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CONTRE LES PEUPLES ÉTRANGERS

Les luttes que Tempire d'Orient eut à soutenir contre les peuples étrangers peuvent se diviser en trois phases.

La première s'étend jusqu'au milieu du septième siècle. Elle comprend, en Europe, les luttes contre les invasions germaniques, finniques et slaves, et en Asi« les guerres contre la Perse et contre l'Artnénie.

La deuxième s'étend du milieu du septième siè-

cle au milieu du onzième siècle. Elle comprend, en Europe, les luttes contre les peuples germaniques, les Allemands et les Russes, contre les peuples slaves, et contre les Bulgares; en Asie contre TArménie; en Asie et en Europe contre les peuples sémitiques : les Arabes.

La troisième s'étend du milieu du onzième siècle à la chute de Tempire. Elle comprend, en Europe, les luttes contre les peuples germaniques : Normands et Occidentaux et contre les peuples slaves : Bulgares et Serbes ; en Asie et en Europe contre les Turcs.

L'empire d'Orient eut donc à lutter souvent à la fois contre ses ennemis en Asie et en Europe. Quelquefois ceux-ci parvinrent à faire leur jonction dans l'empire (1).

luttes contre les peuples étrangers jusqu'à l'invasion arabe

Luttes contre tes peuples germaniques, — Lors de l'invasion de l'empire romain par les peuples germaniques, l'Orient n'eut à subir que l'invasion d'un seul peuple : les Goths (2).

(1) C'est ainsi que les Avares et les Perses parvinrent à assiéger en même temps Gonstantinople (626): que les Sarrasins et les EsclavonA assiégèrent ensemble Patras (807) ; que les Sarrasins et les Allemands d'Othon P', à la fin du dixième siècle, attaquèrent ritaiie du sud byzantine en même temps.

(2) Voir page 108.

ÉVOLUTION POLITIQUE EXTÉRIEURE 13a

Une partie de cette nation vint s'établir au milieu du troisième siècle en Dacie d'où elle fit de fréquentes incursions (1) dans la péninsule des Balkans. Mais vers le milieu du quatrième siècle, comme les autres peuples germaniques (2), elle n'avait pas réussi à s'établir à demeure dans l'empire. En 375 la destruction de l'empire goth par les Huns pre'cipita les Goths de l'Ouest, les Visigoths, sur l'empire d'Orient, comme elle jeta aussi, mais un peu plus tard, le monde germanique sur l'Occident (3).

Les Visigoths s'établirent dans l'empire d'Orient.

(1) En 250 les Goths envahirent la Thrace; ils vinrent jusqu'à Philippopoli, puis furent repoussés. Quelques années après, sous Gallien, une d»'uxicine invasion des Gothi eut lieu, mais par mer; après qu'ils se fussent emparés de Cherson, ils pillèrent les bords sud de la mer Noire, desrendirent par le Bosjihore dû Thrace dans la mer Ë{{ée, ravageant la Grèce et même l'Italie, tandis qu'une autre invasion partait de Dacie. Ces deux invasions furent finalement repoussées. Claude détruisit la flotte des Goths et battit l'autre invasion à Naissus, en Dardanîe (269).

Mais Aurélien, successeur de Claude, fut obligé d'abandonner aux Goths le Danube; ils furent paisibles pendant cinquante ans; puis, en 322, ils envahirent l'illyrie, mais Constantin les repoussa et les vainquit en Dacie.

(2) Les Goths, qui traversèrent le Danube en 366 pour venir au secours d'un usurpateur, furent battus par les généraux romains et durent signer un traité en vertu duquel ils ne gardèrent plus que deux villes sur le Danube pour faire le commerce et perdirent tout subside. Ils restèrent paisibles pendant six ans.

L'invasion des Allemands fut repoussée en 357 à la bataille de Strasbourg et celle des Bourguignons qui venaient de la Lusace; celle des Saxons qui venaient de la Baltique et du Schleswig, le furent éguiement à la même époque.

(3) L'invasion des Suèves^ des Alains, dés Burgondes eu^ lieu en 406.

