II
tion de Nicéphorc Phocas en Sicile échoua. Celui-ci enleva aux Hamanides 4a possession de la Gilicie.
Comme les Hamanides, les maîtres de la Mésopotamie et de la Syrie avaient le centre de leur puissance à Mossoul, les Byzantins qui occupaient maintenant la Comagène et la Gilicie pouvaient couper facilement la ligne de communication des troupes hamanides opérant en Syrie et, par suite, s'emparer sans grandes difficultés du nord de cette province (l).
Les Grecs reprirent aux Arabes Antioche (2); ils occupèrent Alep (3), point important sur la route commerciale de TEuphrate à Antioche, qui couvrait Antioche contre les invasions de Bagdad.
Mais les Fatî mites d'Egypte, profitant des discordes du khalifat de Bagdad, se substituèrent, en 974, aux Hamanides dans la possession de la Syrie. Les Grecs se trouvèrent alors, dans cette province, en présence d'une dynastie beaucoup plus puissante que celle des Hamanides; il leur était, de plus," impossible (le couper la ligne de communication des troupes des Fatimiles en Syrie, comme ils avaient pu le faire pour les troupes des Hamanides en Syrie.
(1) C'est ainsi qu'en 965 Nicépliore Phocas, voulant faire une razzia en Syrie, prit d'abord sa ligne de communication par l'Arménie, par Amida et Nisibis; puis appuya ensuite Alep.
(2) Antioche, prise en 969 par les Grecs, ne devait leur être reprise que cent seize ans plus tard par les Turcs Sehljoucides et seulement pour peu de temps.
(3) Alep fut dans une situation spéciale, sous la domination des Byzantins; cette ville garda son prince, mais devînt la vassale des Grecs et dut leur payer un impôt annuel. .
Sous Jean Zîmiscès et Basile II, de nombreux combats eurent lieu entre les troupes byzantines et les troupes égyptiennes en Syrie, mais dans leur ensemble ces combats n'amenèrent pas de résultats décisifs (I). Vers la fin du règne de Basile II, les cruautés du khalife fatimite Hakem amenèrent, dans le khalifat du Caire, des discordes que Basile II s'efforça d'attiser en accueillant tous les mécontents (2). Après la mort d'Hakem (1021) des
(i) En 975, Jean Ziiniscès s'empara de Damas, de Jérusalem, d'Acre et de Béryte, de Tripoli; il établit dans chaque ville conquise un gouverneur^ une garnison et chaque ville dut payer un tribut, mais cette conquête fut éphémère.
Le prince d'Alep ayant refusé de payer le tribut à Byzance et s'étant mis sous la suzeraineté du khalife du Caire, des combatfl eurent lieu entre les troupes byzantines et les troupes d'Egypte ; finalement le prince d'Alep fut forcé de payer le tribut à Byzance.
La lutte reprit quelques années après entre les Byzantins et les fatimites, dans ces parages^ pour des motifs semblables.
Le gouverneur de Damas, qui dépendait du khalife du Caire, ayant voulu s'emparer d'Alep, le prince de cette ville fit appel à son suzerain, le Basileus. Des combats s'engagèrent alors entre les armées adverses; les villes de Syrie en profitèrent pour se soulever contre Byzance.' Basile II envoya alors cinquante mille hommes; mais, ceux-ci ayant été battus entre Antioche et Alep (994), Basile II se décida à se porter en personne contre les Arabes; il força les Égyptiens à lever le siège d'Alep et il s'empara de quelques cités syriennes. Les Fatimites envoyèrent successivement deux flottes en Syrie, mais la première fut brûlée, la seconde fut détruite par la tempête. Le khalife étant mort en 996, le parti berbère évinça le parti turc; celui-ci souleva alors la Syrie et les rebelles appelèrent à leur secours l'empereur byzantin; Basile II revint alors en Syrie, puis signa une trêve de dix ans avec le khalife d'Egypte (1001).
(2) Les chrétiens persécutés se réfugièrent à Antioche et à Latakieh; Témir d'Alep, chassé par upe sédition militaire, se
196 L'EMPIBE BYZANTIN
complications intérieures albiblirent le khalifat fatimite.
En 1038, les Grecs, profitant des dissensions entre les Arabes de Tunisie et ceux de Sicile, par- Tinrent à reconquérir une partie de cette île avec Tappui des populations soulevées contre les Arabes.
De ces considérations il résulte que, dans la première moitié du onzième siècle, les empereurs byzantins étaient rentrés en possession de la Crète, de Chypre, de la Cilicie, de la Comagène, du nord de la Syrie et d'une partie de la Sicile, et qu'ils n'avaient plus rien à craindre de la puissance des Sarrasins. Ils étaient donc finalement sortis victorieux de leur longue lutte contre ceux-ci.
Luttes contre F Arménie. . — En Asie, l'invasion arabe avait arraché non seulement à l'empire byzantin des provinces ; mais elle avait permis à l'Arménie, à la Géorgie et à l'Ibérie de se rendre, en réalité, indépendantes de Byzance.
Cependant ces royaumes restèrent nominalement vassaux de Byzance; de plus, grâce à leur communauté de religion avec l'empire byzantin et aussi grâce aux nombreuses relations établies entre eux et Byzance par la mer Noire, relations auxquelles l'invasion arabe n'avait pu porter atteinte, il s'effectua un rapprochement politique, une alliance tacite, entre eux et cet empire, pour faire face aux attaques des Arabes mahométans. C'est pour ces rai-
sauva à Antioche (1015) ; des révoltes éclatèrent au Caire et à Damas contre le khalife.
sons que les rois d^Ibérie portèrent le titre héréditaire de curopalate (l), et que les rois d'Arménie et ceux d'Ibérie fournirent aux empereurs byzantins des corps auxiliaires (2) . Les rois d'Arménie, de Géorgie et d'Ibérie secondèrent, en outre, à la fin du dixième siècle, les efforts des empereurs byzantins contre les Arabes en attaquant le khalifat de Bagdad, qui s'affaiblissait par ses dissensions intestines.
Au commencement du onzième siècle, alors que les Grecs sortaient définitivement vainqueurs de leur lutte contre les Arabes, ils songèrent à rétablir leur domination en Arménie, en Géorgie et en Ibérie.
