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nube, mais encore par suite des caractères généraux qu'ils présentaient.
Les peuples finniques étaient des peuples pasteurs, chasseurs et possédant de nombreux chevaux, par suite nomades; les empereurs d'Orient ne pouvaient espérer les fixer dans les provinces que ceux-ci envahirent et en faire des agriculteurs (1) comme avec les peuples germaniques. Habitués à vivre de la chair de leurs troupeaux, qu'ils portaient sur leurs chevaux, et à ne pas manger de pain, les peuples finniques étaient beaucoup plus sanguinaires et féroces que les peuples germaniques. Ils étaient polythéistes et très superstitieux, par suite de religion différente de celle des Grecs, tandis que les Goths étaient chrétiens lorsqu'ils envahirent l'empire. Etant de race différente des Grecs, ils ne pouvaient pas être absorbés par ceux-ci, comme cela aurait pu avoir lieu pour les peuples germaniques, qui étaient de race arienne comme les Grecs.
Lorsque les peuples finniques commencèrent à s'établir dans la plaine du moyen Danube, les empereurs d'Orient voulurent agir envers eux comme avec les peuples germaniques (2); mais les peuples finniques ne se considérèrent pas sous la souveraineté dçs empereurs comme ceux-ci ; ils traitèrent
(1) Lorsque les Huns 8*établirciit dans la plaine du moyen Danube, ce furent les Goths qui leur fournirent des céréales : du millet et de l'orge,
[%) C'est ainsi que Tkéodose II nomma général le roi des Huns, Riigilas.
ÉVOLUTION POLITIQUE EXTÉRIEURE Ul
de puissance à puissance (1) avec les empereurs d'Orient et même regardèrent le tribut que celuici leur payait comme la reconnaissance de sa vas« salité vis-à-vis d'eux (2).
Si l'empire d'Orient ne fut pas détruit en Europe par les peuples Gnniques, il le dut en grande partie à l'organisation politique de ceux-ci et au caractère géographique de la péninsule des Bal« kans.
Chez les peuples finniques l'organisation politique ne dépassait pas généralement la tribu ; ces tribus se groupaient parfois dans un but militaire sous un chef appelé khan, ne possédant qu'un pouvoir militaire ; suivant la réputation de ce khan, le nombre des tribus réunies était plus ou moins grand, et par suite la puissance des peuples finniques plus ou moins redoutable. Mais, l'expédition terminée ou le khan mort, ces tribus reprenaient leur indépendance et les peuples finniques n'étaient plus alors à craindre.
Habitués à vivre dans de grandes plaines et à les parcourir en grandes troupes et à cheval, les peuples finniques étaient plus attirés vers l'Europe occidentale, où se trouvaient des plaines, que vers ■la péninsule des Balkans, hérissée de montagnes.
(1) Les Grecs et les peuples finniques s'envoyaient des ambassades; les Grecit en envoyèrent une à Attila, dans son palais de Pannonie; les Avares en envoyèrent une à Justinien II en 566.
(2) Lorsque Théodose II voulut faire assassiner Atti'a, celui- .ci lui reproclia du conspirer comme un esclave perfide contre la vie do son maître.
Aussi les expéditions que firent les peuples finniques dans les provinces d'Europe de l'empire d'Orient n'eurent-elles pas le caractère d'invasions, mais celui d'incursions, incursions après lesquelles ces peuples rentraient dans la plaine du Danube, où était le centre de leur puissance.
L'expédition des Huns sous Théodose II dans *la péninsule des Balkans coûta à l'empire la rive droite du Danube (I) ; mais à la mort d'Attila (453), -par suite des dissensions entre les prétendants à sa succession, la puissance des Huns se dissocia.
Les Ostrogoths et les Gépides, qui étaient sous leur domination, en profitèrent pour recouvrer leur indépendance, et une partie des Huns se retira dans la Scylhie. Pour empêcher le retour d'invasions finniques dans la péninsule des Balkans, l'empereur Marcien, qui considérait les Ostrogoths sous sa souveraineté, leur céda la Pannonîe et une partie de la M ésie ; Théodoric, leur roi, vainquit les Bulgares, les Gépides et les Sarmates (488).
