‹ L'empire byzantinChapitre 13 sur 22 · II · texte numérisé non relu

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elles fut placé un gouverneur concentrant à la fois les pouvoirs civils et militaires.

Gomme dans Fempire byzantin, les attributions fmanciëres et administratives ne furent pas confiées au même organe (1) et une administration centrale (2) donna l'impulsion d'ensemble à l'organisme administratif, chargeant les préposés aux services des postes et des pigeons-voyageurs de la mettre au courant des actes des fonctionnaires cfui chercheraient à se rendre indépendants de Fautorité des khalifes.

Le Trésor n'étant plus alimenté par les tributs que les Arabes imposaient lors de leurs conquêtes aux villes qui ne voulaient pas se convertir, les Arabes créèrent des impôts : l'impôt foncier payé par tous les sujets de l'empire, et l'impôt personnel dû seulement par ceux qui n'étaient pas musulmans.

L'armée fut recrutée par enrôlements volontaires, mais parmi les musulmans seulement.

Dans l'empire arabe, les fonctions royales et sacerdotales furent réunies au début dans les mêmes mains; les premiers khalifes : Abou-Beker, Omar, Othman, absorbés par leurs attributions religieuses, parurent peu à la tête des troupes ; ils n'exercèrent donc que très rarement le pouvoir militaire.

Non seulement les Arabes dotèrent les provinces

^i) Des percepteurs et des receveurs étaient chargés de lever les impôts et étaient nommés par l'administration centrale.

(2) L'administration centrale était formée de divans ou ministres et de hauts fonctionnaires. Au-dessous des divans, il y avait des bureaux comprenant un personnel nombreux.

de Tcmpire byzantin qu^ils conquirent d*un organisme administratif analogue à celui auquel les populations de Tempire étaient habituées, mais ils laissèrent subsister les anciens organes économiques et ne combattirent pas les religions établies.

Les artisans et les marchands continuèrent à former des corporations et chaque ville eut son quartier marchand ou bazar.

Les Arabes laissèrent aux chrétiens leurs métropolitains et leurs évéques; ils leur permirent Vexercice de leur culte; avec Omar, ils défendirent de livrer aux flammes les livres religieux des juifs et des chrétiens acquis par le droit de la guerre ; la plupart des chrétiens, qui étaient Nestoriens et Jacobites, et les Juifs s^applaudirent d'avoir bien accueilli les Arabes, qui faisaient preuve ainsi d'une grande tolérance vis-à-vis (I) d'eux, alors que les

(1) Lors de la conquête, si les troupes arabes firent preuve Je cruauté dans la (»uerre, leurs chefs, Omar en particulier, s'inspirant des sentiments de charité infusés par le Prophète dans sa religion, cherchèrent à réprimer les excès commis et à maintenir une grande tolérance. C'est ainsi que lorsque Ouiar entra dans Jérusalem, il s'entretint poliment avec le patriarche sur les antiquités religieuses de son lilglise; Omar décréta qu'on pouvait employer légitimement à l'usnge des fidèles les compositions profanes des historiens ou des prêtres, des médecins ou des philosophes; Albupharnge déclara que c les maîtres de la sagesse sont les véritables flambeaux et les législateurs du monde qui, sans, eux, retomberait dans l'ignorance et la barbarie » .

Le culte chrétien et le culte mahométan furent exercés tout d'abord dans les mêmes églises. C'est ainsi qu'à Damas, Omar donna aux musulmans la partie orientale de Téglise de Saint- Jean, laissant aux chrétiens la partie occidentale d'oti ceux-ci ne furent chassés que soixante-dix ans plus tard.

empereurs d^Orient les avaient toujours persécutés.

L'empire arabe ne tarda pas à décliner, ne retrouvant que par moments des parcelles de sa première puissance.

La rapidité avec laquelle se fonda cet empire et Téteudue qu'ilacquitne permirent pas de formerun être social unique de cet être politique, bien que les Arabes s'essaimassent dans les provinces conquises par eux, qu'ils y bâtissent des villes nouvelles et qu'ils fussent autorisés à se marier avec les femmes indigènes. Ils furent vite absorbés et débordés par les peuples qu'ils soumirent.

