‹ L'empire byzantinChapitre 7 sur 22 · IT · texte numérisé non relu

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pouvait constituer un grand danger pour une armée ennemie battue par les armées grecques dans la péninsule des Balkans et par suite obligée de se retirer vers le nord; cette armée ennemie avait sa ligne de retraite complètement coupée tandis qu'elle était attaquée en tête par les armées grecques victorieuses.

Par suite de Torganisation défensive de l'empire d'Orient en Europe, toute invasion venant de Dacie avait d'abord à franchir le Danube protégé par une flottille et par des forteresses ; elle avait ensuite à traverser des montagnes escarpées et défendues par de nombreuses forteresses ; puis elle se heurtait aux murs élevés en avant de Constantinople, à ceux de la Ghersonèse de Thrace, à ceux de Thessalonique, à ceux des Thermopyles et à ceux de Gorinthe; si elle parvenait à s'en emparer, les Grecs avaient encore la ressource de se sauver dans les îles de la mer Egée et en Anatolie, où ils étaient complètement hors d'atteinte des Barbares, ceux-ci ne possédant pas de marine.

Du côté de l'Asie, la défense de l'empire avait pu être solidement organisée grâce à la possession d'une partie de l'Arménie et de l'Osrhoène (1).

L'empire d'Orient occupant ainsi les débouchés du Tigre et de l'Eùphrate dans la Mésopotamie, ses armées pouvaient prendre l'offensive dans cette

(1) Le8 Komains construisirent des forteresses en Osrhoène après leurs guerres contre les Parthes sous Marc-Aurèie ; Nisibîs fut une des places importantes. Sous Garacalla le royaume d'Osrhoène fut converti en province romaine.

ÉVOLUTION POLITIQUE EXTEIUEURE 1|5

plaine et se jeter sur le flanc de toute invasion dirigée de la Babylonie vers la Syrie.

Les empereurs défendirent les débouchés de ces fleuves dans la plaine au moyen de places fortes Parmi celles-ci les plus importantes furent Cercesium (1), Edesse (2), Nisibis (3), Dara (4) et Amida (5) .

La rive droite de TEuphrate étant bordée de déserts, toute armée ennemie venant de Babylonie pour se diriger sur la Syrie était obligée de prendre la rive gauche de TEuphratc et d'en franchir les affluents qui coulaient perpendiculairement à la direction de marche de cette armée et dont la convexité était tournée vers l'Orient.

Au fur et à mesure que les colonnes de cette armée avaient effectué le passage de ces rivières, elles risquaient d'être prises en flâne par les garnisons grecques des places fortes.

En arrière de ce système défensif, en Syrie, les habitants avaient entouré les villes principales de murs.

Après avoir forcé les forteresses de l'Osrhoènc, l'ennemi pouvait prendre deux voies différentes pour se rendre en Cappadoce.

(1) Circesiuin était au confluent du Nalir-Belik actuel et de l'£upKrate; sous Julien, celte forteresse avait une garnison permanente de six millo hommes.

(^2) Edesse était TOrfa actuel sur la rive occidentale du Karetchai actuel, affluent de l'Euphrate par le Nabr-Belik.

(3) r^isibis se trouvait sur la rive orientale du liaut Chaboras.

(4) Dara était à quatorze milles de Nisibis et à quatre journées du Tigre.

(5) Amida était situé sur le Tigre, au nord de Nisibis.

WCi L'EMPIRE BYZANTIN

La première, remontant la vallée de TEuphrate, traversait les gorges de la Comagène dans le Taurus et aboutissait au coude que TEuphrate fait vers Touest de Mélitène. De Mélitène, on avait facilement accès sur le plateau de Cappadoce ; aussi, cette ville était-elle la clef de Cappadoce et les empereurs la fortifièrent solidement.

La deuxième voie, remontant vers TEuphrate jusqu'à Samosate, se dirigeait ensuite vers Touest; elle atteignait le Djihoun actuel à Marach, tournant ainsi les hautes montagnes situées entre Antioche et le golfe d'Issus. De Marach on descendait en Cilicie et de Cilicie on pouvait gagner le plateau de Cappadoce, soit en remontant vers Césarée, soit en franchissant le Taurus de Cilicie, la plus haute chaîne de montagnes de l'Asie Mineure.