De nouveaux peuples finniques ne tardèrent pas à menacer l'empire d'Orient ; dès le commencement du sixième siècle, les Bulgares subjuguèrent les Slaves établis sur le bas Danube et firent ensuite des incursions dans la péninsule des Balkans; au milieu du sixième siècle, les Avares arrivèrent dans les plaines du moyen Danube. Celles-
(1) G en série, roi des Vandales, lança Attila contre Tempire d'Orient en 441. Attila ravagea la péninsule des Balkans, forçant les Grecs à se retirer derrière les murs de Constantinople.
ci étaient alors occupées par des Bulgares, des Sarmates, des Lombards et des Gépides (1). Ces deux derniers peuples étaient les plus puissants. Les Avares soumirent les Bulgares et les Sarmates; puis, s'unissant aux Lombards, ils détruisirent le royaume des Gépides. A la suite de cet événement, les Lombards et les Avares restèrent seuls en pré« sence dans la plaine du moyen Danube. En 570, les Lombards, dont Justinien voulait faire Tennemi des Avares, se jetèrent sur Tltalie, et les Avares dominèrent seuls dans la plaine du moyen Danube, étendant leur puissance sur TElbe supérieur et étant libres de se précipiter sur la péninsule des Balkans.
Pour détourner les Avares de l'empire d'Orient, les empereurs Maurice et Héraclius voulurent opposer les Avares et les Lombards les uns aux autres, mais ce fut en vain (2).
Gomme les Huns, les Avares ravagèrent souvent la Thrace et se firent payer un tribut par l'empire d'Orient. Depuis Justinien, toute l'attention des empereurs étant tournée vers la Perse, les forte* resses de la péninsule des Balkans furent dégarnies de troupes et les Avares ne rencontrèrent aucune opposition dans leurs incursions.
(i) Les OsCrogotKs étaient partis, comme on l'a vu, à la conquête de l'Italie.
(S) Maurice demanda aux Avares de marcher contre les Lombards.
Par l'entremise de l'exarque de Ravenne, Héraclius se concilia l'amitié des Lombards, qui promirent d'occuper les Avares.
L'empereur Maurice, tranquille sur le sort de ses frontières d'Asie, par suite de son alliance avec la Perse, voulut détruire la puissance des Avares ; ses troupes, après avoir été victorieuses des Avares, s^avancèrent jusqu'au delà du Danube, jusqu'à la Theiss. Mais ces succès furent inutiles, et sous Héraclius les Avares profitèrent des victoires des Perses pour reprendre leur lutte contre l'empire ; ils s'avancèrent même jusque sous les murs de Gonstantinople et assiégèrent cette ville par l'ouest, tandis que les Perses atteignaient Chalcédoine, ville située sur la rive d'Asie en face de la capitale.
Mais comme les Perses et les Avares n'avaient pas de marine, ils ne purent ni faire leur jonction entre eux, ni se prêter un mutuel appui, et les |
Avares furent finalement vaincus par les Byzantins (626). I
Ce fut la dernière attaque des Avares contre l'empire d'Orient; leur puissance déclina ensuite : ils eurent à lutter contre les Venètes de Garinthie, gouvernés par le roi Sano, qui venait d'exterminer trois armées franques sur les bords de la Save, et contre les Bulgares, qui cherchaient à s'affranchir de la domination des Avares. En 635, les Bulgares se rendirent indépendants, tandis que <lix mille familles d'entre euxse portaient en Bavière, où elles étaient exterminées par le roi Dagobert.
Au sud, les Avares furent arrêtés par les Serbes et les Croates qu'avait appelés Héraclius pour pro-, téger l'empire contre leurs incursions.
