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CHAPITRE V

ÉVOLUTION POLITIQUE EXTÉRIEURE (suite et fin)

Luttes de Tempire byzantin contre les peuples étrangers du milieu du onzième au milieu du quinzième siècle. — Première invasion turque. — Luttes contre les Normands dans l'Italie du Sud et dans la péninsule des Balkans. — L'empire vlaquobulgare. — Luttes contre les Latins, les Angevins et les Catalans. — Luttes contre les Serbes et contre la seconde invasion turque.

Première invasion turque, — Dans la troisième phase des guerres qu'eut à soutenir Fempire byzantin, comme dans la deuxième, son ennemi le plus redoutable vint d'Asie : ce furent les Turcs.

Après avoir détruit la Perse, les Arabes ne surent pas remplir le rôle qu'avait joué cet État, c'est-àdire le rôle de rempart contre les peuples de la Scythie d'Asie. Au contraire, ils attirèrent par la grande voie du plateau de l'Iran les Turcs qui claient établis au nord de la Sogdiane.

Comme les Barbares germaniques dans l'empire romain, les Turcs recrutèrent de plus en plus les armées dans l'empire arabe d'Asie ; ils parvinrent à exercer non seulement des fonctions militaires, mais aussi des fonctions civiles, disposant des khalifes comme les Barbares germaniques avaient dis-

posé des empereurs romains, avant la chute de Templre d'Occident (1).

Lorsque Tempire arabe déclina, les tribus turques franchirent de plus en plus Tlaxarte, comme les tribus germaniques avaient traversé les frontières de Tempire romain, lors de la décadence de celui-ci. Elles le firent encore plus volontiers que ne l'avaient fait les tribus germaniques, car les Turcs étaient des peuples pasteurs et nomades, alors que les tribus germaniques commençaient à arriver, au point de vue économique, à l'état agricole lorsqu'elles envahirent l'empire romain.

Vers la fin du dixième siècle Mahmoud, un prince indépendant d'une des provinces de l'empire arabe limitrophes delà Sogdiane, celle de Ghazna, recruta ses troupes avec des tribus entières de Turcomans (2). A la mort de Mahmoud, ces tribus choisirent parmi elles un chef : Seldjouk; vainquirent les successeurs de Mahmoud et continuèrent leur route vers la Méditerranée.

Après avoir soumis le plateau de l'Iran, elles se trouvèrent en présence du khalife de Bagdad ; mais comme les Turcs s'étaient convertis au mahomc* tisme avant leur invasion, et qu'ils considéraient le khalife comme le successeur du prophète, ils se prosternèrent devant lui ; en échange de la reconnaissance de ses pouvoirs religieux, le khalife dut décerner à Togrul-Beg, le chef des Turcs, le titre

(1) Voir t. II, chap. iv, page 181.

(2) Avec ces conquêtes, Mahmoud fit des conquêtes de la Géorgie à Delhi.

de lieutenant temporel du vicaire du Prophète et par suite investir celui-ci de la toute-puissance dans ses Étals.

Les Turcs seldjoukides, continuant leur route vers la Méditerranée, se heurtèrent à TArménie et ô Tempire byzantin.

Ils furent pour les Grecs un adversaire beaucoup plus redoutable que ne l'avaient été les Arabes aux neuvième et dixième siècles. La puissance des Turcs se développait alors, tandis que celle des Arabes aux neuvième et dixième siècles était en décadence ; les Turcs, qui étaient nomades, faisaient de véritables invasions, tandis que les Arabes des neuvième et dixième siècles, qui étaient devenus à peu près sédentaires, ne faisaient que des incursions; les Turcs, qui étaient beaucoup moins civilisés que les Arabes, étaient plus fanatiques qu'eux et haïssaient bien davantage les chrétiens; ils savaient se servir beaucoup mieux de la fortification que les Arabes : ils mettaient en état de défense les passages des rivières et des montagnes, au fur et à mesure qu'ils avançaient, procédant dans leurs invasions par bonds successifs et s'assurant ainsi la conservation de leurs conquêtes; mais, contrairement aux Arabes, les Turcs, habitués à vivre dans les grandes plaines, ignoraient Tart de la navigation et ils durent plus tard faire construire leurs flottes dans la Méditerranée par des captifs grecs. 'Ce qui affaiblit tout d'abord la force d'offensive des Turcs seldjoukides contre l'empire byzantin, ce fut le désir qu'eurent Alp-Arslan et son fils Malek-Shah

de rétablir le khalifat de Bagdad à leur profit; ces sultans durent par suite tourner presque toute leur attention sur l'Asie (1).

Au moment où l'invasion turque assaillait l'empire byzantin, la noblesse et l'Église se développaient dans celui-ci au détriment de la monarchie, l'évolution sociale conduisait au démembrement de la souveraineté (2), et l'avènement de la nouvelle dynastie était marqué par de nombreux troubles politiques, qui permirent aux Turcs d'intervenir en prenant parti pour les prétendants à la couronne impériale et les usurpateurs (3). Les attaques auxquelles était en but l'ouest de l'empire de la part des Normands et que les empereurs byzantins (4) redoutaient plus que celles des Turcs favorisèrent également les invasions de ce peuple dans l'empire.

