‹ L'empire byzantinChapitre 11 sur 22 · II. Il · texte numérisé non relu

II. Il

par le clergé byzantin. Ensuite ses armées, après s'être emparées de TAsie Mineure, s'établirent en face de Gonstantinople à Ghalcédoine (1), où elles appelèrent à leur aide les Avares ; ceux-ci s'avancèrent sous les- murs de Gonstantinople, ravageant la Thrace ; le blé de TÉgypte ne parvenant plus à Gonstantinople, la capitale souffrit de la famine. L'empire semblait perdu ; mais il fut sauvé grâce au manque de marine chez les Perses et chez les Avares, grâce aussi au caractère religieux de la guerre et à l'énergie et aux capacités militaires d'Héraclius.

Les Perses, qui ne possédaient pas de marine, restèrent dix ans en face de Gonstantinople.

Le caractère religieux que Ghosroès II imprima à la guerre se retourna contre lui. Le pillage de Jérusalem par les sectateurs de ^Zoroastre ; l'alliance des Perses avec les Juifs, les Nestoriens et les Jacobites que les Byzantins détestaient, blessèrent les sentiments religieux des Byzantins, si facilement excitables.

La perte de la Syrie et de TÉgypte émut le

(1) Ghosroès II prit comme prétexte pour recommencer la gaerre l'^assassinat de Maurice par Phocas. Ghosroès II prit successivement Merdin, Dara, Araida et Edeftse, villes fortiBées ; traversa l'Ëuphrate ; s'empara d'Hiérapolis, de Berrhée ou Alep et arriva devant Antioche, qui succomba à ses coups (611). Gésarée, la eapitale de la Gappadoce, fut saccagée par ses troupes; mais Ghosroès fut surtout attiré par Jérusalem dont il voulait s'empaler pour affirmer la victoire de Zoroastre sur Jésus-Ghrist. Après avoir conquis la Syrie, ses armées prirent TEgypte, s*avançant jusqu'à Tripoli. Revenus en Asie Mineure, elles prirent Gésarée et arrivèrent jusqu'à Ghalcédoine,

clergé byzantin, qui avait fait subir de nombreuses persécutions aux sectes séparatistes de ces deux provinces pour y assurer sa seule juridiction. Aussi le peuple byzantin et le clergé de Byzance, le patriarche Sergius de Gonstantinople en tête, s'unirent-ils pour repousser Tenvahisseur.

Les Grecs s'enrôlèrent en qualité de croisés et rÉglise prêta ses richesses.

Hiéraclius profita habilement de la puissance maritime des Grecs et de la configuration géographique de TAsie Mineure pour se jeter sur la ligne de communications des Perses.

En prenant Issus comme premier point de débarquement sur les derrières des Perses, Héraclius choisit un pays montagneux, la Cilicie, où il pouvait aguerrir ses nouvelles levées et faire une guerre avantageuse à la cavalerie des Perses, qui était leur meilleure arme (l).

En prenant ensuite Trébizonde comme deuxième point de débarquement sur les communications des Perses, Héraclius eut l'avantage de pouvoir s'établir en Arménie, pays inexpugnable, et qui tenait l'Asie Mineure, la Mésopotamie et les hauts plateaux de la Perse. De plus, il pouvait ainsi appeler à son aide les Arméniens, peuple qui fournissait les meilleurs soldats de l'empire, et dont les senli-

(i) Lorsque les Perses apprirent le débarquement d'HéracIius à Issus, ils environnèrent bientôt la Cilicie : mais Héraclius finit par les tourner et les vaincre; il gravit ensuite le Taurus, attei- (;nit les plaines de Cappadoce et vint s'établir sur les bords de l'Halys; l*hiver l'arrêta.

ir>4 L'EMPIRE BYZANTIN

menU chrétiens venaient d'être froissés par la victoire du magisme. Il avait aussi la facilité de se lier avec les Khozares dont il pouvait rechercher Talliance.

Les combinaisons stratégiques d'Héraclîus assurèrent à Tempire d'Orient la victoire après une lutte acharnée (I), et la Perse dut rendre à Tempire les conquêtes en Asie Mineure, en Syrie et eu Egypte.