A la fin du huitième siècle, lorsque Gharlemagne I
eut détruit la puissance des Avares, Tempire d'Orient n'eut plus à craindre d'invasions de peuples finniques. Sauf les Bulgares, peu nombreux d'ailleurs et qui furent bientôt absorbés par les Slaves établis au sud du Danube, les peuples finniques dans cette phase des luttes de Tempire d'Orient n^entamèrent donc pas plus celui-ci que ne l^avaient fait les peuples germaniques.
Luttes contre les peuples slaves. — Les invasions des peuples slaves eurent un caractère tout différent de celles des peuples germaniques et des peuples finniques. Ce caractère provint de l'état économique et social dans lequel se trouvaient les Slaves lorsqu'ils furent entraînés par les Goths et les Huns vers l'ouest et vers le sud. En général, ils se livraient alors à l'agriculture, cultivant surtout le millet et le panis, et ils se consacraient à l'élevage des moutons et des bétes à cornes. Ils habitaient dans des huttes en bois réunies en villages. La famille était dirigée par un ancien, et quelquefois plusieurs familles se réunissaient pour former une tribu ; la tribu avait à sa tête un chef dont le pouvoir était d'ailleurs assez précaire. Les Slaves étant sédentaires et dispersés, leurs tribus ne comprenaient pas un grand nombre d'individus ; de plus, comme ces peuples n'étaient pas d'humeur belliqueuse et avaient le goût de la liberté très prononcé, leurs tribus se réunissaient rarement sous l'autorité d'un même chef.
Attachés au sol par suite de leur état économique, ne formant que des petits groupes séparés
les uns des autres, en raison de leur état social, les Slaves ne quittèrent leur pays que contraints et forcés et n'émigrèrent généralement pas en peuples entiers comme les Germains et les Finnois.
Les Slaves parurent pour la première fois dans Tempire d'Orient avec les Goths au troisième siècle. S'établissant en Dacie, lorsque les colons d'Aurélien en furent partis, ils ravagèrent de temps eu temps la péninsule des Balkans. Mais les véritables invasions ne commencèrent qu'au sixième siècle. Attaquées sur le bas Danube par les Bulgares au début de ce siècle, et en Dacie par les Avares au milieu de ce siècle, les Slaves se répandirent dans la péninsule des Balkans (1) et couvrirent celle-ci de leurs colonies vers le milieu du septième siècle (2).
. Indépendamment de ces Slaves qui s'infiltrèrent dans l'empire, deux peuples slaves, les Serbes et les Croates, vinrent s'établir au sud du Danube et de la Save.
Ces peuples s'y rendirent non par petits groupes, mais en corps de nation. Ils habitaient au nord des Garpathes et de l'Erz-Gebirge (3) quand Héraclius
(1) En 547, des Slaves ravagèrent l'iUyrie jusqu'à Dyrrachium; en 549, ils firent de nouvelles invasions jusqu'à la mer Egée et furent arrêtés à un jour de Gonstantinople; en 551^ il» firent des invasions en Épire.
(2) £n Tlirace, en Marédoine^ en Thessalie, en Épire, en Attique et en Péloponèse. Voir à TÉvolulion sociale (t. I), et à l'Évolution politique intérieure (t. II).
- (3) Au dixième siècle, on trouve au nord des Garpathes une Seibie blanche et une Croatie blanche.
les appela pour servir de peuple tampon entre les Avares et les provinces de Thrace et de Macédoine.
Après s'être entendus avec Héraclius, les Croates se dirigèrent vers la Dalmatie, refoulant les Avares surpris.
Les négociations entre Héraclius et les Serbes furent conduites par Tintermédiaire du roi des Ycnètes ; la moitié des Serbes se porta au delà du Danube et reçut la Mésie supérieure, la Dacie inférieure et la Dardanie.
En s'ad ressaut à des peuples slaves, peuples relativement sédentaires et d'humeur généralement pacifique, Héraclius espérait que Tempire d'Orient n'aurait pas à subir leurs invasions et que ceux-ci tourneraient toute leur attention vers les peuples établis au nord du Danube et de la Save. Lorsque les Slaves se furent plus tard convertis au christianisme, les Byzantins pouvaient penser se les assimiler par suite de la communauté religieuse qui vint s'ajouter à la communauté de race.