Les Grecs pouvaient espérer s'assimiler ce peuple. II était de race aryenne comme eux; il avait acquis une teinte de romanisation pendant son long contact sur les frontières de Tempire ; la langue romaine, la langue officielle y avait pénétré; il était chrétien comme les Grecs (i); il commençait à arriver, au point de vue économique, à Tétat agricole; ce peuple ne demandait qu'à reconnaître la souveraineté de l'empereur et à se mettre à son service. Il aurait donc pu être un élément de force pour l'empire; il aurait fourni à celui-ci des soldats qui l'auraient défendu et des agriculteurs qui auraient donné la prospérité aux campagnes.

Mais les tribus germaniques étaient trop indisciplinées, trop belliqueuses et encore trop peu habituées à se livrer longtemps à l'agriculture dans le même endroit. Elles furent donc un élément de trouble pour l'empire ; elles se révoltaient (2), appelaient à leur aide des peuples extérieurs à

(1) Après leur invasion sous Gallien, les Goths emméncrcnt en captivité des chrétiens, et l'Évangile se répandit chez eux; en 325, un évoque goth siégea à Nicée. La conversion de Censtantînople à l'arianisme fit sentir son influence chez les Goths; Ulphilas, leur apôtre en 360, était arien, et comme l'Écriture Sainte fut traduite dans leur langue, ils n'eurent plus de rapports religieux avec l'Église et l'empire romain ; ils restèrent ariens.

(2) Peu de temps après avoir reçu des terres de l'empereur (376), lefl Goths se révoltent, pénètrent dans la Thrace, prennent pour auxiliaires des Huns et des Alains et battent Valens à Andrinople (378). Théodose 1" les défit ensuite et les soumît, mais il leur accorda un subside. Ils se révoltèrent en 395 avec Alaric et dévastèrent la Grèce.

l'empire, dévastaient les campagnes et faisaient trembler Tempire. Les armées impériales composées de Barbares ne pouvaient leur opposer une résistance sérieuse (I). Aussi, les empereurs d'Orient, s'appuyant sur ce que les Goths se considéraient comme des sujets au service de Tempire, les éloignèrent-ils de leur empire en leur donnant des conquêtes à faire. Arcadius lança ainsi Alaric sur l'Italie, et celui-ci établit le centre de sa puissance en lUyrie, où il pouvait se relier avec les Ostrogoths qui, entraînés aussi par Tinvasion hunnique, s'étaient établis dans les plaines de la Theiss et du Danube.

Après avoir éloigné les Visigoths de l'empire, il restait à éloigner les Ostrogoths de Dacie, qui, de ce pays, menaçaient l'empire d'Orient; Zenon donna à leur roi Théodoric la mission de reprendre en son nom l'Italie aux Hérules, et les Ostrogoths quittèrent la Pannonie pour l'Italie.

Seuls des peuples germaniques, les Gëpidcs entraînés en Dacie par les Huns pouvaient menacer l'empire d'Orient (2) bien qu'ils se déclarassent fidèles alliés de Justinien ; cet empereur appela alors contre eux un autre peuple germanique : les Lombards, qui venaient de vaincre les Hérulcs dans le midi de la Pologne.

(i) Sous Arcadius, leGoth Tribigild ayant soulevé la colonie des Goths établie en Phrygie, Eutrope envoya contre lui le Goth Gainas; mais (iainas se reunit à Tribigild (400) et obtint le grade de maître général des armées romaines.

(2) Ils occupaient Sirmium et Belgrade.

Les Lombards s'établirent dans la Pannonie et la Norique et, avec Taide des Avares, détruisirent le royaume des Gépides (566). Attirés par leurs compatriotes au service de Byzance en Italie, ils envahirent cette péninsule quelques années plus tard, en 570. Ce fut le dernier peuple germanique qui parut dans la plaine du moyen Danube.

L'empire d'Orient n'eut donc à subir qu'une seule invasion des peuples germaniques : celle des Visigoths, et au commencementdu cinquième siècle les empereurs avaient déjà éloigné ce peuple de Tempire.

Avec Justinien, les empereurs d'Orient, seuls successeurs des empereurs romains, voulurent même reprendre aux peuples germaniques des provinces que ceux-ci avaient conquises sur l'empire d'Occident.