Marach était donc la clef de la Cilicie ; aussi les empereurs fortifièrent-ils cette ville solidement

Lorsque l'ennemi avait mis le pied sur le plateau de Cappadoce, aucun obstacle, ni naturel, ni artificiel, u'arrétait plus sa marche vers Constantinople; il était le maître de l'Asie Mineure.

Le sort de l'empire d'Orient en Asie se jouait donc d'abord en Osrhoène et ensuite soit en Comagène, soit en Cilicie.

Mais après avoir envahi l'Asie Mineure, l'ennemi de l'empire d'Orient en Asie, la Perse, n'ayant pas de flotte, ne pouvait atteindre les Grecs en Europe; il ne pouvait s'emparer de Constantinople.

L'absence de marine chez les Perses permettait même aux Grecs de reprendre l'offensive en Asie

Mineure. Ayant la mer libre, ceux-ci pouvaient débarquer des troupes en un endroit quelconque de la côte d'Asie Mineure, en particulier, aux points où cette presqu'île est reliée au continent, c'est-àdire au sud dans le golfe d'Issus^ au nord à Trébizonde; ils pouvaient alors prendre en queue toute invasion arrêtée devant leur capitale. La position de Trébizonde était préférable à celle d'Issus, car de cette ville on pouvait gagner rapidement l'Arménie et le haut Euphrate, où les Grecs avaient élevé de nombreuses forteresses (1). D'Arménie, les Grecs n'avaient qu'à descendre l'Euphrate pour couper les communications d'une troupe ennemie occupant l'Asie-Mineure et venant de Mésopotamie ; s'ils ne pouvaient pas prendre l'offensive, ils avaient la certitude de n'être délogés que très difficilement de ce pays coupé et montagneux et ils pouvaient y attendre l'occasion propice pour prendre l'offensive si l'ennemi ne rappelait pas ses troupes d'Asie Mineure.

Comme tout système défensif bien organisé, le système défensif de l'empire d'Orient était doté de bons moyens de communication.

Un réseau d'informations rapides avait été établi entre Constantinple et la région fortifiée de la frontière d'Asie Mineure; des routes sillonnaient la presqu'île afin de permettre de porter rapidement les troupes sur le point menacé.

(1) Théodose fonda Théodosiopolis à environ trente-cinq milles au nord-est d'Krzeroum.

Justinien éleva sept forteresses sur le haut Euphrate.

11g L'EMPIRE BYZANTIN

Une ligne de feux reliait Gonstaniinople à Gésarée, ville située à la rencontre des deux routes d'invasion, Tune par Mélitène, Tautre par la Gilicie, et près d'un piton qui dominait le plateau de Gappadoce; cette ligne de feux passait parles vallées de THalys, du Sangarius et par Nicomédie.

Un service de relais était établi dans les postes pour prévenir les empereurs d'Orient des dangers que courait telle ou telle frontière (I).

De plus, ces empereurs avaient des espions qui les mettaient au courant des mouvements de Tennemi en avant de la zone fortifiée.

Les routes de l'Asie Mineure furent construites, la plupart, par les Romains (2) . Le réseau de ces routes fut particulièrement serré dans la région fortifiée.

Dans l'organisation défensive de l'empire, les empereurs n'oublièrent pas la colonie grecque importante de Kherson ; Justinien éleva des murs en Grimée pour la protéger des invasions des Barbares de Scythie.

(1) Lorsque Justinien fit des économies sur le service des postes, il désorganisa le système des relais.

(2) Les principales routes furent celles de Mélitène à Edesse par Samosate, celle de Mélitène à Tigranocerte et Nisibis, celle de Mélitène à Césarée, celle d'Antioche à Nisibis par Edesse et à Tarse en Cilicie.

Une grande route reliait Chalcédoine à Sébastée et à 1* Arménie; sur cette route s'embranchait une route allant à Amisos sur la mer Noire, et une autre route allant à Tarse. Tarse était relié i\ Smyrne par une route sur laquelle s'embranchaient : 1® aux sources du Méandre une route sur Ephcse; 2** à Laodicée une route allant à Attalia sur la Méditerranée et 3° à Iconum une route allant à Séleucie sur la Mécliterrancc.

L'armée de l'empire d'Orient provenait de l'empire romain. Celle-ci avait perdu les caractères principaux de l'armée de la République romaine.