Ce fut la dernière guerre entre la Perse et Tem-

(1) En 623, Héraclius, après avoir débarqué à Trébîzonde, s'avança par l'Arménie vers Tauris. Chosroès, qui était venu défendre la ville avec 40,000 hommes, y renonça et se retira. Iléraclius détruisit Ourgmiah, vengeant la profanation de Jérusalem. L'hiver arrêtant Héraclius, celui-ci se retira en Albanie sur les bords de la Caspienne. Il se porta ensuite vers Caswin et Ispahan^et Chosroès dut rappeler ses troupes d'Asie Mineure et d'Egypte. Héraclius bat les Perses, traverse les montagnes de Kurdista ) au printemps de 625, gagne la Cilicie par Amida; arrivé en Cilicie, il bat sur le^ bords du Sarus un corps de Perses et se rend ensuite à Sébaste en Cappadoce. Apprenant ([ue les Avares s'étaient joints aux Perses contre Constantinople, Héraclius détache par mer un corps pour renforcer les troupes de la capitale. Il dirige en outre un corps contre les Perses en Mésopotamie et un autre en Arménie sous son propre commandement. Il se lie aux Khozares, qui lui fournissent 40,000 auxiliaires. Les Avares sont repoussés de Constantinople; le général perse Surban, qui commandait à Chalcédoine, s'insurge contre Chosroès; Héraclius reprend les villes de Syrie^ de Mésopotamie et d'Arménie encore en possession des Perses. L'armée byzantine s'avance ensuite en Assyrie (627), rencontre à Ninive les Perses, qu'elle défait. Elle pénètre alors dans Dastagerd, se porte sur le plateau de Perse; mais, l'hiver survenant, elle se retire à Tauris. Tandis que Chosroès essuie ainsi ces revers, des satrapes et son fils Siroès se révoltent contre lui et l'assassinent (628). C'est alors que la Perse dut signer la paix.

ÉVOLUTION POLITIQUE EXTÉRIEURE iCr»

pire d'Orient; rinvasion arabe survint bientôt après et anéantit la Perse épuisée par cette dernière lutte.

Les luttes séculaires, entre la Perse d'une pari, et Tempire romain et son successeur Tempirc d'Orient d'autre part, n'amenèrent donc dans leur ensemble aucun résultat; les deux États ne purent s'entamer définitivement ni l'un ni l'autre.

Luttes contre t Arménie. — Dans leurs luttes entre eux, la Perse et les empires romain ot d'Orient se disputèrent la possession de l'Arménie, car, par suite de la position géographique de rc pays, celui qui en aurait été maître aurait dominé l'Asie Mineure, la Mésopotamie et le plateau perse.

Lorsqu'au troisième siècle les Sassanides montèrent sur le trône, l'Arménie formait un État gouverné par un roi et possédait une puissante noblesse. L'existence de celle-ci permit aux Pers?s et aux Romains d'établir leur prépondérance (I).

(1) Lorsque les Sassanides montèrent sur le trône «le Perse, ils proHtèrent de la faiblesse des Romains pour détrôner lu roi d'Arménie Tiridate, de la branche cadette de la maison d*Arsace; ils réunirent l'Arménie à la Perse pendant vin{rt*s«'pt ans.

£n 285, Dioclétion donna l'investiture du royaume d*Annéni«; à Tiridate. Lorsque celui-ci apparut sur 1rs frontières d'Arménie, les nobles qui su|iportaient difficilement la domination des Perses ncoururent à lui. Tiridate chas.sa d'abord les Perses, grâce aux dis.sensions intérieures de la monarchie pei^ane ; mais lorsque Narsès fut reconnu seul roi de Perse, celui-ci détrôna Tiridate et rétablit l'Arménie sous la domination des Perses,

Sous Dioclétien, par suite du traité signé entre les Perses et

Quand, au quatrième siècle, le roi d'Arménie se convertit au christianisme, il se trouva beaucoup plus lié à Tempirc romain qu'à la Perse ; mais les nobles se rapprochèrent de la Perse (l). Au commencement du cinquième siècle les Perses et les Romains se partagèrent TArménic (2) ; les Romains supprimèrent ensuite la monarchie dans les provinces qui leur échurent et mirent à leur tète un comte qui eut sous son autorité cinq satrapes.

les Romains après les victoires de Galère, Tiridate remonta sur le trône d'Arménie sous la suzeraineté des Romain», et les rois d'ibérie, au lieu d'être menacés par les Perses, le furent par les Romains (297).