De plus, les armées n'étant composées que de musulmans, les chrétiens même de race sémitique ne purent fusionner avec les Arabes dans les guerres de l'empire arabe. A la simplicité primitive, à l'esprit démocratique et à la tolérance des premiers khalifes firent bientôt place le luxe, le despotisme asiatique et les persécutions contre les chrétiens. Aussi les populations soumises s'éloignèrent-elles de leurs nouveaux mailres.

L'empire arabe, formé d'êtres sociaux différents, se divisa en plusieurs êtres politiques. Les gouverneurs des provinces cherchèrent à s'affranchir du pouvoir central, aidés en cela par l'organisation de l'armée en divisions affectées chacune à une province et attachées chacune beaucoup plus à l'émir qui les commandait qu'au pouvoir central souvent très éloigné et affaibli par des révolutions de palais. Les Arabes dispersés dans un empire immense

ne pouvant assurer eux-mêmes la défense de celui-cî, bien qu'ils formassent eux-mêmes des milices, durent faire appel à des peuples étranp^ers comme l'avaient fait les Romains; dans le khalifat de Bagdad, ils rer,rutèrent leur armée tout d'abord avec des Persans, puis à parlir de Motassem (833- 842) avec des Turcs ; dans le khalifat des Falimitcs, avec des Turcs, des Berbères et des Arméniens ; dans le khalifat de Gordoue, avec des Africains.

Les khalifes exerçant de moins en moins des fonctions militaires, les sultans qui étaient inveslis du pouvoir militaire, et qui étaient recrutés de plus en plus parmi des étrangers, empiétèrent sur les fonctions civiles des khalifes, ne laissant à ceuxci que des fonctions sacerdotales; ils disposèrent ainsi complètement des khalifes. A ces éléments de dissociation de l'empire arabe vinrent s'en ajouter d'autres : les discordes religieuses.

Réorganisation militaire de l'empire byzantin. — Tandis que l'empire arabe, après avoir acquis tout d'abord une grande puissance, déclinait ainsi peu à peu, l'empire byzantin, assailli par l'invasion arabe qu'il n'avait jamais prévue, se préparait avec persévérance à la revanche. Alors que du huitième au onzième siècle les empereurs byzantins en général réorganisaient leur empire au point de vue social et religieux, ils poursuivaient avec un remarquable esprit de suite la réorganisation de leur armée. Dans la deuxième moitié du dixième siècle, sous Nicéphore Phocas, leur œuvçe était terminée ; ils avaient doté l'empire d'une puissante armée.

qui leur permît de prendre une revanche éclatante sur les Arabes.

A cette époque l'armée comprenait des mercenaires recrutés parmi des étrangers, des corps nationaux recrutés parmi les populations de Tempire, des soldats fournis par des fiefs militaires, et des milices provinciales; en outre, les populations vaincues qui étaient transplantées devaient le service militaire en échange des terres qui leur étaient données.

L'emploi de mercenaires étrangers (1) et des corps nationaux (2) n'était que le maintien de Tancien mode de recrutement de l'armée de Tcmpire d'Orient (3).

Des interprètes étaient attachés aux corps composés d'étrangers. Les Byzantins tenaient toujours compte des aptitudes des difiFérents peuples étrangers qui leur fournissaient des soldats, pour les verser soit dans la cavalerie (4), soit dans TinEeinterie.

Au lieu de recruter individuellement leurs soldats étrangers, les empereurs byzantins deman-

(1) Les soldats étrangers étaient recrutés parmi les Ross, les Varangiens, les Danois, les Anglais, les Francs, les Normands, les Hongrois, les Petchenègurs, les Khozars, les Persans (au neuvième siècle, l'empereur Théophile employa trente mille Persans à la bataille d'Armorium), les Turcs, les Bulgares, les Slaves.

(2) Les corps nationaux étaient recrutés parmi les populations de Thrace, de Macédoine, d*Albanie, et parmi celles du Pont, de la Gappadoce, de la Lycanie et de l'Arménie.

(3) Voir t. II, chap. m, page 124.

(4) C'est ainsi que les Hongrois, les Petchenègues et les Khozars fournissaient des recrues pour la cavalerie.

dèrent parfois à des princes étrangers de leur fournir des corps auxiliaires (1). Ils eurent soin de faire tenir garnison à ceux-ci le plus loin possible de leur pays d*origine. L'emploi de nationalités si diverses eut quelquefois Tinconvénient d^amener des collisions entre des corps de nationalités di£Férentes, entre lesquelles existaient des causes d*ani« mosité.