Lorsque Justinien monta sur le trône, l'empire d'Orient était florissant; son commerce et son agriculture étaient prospères ; il n'avait pas eu à subir de grandes invasions de Barbares de Théodose II à Justinien, et les incursions des Barbares avaient affecté seulement les provinces d'Europe; il n'avait pas eu à soutenir de guerre contre la Perse, pendant plus de cent ans jusqu'à Anastase; il avait été sagement administré par les empereurs de Théodose II à Justinien I" exclusivement, principalement par Zenon et Anastase; son trésor possédait, à l'avènement de Justin 1*% des réserves importantes, d'une valeur actuelle de trois milliards; ses arsenaux et ses magasins étaient remplis

d'armes et de matériel; son système défensif était presque terminé, sa marine et son armée étaient puissantes.

Le moment de passer à l'offensive était donc arrivé pour Tempire d'Orient.

Justinien tourna ses regards sur l'Afrique et sur l'Italie. La conquête de ces deux pays fut entreprise pour mettre sous la domination de l'empire d'Orient les deux seuls patriarches de la chrétienté qui étaient alors indépendants de cet empereur, et par suite pour permettre à celui-ci de diriger entiè» rement le monde chrétien.

La conquête de l'Afrique fut décidée, en outre, par Justinien, pour achever d'anéantir la puissance des Vandales, en décadence depuis la mort de Genséric, pour les empêcher de disputer de nouveau aux Grecs la prépondérance dans la Méditerranée centrale et de menacer la marine grecque dans la Méditerranée orientale; enfin pour faire passer entre les mains des Grecs seuls le commerce de la Méditerranée occidentale et, par conséquent, celui de toute la Méditerranée.

La conquête de l'Afrique et de l'Italie fut facilitée aux armées de l'empire par le bon accueil que leur firent les anciennes populations, par la participation de celles-ci aux fonctions publiques et par le caractère religieux que prirent les expéditions des Byzantins dans ces deux pays. Les anciennes populations regrettaient le gouvernement de l'empire romain ; elles préféraient celui-ci à la domination des Barbares; l'empereur d'Orient, le seul

138 L'KMPIRE BYZANTIN

successeur des empereurs romains, leur apparut comme un libérateur (1).

Les Barbares, qui ne s'ëtalent considérés que comme des soldats au service de Tempire lors des invasions, avaient maintenu les anciennes institutions dont étaient dotées les provinces lorsqu'ils les occupèrent; de plus> leur ignorance les obligea à recruter les fonctions publiques parmi les anciennes populations. Justinien, s'étant déclaré orthodoxe, eut Tappui des populations catholiques et du patriarche de Rome contre les Barbares ariens, et ce fut un évéque d'Orient qui décida l'empereur hésitant à entreprendre l'expédition d'Afrique. En Afrique et en Italie les armées grecques eurent donc, pour les aider dans leurs conquêtes, les anciennes populations, les fonctionnaires civils et l'Église.

Afin de pouvoir consacrer tous ses eÉForts vers l'ouest de l'empire, Justinien signa une trêve avec le voisin de l'est de l'empire, avec la Perse.

En Afrique, les Vandales n'opposèrent pas une grande résistance. Ces peuples du Nord avaient bientôt perdu leur ancienne vigueur dans ces cli-

(1) C'est ainsi que lorsque Bélisaire, après avoir battu les Vandales, arriva devant Garthage, les habilants de cette ville allumèrent des torches pour manifester leur joie, enlevèrent la chaîne du port, ouvrirent les portes et appelèrent à {grands ciis leurs libérateurs.

Lorsque Béiisaire arriva la première fois devant Rome, les Goths renoncèrent à défendre celte ville devant l'état des esprits de ses habitants; ceux-ci accueillirent avec enthousiasme Béli* saire et lui livrèrent la ville.

mats chauds; maîtres du pays, ils préféraient se reposer à l'ombre des jardins que d'aller combattre. Ils employaient dans leurs armées les Maures, peuple belliqueux qui les avait aidés à conquérir le nord de l'Afrique et qui, autrefois, s'était toujours vaillamment défendu contre les Romains.