La noblesse continuait à former alors une puissance sociale très importante dans ces pays ; elle se divisait en grande noblesse dont certains membres portaient le titre de rois, et en petite noblesse dont le nombre des membres était très élevé. Les nobles avaient démembré à leur profit la souveraineté et celle-ci était territoriale, domaniale (3) et par suite héréditaire. Les nobles usaient du droit de guerre
(1) D'ailleurs ces rois acceptaient volontiers ce titre, par lequel ils semblaient se rattacher au monde civilisé d'alors.
(2) En 974, l'Arménie fournit un corps auxiliaire de dix mille Arméniens; sous Basile II, le curopalate d'Ibérie fournit à cet empereur un corps de douze mille Géorgiens et Arméniens.
(3) C'est pour cette raison que lorsque le roi d'Ibérie, Daith, mourut assassiné en 1000, il laissa par testament à Badle II ses provinces, ses villes et ses frontières; de même, une vingtaine d'années après, le roi du Vaspouraçan céda son royaume à Basile II.
privée ; ils levaient sur leurs terres les troupes nécessaires soit pour leurs luttes intestines, soit pour défendre l'Arménie, soit encore pour fournir le contingent demandé par les empereurs byzantins; ils disposaient de châteaux forts; mais les nobles, même les rois, ne possédaient pas le pouvoir absolu; en cas d'événements graves, ils devaient réunir les principaux chefs de leurs États et les princes de leur famille.
A côté de la noblesse s'était développée une autre puissance sociale importante : l'Église, qui eut dans l'Arménie, la Géorgie et l'Ibérie une autorité très grande sur les populations (l).
Les nobles d'Arménie, ayant pu se rendre indépendants de Byzance à la suite de l'invasion arabe, en profitèrent pour se choisir un roi, qu'ils appelèrent le roi des rois. Bien que celui-ci fût généralement pris dans la même famille, la fonction royale conserva toujours son caractère électif, et l'autorité du roi sur les nobles fut généralement précaire. Une autre cause de faiblesse du pouvoir royal vint s'ajouter à celle-ci : la souveraineté étant domaniale et le droit de primogéniture n'ayant pas été adopté, le roi d'Arménie, à sa mort, constituait des apanages à chacun de ses fils.
A la fin du dixième siècle, sous la plus puissante des dynasties royales d'Arménie, celle des Pagra-
(i) C'est en grande partie pour ces motifs que lors de la campagne de Basile II, en i02J, ce fut le catliolicos arménien qui iinplora la clémence de cet empereur au nom du roi des rois.
tides, Fun de ces rois, Sempad II, parvint à soumettre à son autorité les nobles; il mit fin à Tanarchie guerrière qui régnait dans ces contrées et TArménie atteignit alors son plus haut degré de prospérité.
Mais en 1020, à la mort de Kakig I", fils de Sempad II, des dissensions politiques éclatèrent en Arménie et les nobles recouvrèrent leur indépendance et leur droit de guerre privée.
Au onzième siècle, les empereurs byzantins qui avaient définitivement vaincu Tinvasion arabe pensèrent que le moment de rétablir la domination de Byzance sur T Arménie était venu.
Basile II, après de nombreuses campagnes de 1000 à 1020 (1), et ensuite Constantin Monomaque
(1) On a vu t. I, i. II, chap. i, que Zimiscè? avait transplanté en Thrace les Pauliciens qui habitaient près du haut Euphiate et qui étaient des ennemis des empereurs. Cette mesure permit plus tard à fiasile H de pénétrer en Arménie sans être inquiété sur ses derrières.
Basile II se porta en Arménie en iOOO; les nobles, sauf le roi des rois, Kakig P% vinrent lui rendre hommage. Basile II annexa ensuite l'ibérie.
En 1018, le roi de Géorgie, Georges I"", profita de ce que Basile II était occupé à guerroyer en Bulgarie pour se révolter contre l'empereur byzantin; il entraîna avec lui le roi d'Arménie. Basile II gagna alors Garni (Ërzeroum) par la route de Césarée n Mélitène et le haut Euphrate, et entra en Arménie ; mais il ne remporta que des victoires indécises et dut hiverner à Trébizonde (1021-1022).
Lorsque l'anarchie régna en Arménie après la mort de Rakig 1", Basile II soutint comme prétendant au trône un fils (le Kakig, Ashod, tandis que le roi de Géorgie soutenait le fils aîné de Kakig, Sempad; Sempad monta sur le trône, moyennant
âOO L'EMPIRE BYZANTIN
(1042-1055), mirent sous la dépendaoce politique de Teinpire byzantin TArménie, la Géorgie et ribérie (1). Mais de 1065 à 1068 FArménie, qui avait repousse vaillamment l'invasion des Turcs seidjoucides de Togrul-Beg en 1021, succomba, ainsi que la Géorgie sous les coups d'Alp-Arslan (2). Quelques années après, Tempereur romain Diogène, qui avait vaincu les émirs d'Alp-Arslan, pénétrait de nouveau en Arménie; mais ce fut la dernière fois que les armées byzantines parurent dans CCS contrées : Alp-Arslan accourut au secours de ses lieutenants vaincus et repoussa définitivement les Byzantins de FArménie.
Luttes contre les Bulgares. — Tandis que l'empire byzantin luttait contre Tinvasion arabe, du septième au onzième siècle, il était entamé en Europe; l'établissement à demeure des Bulgares en Mésie inférieure en 679, des Serbes en Dacie inférieure, en Mcsic supérieure et en Dardanie, et des Croates au
la soumission à Basile II; à la mort de Kakig, fils de Sempad, Teinpire reçut définitivement rArménie.
Le roi du Vaspouraçan céda ses Éiats à Basile II. Le roi de Géorgie, après s'être soumis à Basile II, se révolta à la faveur des difficultés intérieures de l'empire (1022); mais Basile II le vainquit et se fit céder par lui des territoires et des forteresses où il plaça des commandants.