L'armée de l'empire byzantin avait cependant des eflFectifs encore élevés (5); elle comprenait des

(i) Alp-Anlan, qui avait pénétré jusqu'en Pkrygie avec ses armées, laissa ses émirs poursuivre la guerre en Asie Mineure ; après sa victoire sur Romain Diogène, il ne continua pas ses opérations contre Tempire byzantin, mais se dirigea ver» le Turkestan. Malek-Shah se consacra à l'organisation de sa puissance et lit de nouvelles conquêtes dans le Turkestan, abandonnant à Soliman le soin de conquérir l'Asie Mineure.

(2) Voir t. I, 1. I, ckap. u.

(3) Soliman soutint Nicéphore Botoniates et lorsque celui-ci fut sur le trône, il lui fournit un corps de deux mille Turcs.

(4) Alexis signa la paix avec Soliman, pour pouvoir se tourner contre Robert.

(5) Alexis put réunir soixante-dix mille hommes poar aller au secours de Durazzo assiégé par les P^ormands (1081). Dix ans avant, Romain Diogène s'était porté avec plus de cent mille Kommes contre Alp-Arslan.

mercenaires recrutés parmi certains peuples étrangers (1) et parmi certaines populations de l'empire (2) et des milices provinciales (3). Mais la tactique des Byzantins avait décliné ; dans une bataille contre les Turcs, l'un des meilleurs empereurs, Romain Diogène, disposa son armée en bataillon serré au lieu de la former sur trois lignes comme l'avaient fait ses prédécesseurs du dixième siècle.

L'animosité religieuse des Grecs contre les musulmans avait bien diminué par suite de la longueur de leurs luttes et par suite des nombreuses relations qui s'étaient établies entre eux, malgré les guerres; aussi était-il impossible de les lever contre les Turcs en faisant appel ù leurs sentiments religieux, comme sous Nicéphore Phocas.

Les Turcs ayant conquis l'Arménie (1065-1068), il leur fut facile de s'emparer de l'Asie Mineure (4); Soliman s'en rendit maître de 1074 h 1084 et en 1085 il occupa Antioche (5).

Les Byzantins voyant leur échapper le centre de leur puissance (6) songèrent à le reprendre. Leur

(i) Les corps étrangers étaient recnités panni le* Danoît, les

Anglais, les Francs, les Normands, les Bu]|rares, même les Tnrcs, et surtout parmi les Yarangiens.

(2) Les corps nationaux étaient recmtéfl panni les Pauliciens de Thrace et de Baigarie, les Macédoniens et ies Albanais; c'étaient généralement d'excellents soldats.

(3) Les milices défendirent souvent l'Asie Mineure contre lef Turcs.

(4) Voir t. II, chap. m, page 167.

(5) Les Turcs enlevèrent aussi vers la même époque la Syri^ et la Palestine aux khalifes fatimitev.

(6) On a vu que le centre de la puissance des Byzantins était

armée aCFaiblie par les luttes contre les Turcs et les Normands ne trouvait plus ni dans les populations de Tempire ni parmi les nations étrangères voisines des mercenaires pour s*alimenter. L'empereur Alexis s^adressa alors à l'Europe occidentale, par Toryane du pape, tout puissant à cette époque dans cette partie de l'Europe ; il lui demanda un secours en hommes comme un siècle auparavant Basile II avait demandé un corps auxiliaire au grand-prince de Kief. Mais les peuples de l'Occident, entraînés par leur esprit aventureux et par leur ferveur religieuse, qu'attisa le pape pour mettre sous sa juridiction l'Orient chrétien, se rendirent en grand nombre en Orient et entreprirent les croisades.

Lorsque les croisés arrivèrent à Constantinople, Alexis espérait encore qu'ils reprendraient aux Turcs les provinces perdues au nom de l'empereur comme des mercenaires étrangers; il leur fit prêter hommage et promettre la restitution des conquêtes qu'ils feraient; mais, dès qu'ils furent en Asie, les nobles latins, qui comptaient s'y tailler des principautés, oublièrent vite leurs promesses, à la grande colère des Byzantins.

Les peuples originaires de Germanie, qui s'étaient substitués à Rome dans la domination de l'Europe occidentale, se heurtèrent donc dans l'empire byzantin aux peuples originaires de l'Altaï, qui

beaucoup plus ea Asie Mineure que dans la péninsule des Balkans.

s*étaîent substitués aux Arabes dans la domination deTAsie occidentale. Mais les peuples germaniques étaient établis depuis plus de six siècles dans TEurope occidentale, tandis que les Turcs venaient de se rendre maîtres de l'Asie occidentale; le centre de la puissance des peuples germaniques était donc fixé tandis que celui des Turcs était encore mobile; aussi les peuples germaniques n'envoyèrent en Orient qu'un contingent relativement faible, tandis que les Turcs agirent encore par invasion.

Lorsque les croisés arrivèrent en Asie, l'empire de Malek-Shah s'était dissocié (1) après la mort de ce prince turc ; ils ne se trouvèrent en Asie Mineure qu'en présence du royaume de Roum : aussi purentils vaincre assez facilement les Turcs (2).