Luttes contre la Perse, — En Asie, la guerre que l'empire d'Orient eut à soutenir contre la Perse eut un caractère tout di£Férent de celles qu'il eut à soutenir contre les peuples germaniques, finniques et slaves. Il luttait contre un État dont le centre de la puissance était fixe et non contre des peuples mobiles, comme ceux qui attaquèrent l'empire en Europe. De part et tl'aulre, la guerre était une guerre savante, où chacun faisait preuve de connaissances de stratégie et de tactique et où la guerre de forteresse jouait un grand rôle.
La Perse, avant d'êlre Tennemie de Tempire d'Orient, avait été l'adversaire du prédécesseur de celui-ci : de Tempire romain ; les deux États étaient donc des ennemis séculaires et, entre eux, les traités de paix étaient plutôt des trêves ^^
La Perse, par sa situation géographique, ne pouvait se développer ni du côté de Test où elle se heurtait aux montagnes du Pamir et aux monts Solimans, ni du côté du nord où elle se trouvait en présence des peuples belliqueux et insaisissables de Touranie et où elle n'avait à conquérir que des steppes stériles ; sa puissance ne pouvait donc se développer que vers l'ouest, où elle prendrait pied sur les bords de la Méditerranée et du Pont- Ëuxin. Elle parvint à établir sa domination en Arménie, en Asie Mineure, en Syrie, en Egypte, avec Cambyse et Darius ; mais au quatrième siècle avant Jésus-Christ, Alexandre, chef d'un autre peuple arien, le peuple grec, détruisit l'empire perse,
L'État qu'Alexandre fonda se dissocia après sa mort; puis les Paithes chassèrent les Séleucides et fondèrent dans la partie ouest de la Perse un puissant royaume contre lequel les Romains firent des expéditions presque toujours malheureuses.
Ce royaume fut renversé au troisième siècle par le Sassanide Artaxerxès qui rétablit l'empire perse. Les Perses cherchant à possécfer un port soit sur la Méditerranée du côté de la Syrie, soit sur la mer Noire, luttèrent contre l'empire romain et son successeur l'empire d'Orient, jusqu'à ce que leur
puissance fût détruite par les Arabes au septième siècle. Pour affirmer le désir de faire des conquêtes vers rOuest, les Sassanides fixèrent leur résidence à Ctésiphonsur le Tigre.
Dans l'empire perse des Sassanides deux puissances sociales importantes s'étaient formées et se développaient : c'étaient la caste sacerdotale et la noblesse.
Ces deux puissances sociales formaient deux véritables castes ; le sacerdoce se transmettait héréditairement ; il en était de même des satrapies, sous la réserve illusoire de la confirmation du roi. Les prêtres ou mages avaient, sous les Sassanides, un grand pouvoir; ils étaient très nombreux; ils possédaient des biens immenses et levaient des taxes importantes sur les populations (1); chaque cercle était soumis à l'autorité d'un haut mage.
Les satrapes se considéraient comme des rois et le roi de Perse s'appelait le roi des rois.
Les rois de Perse eurent à lutter continuellement contre ces deux puissances sociales, ce qui fut une cause importante de faiblesse pour la Perse. En droit, la royauté se transmettait héréditairement, mais sans droit de primogéniture. Certains rois de Perse parvinrent à diriger eux-mêmes
(i) Zoroastre avait admis l'établiisement des dioif's pour secourir les pauvres et pour entretenir le culte simple qu'il avait créé. M.iis le destour, s'appuyant sur ce qu'il était Tintermédiaire entre Ormuzd et les fidèles, forçait ceux-ci à lui donner des sommes élevées, s'ils ne voulaient pas que leur âme s'en allât en enfer.
leur Étal ; d'autres en furent empêches, soit par la caste sacerdotale, soit par la noblesse; d'autres enfin restèrent enfouis dans leur harem et dans leurs magnifiques palais (1), laissant à leur vizir le soin de gouverner l'empire.