Par suite des nombreuses guerres de la République, les citoyens de Rome ne suffisant plus pour recruter les légions, les affranchis furent admis dans l'armée romaine avec Marins, et les provinciaux de l'Occident avec César. L'armée, par suite de son recrutement, se sépara des citoyens de Rome ; lorsque les légions gauloises furent entrées dans la capitale avec César, l'armée commanda aux pouvoirs publics, elle devint une puissance politique, elle fut l'ennemie de l'ancien gouvernement.

Avec l'empire, la séparation entre l'armée et la patrie s'accentue de plus en plus et l'armée romaine devient une armée de métier.

Au lieu d'être une institution passagère, dissoute après la guerre, elle est transformée en une institution permanente par Auguste. C'est à l'empereur que les soldats prêtent serment de fidélité et non à la patrie; c'est à l'aigle de la légion qu'ils sont attachés et non à la patrie.

Les soldats font vingt ans de service actif : ils restent même souvent sous les drapeaux toute leur vie comme vétérans; ils reçoivent une paye régulière, des gratifications nombreuses et enfin une retraite. Les esclaves sont admis dans les légions, sous la réserve du consentement de leurs maîtres ; les fils des vétérans qui avaient reçu des terres sont obligés d'être légionnaires. Les Barbares recrutent de plus en plus les légions ; les provia«

ciaux, profitant de la faculté de se racheter, les légions ne sont bientôt plus composées que de Barbares (1)

Avec Septime Sévère, qui forme la garde prétorienne de Télite des légions placées sur les froaiières, même la garde prétorienne ne comprend plus que des Barbares.

Auguste rendit permanente la hiérarchie des fonctions militaires et, sous lui, les officiers de naissance primèrent les officiers de fortune.

Dans les débuts de Tempire, des sénateurs sont encore à la tête des légions et des chevaliers à la tète des cohortes et des escadrons; mais peu à peu les sénateurs désertent ces fonctions et lorsque Gallien, au milieu du troisième siècle, leur interdit tout service militaire, c'était inutile. Depuis Caracalla, les provinces extérieures de l'empire seules fournissaient des officiers et lorsque les Barbares entrèrent dans ces légions, ils occupèrent même les postes les plus élevés de l'armée (2).

L'empereur était le commandant de toutes les armées de l'empire, mais souvent ses courtisans l'éloignaient de la vie des camps.

Avec Constantin, l'organisation du commandement supérieur de l'armée se précisa; il fut créé deux maîtres généraux, un pour la cavalerie, un pour l'infanterie.

Lorsque l'empire fut divisé en empire d'Orient et en empire d'Occident, le nombre des maîtres généraux fut doublé; de plus, la défense des fron-

(1) Voir t. î, IKTRODUCTIOÎÎ.

,.(2) Ibidem.

tières de l'empîre fut divisée en quatre secteurs, et par suite il fut formé quatre armées distinctes : celle du Rhin, celle du Haut-Danube, celle du Bas- Danube et celle de TEuphrate, ayant à leur tète un maitre général j il y eut ainsi en tout huit maîtres généraux.

Les officiers avaient sous leur commandement trente-cinq commandants militaires établis dans les provinces, portant le titre de comte ou celui de duc (1), et ayant, en outre de leurs appointements, une pension qui leur permettait d'entretenir cent quatre-vingt-dix-huit valets et cent cinquante-huit chevaux.

Sous Auguste, l'armée fut répartie le long des frontières de l'empire, comprenant vingt-cinq légions et des cohortes auxiliaires. Les empereurs conservèrent auprès d'eux, à Rome, la garde prétorienne (2). Dans les provinces où n'étaient pas cantonnées des légions, les Romains levèrent des milices municipales et des milices provinciales pour assurer la tranquillité publique.

A partir de Constantin, les troupes furent divisées en deux groupes distincts : P les troupes palatines, dans les villes de l'intérieur; 2* les troupes des frontières.

La garde particulière que les empereurs créèrent pour remplacer la garde prétorienne, fut composée

(i) On a vu que les fonctions militaires étaient séparées des fonctions civiles.