Si les croisés conservèrent pour eux leurs conquêtes — le royaume de Jérusalem, les principautés d'Edesse et d'Antioche — leurs victoires profitèrent cependant aux Byzantins. Tandis que les croisés continuaient leur marche sur Jérusalem, Alexis reprenait les côtes d'Asie Mineure sur la mer Noire et sur la mer Egée, et chassait les Turcs des îles de Ghios et de Rhodes.

A la mort de Bohémond, prince d'Antioche, ses successeurs ayant cédé aux Byzantins les villes de Tarse et de Malmislra, l'empire byzantin possédait

(1) A la mort de Malek-Shah (1092), son frère et ses quatre fils se disputèrent sa succession: après plusieurs guerres civiles, la branche ainée eut la Perse et les trois branches cadettes reçurent respectivement le Kerman, la Syrie et le Roum.

(2) Les Fatimites profitèrent aussi des dissensions survenues a la mort d'Alp-Arlan ; ils reprirent la Palestine aux Turcs.

toutes les côtes d'Asie Mineure de la Syrie à Trébizonde; mais en 1187 la fondation de la petite Arménie en Gilicie par des Arméniens enleva définitivement cette province aux Byzantins ; en outre, le maintien des Turcs sur le plateau de TAsie Mineure d'où ils n'avaient pas été expulsés par les croisés constituait pour les Grecs une menace permanente : les Turcs pouvaient facilement se rendre maîtres de toute la péninsule.

Néanmoins, l'empire byzantin n'eut plus à redouter pendant longtemps la puissance des Turcs ; au douzième siècle, leurs dissensions intestines, les victoires des croisés, la concentration des efforts du monde musulman contre Jérusalem que lui disputait l'Église chrétienne romaine, enrayèrent l'offensive des Turcs vers l'Europe, et dans la deuxième moitié du treizième siècle l'invasion mongole vint détruire complètement la puissance des Seldjoukides.

Luttes contre les Normands dans t Italie du Sud et dans la péninsule des Balkans. — Dans la troisième phase des luttes qu'eut à subir l'empire byzantin contre les peuples étrangers, si ses luttes en Asie furent suspendues pendant quelque temps, il n'en fut pas de même dans ses provinces d'Europe ; il y eut à combattre presque continuellement.

Ce fut dans l'Italie du Sud qu'il fut assailli en premier lieu ; tandis qu'il était attaqué sur le Bosphore par les Russes, l'une des deux branches d'invasion des Normands (1043), il était assaiUi dans la Fouille par l'autre branche d'invasion des Normands (1040-1048).

Les Byzantins avaient jusqu^alors réussi à repousser dans ritalie du Sud toute invasion étrangère et ils avaient hellénisé la plus grande partie de cette possession. Mais TApulie était restée italolombarde; en outre, les exactions de Tadministration byzantine et les impôts excessifs auxquels Byzance avait soumis les populations amenèrent dans ritalie byzantine des soulèvements qu'attisèrent le pape et les ducs longobards voisins ; au onzième siècle, les paysans s'insurgeaient continuellement.

C'est alors que les Normands, attirés dans cette région par les combats qui s'y livraient, mécontents de la façon dont ils avaient été traités par les Byzantins lorsqu'ils avaient servi dans leurs armées, sortirent de la colonie d'Averse, qu'ils avaient créée près de Naples, et envahirent la Fouille, ne laissant à l'empereur que Bari, Otrante, Brlndes et Tarente.

Quelques années après, les Byzantins (1) s'unirent au pape pour détruire la puissance que les Normands avaient fondée et qui inquiétait le pontife romain ; mais les deux alliés furent vaincus ; le pape traita avec les Normands; les Grecs, occupés à repousser l'invasion turque, abandonnèrent complètement l'Italie du Sud. Les Normands établirent facilement leur domination dans leur nouvelle conquête; ils laissèrent à la féodalité du pays ses droits et respectèrent l'Église grecque, mais ils

(1) Constantin Monomaque songea avant à transplanter les Normands sur les frontières orientales de l'empire^ mais ceux-ci 8*y opposèrent*

réduisirent au servage la population rurale (l).

Les Normands soumirent quelque temps après la Sicile, puis reprirent leur marche vers l'est ; le centre de leur puissance s'étant fixé, ils ne firent plus d'invasions, mais de simples expéditions.

Ils s'attaquèrent à l'empire byzantin proprement dit, dont ils n'étaient plus séparés que par le canal d'Otrante. S'ils furent secondés dans leur entreprise par les Albanais, le caractère chaotique de la côte ouest de la péninsule des Balkans, les révoltes fréquentes des comtes normands qui ne reconnaissaient à leurs rois qu'un faible pouvoir, les attaques des empereurs d'Allemagne que les empereurs appelèrent en Italie contre les Normands, enrayé* rent souvent l'offensive de ceux-ci et firent finalement échouer leurs expéditions contre l'empire byzantin (2).

(1) Voir t. I, 1. I, chap. ii.

(2) Partis d'Otrante, les Normands prirent GorFou et assiégèrent Durazzo (1081); Ryzance appela alors Venise à son •ecours ; celle-ci envoya une flotte, maîsles Normands tinrent toujours devant Durazzo; Alexis^ qui venait de traiter avec les Turcs, se porta sur Durazzo avec soixante-dix mille hommes; mais il fut battu et Durazzo dut se rendre (1082). Robert Guiscard s'avança ensuitp sur Thessalonique, mais la révolte de ses comtes en Italie et l'approche de l'empereur Henri IV le forcèrent à laisser le commandement à son fils Bohémond. Celui-ci remporta deux victoires sur l'empereur grec et assiégea Larissa; mais abandonné i)ar ses comtes, il dut retourner en Italie.