L^institution des fiefs militaires fut une nouvelle création des empereurs byzantins, faite dans le but d'augmenter le nombre des soldats de Tempire.

Le fief militaire était grevé d'une servitude perpétuelle; il était inaliénable et tout individu qui héritait de ce fief devenait militaire par ce seul fait; aussi les magistrats, les évoques n'étaient-ils pas aptes à succéder.

Les empereurs défendirent avec encore plus d'énergie le fief militaire que la petite propriété contre les empiétements de la grande propriété; ils le déclarèrent insaisissable par le fisc et ne pouvant être perdu que pour les raisons suivantes :

I"" Si la valeur du fonds devenait insuffisante pour entretenir le militaire;

2* Si le possesseur ne voulait pas remplir ses obligations;

3" S'il négligeait la culture (2);

(1) Lorsque la noblesse d* Asie révoltée contre Basile II arriva devant Constantinople, l'empereur byzantin fit appel au grand duc de Kief qui lui fournit un corps d'auxiliaires russes. Plus tard Basile II eut un corps de six mille Russes.

(2) On a vu t. I, 1. I, chap. m, le rôle du fief militaire au point de vue du relèvement de ragriculture.

4* S'il commettait un crime entraînant la dégradation.

L'institution du fief militaire fit une brèche au principe de la souveraineté personnelle sur lequel était basée l'organisation politique de l'empire; il introduisit la souveraineté territoriale; mais celle-ci n'avait pas les caractères essentiels de la souveraineté territoriale sur laquelle était alors assise l'organisation sociale de l'Europe occidentale; le fief militaire ne relevait pas de seigneurs hiérarchisés, mais directement de l'empereur qui tenait en droit son autorité de l'État byzantin; de plus, le fief militaire ne conférait à son détenteur aucun droit de souveraineté.

L'emploi des milices provinciales fut l'application d'une loi romaine qui avait sommeillé depuis longtemps dans l'empire byzantin, et que Justinien avait remise en vigueur dans l'Italie byzantine (1). Les empereurs voulaient faire participer les populations à la défense de l'empire, comme cela avait eu lieu sous Héraclius, lors de la guerre contre les Perses. Ils prescrivirent que tous les possesseurs de terres seraient assujettis au service militaire, ou devaient se faire remplacer; les églises et les monastères y seraient aussi soumis (2).

(1) Voir t. II, page 143.

(2) C'est ainsi qu'au dixième siècle, lors de la guerre d'Italie, les habitants du Péloponèse offrirent cent livres d'or et mille cavaliers avec leurs armes et équipages pour se dispenser de servir ; les églises et les monastères fournirent leur contingent.

Les milices provinciales n'étaient levées que suivant les circonstances (1).

Au point de vue militaire, Tempire était partagé en divisions militaires ; celles-ci étaient les mêmes que les divisions administratives, le thème étant non seulement une divisition administrative (2), mais aussi une division militaire. La cavalerie était répartie dans des thèmes dont les circonscriptions étaient difiFérentes des autres thèmes.

A chaque thème étaient affectés des corps nationaux et des milices provinciales; le stratège, qui était à la tête du thème, avait non seulement des fonctions administratives (3), mais principalement des fonctions militaires; il avait sous ses ordres un personnel exclusivement militaire.

Les troupes des thèmes étaient groupées en deux armées principales : celle d'Orient, contre les invasions d'Asie; celle d'Occident, contre les invasions d'Europe.

A la tête de chacune de ces deux armées était un généralissime : le grand domestique des scholes d'Orient et le grand domestique des scholes d'Occident. Ces ofBciers, primitivement chefs de la garde particulière de l'empereur, avaient vu croître leurs attributions grâce au pouvoir impérial qui désirait conserver la haute main sur la direction de

(1) Od a vu que les milices provinciales appuyèrent la noblesse d'Asie dans la révolte contre Basile II. Voir t. I, 1. I, chap. II.

(2) Voir t. II, page 79.

(3) Ibidem.

Tarmée et qui craignait la toute - puissance des maftres généraux; ils étaient ainsi parvenus à supplanter ceux-ci dans le commandement des armées.