(i) L'Arménie avait aussi à lutter contre les Kurdes, tribus établies dans les collines au delà du Tigre; au dixième siècle, les Kurdes étaient des pâtres encore nomades; ils étaient vigoureux, sauvages^ indociles, adonnés au brigandage et fermement attachés au gouvernement de leurs chefs nationaux,
(2) Les orthodoxes grecs ne furent ni étonnés ni contrariés que les Arméniens, disciples des hérésies de INestorius et d*£utychès, fussent livrés par le Christ et sa mère aux infidèles.
nord de la Dalmatie, sous HéracHus, avaient fait subir dans ces régions des modifications tellement profondes à Tétre social byzantin qu'il s'était créé de nouveaux êtres sociaux : les Bulgares, les Serbes et les Croates.
L'être social bulgare comprit des peuples de plusieurs races : des Bulgares, des Slaves, des Grecs €t des Valaques. L'élément prépondérant fut les Slaves; il absorba bientôt les Bulgares. Bien que ceux-ci eussent la direction de l'être social, ils étaient complètement slavisés au commencement du neuvième siècle; ils parlaient alors une langue slave; mais, au lieu d'adopter les mœurs généralement pacifiques des Slaves, les Bulgares avaient «onservé leur esprit guerrier et ils avaient même rendu les Slaves belliqueux.
La juxtaposition de nouveaux peuples sur les anciens accéléra l'évolution sociale comme dans l'Europe occidentale ; elle amena la création du système féodal.
Lors de la conquête des Bulgares, la plupart des paysans furent réduits en servitude et les rois bulgares constituèrent, au profit de leurs grands, de véritables fiefs dans les provinces éloignées du royaume.
A cette cause de démembrement de la souveraineté vint s'en ajouter une autre : le caractère montagneux et chaotique de la péninsule des Balkans.
H se forma ainsi une puissante noblesse qui se rendit à peu près indépendante du roi dans les provinces éloignées et dans les châteaux forts qu'elle éleva
principalement le long du Danube, sur les Balkans, le Rhodopc et dans FOchrîde ; la souveraineté devint ainsi territoriale et domaniale ; les nobles ou boyards se contentaient de prêter hommage au roi, dont la fonction conserva jusqu'à la fin du neuvième siècle son caractère électif. Cette noblesse féodale était hiérarchisée, ce qui facilitait rétablissement de la monarchie absolue ; à la tète de cette noblesse ?e trouvaient six grands chefs : les pairs du royaume. Une autre puissance sociale se forma dans Tétre social bulgare : ce fut TÉglise; mais, le christianisme ne s'étant répandu que vers la fin du neuvième siècle chez les Bulgares, la passion du couvent ne s'empara de ceux-ci qu'au dixième siècle et l'Église ne commença donc à devenir une puissance sociale que beaucoup plus tard que la noblesse; son développement, il est vrai, fut grande ment favorisé par les rois bulgares, qui avaient besoin d'un appui solide pour résister à la noblesse. A la fin du dixième siècle l'Église était une, puissance sociale très importante; les serfs et les paysans ecclésiastiques et les « clerici » attachés à un évéché étaient exempts d'impôts d'État ; le clergé prélevait même un impôt spécial dit « canonique » sur les paysans dépendant des églises, sur les Valaques établis en Bulgarie, et sur les Turcs dit Vardariotes; l'autorité sociale de l'Église était très grande (1).
(1) C'est ainsi que, lors de la {guerre que Basile II fit aux Bulgares en 1017-1018, ce fut le métropolitain de Bulgarie suivi <fe son clergé qui vint à Sérès ofFrir la paix de la part de la tsarine.
A la fin du neuvième siècle et au dixième siècle les rois bulgares cherchèrent à fonder la monarchie absolue. Boris réunit de son vivant, en 888, l'assemblée nationale pour proclamer roi son deuxième fils Siméon; la royauté se fixa ainsi duns sa famille, mais les boyards se réservèrent toujours le droit de choisir un roi en dehors. En outre, pour abaisser la noblesse, Boris massacra vingt-deux familles de boyards.
Siméon (892-927) prit le titre de tsar, mais les boyards continuèrent à conserver presque la plénitude de leur indépendance dans le gouvernement de leurs grands fiefs. Pour s'affranchir de la puissance de la noblesse, les tsars de Bulgarie s'entourèrent de légistes, créèrent des agents fiscaux, attirèrent à la cour des nobles, sur lesquels ils pouvaient compter et organisèrent une armée permanente avec ceux-ci et avec la maison du roi; ils s'appuyèrent en outre sur l'Église que les Boliadcs bulgares, encore attachés au paganisme au dixième siècle, considéraient comme un adversaire (l).
En 963, les boyards renversèrent la dynastie régnante et élevèrent sur le trône un d'entre eux : Schischman; lorsque les Bulgares succombèrent sous Basile II, au onzième siècle, ils n'étaient pas parvenus à fonder d'une façon durable l'hérédité de la fonction impériale (2).
(i) C'est pourquoi, en 970, le prince russe Sviastoslov, qui combattait les Byzantins, promit à l'aristocratie bulgare le rétablissement du paganisme.
(2) Samuel, fils de Schischman, succéda à son père en 980;
Dans la lutte des Bulgares contre Byzance, sous Samuel, les deux puissances sociales, la noblesse et rÉglise, se rapprochèrent et s'unirent pour résister h Tennemi commun.
Au point de vue économique les Bulgares, qui comprenaient surtout des paysans, se consacraient à rélevage des bœufs et des porcs ; leur commerce se faisait presque exclusivement avec Byzance. Sous Léon le Sage, ils avaient des comptoirs à Constantinople.
Les Bulgares étaient tributaires de Byzance, non seulement pour le commerce, mais aussi pour la religion, pour l'art et pour la littérature; la civilisation byzantine pénétrait en Bulgarie (1), propagée par les rois qui s'inspiraient des idées byzantines pour fonder la monarchie absolue ; elle était repoussée par les boyards, qui voyaient en elle un élément étranger ennemi et un instrument dirigé contre leur indépendance (2).
L'armée bulgare comprenait en temps de guerre, au dixième siècle, l'armée permanente du tsar à laquelle venaient se joindre les nobles et des bandes de paysans.
Dans leurs guerres contre l'empire byzantin, les
à la mort de Samuel (1014), ion fiU fut proclamé empereur, mais un an après celui-ci était assassiné par sou cousin germain.