Après avoir vaincu les Vandales (1), Bélisaîre réorganisa la province au point de vue administratif (2), donna satisfaction aux anciennes populalions (3) et aux catholiques (4), et assura la défense de sa nouvelle conquête (5). Les Byzantins reprirent aussi la Sardaigne et les îles Baléares qui appartenaient aux Vandales et assurèrent ainsi à leur marine la domination complète dans la Méditerranée occidentale.

Mais en Afrique, les armées de Justinien eurent

(1) Bélisaîre débarqua au promontoire de Gaput-Vadae, à cinq journées au sud de Carthage, se dirigea sur Carthagf^, battit les Vandales, entra dans Carthage^ puis marcha sur Gélimer, qui avait rassemblé les débris de son armée, et réuni des princes maures; il les vainquit à la bataille de Tricaméron. En 534, les Byzantins parvinrent à s'emparer de Gélimer.

(2) Voir t. Il, chap. ii, page 74.

(3) Il permit aux familles dépossédées par les Vandales de réclamer, même au troisième degré et en ligne collatérale, des maisons et les terres qui avaient appartenu à leurs parents.

(4) Il rétablit le culte des catholiques, obligea les Ariens à céder à ceux-ci leurs églises, supprima le culte des Ariens et défendit les assemblées des Donatistes.

(5) Il établit quatre ducs ou commandants à Tripoli, Leptis, Girta, Gésarée et calcula le nombre de troupes palatines ou soldats de frontière nécessaire pour la défense de cette province.

à combattre un ennemi beaucoup plus redoutable que les Vandales : les Maures; elles vainquirent ceux-ci sur les hauts plateaux (1).

Mnlgré leurs victoires les Grecs virent bientôt décliner leur puissance en Afrique. Les populations s'éloignèrent de Tempire dont Tadministration pesait lourdement sur elles par ses tributs accablants et ses exactions. Les soldats barbares de Tarmée byzantine, qui étaient ariens, s'unirent aux filles des Vandales ariens; les Vandales et les Ariens purent ainsi relever la tète au détriment des anciennes populations et des catholiques. Les Maures, qui n'avaient jamais été réellement soumis par les Byzantins, en profitèrent pour sortir des hauts plateaux : ils firent de nombreuses incursions dans les possessions de Tempire en Afrique et parvinrent à réduire considérablement celles-ci.

Lorsqu'un siècle après la conquête de l'Afrique par les Byzantins les Arabes pénétrèrent dans cette province, les gouverneurs byzantins ne trouvèrent aucun appui auprès des populations désaffectionnées de Byzance et les Maures tendirent la main aux Arabes (2) .

(1) Salomon, successeur de Bélisaire dans le commandement de l'Afrique, livra aux Maures deux {grandes batailles où périrent soixante raille Barbares et il continua la guerre pendant plusieurs années du côté de Larabessa.

(2) Le préfet Grégoire fut battu près de Tripoli par les Arabes (647); après avoir été arrêtés quelque temps par leurs discordes civiles, les Arabes vainquirent dans l'Afrique byzaniine une armée de trente mdie Grecs; ils prirent Carthage en 698. Les Maures, après avoir bien accueilli les Arabes, cber-

En Italie, quoique sous Théodoric ce pays fût prospère, les anciennes populations supporlèrent difficilement la domination des Ostrogoths et elles ne se mélangèrent nullement avec ceux-ci (1). Il est vrai que Théodoric, bien qu'arien, fut tout d*abord très tolérant vis-à-vis des catholiques; mais lorsque Justinien eut persécuté dans ses Étals les Ariens, ce roi des Ostrogoths, usant de représailles, se montra plus sévère vis-à-vis des catholiques, et ceux-ci appelèrent Justinien pour les délivrer du joug des Ariens. Cet empereur profita des discordes qui suivirent la mort de Théodoric chez les Goths pour répondre aux désirs des Italiens. Il fit conquérir d'abord la Sicile par Bélisaire, qui venait de soumettre l'Afrique; puis il le chargea de la conquête de ritalie. Celle-ci fut terminée en 539(2).

chèrent ensuite à s'affranchir de leurs nouveaux maîtres ; ils se révoltèrent sous la conduite de la reine Kahina (698), mais ils furent vaincus par Musa (709).