Le peuple perse se livrait à l'agriculture, dont Zoroastre par ses prescriptions avait encouragé le développement. II se consacrait aussi au commerce, qui avait pris en Perse une assez grande extension par suite de la situation de cet État entre la Chine et l'empire romain.
Les Perses étaient de race arienne comme les Romains et les Grecs ; mais ils étaient de religion différente des Grecs de l'empire d'Orient. La religion de Zoroastre qu'ils avaient adoptée avait été tout d'abord monothéiste; mais elle avait été bientôt modifiée parles mages, qui étaient pleins de superstition et qui avaient développé celle-ci chez les Perses afin de les dominer (2). Le roi de Perse était un personnage à caractère religieux.
(1) Dans la résidence de Choroès If, à Dastagerd, les parcs étaient remplis de faisans, de paons, d'autruches, de chevreuils, de sangliers; souvent on y lâchait des lions et des tigres que Ton chassait. On y entretenait neuf cent soixante éléphants pour le service du grand roi; dans les écuries, il y avait 6,000 mulets ou chevaux ; 6,000 gardes occupaient 1*^ palais ; 12,000 esclaves étaient chargés du service; il y avait un sérail important; des trésors étaient amoncelés dans cent voûtes souterraines; il y aurait eu 30,000 tapisseries précieuses, 40,000 colonnes recouvertes de lames d'argent et 1,000 gobelets d'or suspendus à des dômes.
(2) C'est ainsi qu'au lieu d'adorer le feu comme le symbole de la divinité, les Perses n'adoraient que le feu lui-même.
La cavalerie des Perses était très bonne ; elle ^Cait recrutée parmi la noblesse; quanta l'infante ne, si elle était nombreuse, elle était de mauvsiise qualité ; elle était formée du ban des hommes ^lOL état de porter les armes, mais souvent les li^oiximes n'étaient pas armés. Aux troupes perses ^venaient souvent se joindre des auxiliaires belli* cjvieux : les Arabes.
La puissance ofiFensîve des Perses vis-à-vis des Xiomains et des Grecs fut affaiblie, non seulement psir suite de causes d'ordre intime, maïs aussi par siiite des attaques continuelles qu'ils avaient à subir sur leur frontière de Sogdianc, sur laquelle pesaient les peuples de Scythîe.
Les luttes entre la Perse et l'empire gréco- T*omain ne pouvaient être décisives tant que l'Arménie resterait neutre ou indépendante, car le théâtre des opérations des armées des deux Etats était forcément la Mésopotamie, pays désert, où les troupes des deux adversaires avaient à supporter des souffrances qui devaient annihiler leurs succès militaires.
Si les Perses venaient à s'emparer de la Syrie, eur ligne de communication était menacée en flanc par l'organisation défensive des Romains (1). Si les Romains, s'étant emparés des vallées du Tigre et de TEuphrate, voulaient s'cnfonceren Perse, les habitants n'avaient qu'à incendier le pays à leur approche, tandis que la cavalerie des Perses harcèlerait
(1) Voir dans ce chapitre, page 114.
les colonnes romaines, et l'armée romaine était alors finalement forcée de battre en retraite (1).
Au quatrième siècle, les Perses avaient concentré leurs défenses en arrière de la Mésopotamie, en Babylonie ; en avant de Gtésiphon sur le Tigre, ils avaient élevé des forteresses importantes, telles que Périsabor et Maogamalcha, appuyées sur de nombreux canaux entre le Tigre et TEuphrate, qui permettaient d'inonder les alentours des forteresses.
Pour faire tomber ce système fortifié, les Romains n'avaient qu'à mettre à exécution le plan que conçut Julien dans sa campagne contre la Perse. Tandis que cet empereur devait descendre l'Eu- [)hrate avec le gros de ses forces, nn autre corps partant de Nisibis devait traverser le Tigre, descendre ce fleuve sur la rive gauche, tourner les défenses de la Babylonie et ouvrir les passages du Tigre et de l'Euphrate au corps principal (2).