(1) Les jeunes nobles bulgares allèrent s'instruire dans les écoles de Constantinople; le tsar Siméon y fut élevé
(2) C'est pourquoi les Boliades bulgares se révoltèrent en 96S contre le tsar Pierre, qui était Tami de Byzance et qu'ils réussirent à faire monter sur le trône un d'entre eux, Schischman.
ÉVOLUTION POLITIQUE EXTÉRIEUBE 203
Bulgares trouvèrent de précieux auxiliaires dans les tribus slaves répandues dans les thèmes de la péninsule des Balkans, et qui se rallièrent avec entliousiasme aux Bulgares, qui étaient slavisés. Dans leurs attaques contre Fempire byzantin, les Bulgares ne tirent pjas preuve généralement de cohésion, par suite de leur organisation sociale et politique les boyards ne reconnaissant que rarement des pouvoirs étendus à leur roi. Mais cette organisation sociale et politique rendit très difficile rétablissement de la domination des empereurs byzantins sur les Bulgares : Tabsence d'une organisation politique centralisatrice permettait à tout boyard de lever Fétendard de la révolte, ce qui lui était facilité en outre par le caractère chaotique du système orographique de la péninsule des Balkans; de plus, elle obligeait les empereurs byzantins à soumettre toute la noblesse bulgare, œuvre impossible.
Les Byzantins furent effrayés beaucoup moins des invasions bulgares que des invasions sarrasines ; ils espéraient s'assimiler les Bulgares, peuple sluvisé et chrétien, par suite de même race et de même religion qu'eux; de plus les Bulgares, ne possédant pas de marine, ne pouvaient pas s'emparer des villes maritimes qui étaient les villes les plus importantes de l'empire et par lesquelles les Byzantins pouvaient rentrer dans la péninsule des Balkans ; les Bulgares ne pouvaient donc pas porter atteinte comme les Sarrasins à la puissance maritime des Byzantins, sur laquelle reposait le salut de l'empire. Aussi, bien que les Bulgares menaçassent sou*
Ycnt de plus près la capitale que les Arabes, les empereurs byzantins concentrèrent-ils tout d'abord tous leurs efforts contre les Sarrasins.
Les Bulgares profitèrent de ce que les empereurs byzantins étaient occupés en Asie par les invasions arabes pour accroître leur puissance en Europe, au détriment de Tempire byzantin (1).
Dans leur ofiFensive contre l'empire byzantin les Bulgares furent parfois entravés par leurs voisins du nord et de Touest, les Petchenègues (2) et les Serbes, et par des ennemis que Byzance leur suscita et appela contre eux, les Hongrois et les Russes (3).
Dans la seconde moitié du dixième siècle, alors que les empereurs byzantins commençaient à sortir
(2) Au huitième siècle, les Bulgares s'étaient répandus en Thrace, en Macédoine, jusqu'en Thessalie et occupaient même Jnnina ; ils ne laissaient ainsi aux Grecs qu'une légère bande de terrain le long de la côte. En 811, le khan des Bulgares menaça Constantinople ; Nicéphore Logothète remporta quelques victoires sur les Bulgares, au centre de la Bulgarie, mais il fut Hiialeuipnt défait par eux et tué. A la fin du neuvième siècle, le tsnr Siméon battit les Grecs; Léon YI fit appel aux Hongrois contre les Bulgares; mais Siméon s'empara de la Moravie serbe^ reprit l'offensive contre lés Grecs> assiégea Constantinople et força les empereurs byzantins à lui donner le titre de Basileus.
(2) Les Petchenègues étaient établis le long de la mer Noire, (le la rive gauche du Danube aux bouches du Dnieper; ils étaient nomades et vivaient sous des tentes de feutre.
(3) Les Byzantins firent appel aux Hongrois, comme on l'a Vu, sons Léon VI, puis une deuxième fois (934-943). Nicéphore Phocas fit appel aux Russes de Kief, qui par la mer Noire et le bas Danube pouvaient attaquer plus facilement les Bulgares que ne pouvaient le faire les Grecs par les Balkans ; il leur paya à cet effet un tribut.
victorieusement de leur lutte contre les Arabes, ils voulurent prendre leur revanche contre les Bulgares; avec Nicéphore Phocas, ils se dégagent du tribut qu'ils payaient jusqu'alors aux Bulgares (1); avec Jean Zimiscès, ils annexent la Bulgarie danubienne^ et transbalkanique (2), en formant un gouvernement militaire particulier doté de fortes garnisons.
Avec Basile II, qui triomphait définitivement de rinvasion arabe, les empereurs byzantins voulurent en Hnir avec les Bulgares, les remettre sous leur domination. Cette lutte suprême entre les Byzantins et les Bulgares fut vive et acharnée; les Bulgares opérèrent sous la conduite du tsar Samuel, autour duquel se groupèrent la noblesse et TÉglise bulgares.
Les Bulgares de la partie orientale, soumise dernièrement à Byzance, avaient profité de la mort de Zimiscès et des embarras intérieurs de Tempire byzantin (3) pour se soulever et chercher à recouvrer Tindépendance. Les Bulgares de la partie occidentale, qui était restée libre, avaient couru aux armes pour venir en aide à leurs compatriotes. La
(1) r^icéphore Phocas, pour rompre avec les Bulgares, rendit le czir Pierre responsable des razzias faites par les Magyars sur les terres de Tempire et refusa ensuite le tribut aux ambassadeurs bulgares. C'est alors qu'il fit appel aux Russes; mais ceux-ci, après avoir vaincu les Bulgares, se joignirent à eux contre les Grecs (voir t. II, page 217).
(2) Après que Zimiscès eut vaincu les Bulgares et les Russes.
(3) Ces embarras étaient provoqués par la révolte de Skléros. A'oir t. I, 1. I, cbap. u.
digarîc étuit étendue alors de la mer Ivoire au Drin, du Danube à TÉpire et à la Thessalie ; elle comprenait donc la Bulgarie et la Serbie actuelles, le centre de la Macédoine et TAlbanie.