En 1084, l'empereur Henri IV, qui était venu jusqu'à Rome, étant reparti par la Lombardie, Robert reprit ses projets de conquête contre l'empire byzantin; malgré les flottes grecques et vénitiennes, les Normands purent débarquer en Épire et remportèrent sur mer une victoire éclatante; mais Robert mourut

Lorsque les Normands arrivèrent en Ma(^édoine, ils préférèrent se diriger vers la Thessalie et la Hellade plutôt que de continuer leur marche vers la capitale de Tempire. En se portant vers Constant!nople, les Normands auraient eu en effet à parcourir une route très longue; ils se seraient de plus en plus éloignés de leur base d'opérations, ritalie, dans laquelle ils pouvaient être rappelés soudainement, soit par des révoltes intérieures, soit par des attaques des empereurs d'Allemagne ; ils se seraient en outre rapprochés du centre de la puissance de Tem^pire byzantin et par suite auraient rencontré des forces militaires ennemies de plus en plus grandes. En se jetant sur la Hellade, les Normands ne s'éloignaient pas trop de l'Italie du Sud, et ils pouvaient facilement communiquer par mer avec celle-ci ; ils n'avaient pas à craindre de se trouver en présence d'armées nombreuses de Byzantins que les attaques des Turcs relenaient au centre de l'empire.

Pour bien asseoir leur domination en Hellade, pour empêcher que les Byzantins n'y envoyassent des secours, les Normands essayèrent d'anéantir la puissance maritime des Grecs. Avec Roger, ils

au Qioinent où il voulait se porter sur la Grèce et les îles de l'Archipel (1085),

Quelques années après la première croisade, Bohémond, prince d*Antioche, voulut s'assurer un point d'appui entre l'Italie et sa principauté; il se rendit chez ses Normands d'Italie, passa l'Adriatique avec cinq mille chevaux et quarante mille fantassins et attaqua Durazzo ; mais il fut repoussé et dut signer la paix avec Alexis.

furent sur le point d'y réussir (1). Grâce à Tappui des flottes vénitiennes, Tempereur Manuel reprit Favantage ; il parvint même à rentrer dans Tltalie, les Turcs ne retenant pas toutes les forces de Tempire près de Gonstantinople et les populations de ritaliedu Sud, encore grécisées (2) supportant difficilement la domination des Normands.

Les Normands, qui avaient conservé la possession de la Sicile, ne tardèrent pas d'ailleurs à chasser (1 156) les Grecs de Tltalie du Sud, qui était trop éloignée de Gonstantinople pour être facilement secourue par les Byzantins, et ils reprirent même leurs projets de conquête dans la péninsule des Balkans. Gomme les Turcs, ils profitèrent des dissensions politiques de Tempire pour intervenir (3) ; mais ils échouèrent finalement et, en 1194, Henri YI détruisit le royaume normand.

L'empire byzantin sortait donc en partie vainqueur de sa lutte contre les Normands, mais un nouvel ennemi surgissait dans la péninsule des Balkans.

(1) En 1146, Tescadre de Roger s'empara de Corfou, débarqua en Grèce des troupes qui entrèrent à Athènes, Thèbes et Corinthe et, surprenant Gonstantinople, y débarqua aussi quelques hommes. Mais Manuel chassa les Normands de TArchipel et reprit Corfou.

(2) Les Normands étaient obligés d'employer la langue nrecque dans leurs rapports avec les populations. Il en fut encore de même plus tard au début de la domination des Angevins.

(3) Gomnène détrôné par Andronic les appela à son secours (1156) ; ils pénétrèrent dans l'empire, mais, à la suite d'une révolution qui punit les crimes d'Andronic, les Grecs s'unirent contre les Normands et les chassèrent de l'empire.

L'Empire vlaquO'bulgare. — La noblesse bulgare, qui avait été vaincue par Basile II, se révolta en 1186 contre Tempire byzantin, et rompit le faible lien de dépendance qui la rattachait à celui-ci. Elle profita du mécontentement des paysans bulgares, causé par des vexations d'Isaac TAnge (1), pour soulever toutes les populations du nord de la Thrace et celles de la Macédoine ; afin de donner plus de vigueur à cette rébellion, elle fit déclarer par les voyants que leur patron Démétrius avait abandonné pour toujours le parti des Grecs.

Les Bulgares vainquirent les empereurs byzantins (2), et il se forma un empire vlaquo-bulgare, à la tète duquel fut placé un empereur (3) ; mais les luttes entre les boyards et les empereurs vlaquo-bulgares (4) arrêtèrent les progrès de ce nouvel empire.

A la fin du douzième siècle, tout le nord et le centre de la péninsule des Balkans n^appartenaient plus à Byzahce.

(i) Isaac i*Ângc leur fit enlever leurs troupeaux pour servir à la pompe de ses fêtes nuptiales.