Le commandement des armées en campagne fut exercé assez souvent par les empereurs (1), mais ceux-ci étaient forcés de revenir de temps en temps à Gonstantinople pendant la guerre et de suspendre ainsi les opérations.

L'administration de Tarmée était confiée à des logothètes qui avaient à leur tête le logothète de la guerre. Les immenses écuries impériales fournissaient des chevaux et des mulets aux troupes.

Dans Tarmée, les empereurs créèrent des corps d'élite : tel fut, sous Zimiscès, le corps des Immortels, recruté en partie avec des fils d'archontes byzantins et des princes étrangers.

L'empereur possédait toujours une garde, dont le corps principal était formé par les varangiens russes.

Un grand arsenal avait été organisé à Manganes sur la Corne-d'Or; c'était là qu'étaient réunies les machines de guerre et où s'approvisionnaient chaque année les armées d'Europe et d'Asie.

Au dixième siècle, les forces byzantines étaient évaluées à cent vingt mille hommes.

Les armées byzantines n'étaient plus commandées par des Barbares, mais par des officiers apparte-

(1) Gopronyme^ Théophile, Basile P**, INicéphore Phocas, Zimiscès, Basile II, Constantin IX Texercèrent.

Solution politique extérieure i87

nant à la noblesse provinciale (I). Le nombre des officiers était relativement très élevé (2).

Lorsque les empereurs byzantins décidaient une guerre, les troupes, qui étaient réparties dans les cantonnements des thèmes, se concentraient en des lieux choisis, en empruntant les grandes routes de l'empire (3); elles trouvaient dans les points de passage importants des approvisionnements, que le logothètc et son administration avaient fait réunir. Si les immenses écuries impériales ne suffisaient pas à fournir Tarmée en chevaux et mulets (4), on réquisitionnait de ces animaux avant l'entrée en campagne.

Sur le champ de bataille, les armées byzantines se formaient en trois lignes, la troisième constituant la réserve ; celle-ci était divisée en deux échelons débordant chacune des ailesde la deuxième ligne, afin de tourner les troupes ennemies qui attaqueraient les flancs de celle-ci.

Certains empereurs byzantins écrivirent des traités de tactique ; un des mieux faits fut celui de Nicéphore Phocas.

En Asie, à la suite de l'invasion arabe, les Byzan-

(1) Voir t. I, I. I, chap. ii.

(2) Un officier pour deux hommes.

(»5) Les principales routes étaient alors 1° en Asie Mineure : celle de Nicomédie à Césarée ; celle de Gésarée à Ëphèse ; celle de Dorylée à Césarée ; 2^ en Europe : la route de la grande Périaslavetz à Dorystolon.

(4} Lorsqu'en 995 Basile II se porta rapidement avec quarante mille hommes au secours de la Syrie, chaque soldat reçut une mule pour lui et en plus une en réserve.

lins avaient perdu leur système défensif de fortîBcations, et les Arabes occupaient la Cilicie et Mélitène, les deux chefs de l'Asie Mineure, ce qui leur permettait de se répandre dans cette presqu'île.

L'absence de position stratégique sur le plateau de l'Asie Mineure ne permettait pas d'établir un nouveau système de forlifications pour en défendre l'accès ; les Grecs durent employer contre les Sarrasins, dont les attaques étaient constantes, un système défensif basé seulement sur l'emploi de troupes de campagne.

S'inspirant de l'institution des limites^ limùanei, les Grecs créèrent sur les frontières des petits thèmes où ils établirent des stratiotes.

Lorsque Nicéphore Phocas, au dixième, siècle, exerçait le commandement de l'armée d'Asie, le système de sûreté des troupes aCFectées à la défense de la frontière contre les attaques des Sarrasins était organisé de la façon suivante : en avant des troupes, sur les montagnes, étaient établis des postes communiquant entre eux et avec le corps principal par des signaux ; en arrière de ces postes, au pied des montagnes, était placée la cavalerie, et en arrière de celle-ci, dans la plaine, se tenait le gros de l'armée.