De la fondation de l'empire perse des Sassanidcs, sous Alexandre Sévère, à Jovien, l'empire romain eut à lutter presque continuellement contre la Perse (3).
(i) C^esC ce qui arriva à Julien après 8a conquête de la Babylonie ; il commit, de plus, ta faute de brûler presque toute sa flotte et de se porter vers la Perse sans avoir réduit la {«amison de Ctésipbon, qui pouvait menacer sa ligne de communication.
(2) Ce plan écboua par suite de la mauvaise volonté du roi d'Arménie.
(3) Alexandre Sévère fit contre le nouvel empire perse une expédition qui ne fut pas très heureuse.
En 242, les Perses arrivèrent presque jusqu'à Antioche ; mai» l'empereur Gordien les repoussa au delà de l'Euphrate.
En 258, le roi Sapor venant de soumettre l'Arménie, l'cmpe-
Une longue ère de paix s'ouvrît ensuite entre les deux adversaires et dura plus de cent ans ; la
reur Valéricn marcha contre lui, maU cet empereur fut défait et fait prisonnier (260) .
Sapor ravagea la Syrie, entra dans Antioche, ravagea la Cilicîe et la Cappadocc. Grâce a Tappui d'Odenat, puissant sénateur de Paimyre, les armées romaines forcèrent Sapor a repasser l'Euphrate.
Sous Probus (276-282), le roî de Perse, Narsès, demanda U paix, lorsqu'il apprit que cet empereur allait marcher contre lui.
Carus (282-283) dévasta la Mésopotamie, prit Séleucie, Ctésiphon et franchit le Tigre. Garus étant mort, Numérien ramena les légions v<-rs le Bosphore.
Dioctétien, pour venir en aide au roi d'Arménie chassé du trône par les Perses, décida de faire la guerre aux Perses. Galère, après avoir été vaincu en Mésopotamie (296\ fut vain* queur dans une deuxième campagne, près de l'Arnàénic (297) • Narsès dut coder la Mésopotamie, cinq provinces au delà du Tigre, la suzeraineté de l'Arménie et de Tlbérie.
Après la mort de Constantin, Sapor, petit-fils de Narsès> voulut profiter de l'anarchie politique de Tmipirc romain pnur reprendre sa revanche; il assiégea Nisibis et |irit les places les plus importantes de la Mésopotamie. Constance marcha contre eux, leur livra la bataille de Singara (348) pour défendre la ligne du Chaboras, mais il fut vaincu. Sapor assiégea de nouveau Nisibis (350), au nord de Singara ; mais il dut se retirer par suite de l'invasion des Massagètes, à l'autre extrémité de son empire. En 359, Sapor reprit l'offensive ; il envahit la Mésopotamie, se rendit maître d'Amida, puis de Singara (360), s'emparant ainsi de la ligne du Chaboras.