(2) On a vu que la garde prétorienne fut supprimée par Constantin

de troupes d'infanterie et de troupes de cavalerie ; à la tête de chacune de ces armes étaient placés un comte, des domestiques. Au quatrième siècle, l'effectif de cette garde s'élevait à trois mille cinq cents hommes et elle comprenait^ sept unités ou écoles et deux compagnies d'élite : une d'infanterie et une de cavalerie; les hommes de celle-ci étaient appelés protecteurs. Sous Justinien son effectif monta à cinq mille cinq cents hommes.

A partir de Théodose II, les empereurs d'Orient ne paraissant plus en tète des légions, leur garde ne prit plus part aux combats militaires ; les grades devinrent des titres purement honorifiques et lorsque plus tard les empereurs voulaient envoyer leur garde à la guerre, les officiers donnaient leur démission.

Recrutée tout d'abord parmi les Arméniens, la garde des empereurs d'Orient fut formée sous Zenon avec les Isauriens; mais ceux-ci ayant terrifié la capitale, Anastase dut les chasser et la garde fut recrutée de plus en plus parmi des citoyens paresseux.

Sous Auguste, l'effectif de l'armée romaine fut de trois cent mille hommes; il alla en croissant; avant le règne de Justinien, il s'élevait à six cent quarante mille hommes.

Les Barbares, qui composaient l'armée du Basempire, étaient répartis dans l'infanterie et dans la cavalerie, suivant leurs aptitudes (1).

(1) C*est ainsi que les Grecs employèrent dans la cavalerie les

Sous Théodose P% TinfaDterie quiita son armure ; les Huns, les Goths et les Alains adoptèrent pour la cavalerie une armure défensive.

Dans Tempire romain des arsenaux furent créés pour emmagasiner les armes défensives et ofiFensives des troupes (1).

Les prétoriens, étant près du pouvoir central, étaient payés plus régulièrement que les soldats des légions de frontières; souvent, surtout sous le Bas-Empire, ceux-ci ne touchaient pas leur solde; aussi désertaient-ils et se répandaient-ils dans les campagnes qu'ils dévastaient. Sous le Bas-Empire la discipline se relâcha non seulement par ce fait, mais aussi par suite de Tenvahissement du luxe dans les légions.

Lorsqu'à partir de Constantin les troupes de Tempire furent divisées en deux groupes distincts, les troupes des frontières, qui étaient plus éloignées du pouvoir central, reçurent les deux tiers de la solde des troupes palatines, bien qu'elles eussent un rôle plus pénible et plus périlleux à remplir que les troupes palatines; aussi protestèrent-elles souvent contre cette injustice.

Des considérations qui précèdent il résulte que l'armée de l'empire romain fut formée entièrement par les empereurs, comme le système administratif

Barbares qui avalent participé à l'inyasioa finnique et qui passaient leur vie à cheval : c*étaient les Huns, les Goths et les Âlaius.

(J) A l'avènement de Théodose, il y avait trente-quatre arsenaux dans l'empire.

12i L'EMPIRE BYZANTIN

de l'empire ; elle fut un organe de l'empereur et non de l'empire romain. Par suite de son organisation et de son recrutement, cet organe se détacha de plus en plus des populations de l'empire. Déjà disposées à se désintéresser de la défense de l'empire par suite de la disparition de la cité sociale, politique et morale, celles-ci se reposèrent sur l'armée pour repousser les envahisseurs, et les invasions des Barbares se produisirent au milieu de l'indifférence et de l'inertie complètes des populations de l'empire.

Dans l'empire d'Orient, la non-participation du peuple à la défense de l'empire et la séparation entre la nation et l'armée fut plus accentuée que partout ailleurs; les Grecs avaient l'esprit pacifique, méprisaient la force brutale, tandis que les Barbares qui recrutaient les légions étaient d'humeur belliqueuse, ne comprenaient pas la culture intellectuelle et ignoraient la langue grecque, la langue romaine restant longtemps la langue des militaires^ comme celle de l'administration.

