarmée voyait décroître le nombre de ses soldats, comme le fisc voyait disparaître peu à peu une source de revenus (2). Tout. riche fondait ou enrichissait un couvent pour racheter quelque faute grave. Les moines ne se bornaientplusà fomenter des émeutes dans les grandes villes, sous prétexte de combattre les sectes séparatistes; ils parcouraient les campagnes en bandes armées et s'y livraient au brigandage.

A Tavènement de Nicéphore Phocas (963), presque tous les villages avaient leur monastère, les villes en, possédaient de nombreux, les îles et les monts en étaient remplis. Ce développement excessif du monachisme força les empereurs byzantins du dixième siècle à prendre des mesures pour Tenrayer.

Romain Lécapène prohiba la transformation des églises de village en monastères et enjoignit à cet effet de ne pas commettre un nombre de moines supérieur à huit ou dix pour le service des églises.

Cette prescription n'ayant pas été observée,

(1) Ea Occident, les paysans qui donnaient leurs Biens à l'Lglise restaient agriculteurs.

(2) On verra plus loin que les monastères ne supportaient pas, comme les biens des paysans, toutes les taxes de l'Etat.

B$sîl£jJU un des successeurs de Romain Lëcapène, dut la rappeler (1).

Nicéphore Phocas défendit d'établir de nouveaux monastères et de restaurer les maisons religieuses. Mais son successeur Zimiscès dut abroger cette disposition pour obtenir Tappui du patriarcbe Polyeucte ; les moïiastères continuèrent à se développer et même avec le butin pris dans les victoires des armées impériales on en éleva de nouveaux (2).

Basile II reprit la lutte contre le monachisme ; il s'efiForça surtout de soumettre au clergé séculier le clergé régulier; il mit sous la surveillance des évéques ou des métropolitains non seulement l'observation des règles canoniques dans les monastères, mais aussi l'administration de leurs biens (3).

, (1) « Mais à partir d*aujourd'iiui, dit une novelle de Basile II, il ne sera plus permis de procéder à des transformations d'églises de village en monastères, et au cas où des érêques ou métropor litains viendraient à commettre un nombre de moines supérieur à huit ou dix pour le service de simples églises >de campagne, nous ordonnons^ d'accord avec les ordonnances de notre giandpère Romain, que de pareilles ordinations seront sans valeur légale, même s! les biens desdites églises suffisent pour la nourriture des frères. Bien plus, nous ordonnons que des églises de campagne de cette espèce ne pourront jamais obtenir les droits d*un monastère, mais conserveront toujours la personnalité des biens de paysans. »

(2) C'est ainsi qu'avec le butin recueilli dans la victoire remportée sur Skléro^ on éleva un couvent ibérien sur l'Athos.

(3) « Si par contre, dit une novelle de Basile II, une -église de village s'est accrue autrefois, grâce à des donations, jusqu'à devenir un véritable monastère, de telle sorte que jusqu'à huit ou dix moines ou plus encore y vivent en communauté, nous ordonnons^ bien que ce soit contre le droit stricti que ce monastère ainsi constitué soit maintenu sous l'autorité de l'évêque ou métropo-

Basile II fut le dernier efnpereur qui chercha à enrayer le développement du monachisme. Luimême, pendant son règne, lorsqu'il eut besoin de l'appui de TÉglise contre la noblesse, autorisa Térection de nouveaux monastères; une fois le péril passé, il prit, il est vrai, des mesures contre les établissements religieux ; mais à la fin de son règne il renonça définitivement à lulter contre le clergé régulier (I). Quant à ses successeurs, surtout les Paléologues, ils favorisèrent le développement des monastères (2).

Cet échec des empereurs contre le monachisme fut une des causes principales de la décadence de Tempire byzantin. Il porta préjudice à son agriculture, à ses revenus fiscaux et à sa défense militaire.

]itain, qui aura la faculté d'administrer à son gré les biens d'une telle fondation, à condition toutefois, que le nombre primitif des moines n'aura pas été réduit et que les biens en- question suffiront à l'entretien de la communauté. •

Dans une autre novelle, Basile II, à propos des monastères de fondation ancienne, édicta que : « A supposer que le nombre primitif de leurs relif^ieux se fût ou non fondu, par suite de la négligence de leurs chefs ecclésiastiques, ils n'en demeureront pas moins sous la puissance des évèques ou métropolitains, et ceux-ci continueront comme par le passé à disposer de leurs biens. »

(1) En 1016, le patriarche de Byzance promulgua un mandement contresigné par Basile II, qui autorisait les personnes laïques à faire des dons aux maisons pieuses, monastères ou autres, pour les entretenir ou les agrandir.

(2) On a vu que les Paléologues firent de nombreux dons aux monastères de l'Athos, qui furent alors plus puissants que jamais.

C ÉVOLUTION DE l'ÉGLISE d'oRIENT

Page 1