Lorsqu'arrivait l'été, époque de la mise en marche des Sarrasins, l'armée byzantine employait tout un système d'exploration pour se mettre au courant des mouvements de l'ennemi. Les stratigoï des thèmes frontières et commandants des troupes employaient à cet efiFet des espions. La cavalerie envoyait, au delà des postes d'infanterie, des détache-

ments chargés de maintenir le contact avec Tennemi clans sa marche, communiquant entre eux par des signaux et avec le commandant de la cavalerie au moyen de détachements. Un corps d'éclaireurs avait été spécialement formé et il était envoyé continuellement sur le territoire ennemi pour faire des prisonniers et avertir des mouvements des Sarrasins. Le commandement de la cavalerie, qui centralisait tous les renseignements fournis ainsi par les organes d'exploration, en rendait compte au turmarque.

Lorsque Tennemi s'avançait, les populations se retiraient avec leurs troupeaux et leurs récoltes dans les enceintes fortifiées ou sur les hauteurs escarpées de Taurus; les troupes qui étaient forcées de battre en retraite faisaient le désert devant Tennemi afin de Taffamer.

La capitale de Tempire était au courant des événements militaires qui se passaient sur la frontière d'Asie au moyen d'un système de phares.

Lorsque les Byzantins voulaient passer à l'offensive, l'armée était réunie par les soins du grand logolhète et de son administration et lorsqu'elle était prête à entrer en campagne, ce dont le grand logothète était averti par son personnel au moyen des phares, le généralissime en prenait le commandement.

En Europe, les empereurs byzantins disposaient de nombreuses forteresses contre lesquelles vinrent se briser les attaques des Bulgares et des Sarrasins. Les principales places fortes étaient Patras, Co-

no L'EMPIRE BYZANTIN

rînthe, NicopolÎ8(Épirc), Durazzo, Salonique. Pour protéger plus particulièrement Salonique qui était la ville de Tempire la plus importante après Constantinople, les empereurs byzantins élevèrent, à un ou deux jours de marche de Salonique, le fort de Strymon, près du Despoto, et ils transplantèrent sur les frontières de Thrace des peuples guerriers. Ils voulurent ainsi empêcher la jonction des Bulgares et des Arabes devant cette ville, que les Arabes pouvaient attaquer par mer lorsqu'ils possédaient la Crète.

Les empereurs byzantins ne portèrent pas seulement leur attention sur la réorganisation de leur armée, mais aussi sur celle de leur flotte, dont la puissance, sur laquelle reposait le salut de l'empire, avait été menacée par le développement de la marine arabe.

La marine byzantine reçut ses thèmes particuliers; au dixième siècle elle comprenait deux partics : 1" la flotte active ou flotte d'État, à Gonstantinople, et 2" la flotte de réserve ou provinciale, formée des contingents des thèmes maritimes, qui était mobilisée en temps de guerre et dont les cadres existaient en temps de paix.

Afin de défendre Constantinople contre les incursions des Sarrasins, les Byzantins fortifièrent Ténédos à l'entrée des détroits.

De ces considérations il résulte que les empereurs byzantins parvinrent à réorganiser militairement l'empire pour reprendre leur revanche. Au dixième siècle, ils possédaient une armée et une

marine que la richesse économique et la bonne administration de l'empire permettaient de solder facilement et de bien pourvoir. Mais cette armée, bien que plus liée à la nation que Tancienne, n'en restait pas moins Tarmée de l'empereur, et la nation continuait à ne pas participer à la défense de l'empire, en tant que nation.

La lutte de Tcmpire contre les Arabes s'en ressentit; seul le caractère religieux qui lui fut attribué, et non le caractère patriotique, permit de donner aux armées byzantines une vigueur relativement puissante; mais tandis que Mahomet avait promis le paradis à ses adeptes qui mourraient sur le champ de bataille, l'Église refusa d'accorder les honneurs du martyre aux chrétiens qui tomberaient dans les guerres contre les infidèles, comme Favait demandé Nicéphore Phocas, et les évéques déclarèrent que tous ceux qui s'étaient souillés par l'exercice sanguinaire du métier des armes devaient être séparés de la communion des fidèles pendant trois ans (l). Revanche de F empire byzantin. — Dans leur œuvre de revanche, les buts primordiaux que devaient poursuivre les empereurs byzantins devaient être, d'une part, la destruction de la flotte arabe, afin de reprendre la suprématie sur mer, et d'autre part la reprise de la Gomagène et de la Cilicie, afin que les Arabes ne pussent plus se répandre facilement dans l'Asie Mineure.