(2) L'empereur Isaac les vainquit d'abord à Eski-Zagra ; mais ils défirent ensuite les Byzantins à Berrhea et pillèrent Varna, Andrinople et Sophia.

(3) Pierre, qui était de race bulgare, prit le premier la couronne impériale.

(4) Les boyards se soulevèrent contre Pierre, prirent pour chef Asan ; celui-ci ne put discipliner les boyards qu'à force de rigueur. — Alexis III 8*allia contre l'empereur Johannitsa avec un boyard et ensuite avec un usurpateur. — Les empereurs vlaquo-bulgares, Pierre Asan, Johannitsa, Michel Asan moururent assassinés*

Luttes contre les Latins, les Angevins et les Catalans. — Quelques années après, les Latins lui enlevèrent la péninsule des Balkans et les îles de la mer Egée.

L^empirebyzantin,qui avait échappé au cinquième siècle aux invasions germaniques, se vit ainsi assailli par des peuples en partie d'origine germanique. Après avoir été attaqué en Europe par ses voisins immédiats les Bulgares, puis par des peuples établis plus loin — les peuples de Hongrie et les Russes — il était assailli par des peuples habitant encore plus loin : par ceux de l'Europe occidentale.

Les croisades mirent en contact pour la première fois le monde latin et le monde grec ; dès le début, Tanimosité entre eux éclata ; elle dérivait non seulement du malentendu sur la destination à donner aux conquêtes futures, mais surtout de la différence d*organisation sociale et politique de ces deux mondes et de leur divergence d'esprit, ce qui les empêchait de se comprendre et ce qui ne pouvait avoir pour résultat que de les indisposer l'un contre l'autre.

Le monde latin était soumis au régime féodal; son principe de droit public était donc la souveraineté territoriale et domaniale; il avait l'esprit militaire ; il était agricole et agissait sous la direction du pape.

Le monde byzantin avait pour principe de droit public : la souveraineté personnelle ; il était intellectuel, il était commerçant et il avait toujours repoussé la juridiction du pontife romain.

Lors des trois premières croisades, des dissentiments nombreux éclatèrent entre croisés et Byzantins (1). Lors de la quatrième croisade, quand les Latins se furent établis à Constantinople sous le prétexte de rétablir sur le trône l'empereur Isaac et son fils Alexis, et qu'ils furent ainsi en contact constant avec les Grecs, Tanimosité entre les deux peuples grandit vite et amena bientôt la lutte entre eux.

Débarqués en juillet 1203 à Constantinople, les Latins s'en emparèrent en avril 1204 et établirent leur domination sur l'empire.

Dans l'organisation de leur nouvelle conquête, les Latins s'inspirèrent des principes du système féodal : dans leurs rapports entre eux, la souveraineté fut d'une manière générale territoriale et domaniale.

La fonction impériale, tout d'abord élective pour le premier empereur, fut ensuite héréditaire. Le quart des possessions de l'empire grec fut attribué à l'empereur latin, et le reste fut partagé par moitié entre les Vénitiens et les barons français. Les hauts barons reçurent des fiefs constitués avec des terres enlevées à des propriétaires grecs, et les chevaliers,

(1) Lors de la première croisade, Alexis se hâta de faire passer en Asie les croisés et de faire revenir aussitôt après ses bateaux sur la rive d'Europe.

Lors du passage des deuxième et troisième croisades, les Grecs fermèrent les portes de leurs villes.

Lors de la deuxième croisade, les guides {rrecs ^{]|arèrent les Allemands en Asie Mineure; et ils arrêtèrent Louis VU à son retour; celui-ci fut délivré par la flotte normande.

les bourgeois, les sergents d'armes, TÉglise, les prélais, reçurent des fiefs constitués avec des terres impériales.

Les feudataires prêtèrent hommage à leur suzerain, durent le service militaire à celui-ci et formèrent sa cour judiciaire.

Les bourgeois, qui commençaient alors à constituer une classe dans TEurope occidentale, dont Tappui était nécessaire aux nobles, et qu'il était indispensable de retenir pour défendre les nouvelles conquêtes, obtinrent une haute-cour particulière (1).

Quant aux habitants grecs, les Latins leur laissèrent leurs lois civiles, financières et municipales, ne leur demandant que de payer les mêmes impôts qu'à l'empereur byzantin.

Lorsque les Latins s'emparèrent de l'empire grec, l'évolution sociale et territoriale de celui-ci conduisait à grands pas vers le démembrement de la souveraineté, surtout dans le sud de la péninsule balkanique ; par suite à une organisation sociale analogue au système féodal de l'Europe occidentale (2); aussi la domination des Latins put-elle s'établir assez facilement sur leurs nouvelles conquêtes et ce fut dans la Hcllade et la Morée qu'elle subsista le plus longtemps (3).

L'empire latin ne tarda pas à s'afiFaiblir; des dissensions se produisirent entre la noblesse et

(1) Voir l'Église dans Tempire latin^ t. I,U I, chap. i

(2) Ibidem, chap. ii.

(3) Ibidem.

rÉglise (1); des luttes éclatèrent entre les nobles qui cherchaient à empiéter sur les possessions des uns et des autres, et voulaient refuser Thommage-lige à leur suzerain; le nombre des Latins décroissait continuellement, car non seulement ils ne recevaient aucun renfort de l'Europe occidentale, maisencore beaucoup d'entre eux abandonnaient leurs terres pour retourner dans leur pays d^origine.