Mais, contrairement à ce qui eut lieu en Occident, où les populations, notamment les Gaulois perdirent vite leur combativité sous l'occupation romaine, l'empire d'Orient renferma des populations belliqueuses; tels furent les Thraces, les lllyriens, les Arméniens et les Isauriens. L'armée de l'empire d'Orient, tout en restant une armée de mercenaires, fut donc non seulement recrutée parmi les Barbares (1), mais aussi parmi des sujets

(1) Sou8 Juslinien, les Barbares qui entraient dans la composition des légions étaient des Goths, des Hérules, des Massaj^ôtes,

de l'empire. Ceux-ci, dont la misère était géoéralement grande, étaient attirés par la solde. Parmi les populations de Tempire, les Thraces habitant un pays riche en chevaux fournissaient particulièrement des recrues pour la cavalerie issue de la nation byzantine, tandis que les Huns composaient la cavalerie des Barbares au service de l'empire.

Lorsqu'une expédition était décidée, de nouveaux éléments venaient s'adjoindre à cette armée. Des Barbares accouraient de fort loin pour se mettre au service de l'empire; leur nombre dépendait de la réputation militaire et de la libéralité du commandant de l'expédition (l). De plus, on levait parfois dans les populations de l'empire des recrues (2), mais c'était avec la plus extrême difficulté, et celles-ci se débandaient à l'approche de l'ennemi. Sous Justinien, l'armée était toujours complètement séparée de la nation; cet empereur fit même désarmer et désavoua les habitants qui chercheront à se défendre contre les invasions; les charges que l'armée faisait peser sur les populations ne pouvaient qu'entretenir cette séparation (3).

des Gépides, des Huns, des Lombards, des Esclavons, des Vandnles et des Maures.

(1) Sous Justinien, lorsque Germanus fut désigné pour commander en Italie, des Barbares accoururent du centre de i'Allema{;ne^ par suite de sa réputation et de sa libéralité.

(2) C'est ce que fit Bélisaire lors de sa deuxième expédition en Italie; il chercha à recruter des soldats dans les villages de Thrace et d'Illyrie, mais il ne put réunirqu\i grand'peine quatre mille hommes, qui n'avaient d'ailleurs aucune valeur.

(3) Sons Justinien, à Byzance, les propriétaires reçurent au moins soixante-dix mille Barbares.

126 i/EMPiRE byzantin-

Sous Héraclius, dans la guerre contre la Perse, les populations prirent part, pour la première fois, à la défense de l'empire, par suite du caractère religieux de cette lutte. L'armée de l'empire ne comprit pas seulement des soldats mercenaires, mais aussi de véritables croisés volontaires; aussi eut-elle des effectifs bien supérieurs à ceux qu'elle avait eus jusqu'alors et put-elle repousser les armées victorieuses des Perses.

Les troupes barbares de l'empire d'Orient étaient solides, etsous Justinien leur valeur compensa souvent leur faible nombre (I). Les généraux les exhortaient pour stimuler leur courage. Mais, dans ces troupes, les généraux se jalousaient et elles étaient indisciplinées; ne recevant pas toujours leur solde, elles se révoltaient de temps en temps. Après les guerres de Justinien, l'indiscipline dans les camps alla en croissant.

Maurice voulut réformer la discipline, mais il paya cette tentative de sa vie (2) et lorsqu'au début

(1) C'est ainsi qu'en 536, tandis que les Goths étaient au nombre de 200,000, Bélisaire n'avait que 7,000 hommes et le faible corps de Mundus qui marchait de la Dalmatie sur Ravenne.

Les effectifs les plus élevés qu'eut Narsès en Italie furent «le 30,000 hommes (552). Lors de l'expédition d'Afrique, en 533, les Romains arrivèrent avec 15,000 hommes et une flotte de 500 navires montée par 20,000 matelots, tandis que le nombre des Vandales étnit de 80,000 hommes.

(2) L'empereur Maurice, ancien commandant de légions, reprit le premier le commandement de l'armée; ce fut sans doute cette mesure ainsi que les réformes qu'il voulut faire dans l'armée qui excitèrent le mécontentement des généraux et qui amenèrent son massacre.

du règne d'Héraclius les Perses s'attaquèrent aux armées de l'empire, ils les vainquirent tout d'abord facilement.

Dans l'empire d'Orient, la solde des militaires était répartie en trois classes; la partie administrative de l'armée était confiée à des intendants appelés plus tardlogothètes.

L'empire d'Orient eut des arsenaux comme l'empire romain ; ils étaient sous la haute direction du maître des offices et ils étaient remplis d'armes offensives et défensives (l).