(1) Même lors des croisades, lorsqu'il s'agit d'arracher aux mains des infidèles le tombeau de Jésus-Christ, le pape ne promit que l'indulgence plénière aux croisés.

A partir du milieu du huitième siècle, époque à laquelle l'empire byzantin reprit TofiFensive, les guerres entre Arabes et Byzantins n'eurent plus le même caractère que lors des invasions arabes de la ïm du septième siècle; après chaque campagne dans les possessions des empereurs byzantins, les Arabes, qui avaient fixé le centre de leur puissance, retournaient généralement chez eux.

Constantin IV, qui reprit le premier TofiFensive contre les Arabes, vit d'abord ses efforts couronnés de succès (1), mais le relèvement de la puissance des Arabes avec le khalifat de Bagdad fit reculer les Byzantins en Asie Mineure (2). En 823, les Arabes portèrent un nouveau coup à la marine grecque; ils s'emparèrent de la Crète (3) et de la Sicile (4), pouvant ainsi menacer toutes les côtes de la mer Égce et celles de l'Italie du sud byzantine (5).

(l) En 746, Constantin IV reprend les villes de la Coraagène; en 751-752, il reprend Erzeruuiu et le haut Euphrate. En outre, il détruit une flotte arabe près de Chypre.

(^2) Le khalife Mahadi envahit l'Asie Mineure avec une armée do ({tiatre-vini^t mille Persans et Arabes et soumit l'impératrice lii-nj à un tribut annuel (781). !Nicéphore, qui détrôna Irène, refusa de le payer; Haroun al-Raschid dévasta alors ia Phrygie, remporta une victoire sur l'empereur byzantin, qui reçut trois blessures, et le força à payer le tribut. Mais Nicéphore ayant peu aprè? refusé de s'y soumettre, Haroun revînt en Asie Mineure par Tyane, Ancyre, prit liéraclée de Pont après un siège d'un mois (805) et imposa la paix à Nicéphore.

(3} Les Sarrasins de Crète relevaient du khalifat de Cordoue et jouissaient ainsi d'une indépendance presque complète.

1^4) Les Sarrasins de Sicile provenaient des Sarrasin» d'Afrique el d'Andalousie. Les émirs de Sicile se rendirent indépendants des Fatimites vers la fin du dixième siècle.

(5) Les uns ne tardèrent pas à faire de fréquentes invasions

Les empereurs byzantins profitèrent bientôt après des dissensions du khalifat pour essayer de reconquérir les provinces perdues; les luttes entre Byzantins et Arabes n'amenèrent pas, toul d'abord, de résultats décisifs ni d'un côté ni de l'autre (1); mais les Grecs reprirent ensuite l'avantage.

En 876, Basile I" enleva aux Arabes Samosale, ce qui donna la possession de la Comagène aux Byzantins (2). Après la suspension de la lutte sous le règne de Léon VI, lors de la minorité de Porphyrogénètc, les armées byzantines recommencèrent à combattre victorieusement (3).

Dans la deuxième moitié du dixième siècle, leur réorganisation militaire étant achevée, et leurs derniers succès leur ayant rendu courage, les Byzantins crurent le moment venu de reprendre leur puissance maritime et de rcoccuper la Cilicic. Byzance reconquit la Crète et Chypre, mais l'expédi-

conlrj Salonique; les aiities contre la Fouille et la Calalire ; ces derniers attaquèrent Home (846), mais ils furent repousser.

(1) En 838 Théophile pénétra en Syrie ; c'est alors que Motassein introduisit des corps turcs dans l'empire arabe. Moinssera réunit son armée à Tarse en Cilicie et se porta vers la Phrygie; il vainquit les armées byzantines à Ârmorium en Galatic; puis il s'empara d' Armorium, après un siège pénible; il retourna ensuite dans son palais à Bagdad.

» Par suite de la dissociation du khalifat de Bagdad, jus* qu'en 876 les Arabes et les Grecs ne firent que de simples incursions.

(2) Sous Basile P% les flottes arabes furent aussi repoussées des côtes.

(3j Les armées de Constantin Porphyrogénète reconquirent toute l'Asie Mineure, sauf la Cilicie, et elles parurent même en Mésopotamie.

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