L'empire latin, tel qu'il était organisé, ne pouvait pas apporter de cohésion dans sa défense ; le lien qui rattachait les hauts barons à Tempereur était très lâche et la hiérarchie qui, au début de la conquête, existait entre les nobles avait disparu également; par cette raison et par suite aussi de rétendue relativement grande de l'empire latin, il était impossible à l'empereur latin de réunir sous son commandement toutes les forces de son empire pour faire face à un ennemi.

Si les Grecs de l'empire latin ne souffrirent pas de la domination de leurs nouveaux maîtres, qui leur avaient laissé leurs coutumes, ils supportèrent difficilement l'intolérance de l'Église romaine (2); ils s'éloignèrent des Latins.

Ce fut l'empire vlaquo-bulgare qui attaqua le premier l'empire latin. Avant la fondation de celuici, les Bulgares, dont le développement était gêné par l'empire grec, proposèrent aux Latins de s'unir

(i) Voir t. I, l. I, chap. I.

(2) Ibidem.

à eux contre les Byzantins (1). Après rétablisse nient deTempire latin, les Bulgares, trouvant maintenant devant eux les Latins au lieu des Grecs, s'unirent à ceux-ci et assaillirent l'empire latin en Thrace(2) (1205).

Pendant que Tempire latin luttait contre les Bulgares, les despotes d'Épire (3) étendaient leur puissance vers Test, coupant les Latins de Macédoine de ceux de Hellade.

Les empereurs de Nicée développaient la prospérité de TAsie grecque, la région la plus florissante de Tancien empire grec; reconstruisaient une flotte, reformaient une armée et s'efforçaient d'introduire dans celle-ci la discipline qu'ils avaient remarquée chez les Latins.

(1) L'empereuf Pierre invita Frédéric Rarberousse à se joindre u lui contre les Ityzantins.

Lors de la quatrième croisade, Johannitsa 8on{;ea à proposer aux Latins son concours pour prendre Constantinople.

(2) Ils profitèrent de ce que Henri, frère de l'empereur Baudouin, avait emmené ses troupes au delà de i'Hellespont pour massarrer les Latins en Thrace- Johannitsa joignit à ses Bulgares quatorze mille Comans, turcomans de Moldavie, et s'avança vers Andrinople; l'empereur Baudouin qui alla à leur rencontre fut battu et fait captif (1205). Les Bulgares continuèrent à piller la Thrace. L'empereur Henri, qui avait succédé à Baudouin en 1206, battit Johannitsa dans plusieurs rencontres; Johannitsa fut ensuite assassiné et les Bulgares signèrent alors la paix avec Henri.

(3) On a vu t. I, I. chap. ii, qu'il subsista de l'empire grec trois débris : le despotat d'Ëpire, l'empire de Nicée et celui de Trébizonde. Celui-ci était trop éloigné de Tempire latin pour participer aux attaques des Grecs contre cet empire, bien qu'un grand nombre de Qrecs s'y fussent réfugiés après la chute de Constantinople.

Lorsque les Grecs eurent ainsi réorganisé leurs forces, ils passèrent à Toffensive. Sous Tempereur latin, Robert (1221-1228), le despote d'Épire conquiert le royaume de Thessalonique et s'empare Blême d'Andrinople ; l'empereur de Nicée se rend maître, avec sa flotte, des iles de Lesbos et de Rhodes et intercepte tout secours qui pouvait arriver aux Latins de TOccident.

Quelques années après, grâce à sa flotte, Tempereur de Nicée débarque enThrace; il se lie ainsi avec le despote d'Épirc et les Bulgares, et sépare définitivement les Latins de Constantinople de ceux de Hellade, entre lesquels il avait déjà coupé les communications par mer; il s'attaque alors avec l'aide des Bulgares à Constantinople, mais il échoue.

Des dissensions entre les empereurs de Nicée et les Bulgares, et entre ces empereurs et les despotes d^Épire suspendirent momentanément l'œuvre d'affranchissement des Grecs. Les empereurs de Nicée consolidèrent alors leur situation dans la péninsule des Balkans; ils chassèrent les Bulgares des montagnes de Thrace et de Macédoine, construisirent en Thrace de nombreuses forteresses, s'emparèrent du royaume de Thessalonique, vainquirent le despote d'Épire, mais ne parvinrent pas à établir leur domination en Épire, Thessalie, Hellade etMorée (1), Cette œuvre accomplie, les empereurs de Nicée se tournèrent de nouveau contre

(i) Voir t. I, 1. I, chap. ii.

GoDstantlnople ; rancienne capitale de l'empire grec tomba entre leurs mains; Tempire latin disparut définitivement et l'empire grec fut rétabli (1261) (1).

La domination des Latins se maintint néanmoins dans l'ancienne Grèce ; ce fait fut dû non seulement à ce que l'organisation sociale y était semblable à celle de l'Europe occidentale féodale, mais encore à ce que les princes d'Acbaïe se montrèrent tolérants et à ce que les tribus slaves qui s'étaient souvent rendues indépendantes de Byzance y étaient plus nombreuses que dans les autres thèmes de l'empire grec; aussi, lorsque les armées des empereurs byzantins se montrèrent dans cette région, soit par voie de terre (2), soit par voie de mer (3), les populations ne cherchèrent-elles pas à s'affranchir de la domination dès Latins.