Les Bulgares qui avaient établi successivement leur capitale royale à Sophia, à Mogléixa, à Yo- ^héna, la transportèrent d'abord à Prespa, et ensuite à Ochrida. Ils fixèrent ainsi le centre de leur puissance dans la haute vallée du Drin, sorte de x^itadelle naturelle, orientée nord-sud, d'où ils pouvaient dominer la Macédoine, le moyen et haut Vardar, TAlbanie, TÉpire et la Thessalie, et d'où ils pouvaient maîtriser la voie Ëgnatia (1), ce qui leur permettait de couper les communications .entre les empereurs byzantins et l'Italie byzantine. Samuel et les Bulgares disposaient, de plus, de nombreuses forteresses construites sur des pitons escarpés.
Chaque fois que Tattention de Basile II fut absorbée soit par des luttes en Asie, soit par des révoltes intérieures, les Bulgares en profitèrent pour descendre de leur citadelle naturelle et enva- .hir les pays environnants (2).
(1) Ln voie Egaatia reliiit Thessalonique à Diiràzzo.
(2) En 976 ou 977, les Bulgares assiégèrent Sércs en Macédoine.
Lorsque Samuel monta sur le trône en 980, il profita des embarras intérieurs de Tempire byzantin, causes par la révolte de Skléros, pour saccager les thèmes de Thrace, de Macédoine, de
'Thessalie et de Péloponèse. Quelque temps après, Samuel s'empara de Larissa et transporta la population grecque de cette ville à Prespa (986).
Basile II marcha parl'Hèbre (Maritza), sur Triaditza (Sophia),
Contre les Bulgares, Basile II disposait à Touest du centre de leur puissance d'une place forte, Dyrrachium, et, à Test, de trois places d'armes : Pliillppopolis, Mosynopolis (1) et Thessalonique.
Dyrrachium, au débouché de la voie Ëgnatin, était la clef de TÂdriatique. De Dyrrachium, il était difficile, il est vrai, d'attaquer la Bulgarie ochridienne, par suite du caractère très accidenté de la région comprise entre la côte et la haute vallée du Drin ; mais la possession de ce point par les Byzantins pouvait leur permettre d'introduire des forces chez les Bulgares, si des dissensions venaient à se produire dans la noblesse bulgare ; de plus, Dyrrachium étant à proximité de la Serbie et étant le seul port important de cette région sur l'Adriatique, la possession de ce point par les Byzantins empêchait Samuel de surveiller facilement son tributaire le roi de Serbie Wladimir et de posséder un port de guerre.
En 1001, Basile II, n'ayant plus à combattre d'ennemis en Asie, porta tous ses efForts contre les Bulgares.
mais il échoua devant cette ville; dans sa retraite^ il fut attaqué par les Bulgares à la porte Trajane. En 989, les Bulgares s'eiuparcrent de Beriliea (Verria).
Pendant que Ba<ile II guerroyait en Asie en 995, la guerre continuait en Bulgarie; les Bulgares battaient la garnison de Salonique, puis Samuel se portait jusqu'à l'isthme de Corinthe. Les Byzantins profitèrent de la position militaire de Salonique pour en sortir et se jeter sur les derrières de Samuel ; ils se dirigèrent sur Larissa et furent vainqueurs au Sperchios.
(1) Mosynopolis était dans la basse vallée de la Mesta.
iO L*EMPIR£ BYZANTIN
Le plan général de Basile II fui de rester sur la défensive à Dyrrachium, et prendre Toffensive en avant de son système fortifié de Test. Dans cette offensive, le premier but qu'il poursuivit fut de couper en deux les Bulgares, les Bulgares danubiens de ceux de Macédoine, et d'occuper la Bulgarie danubienne ; la possession de Philippopoli, à Textréme droite de son système fortifié, lui permettait de réaliser ce dessein, en se jetant sur Triaditza (Sophia) et Widin. Le deuxième but qu'il chercha à atteindre fut de s'emparer de Bœrrhea (Verria) au sud-ouest de Thessalonique, afin de pouvoir prendre en flanc ou en queue toute colonne bulgare qui partant de l'Ochride se jetterait sur la Thessalie. Le troisième but qu'il se proposa ensuite fut de pivoter sur Thessalonique, l'extrême gauche de son système fortifié, et d'occuper le bassin du Vardar, sorte de grand fossé naturel de la citadelle ochridienne. Après avoir réalisé peu à peu le plan qu'il s'était tracé (1),
(i) En 1001, ses armées occupèrent les forteresses de la Bul- {jarie danubienne.
En 1003, Basile II prend Bœrrhea (Verria) ; puis les Grecs s'emparent de Servia (Selvidze), sur la frontière de Thessalie et de Macédoine, point qui tenait les routes du sud; ils prennent Vodhéiia (ancienne Édesse). On retrouve les Grecs plus tard à Widin ; pendant qu'ils assiè{>ent cette ville, les Bulgares saccagent Andrinople et se portent au secours de 'Widin, mais lorsqu'ils y arrivent, cette ville s'était rendue.
Basile II prend Skopia (Uskub), remporte la victoire de Cim> Iialougou (1014), alors que la mort de Samuel augmente le découragement des Bulgares. Mais Botaniates subit un désastre dans un défilé.
Basile II prend Mclnic, puis la Monastir actuelle et les places
Basile II donna Tassant de la citadelle ochridienne, le réduit de la puissance bulgare ; y pénétra victorieusement et porta ainsi le coup de grâce aux Bulgares, obligeant ceux-ci à se soumettre à la domination de Byzance.
Bentrée sous le pouvoir des empereurs byzantins, la Bulgarie fut reliée administra tivement à Byzance. Basile II établit en Bulgarie des « basilikoi » concentrant à la fois les attributions administratives et financières. Pour empêcher que la Bulgarie ne se soulevât contre Tempire byzantin, Basile II conserva les forteresses les plus essentielles, les fit occuper par des garnisons importantes et mit à leur tète des gouverneurs militaires.
Dans l'organisation administrative de sa nouvelle conquête, Basile II comprit que Torganisation sociale de la Bulgarie était di£Férente de celle du reste de Tempire ; il ne la transforma pas en thème proprement dit, mais lui donna un régime spécial. Il laissa à la Bulgarie une certaine autonomie : il maintint les anciens impôts (1). Il ne chercha pas à
de la haute vallée du Vardar (1015). Il 8*empare ensuite de Moglena et arrive devant Ochrida. Mais les Bulgares prennent Dyrrachium et Basile II retourne à Salonique. L*empereur, qui avait laissé des corps en Bulgarie et en avait envoyé un à Sophîa, reprend ensuite la guerre; les troubles qui avaient suivi la mort de Samuel chez les Bulgares facilitent sa tâche ; il est vainqueur; des chefs bulg<^res se soumettent: le métropolitain de Bulgarie lui offre la paix au nom de la tsarine et il rentre de nouveau dans Ochrida.