En 363, Julien marcha par Alep vers l'Ëuphrate et le franchit près d'fliérapolis; tandis qu'il voulait descendre le long de l'Ëuphrate avec 65,000 hommes disciplinés et un corps auxiliaire de Scythes, il détachait vers Nisii>i8 un corps de 30,000 hommes qui devait recevoir 20,000 fantassins et 5,000 cavaliers du roi d'Arménie. Julien franchit le Cliaboras à Circcsium, porta la garnison de cette forteresse de 6,000 hommes à 10,000 hommes. 11 entra alors sur le territoire perse. 11 s'avança en trois colonnes; lacolonne de droite maintenait la liaison de la
guerre reprît sous Ânastase (1), pour se poursuivre, interrompue de nombreuses trêves, jusqu'à la destruction de la Perse par les Arabes. Cette lutte devint particulièrement vive sous Chosroès I*' (2)
flotte de l'Euphrate avec celle du centre qui était la plus importante; celle de gauche était composée de cavalerie pour assurer la protection de l'armée. De plus un détachement de 1,500 soldats armés à la légère couvrait le front et le flanc des trois colonnes. Les bagages étaient placés entre les colonnes. Une arricre-garde protégeait l'armée. Julien prit Amatha; mais après, lorsqu'il arriva dans la Babylonie, les Assyriens inondèrent le pays. Julien s'empara de Perisabor, de Maogamalchn. Pour se rendre maître de Ctésiphon, il fit passer sa flotte de l'Euphrate sur le Tigre par un canal aboutissant en amont de Ctésiphon, pour qu'elle communiquât avec son armée; il fit aussi transporter pendant une nuit ses soldats sur la rive gauche du Tigre. Mais le détachement qui devait lui parvenir par la haute vallée du Tigre n*arriva pas. Il renonça alors à prendre Ctésiphon. Il s'avança en Perse; les habitants incendièrent le pays, la cavalerie des Perses harcela son armée et il dut battre eu retraite ; durant cette retraite, les Perses attaquèrent l'armée ennemie ; Julien fut blessé mortellement et mourut (363) ; l'armée se démoralisa; Jovien, successeur de Julien, négocia avec Sapor, céda à celui-ci les cinq provinces au delà du Tigre, puis Nisibis et Singara, par conséquent la ligne du Chaboras. Jovien continua alors vers Nisibis sa retraite, dans laquelle il ne fut pas inquiété par les Perses, mais par les Arabes.
(1) Les Perses s'emparèrent d'Amida après l'avoir assiégée ; une guerre de forteresses dura pendant trois ans, indécise. Edesse résista aux Perses. Anastase fortifia solidement Dara.
(2) Lorsque Chosroès monta sur le trône, il signa la paix avec Justinien moyennant onze raille livres d'or, ce qui permit à Chosroès de s'affermir sur le trône, et à Justinien de conquérir l'Afrique et l'Italie.
Mais Chosroès se ravisa en 540. Suivant l'Euiihrate, ses armées prirent Dara, puis Antioche. Bélisaire, qui campait à six milles de Nisibis avec une faible armée, fit une diversion vers l'Assyrie^ ce qui arrêta les mouvements de Chosroès vers la
qui parvint à fonder la monarchie absolue dans ses États.
A la mort de Chosroès I'% la noblesse voulut reprendre de la puissance ; elle se révolta sous la conduite de Bahram, contre les descendants de Chosroès. Grâce à Tappui de Tempereur Maurice qui envoya une armée au secours de Chosroès II, celui-ci fut rétabli sur le trône (591).
Jusqu'à la mort de Maurice, Tempire d'Orient et la Perse vécurent en paix; mais à la mort de cet empereur, la lutte reprit entre les deux Etats.
Pour s'affermir sur le trône, Chosroès II voulut s'assurer l'appui de la caste sacerdotale et il donna alors un caractère essentiellement religieux à la lutte contre l'empire d'Orient. Il conquit la Syrie et l'Egypte ; ses succès rapides dans ces deux provinces furent dus au bon accueil que lui firent les Nestoriens, les Jacobites et les Juifs (1) persécutés
Palestine, puis il vint s'établir sur les derrières du grand roi près d'Hiéropolis, ce qui força les Perses à repasser l'Euphrate, Après le siège inutile d'Ëdesse par les Perses ^544) une trêve fut signée entre les deux États. Quelques années plus tard, la guerre reprenait entre eux en ColcYiide; elle se terminait en 562 par un traité par lequel les Romains s'engageaient à payera Chosroès un tribut annuel de trente mille pièces d'or.
En 572, Chosroès assiégea Dara, qui succomba. L'empereur Tibère II obtint une trêve de trois ans, pendant lesquels il se prépara contre la Perse; mais Chosroès le prévint, il passa l'Euphrate et les deux armées se rencontrèrent à Mélitène, clef de l'Asie Mineure; après cette bataille, le roi de Perse dut se retirer et, en 579, les Romains descendirent en Assyrie, alors que Chosrucs mourait.
(i) Les Juifs lui fournirent un corps de vingt-six mille hommes pour l'aider à conquérir Jérusalem.