Mais les princes latins luttèrent fréquemment entre eux et ils manquèrent généralement d'héritiers mâles ; de plus, les Slaves se soulevèrent, ne voulant pas plus se soumettre aux Latins qu'auparavant aux Grecs; aussi au quatorzième siècle, sous

(i) On a vu, t. I, i. I, chap. m, que les Byzantins reprirent Lesbosy GIu'o et Rhodes.

(2) Voh-t. I, 1. I, chap. ii.

(3) Michel Paléologue n'ayant pas pu soulever en sa faveur les populations de Hellade, en 1259, en arrivant par voie de terre, essaya ensuite de soulever celles de Morée en venant par voie de mer. En 1262, le sébastocrator Constantin débarqua à Monembasie, mais les populations ne se soulevèrent pas en sa faveur et il fut battu; il en fut de même plus tard pour le despote Jean Paléologue, qu'il envoya par voie de terre en Grèce, et pour son amiral qu'il y dirigea par mer.

Cantacuzène, les Grecs, grâce à leur puissance maritime et aux places qu'ils avaient acquises en Morée (1), purent-ils rentrer dans cette péninsule et y rétablir leur domination.

Constantinople venait à peine de retomber au pouvoir des Grecs que de nouveaux Latins se je-> tèrent sur Tempire grec (2). Les Angevins, après avoir battu Manfred en Italie, avaient acquis les domaines que celui-ci possédait en ,Épire par sa femme Hélène, fille du despote d'Épire, Michel H (3); ils voulurent se servir de ce point d'appui pour conquérir Tempire byzantin et rétablir Tempire latin à leur profit; mais ils échouèrent (4) et ce fut la dernière tentative des peuples de l'Europe occidentale contre l'empire grec.

Cependant quelques années après, au commencement du quatorzième siècle, des Catalans parvinrent à s'établir dans la péninsule des Balkans. Ces Catalans étaient des mercenaires étrangers qui avaient aidé les Angevins dans leurs conquêtes et qui imposèrent ensuite leur service aux Byzantins contre les Turcs. Mais au lieu d'être un élément de force pour l'empire grec, ils furent pour celui-ci un élément de troubles; ils se soulevèrent; les uns ravagèrent les côtes de l'empire,

(i) Michel Paléologuc se fit céder par Gailiaume de Villehardouin les places de Monembasic, Maïna et Mis! Ira en Morée.

(2) Od a vu t. I, 1. I, chnp. i, que ce furent les papes qui lancèrent Charles d'Anjou dans cette entreprise.

(3) On a vu, t. I, 1. I, chap. ii, qu'en Épire la souveraineté était démembrce et que par suite elle était domaniale.

(4) Voir t. I, I. I, chap. i.

d^autres s^emparèrent de Galiîpoli, y résistant à toutes les attaques des empereurs byzantins et coupant ainsi les communications de l^empire avec l'Europe; la grande compagnie se jeta ensuite sur la Grèce et y établit sa domination pendant quatrevingts ans, après avoir battu les ducs latins d'Athènes et de Thèbes.

Aux Catalans succédèrent à Athènes comme ducs les Acciajuolif qui appartenaient à une famille de Florence; ils y régnèrent jusqu'à la conquête de l'ancienne Grèce par Mahomet II (1456).

Lutte contre les Serbes et contre la seconde tnva^ sion turque. — Après le rétablissement de l'empire grec, les provinces de l'Europe de cet empire furent entamées ou envahies non seulement par les Latins, les Angevins, les Catalans, les despotes d'Épire (I), les Albanais (2), mais encore par les Slaves. Ces Slaves ne furent pas les Bulgares, mais les Serbes.

Au moment où Constantinople rentrait en possession des Grecs (1261), l'empereur de l'empire vlaquo-bulgare, Michel Asan, venant de mourir assassiné, la noblesse bulgare, qu'il avait toujours été impossible de soumettre à la monarchie absolue, releva la tète; des troubles éclatèrent et se prolongèrent jusqu'à l'invasion turque; l'empire vlaquo-bulgare se dissocia (3).

(1) Voir t. I, 1. I, chap. lu

(2) Voir t. II, chap. ii.

(3) Des seigneurs bulgares régnèrent tour à tour sans pouvoir fonder de dynastie durable ; cependant dans la partie occidentale

Les Serbes, au contraire, étalent tout puissants; ils nWaient fait que grandir depuis le jour où ils avaient déchiré le faible lien qui les rattachait encore au milieu du onzième siècle à Byzance.

Quarante ans avant la prise de Gonstantinople par les Latins, en II65, le grand joupan de Rascie(I), grâce à la position centrale de cette région entre les plaines de la Morawa et les montagnes de Dioclée (2) et d'Herzégovine, fonda, après de brillants succès, une Serbie s'étendant du Danube à r Adriatique.