(1) A la mort de Constantin, les Perses voulurent profiter des dissensions de l'empire romain et des difficultés que les nobles arméniens opposaient à l'établissement du christianisme.

Ils voulurent reprendre l'Arménie avec l'appui des nobles; mai.4 les Romains parvinrent à rétablir sur le trône Chosroès, fi's de Tiridate; cependant celui-ci, qui était indolent, consentit n payer un tribut annuel à Sapor, roi des Perses, et à lui restituer l'Atropatène.

Lorsque Julien fit sa campa<{nc contre les Perses, la colonne qu'il envoya pnr le Ti{;re ne réussit pas. Étant froissé de Tattitude de l'empereur, qui le traitait comme un esclave, le roi d*Ar« ménie, Arsace Tiranus, fils du Chosroès, ne fournit aucun secours. A la suite de la campagne de Julien, les Romains, qui durent battre en retraite, abandonnèrent la suzeraineté de l'Arménie à Sapor.

(2) La partie occidentale de l'Arménie, qui était chrétienne, échappa aux Perses et passa sous la suprématie des Romains. Elle était gouvernée par Arsace; à sa mort, les Romains supprimèrent la monarchie. Trente ans plus tard, les nobles de la partie orientale ayant appelé la Perse contre un prince qui la gouvernait, cette partie fut n'unie à la Perse et reçut le nom de Pcrsarménie.

Peu après, un traité entre la Ver*e et Rome consacra le partage.

La partie orientale de TArménie, mise sous la domination de la Perse et appelée Persarménie, fut cédée par Chosroès II à Maurice pour le récompenser de Tavoir soutenu contre la noblesse persane. L'Arménie fut alors tout entière sous la dépendance de Tempire d'Orient. La possession de ce pays permit à Héraclius de prendre pied sur le plateau de Perse et de vaincre ainsi les Perses.

Sous Justinien, Tempire d'Orient étendit sa domination au delà de l'Arménie sur les Laziques (1). Il fit aussi rentrer Kherson sous sa dépendance (2).

De cet aperçu des guerres qu'eut à subir l'empire d'Orient tant en Europe qu'en Asie il résulte qu'au moment de l'invasion arabe, au septième siècle, l'empire d'Orient avait été peu entamé en Europe et nullement en Asie. Les invasions germaniques ne l'avaient que très peu atteint, et que momentanément. Les invasions finniques avaient été finale-

(1) Lors de la conversion des Laziques au christianisme (522)^ Finflut-nce romaine y fut substituée à l'influence persane. Justinien chercha à y établir sa domination ; le roi des Laziques iiC appel alors à Chosroès, roi de Perse; celui-ci, qui désirait avoir un port sur le Pont-Euxin, envoya une armée à son secours. Mais les Laziques se repentirent de s'être mis sous la protection des Perses; ils appelèrent alors Justinien (549); celui-ci envoya une armée qui remporta d'abord quelques succès; les Perses eurent ensuite quelques avantages, mais ce pays était éloigné de Perse, tandis qu'il communiquait facilement avec Byzance par mer; aussi les Perses abandonnèrent-ils cette guerre et finalement, par un traité (562), les Byzantins acquirent cette province.

(2) Voir t. lly chap. n, page 87.

ment repoussées et les Avares, dont la puissance déclinait, menaçaient de moins en moins Tempire. Seuls, les Slaves avaient réussi à pénétrer dans la péninsule des Balkans ; mais, sauf quelques tribus qui étaient parvenues à se rendre indépendantes, la plupart des Slaves, les Serbes et les Croates se reconnaissaient vassaux de l'empereur et ne pouvaient constituer alors un réel danger pour Tintegrité de l'empire.

En Occident, Tempire d'Orient avait même Conquis des provinces de l'ancien empire d'Occident : l'Afrique et l'Italie ; il est vrai que dans ces pays sa puissance déclinait peu à peu.

En Asie, la Perse avait été repoussée et vaincue; l'empire avait même étendu sa domination sur l'Arménie et sur le pays des Laziques.

L'empire d'Orient sortait donc complètement victorieux de la première phase des luttes qu'il avait eu à subir.

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