(1) Les Goths étaient campés dans l'Italie; ayant obtenu le tiers des terres de l'Italie, comme les Barbares avaient reçn le tiers des terres sous Odoaire, ils étaient dispersés dans le pays ; dès que la trompette les appelait, ils se groupaient autour de l'officier commandant la province; un tour de service était établi entre les troupes pour le service du palais et celui des frontières.

(2) Après avoir pris la Sicile, Bélisaire passa ensuite en Italie, à Beggio et longea la côte jusqu'à Naplesse tenant en communication avec la flotte; il entra dans Naples (536) et dans Borne. Mais les Goths proclamèrent roi Vitigès, qui était leur g-néral, après avoir détrôné leur roi Théodat. Vitigès revint devant Borne avec toutes ses forces, assiégea la ville (537). Jusiinien envoya alors en Italie un premier secours sous les ordres d'Ëuthalius; celui-ci débarqua à Terracine ; puis trois Inille IsaurienS débarquèrent à Ostie ; deux mille chevaux furent débarqués à Tarente.

Mais les Goths se réunirent sous la conduite de Totila, tandis que Justinien était obligé d'envoyer des troupes contre la Perse qui avait rompu la trêve et que les populations, déjà tyrannisée par les exactions de Tadministration byzantine, avaient perdu de leur enthousiasme primitif pour Byzance. Aussi Totila put-il reprendre Tltalie (l)vla Sicile, la Sardaigne, la Corse et même menacer Tempire d'Orient (2).

Justinien, qui venait de nouveau signer une trêve

Ces forces se réunirent à l'einlioachure da Tibre et les Gotlis effrayés levèrent le siège de Rome (538). Bélisaire les attaqua alors dans la retraite qu'ils firent sur Ravenne. Théodebert, roi d'Austrasie, vint d'abord au secours des Goths, mais il attaqua bientôt ceux-ci et ravagea la vallée du Pô ; décimés dans une deuxième incursion par une maladie, les Francs repassèrent les Alpes. Bélisaire assiégea alors Ravenne qui dut finalement se rendre.

(1) Totila battit les Grecs à Faënza, se dirigea sur Naples et Gumes, qu'il réduisit pour empêcher les secours d'arriver aux Grecs. Il se porta ensuite devant Rome. Bélisaire fut renvoyé en Italie; il débarqua à Ravenne encore aux mains des Byzantins. Mais comme il ne disposait d'aucune force, il repassa l'Adriatique et attendit à Dyrrachium l'arrivée des renforts. Bélisaire, pour éviter dese mesurer avec les Goths qui tenaient la voie Appienne, préféra se porter avec ses troupes près de Rome par nier. Il ne put arriver à délivrer Rome et cette ville dut se rendre aux Goths (546); mais elle fut bientôt reprise par Bé'isaire (547). Bélisaire ayant été rappelé de nouveau par Justinien, les Goths reprirent Rome (549) ; comme lors de leur première entrée dans cette ville, trois ans auparavant, ils se firent remarquer par leur clémence et cherchèrent à se concilier les bonnes grâces de la population que la tyrannie des Grecs indisposait déjà contre l'empire d'Orient.

. (2) Des Goths débarquèrent même à Gorcyre et en Épire et s'avancèrent jusqu'à Dodone.

avec la Perse, envoya en Italie une armée sous Narsès qui conquit définitivement ce pays et anéantit la puissance des Goths (554) (!)•

L*Italic fut organisée par Byzance au point de vue administratif (2) et religieux (3) et une armée fut chargée d'assurer la domination de Tempire.

L*armée d occupation d'Italie comprit des régiments de Tarmée régulière, se recrutant par voie régulière, des milices provinciales (4) encadrées dans Tarmée régulière et des troupes de renfort que les empereurs envoyèrent parfois.

