CHAPITRE VIII
l'auteur, qui, du reste, n'a pas jugé à propos de signer ses chefs-d'œuTre. On Ht, en Chine, à peu près comme lorsque, pour se distraire, on va Taire une promenade dans un beau et agréable jardin. On admire l'arrangement des allées, la verdure, les arbres, l'éclat et la variété des fleurs; mais c'est là tout, ou s'ea retourne sans s'être occupé du jardinier, sans même avoir songé à demander son nom.
Les Chinois sont pleins de véoération pour les livres sacrés et classiques. Leur estime pour les grands ouvrages d'histoire et de morale est, en quelque sorte, un culte, le seul, peut-être, qu'ils professent sérieusemeDt,parce qu'ils sont habitués à considérer les belleslettres par leur côté grave, sérieux et utile. Pour ce qui est de cette classe de littérateurs que nous nommons écrivains, ils ne sonti à leurs yeux, que des désœuvrés, qui cherchent à passer le temps en s'amusant à faire des vers ou de la prose. On n'y trouve, assurément, rien à redire, puisque tel est leur plaisir. On est même assez juste pour convenir qu'il vaut autant se récréer en maniant le pinceau qu'en jouant aun osselets ou au cerf-volant; cela dépend de l'attrait de chacun.
Les habitants du Céleste Empire ne pourraient revenir de leur étonnement, s'ils savaient jusqu'à quel point une œuvre de style est, en Europe, une source d'honneur et souvent de richesse. Si on leur disait que, chez nous, il suffit quelquefois d'avoir composé un roman ou un drame pour avoir droit à une grande célébrité, ils ne voudraient pas le croire, ou plutôt ils trouveraient peut-être que cela s'accorde merveilleusement avec l'idée qu'ils ont de notre manque de jugement.
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3» L'KHPIBB CBINOIS.
Que serait-ce,si on leur parlait de la renommée et de la gloire qui peuvent envirtonner un joueur de violoo ou une danseuse?... si on leur apprenait que l'un ne peut donneruncoupd'archet.ni l'autre faireunsautquelque part, sans qu'aussitôt des milliers de gazettes volent eu répandre la nouvelle dans tous les royaumes de rEurope?LesChinoissonttrop positifs, trop utilitaires, pour aimer les arts à notre façon. Chez eux, on est digne de l'admiration de ses semblables quand on remplit bien ses devoirs sociaux, et surtout quand on sail se tirer d'affaire mieux que les autres. On est tiomine d'esprit et d'intelligence, non pas parce qu'on se distingue dans l'art d'écrire, mais parce qu'on sait régler sa famille, faire fructifier ses terres, trafiquer avec habileté et réaliser de gros profits. Le génie pratique est le seul qui, à leurs yeux, ait quelque valeur.
Dans un chapitre précédent, nous avons essayé de donner une idée du système d'enseignement adopté en Chine; pour compléter cet aperçu, puisque nous sommes au kao-pan, ou théâtre des examens, nous allons jeter un coup d'œil sur la langue et la littérature chinoises, dont on a généralement des notions assez inexactes.
« C'est un contraste piquant et singulier, a dit (' M . Abel Rémusat, que celui de la vive curiosité avee « laquelle nous recherchons tout ce qui tient aux « mœurs, aux croyances et au caractère des peuples '< orientaux,etdelaprofonde indifférence qui accueille, « en Asie, nos lumières, nos institutions, et jusqu'aux i< chefs-d'œuvre de notre industrie. 11 semble que nous « ayons toujours besoin des autres, et que les Asiati-
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