(i) Comme sous Samuel, tout Bulgare propriétaire d'un joug de bœufs dut payer au trésor un « modius » de blé, une mesure de millet et une cruche de vin.
détruire les deux puissances sociales de Bulgarie : la noblesse et FÉglise ; il laissa presque complète autorité aux Boliades et il augmenta même les privilèges de l'Église (1), puissance sociale par l'intermédiaire de laquelle la civilisation byzantine pénétrait chez les Bulgares et qui pouvait servir de contrepoids à l'autre puissance sociale.
Mais avec le temps la Bulgarie perdit peu à peu son autonomie.
La Bulgarie étant replacée sous la domination byzantine (2), Basile II occupa la Thessalie et se rendit en Hellade (3) pour y relever les fortifications et pour y faire respecter l'autorité impériale, que les invasions bulgares avaient rendue précaire depuis longtemps.
Avec Basile II, le pouvoir des empereurs byzantins fut donc rétabli dans la péninsule des Balkans, du Danube au Péloponèse et de Tembouchure du Drin à la mer Noire.
(i) Il soustrait aux fonctionnaires les lieux habités appartiïnant aux églises.
Il exempte d'impôt d'État les « clericî > et les serfs et paysans attachés à un évêché; il donne à l'Église juridiction sur eux; mais afin que ces immunités ne portent sur un trop grand nombre d'individus, au détriment de TÉtat, le nombre de serfs, de paysans et de « clericî » , que chaque évêque est en droit de posséder est déterminé; des recensements doivent avoir lieu pour contrôler si cette prescription est observée, mais l'Église fit tout son possible pour entraver l'exécution de ces recensements. Il maintint aussi l'impôt spécial dit « canonique » (voir t. II. page 2051).
(2) Elle y resta jusqu'en 1185.
(3) Basile II s'arrêta à Thèbes et séjourna à Athènes.
Les Serbes ^t les Croates. — Quant à la partie nord-ouest de la péninsule des Balkans, là où s^étaient établis les Serbes et les Croates, au septième siècle, son sort fut différent.
Lorsque ces peuples slaves envahirent la Serbie et la Bosnie acluelles, le territoire qu^ils occupaient était habité par des populations de race illyrienne, composées plutôt de bergers que de laboureurs.
La juxtaposition de peuples nouveaux sur des peuples anciens accéléra révolution sociale comme dans TEurope occidentale et en Bulgarie ; elle amena la création du système féodal.
Il se forma une noblesse dont les membres, appelés joupans, étaient propriétaires de grands fiefs et se faisaient souvent la guerre. La souveraineté devint territoriale et domaniale. Les nobles d'une même région se réunissaient et nommaient l'un d'entre eux gfand joupan ; il y avait donc chez les Croates et les Serbes à la fois plusieurs grands joupans.
Chez les Croates, le caractère uniforme du pays qu'ils occupaient facilita l'union entre les joupans ; au milieu du dixième siècle, les quatorze joupans croates n'élisaient pour eux tous qu'un seul grand joupan. Les grands joupans n'avaient pas le pouvoir absolu ; ils étaient forcés de demander l'avis des joupans avant de prendre des décisions importantes ; ils parvinrent pourtant à fonder de véritables dynasties et il y eut peu de révolutions chez les Croates.
Chez les Serbes, l'absence d'un centre, le carac-
tère coupé du pays, sa division générale en deux parties distinctes : au nord-est des plaines, au sudouest des montagnes, empêchèrent longtemps Tunion des joupans et favorisèrent la formation de petites Serbies. Aussi au dixième siècle, les Serbes n'avaient-ils pas à leur tète un seul grand joupan.
La conversion des Croates et des Serbes au christianisme amena la création d'une nouvelle puissance sociale : l'Eglise ; mais au dixième siècle celle-ci n'avait pas encore pris un grand développement.
Au dixième siècle, les Croates et les Serbes étaient pasteurs, se livraient à l'élevage des bestiaux et des chevaux ; ils vivaient, comme leurs ancêtres les Slaves de Scythie, dans des huttes groupées entre elles et formant villages.
Les difficultés de communication entre le centre de l'empire et les pays occupés*par les Croates et les Serbes rendirent complètement impossible l'exercice réel de l'autorité impériale sur eux. Aussi depuis leur établissement dans l'empire byzantin les Croates et les Serbes se gouvernèrentils eux-mêmes, et la seule marque de leur vassalité vis-à-vis des empereurs consistait-elle en un tribut qu'ils leur payaient.
Au dixième siècle, la nomination d'un chef unique et l'absence de révolutions chez les Croates rendirent ceux-ci beaucoup plus redoutables que les Serbes ; ils pouvaient alors, d'après Porphyrogénète, réunir jusqu'à cent mille fantassins et soixante mille cavaliers. En 1000, le roi des Croates
était encore vassal de l'empereur; il recevait de Basile II le titre de patrice ou de protospathairc. ,Mais Tannée suivante les Croates attaquèrent les villes de Dalmatie, possession de l'empire byzantin (1), et le faible lien qui les rattachait à l'empire ne tarda pas à se briser.
Les Serbes, par suite de leur manque d'unité, constituaient un peuple beaucoup moins redoutable que les Croates. Leurs guerres privées et leurs luttes contre les Hongrois ne leur permirent pas d'occuper continuellement les Bulgares, et de dégager ainsi les Grecs des attaques de ceux-ci (2) ; cependant ils empêchèrent l'extension des Bulgares vers l'Adriatique.
Après que Basile II eut soumis les Bulgares, les archontes serbes reconnurent sa suprématie ; un seul résista : il fut d'ailleurs assassiné. Mais en 1040 les Serbes de Dioclée (3) se soulevèrent contre l'autorité de l'empereur et expulsèrent le gouverneur byzantin.