La noblesse féodale qui s'était formée chez les Serbes après leur établissement dans le nord de la péninsule des Balkans (3) était toute puissante au treizième siècle ; la souveraineté était toujours territoriale et domaniale; le fief était la clef de voûte du système social ; la noblesse était héréditaire ; les nobles avaient pleine souveraineté sur leurs colons et leurs serfs; ils avaient droit de basse justice et c'étaient eux qui conduisaient au roi les troupes de leurs terres; les joupans avaient sous leur pouvoir les troupes du comté, qui était une division à la fois militaire et administrative de Serbie ; ils prenaient part au gouvernement du roi et la guerre se faisait rarement sans leur avis.

A côté de la noblesse s'était formée une autre

de la Bulgarie, dans la région de Widin, qui se sépara de la BuU f;arie vers la fin du treizième siècle, il se forma une dynastie qui dura jusqu'à l'invasion turque.

(1) Territoire actuel de Novi-Bazar.

(2) Monténégro actuel.

(3) Voir U II» chap« iv.

puissance sociale devenue très importante aux treizième et quatorzième siècles, c'était TÉglise. Elle se divisait en clergé régulier et en clergé séculier; le premier était plus puissant que le second. L'Église comme la noblesse possédait de grands domaines et de nombreux privilèges. Les hommes qui étaient sur ses terres étaient comme ses membres exempts du service militaire. Gomme gardienne de la moralité publique, elle était parvenue à attirer à elle les jugements relatifs aux testaments, héritages et divorces. La prêtrise devint héréditaire ; mais TÉglise pouvant faire entrer dans ses rangs tout individu, celle-ci ne se transforma pas tout à fait en une caste.

Au-dessous de ces deux puissances sociales était le peuple : il n'était plus exclusivement pasteur au treizième siècle : il comprenait des cultivateurs, serfs et hommes libres, et des artisans; ceux-ci étaient en nombre limité et leur condition était héréditaire (1).

Les grands joupans de Serbie cherchèrent à fonder la monarchie absolue; au commencement du treizième siècle, avec Stéphane I*', ils prirent le titre de kral ou roi, et au milieu du quatorzième siècle, avec Douchan, ils prirent celui de tsar. Lors de l'accroissement de leur puissance^ ils eurent à lutter contre la noblesse. Pour triompher de celle-ci, ils s'appuyèrent sur l'autre puissance sociale, l'Église, et sur le peuple; ils favorisèrent le

(1) Par suite un seul fils pouvait remplacer U père..

développement de rEgH8e(l'), Tunirent étroitement à eux et la rendirent autocéphaley par consé* quent complètement indépendante de Byzance (2) ; ils conservèrent sous leur juridiction les cultivateurs libres, et au quatorzième siècle, Douchan, dans son code, protégea les roturiers et les colons contre les grands.

Pour affranchir le pouvoir royal de la noblesse et faire de Tétre social serbe un être politique, les rois de Serbie dotèrent celle-ci d'une administra^ tion relevant d'eux, se créèrent des ressources financières propres et formèrent une armée dépendant directement d'eux.

L'administration de la Serbie fut calquée sur celle de l'empire byzantin, dont le despotisme des empereurs était envié par les rois de Serbie et dont la civilisation pénétrait dans ce pays. Le royaume serbe fut divisé en comtés, et plus tard plusieurs comtés furent réunis pour former un duché ; à la tête des comtés furent placés des comtes ayant des attributions d'administration et de police et à la tète des duchés furent mis des voiévodes.

Les rois de Serbie créèrent des juges pour rendre

(i) C'est ainsi que Miioutine (1281-1331) fit construire et réparer quarante églises.

(2) Voir 1. 1, 1. I, cbap. i. Cette union de l'Église et des rois de Serbie subsista même après la mort de Douchan ; le despote Voukacbine ayant détaché la Serbie méridionale de l'empire Serbe, l'Église lui fut hostile, et elle déclara ensuite que la défaite de la Maritza était le châtiment céleste de ses crimes et, trois siècle» aprèd h mort de Voukachine, elle maudissait encore pe}ui-ci*

la justice; au fur et à mesure que la monarchie acquit de la puissance, ils attirèrent le plus de justiciables possible devant leur tribunal; avec Douchan, ils assurèrent le bon fonctionnement de la justice en promulguant un code inspiré par le droit byzantin.

Le trésor du roi comprenait le domaine particulier du roi et le domaine public, qui étaient d'ailleurs confondus l'un avec l'autre, la souveraineté étant domaniale.

Le trésor particulier puisait ses ressources dans les immenses domaines du roi.

Le trésor public était alimenté par les impôts que les rois parvinrent à établir; les cultivateurs libres, qui relevaient tous du roi, étaient soumis aux charges de l'État; des impôts directs et indirects furent créés par les rois, et les nobles même finirent par payer la dîme aux rois; les sujets avaient en outre à supporter des charges et des obligations vis-à-vis des rois.

Les rois s'entourèrent d'une garde, où ils attirèrent la noblesse afin de la soumettre ; ils enlevèrent le commandement des troupes des comtés aux joupans et le donnèrent à des knèzes et à des voîévodes(l).

Pour diminuer encore la puissance de la noblesse, ils acquirent le droit de faire rentrer quelqu'un dans les rangs de celle-ci et lorsqu'ils éten-

(i) On voit que les rois serbes agirent vit-à-vis de la noblesse d'une façon analogue aux rois de France. t

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