De Théodose 1" à Maurice, les empereurs ne parurent plus en tète des armées; aussi, sous Justinien, Bélisaire, le commandant des expéditions •d'Afrique et d'Italie, s'entoura-t-il d'une garde particulière à sa solde (2). Maurice ne prit que momentanément le commandement des armées. A partir de lui, les uns prétendirent que l'empereur ne devait pas exposer sa vie aux périls de la guerre (3), d'autres qu'il devait prendre en mains la défense de son empire. Héraclius, après quelques hésitations, se mit à la tête de ses armées en Asie Mineure, en Arménie et en Perse, bien que sa capitale fût menacée par les Perses.

(1) C'est ainsi que lors «les guerres d'Héraclius, les arsenaux furent remplis d'armes.

(2) Lorsque Bélisaire partit pour l'Italie, sa garde comptait plus de 7,000 hommes ; sa cavalerie, qui comprenait 200 Huns, 200 Maures et 4,000 confédérés, était plus importante que son infanterie dont l'effectif s'élevait à 3,000 hommes.

(3) Lorsque Maurice voulut se mettre à la tête de l'armée, le :sénat, le patriarche et l'impératrice vinrent le supplier de ne pas «'exposer aux périls de la guerre.

Sous Justinien, les effectifs de Tarmée furent considérablement réduits; ils ne furent même que de 150,000 hommes lorsque Tempire comprit l'Afrique et l'Italie.

Si malgré le nombre relativement faible dont ^ disposaient les généraux de l'empire d'Orient,

ceux-ci remportèrent des victoires, ils ne les durent pas seulement à la solidité de leurs troupes, mais surtout à leur science militaire, à leurs connaissances tactiques et à leurs conceptions straté- -• giques.

Comme les Romains, les généraux de l'empire d'Orient formaient leurs troupes sur trois lignes, ce qui permettait d'alimenter le combat. Us employaient aussi la fortification passagère(I), ce qui leur donnait un surcroît de force, et ils fortifiaient les villes aussitôt qu'ils s'en étaient emparés (2).

Lorsqu'avec Maurice les empereurs se mirent de

nouveau à la tète des armées, certains firent preuve

de connaissances militaires étendues. L'empereur

^ Maurice composa douze livres sur l'art de la guerre.

Hcraclius,dans sa guerre contre la Perse, se révéla

(1) Grâce à remploi de la fortification de champ de bataille, Bclisaire battit à Dara (529) quarante milles Perses d'élite, bien qu'il n'eût sous ses ordres que vingt-cinq mille hommes indisciplinés.

Aussitôt que Rélisaire eut débarqué en Afrique, il forma un camp qu*il entoura d'un fossé et d'un rempart.

(2) Lorsqu'il eut pris Carthage, Bélisaire releva les murs et les fossés que les Vandales avaient laissé tomber en ruines.

Lorsqu'en Italie, il se fut emparé de Naples et de Cumes, il fortifia aussitôt ces deux villes.

comine un général de premier ordre par ses conceptions stratégiques (1).

La force de résistance de l'empire d'Orient contre ses ennemis extérieurs ne résida pas seulement dans son système défensif, dans son armée et dans la science militaire de ses généraux; elle résida aussi dans la puissance de sa marine.

Les empereurs romains avaient déjà compris le parti qu'ils pouvaient tirer de la puissance maritime de Tempire vis-à-vis des Barbares qui, pour la plupart, possédaient peu de notions de navigation Grâce à leur marine, les Romains pouvaient échapper aux coups des Barbares et se rendre dans un endroit plus sûr de Tempire. Ravenne fut choisi comme résidence des empereurs d'Occident, en grande partie à cause de son voisinage de la mer.

En Orient, la puissance maritime de l'empire était développée plus que partout ailleurs; toutes les grandes villes étaient sur le bord de la mer et Constanlinople communiquait beaucoup plus facilement avec Antioche, Alexandrie et Garthage qu'avec les villes de Mésie. Aussi les Grecs étaientils les maîtres incontestés de la mer, et les différentes parties de l'empire étaient-elles toujours reliées entre elles, malgré les succès de ses ennemis.

(1) Voir dans ce chapitre, page 163. Indépendamment de ses judicieuses conception;} stratégiques, Héraciius montra une connaissance assez grande de la guerre; c'est ainsi c|ue dans sa marche de Cilicie à Gappadoce, il se fit précéder d'éclaireurs à cheval*

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