Au milieu du onzième siècle les deux êtres sociaux, les Croates et les Serbes, qui s'étaient formés dans le nord-ouest de la péninsule des Balkans, avaient donc conquis l'indépendance politique la plus complète vis-à-vis de Byzance.
(1) On a vu t. I, 1. I, chap. m, que ce fut Venise qui fut chargée de défeniire les villes de Dalmatie contre les Croates et que ces villes ne firent plus jamais retour à Tempirc.
(2j On a vu que Siuiéon prit la Moravie serbe aux Serbes, mais ceux-ci la lui reprirent ensuite.
(3) Monténégro.
Luttes contre les Hongrois et contre les Russes, — Dans la péninsule des Balkans, Tempire byzantin n'eut pas seulement à lutter vers le dixième siècle contre les Bulgares, leurs voisins immédiats, mais aussi contre des peuples établis plus au nord : les Hongrois et les Russes.
Les Hongrois formaient au dixième siècle une puissante nation ; ils fournissaient deux cent mille cavaliers; mais comme les peuples finniques qui les avaient précédés dans la possession de la plaine du moyen Danube^ leurs tribus ne reconnaissaient Tautorité d'un chef unique que pour les grandes entreprises nationales. Aussi en dehors de cellesci les tribus hongroises conservaient-elles leur liberté d'action, et elles n'étaient plus redoutables.
Attirées surtout vers l'Occident, comme les Huns et les Avares ; ayant à passer au travers des Bulgares pour pénétrer dans la péninsule des Balkans, les Hongrois ne firent pas d'invasions dans Fempire byzantin, mais de simples razzias en Thrace bien que les Grecs les appelèrent quelquefois contre les Bulgares (l).
Bien que le système hydrographique de la Russie méridionale et centrale attirât les Russes presque exclusivement vers la mer Noire, ceux-ci ne furent pas pour l'empire byzantin un ennemi très dange-
(1) En 934-, les Grecs ayant fait appel aux Hongrois contre les Bulgares, les Hongrois traversèrent les Bulgares, ravagèrent la Ihrace et les Grecs durent acheter leur retraite. En 958, 961 et 962, les Hongrois firent de nouvelles invasions ; mais les Grecs 1rs repoussèrent.
reux ; le centre de leur puissance^ à Kîef, était fixe et éloigné de Tempire ; ils ne pouvaient donc faire que des incursions dans Tempire et avec des eCFectifs relativement faibles ; en outre les Russes avaient à craindre les Petchenègues nomades établis sur le bas Dnieper, qui pouvaient couper leurs communications avec la mer Noire et se jeter facilement sur Kief.
Les Russes firent contre l'empire byzantin quatre expéditions principales par mer, du milieu du neuvième siècle au milieu du onzième siècle (1), et une par terre dans la seconde moitié du dixième siècle (2). Ils attaquèrent aussi la colonie byzantine de Kherson (3) qui était plus accessible à leurs coups que l'empire proprement dit.
(1) Ces expéditions dirigées contre Constantinople eurent lieu en 865, 904, 941 et 1043.
(2) Cette expédition fut faite par les Russes que Nicéphore Phocas avait appelés contre les Bulgares (voir t. II, page 207). Lorsque Zimiseès mourut, les Russes établis dans les Balkans s'allièrent aux Hongrois, aux Petchenègues et aux Bulgares ; ils pillèrent Philippoli ; Bardas Skléros, qui s'enferma dans Andrinople avec douze cents bommes, y attendit les soixante mille ennemis et les repoussa. En 976, Zimiseès, qui était vainqueur de Bardas Phocas, fit face aux Russes. Il conçut le plan suivant : tandis qu'avec son armée il attaquerait et bousculerait les Russes dans les Balkans, sa flotte se dirigerait vers les bords du Danube et leur couperait la retraite. Ce plan fut exécuté. Zimiseès emmène avec lui quinze mille fantassins et treize mille cavaliers à travers les passages difficiles des Balkans, défait les Russes, s'avance à marches forcées, et lorsqu'il bat les Russes à Dorystolon sa flotte arrive. Les Russes conclurent alors la paix. Lorsque leurs restes voulurent remonter le Dnieper, ils furent attaqués et décimés par les Petchenègues.
(3) A la fin du dixième siècle, les empereurs byzantins
Leurs guerres contre Fempire byzantin ne causèrent à celui-ci que des ravages et ne Tentamcrent pas.
Lutte contre les Sarrasins et les Allemands dans t Italie du Sud, — Dans l'Italie du Sud, les Byzantins se trouvèrent en présence de deux adversaires principaux : les Sarrasins et les empereurs d'Allemagne. Les Sarrasins établis en Sicile depuis 823 attaquèrent souvent par mer les côtes de l'Italie byzantine, tandis que les empereurs d'Allemagne envahirent fréquemment les frontières terrestres du nord de l'Italie byzantine.
Les attaques des Sarrasins contre l'empire byzantin durèrent près de deux siècles, du milieu du neuvième au commencement du onzième; parfois vainqueurs, ils furent finalement repoussés par les Byzantins. A la fin du dixième siècle Byzance fut aidé contre eux par les Pisans (1) et par les Vénitiens (2), intéressés à supplanter les Sarrasins dans la Méditerranée occidentale et centrale. Trois fois les Byzantins voulurent même enlever la Sicile
n'ayant pas donné en mariage au grand-prince de Kief une princesse impériale, comme ils Tavaient promis, les Russes marchèrent sur KhersoA et s'en emparèrent. L'empereur envoya alors à Wladimir la princesse Anne et les Russes rendirent Kherson.
(J) En 976, alors que les Arabes et les ducs longobards attaquaient l'Italie du Sud, les Pisans secondèrent les Grecs dans les luttes contre les Arabes.
(2) On a vu à l'Évolution économique, 1. 1, 1. 1, chap. m, qu'à la fin du dixième siècle, les Arabes s'étant empares de Bari, les Byzantins appelèrent à leur secours Venise; celle-ci délivra Bari.
aux Sarrasins : en 964 et en 1025 et 1038. La première fois, ils donnèrent suite à leur projet ; mais Nicéphore Phocas qui conduisait Texpédition échoua. La deuxième fois, la mort de Basile II empêcha Tentreprise d'avoir lieu. La troisième fois les Byzantins aidés des Normands réussirent à s'emparer de la plus grande partie de Tîle. Cette conquête leur fut facilitée parle déclin de la puissance des Arabes et par les restes d'hellénisation de cette ile, hellénisation qui s'était accomplie pendant les trois siècles d'occupation byzantine de Justinien à l'invasion arabe et que les Sarrasins n'avaient pu faire disparaître.