La domination byzantine était établie en Italie depuis une quinzaine d'années lorsque les Lombards envahirent cette péninsule. Dans leur résistance contre ces Barbares, les Grecs ne trouvèrent aucun appui auprès des populations que les exactions de leur administration avaient éloignées

(1) Tandis qu'une flotte et une armée commandées par Artaban s'emparait de la Sicile et battait la flotte dea Goths, Narsès 8*aTanç.i par l'illyrie et gagna Ravenne par le nord de l'Adriatique en suivant les côtes. Il se porta ensuite par Rimini vers Rome, battit les Gotlis de Totila près de Terni et entra dans Rome. Il vainquit ensuite Teias, le successeur de Totila, près de Naples. Des Francs et des Allemands, appelés par les Goths, et qui venaient d'envahir la plaine de Milan (553), ayant fait subir un échec à un corps byzantin, 1er Goths reprirent courage, se joignirent aux Francs et aux Allemands, descendirent en deux colonnes d'une part vers la Fouille et la Calabre, d'autre part vers la Lucanie et le Bruttium ; mais la première colonne fut décimée par une maladie, tandis que la seconde fut vaincue près de Capoue par Narsès (554}.

(2) Voir t. II, chap. ii, page 75.

(3) Voir 1. 1. 1. I, chap. i.

(4) Voir t. I, 1. I, chap. n.

d^eux, ni auprès de TÉglise romaine mécontente de la création de 1 Église de Ravenne.

Occupé par les guerres contre la Perse, l'empereur d'Orient Tibère II ne put détacher aucune troupe en Italie ; il fit alors appel aux Francs, qui se bornèrent à faire une simple diversion (l).

Grâce à leur puissance maritime, les Grecs purent conserver la Calabre et le Brultium, la Sicile, la Sardaigne, la Corse, Naples, Rome, l'exarchat de Revenue et Venise. Mais au huitième siècle, par suite de l'évolution sociale accélérée par l'invasion des Lombards, le démembrement de la souveraineté était un fait accompli dans les possessions de l'empire en Italie ; les populations italiennes continuaient à se détacher de l'empire. Peu à peu Amalfi, Naples, Rome et Venise se rendirent indépendantes.

Quant aux Lombards, leur puissance ne tarda pas à décliner. Ils étaient à une stade de l'évolution économique moins avancé que ne l'étaient les Ostrogoths, lorsque ceux-ci envahirent l'Italie. Si certains Lombards forcèrent les propriétaires à leur céder une partie de leurs terres, la plupart les obligèrent à leur donner le tiers des produits de leurs champs, et ils continuèrent à se livrer à la chasse, à l'élevage des chevaux, des bœufs et des buffles et à mener une vie pastorale. Les Lom-

(1) Le8 Francs furent vainqueurs des Lombards, maïs les Grecs ne firent pas leur jonction avec les Francs et ceux-ci se retirèrent.

bards traitèrent les agriculteurs comme des esclaves ; ils établirent des lois territoriales et non personnelles, n'admirent pas dans leurs conseils de législation les évéques, qui auraient pu y défendre les intérêts des populations soumises ; ils étaient en outre de religion arienne tandis que les Italiens étaient catholiques; aussi les Italiens supportèrentils difficilement la domination des Lombards et cherchèrent-ils à leur créer des difficultés. A cette cause de faiblesse vint s'en ajouter une autre : les dissensions entre les ducs lombards que les exarques de Ravenne s'efforcèrent d'entretenir. Le déclin de la puissance des Lombards permit à Byzance de maintenir sa domination dans l'exar-chat encore un siècle et demi.

Au huitième siècle, les populations italiennes voulurent profiler des embarras de l'empire en Orient pour s'affranchir de la domination byzantine ; elles se soulevèrent sous la direction de l'Église romaine (I). Peu de temps après, les Lombards, après s'être tout d'abord alliés aux Grecs, se déclarèrent ensuite contre eux et leur enlevèrent l'exarchat. La domination byzantine ne subsista plus alors que dans le sud de l'Italie.

Luttes contre les peuples finniques . — Les peuples finniques furent pour l'empire d'Orient un adversaire plus dangereux que les peuples germaniques, non seulement en raison de la situation du centre de leur puissance dans les plaines du moyen Da-

(1) Voir t. I, l. I, chap. i.

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