Jusqu'à Othon I", les empereurs d'Allemagne ne se conduisirent pas en ennemis des Byzantins. Louis II s'allia avec Basile I" contre les Sarrasins (1) ; par suite de l'éloignement du centre de sa puissance les succès qu'il remporta ne profilèrent pas aux Allemands, mais aux Grecs. Les difficultés intérieures au milieu desquelles se débattirent les successeurs immédiats de Louis II ne leur permirent pas de revendiquer leur droit de domination sur l'Italie, et sur l'Italie du Sud en particulier. La lutte éclata entre les empereurs d'Allemagne et les Byzantins avec Othon I" (2),
(i) Les Sarrasins s'étaient alors répandus en Calabre; l'infanterie franque, la cavalerie et les galères grecques s'emparèrent de Bari (871), où s'était établie une colonie importante de Sarrasins; la Pouille et la Calabre rentrèrent complètement entre les mains des Grecs, mais ceux-ci durent payer tribut aux Sarrasins pour qu'ils ne recommençassent pas leurs incursions.
(2) Othon I*' envahit la Pouille, tandis que les Sarrasins atta-
OthonlT (1) et Henri II (2); les empereurs d'Allemagne trouvèrent des alliés d'une part dans les
quèrcnt la Ca labre et la Lonifobardie. Othon P*" demanda ensuite à Nicéphore Pliocas la main d'une princesse byzantine et que celle-ci lui apportât en dot l'Italie du Sud ; mais comme il était de principe chez les Byzantins qu'une princesse byzantine ne pouvait épouser un étranger, Nicéphore Phocas s*y refusa.
(1) Lorsque Othon II apprit la mort de Nicéphore Phocas, il envahit l'Italie grecque; Zimiscès, successeur de Phocas, obtint la retraite d'Othon II en lui donnant la main d'une princesse byzantine, Théophnno; mais la souveraineté n'étant pas domaniale dans l'empire byzantin, comme chez les peuples de l'Europe occidentale, Théophano n'apporta pas en dot à Othon II l'Apulie et la Calabre. Les Allemands ne contestèrent pas la suzeraineté des Grecs sur le comté de Naples et sur la principauté de Salerne. Quant aux principautés de Bénévent et de Capoue, elles restèrent sous la suzeraineté allemande.
Malgré la paix conclue entre Allemands et Byzantins, le prince de Bénévent, à l'instigation des Allemands, enleva Salerne aux Grecs et les ducs longobards de Capoue et de Salerne attaquèrent le thème de Longobardie; mais l'issue de la lutte fut indécise. Pendant que les Grecs avaient à repousser ces ennemis, les Arabes pillaient Tarente, Otrante, Gallipolt, et les Rossanitains se révoltaient contre leurs « magistros >i(976). Othon II, qui voulait posséder toute l'Italie, attaqua à son tour les Grecs ; il s'empara de Bari, occupa l'Apulie, prit Tarente et Rossano ; mai» les Arabes et les Grecs Firent trêve entre eux et les Arabes yain- (juirent Othon II. Cet empereur revint ensuite avec une nouvelle année, mais il mourut (983) ; les Grecs reprirent alors Bari et Ascoli que les Allemands occupaient.
En 994, les Arabes reparurent en Apulie ; quelques années après, ils enlevèrent Bari, mais Venise le leur reprit.
En 1009, des patriotes longobards Mélès et Datto se révoltèrent contre Byzance; ils s'allièrent aux Sarrasins, mais Mélè» fut vaincu par le capétano byzantin (1011); il prit alors à son service des Normands, envahit la Capitanate, et remporta des succès (1017), mais Basile II renforça ses troupes, Mélès fut vaincu et mourut peu après.
(2) Après l'échec de Mélès, le pape appela contre les Grecs
ÉVOLUTION POLITIQUE EXTÉRIEURE 'iSl
princes longobards de Bénévent, de Capoue et de Salerne, qui étalent les éléments germaniques les plus rapprochés de Tltalle byzantine, et d'autre part dans la papauté qui désirait voir disparaître de Tltalie toute domination étrangère. Mais le centre de la puissance des empereurs d'Allemagne était trop éloigné pour qu'ils pussent soumettre d'une façon durable Tltalie du Sud ; de plus, si les Sarrasins joignirent souvent leurs attaques à celles des Allemands, ils s'unirent aussi parfois aux Grecs contre les Allemands.
Les Byzantins de l'Italie du Sud sortirent finalement vainqueurs de leurs luttes contre les Allemands comme de leurs luttes contre les Sarrasins ; vers 1040, les Byzantins possédaient encore l'Italie du Sud et ils venaient même de parvenir à rentrer en Sicile.
Des considérations qui précèdent il résulte qu'à la fin de la deuxième phase des luttes qu'eut à subir l'empire byzantin, celui-ci avait perdu la Syrie, à l'exception des environs d'Aiitioche, l'Egypte, l'Afrique, presque toute l'Italie et la région nord-ouest de la péninsule des Balkans (l) ;
l'empereur d'Allemagne, Henri II; celui-ci assiège Troja défendu par des Normands au service du capétano, s'en empare; mais 41 échoue ensuite dans le sud de ritalie et retourne en Allemagne. Les Grecs rentrent alors en possession de Troja et du nord de la Fouille; Henri II meurt en 1024^ laissant les Grei s •encore une fois vainqueurs.
(1) On a vu que non seulement la partie de Tempire occupée par les Serbes et les Croates avait échappé à la domination byzantine, mais aussi la Dalmalie, qui était passée sous la dépendance de Venise. (Voir t. 1, 1. I chap. m.)
il comprenait donc encore TAsie Mineure, la plus grande partie de la péninsule des Balkans ; il conservait sa domination dans l'Italie du Sud et dans quelques villes de Sicile et Tavait rétablie sur l'Arménie, la Géorgie et ribérie.