‹ L'empire chinoisChapitre 111 sur 154 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

leurs caractères, et ont trouvé moyen de satisfaire aux nombreux besoins de leur civilisation.

Les premiers Chinoisdurentbientôtcomprendrerinsufâsance de leurs deux cent quatorze signes primitifs ; à mesure que leur société se perfectionnait, le cercle de leurs connaissances s'élargissant graduellement, et de nouveaux besoins se faisant sentir, il fallut, de toute . nécessité, augmenterle nombre des caractères, et, pour cela, recourir à de nouveaux procédés; car il ne pouvait pas être question de tracer de nouvelles figures qui auraientfini par se confondre en se multipliant. Com^ ment de grossiers dessins auraient-ils permis dedistiaguerunchien d'un loupou d'un renard, un chêne d'un pommier ou d'un arbre à thé? comment, surtout, auraient-ils pu exprimer les passions humaines, la colère, l'amour, ou la pitié, et les idées abstraites et les opérations de l'esprit? Au milieu de ces difiicuitésil n'y eut jamais aucune tentative pour l'introduction d'ua système alphabétique ou même syllabique ; les Chinois ne pouvaient guère en prendre l'idée chez les nations barbares et illettrées dont ils étaient environnés ; d'ailleurs, ils ont toujours eu la plus haute estime pour leur langue écrite, qu'ils regardent comme une invention céleste, dontle principe a été révélé à Fou-hi, fondateur de leur nationalité. Ils ont donc été forcés d'avoir recours aux combinaisons des figures primitives, et ils ont formé, par ce procédé, une innombrable multitude de signes composés, le plus souvent arbitrairement, mais qui ofTrent quelquefois des symboles ingénieux, des définitions vives et pittoresques, des énigmes d'autant plus intéressantes, que le mot n'en a pas été perdu.

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Pour les êtres naturels, et pouruDe foule d'autres objets qui pureoty être assimilés, on les classa par familles à la suite de l'animal, de l'arbre ou de la plante, qui eu était comme le type dans les deux cent quatorze caractères primitifs; le loup, le renard, la belette et les autres carnassiers furent rapportés au chien ; les diyer- ' ses espèces de chèvres et d'antilopes, au mouton; les daims, le chrevreuil, l'asimal qui porte le musc, au cerf; les autres ruminants, au bœuf; les rongeurs, au rat; les pachydermes, au cochon; les solipèdes, au cheval. Le nom de chaque être naturel se trouva ainsi formé de deux parties, l'une qui se rapportait au genre, l'antre qui déterminait l'espèce par un signe indiquant ou les particularités de conformation, ou les habitudes de l'animal, ou les usages qu'on en pourrait tirer. Par cet ingénieux procédé se trouvèrent formées de véritables familles naturelles qui, à quelques anomalies près, pourraient être avouées des naturalistes modernes.

Quant aux notions abstraites et aux actes de l'entendement, la difficulté était plus grande, et elle ne fut pas moins ingénieusement étudiée. Pour peindre la colère, ou mit un cœur surmonté du signe d'esclavage; une main tenant le symbole du milieu désigna l'historien, dont le premier devoir est de n'incliner d'aucun côté ; le caractère de la rectitude et celui de la marche désignèrentle gouvernement, qui doitêtreladroiture même en action ; pour exprimer l'idée d'ami on plaça deui images de perles à côté l'une de l'autre : il est si difficile de rencontrer deux perles exactement appareillées! La plupart des mots ne présentent pas ce caractère , et leur composition est, le plus souvent, arbitraire; mais il y en

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a. une foule qu'il serait très-intéressant d'analyser; les missionnaires anciens en ont cité quelques-uns, et ils sont loin d'avoir épuisé la matière, ou même de l'avoir «tudiée sous le rapport le plus curieux. On ne saurait compterles traditions, lesallusionSglesrapprochements înalteadus, les traits piquants et épigrammatiques, qui sont ainsi renfermés dans les caractères comparés, et il est impossible d'imaginer combien on pourrait en faire jaillir de lumières sur les aucienues opinions morales ou philosophiques des peuples primitifs de l'Asie orientale ; il suffirait d'étudier avec soin, et en se garantissant de l'esprit de système, ces expressions symboliques où les Chinois se sont peints sans y penser, eux, leurs mœurs et tout l'ordre de choses dans lequel ils vivaient, et que l'histoire nous fait si imparfaitement connaître, parce qu'il date du temps où il n'y avait pas encore d'histoire.

On traçait primitivement les caractères chinois avec une pointe métallique sur des planchettes de bambou, et ce fut pour faciliter leur exécution qu'on modifia peu à peu leur première forme ; Ils perdirent ainsi presque entièrement leur type figuratif; la roideur des traits fut adoucie depuis le troisième siècle avant notre ère, après deux découvertes importantes, l'art deconfectionner du papier avec l'écorce du mûrier ou du bambou, et l'art non moins précieux de préparer la substance colorée que nous appelions encre de Chine; le pinceau remplaça le poinçon ; on introduisit des modifications successives dans la configuration , et enfin on arriva à l'écriture actuelle, formée de la combinaison d'un certain nombre de traits, ou droits, ou légèrement courbés.

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- L'écriture chinoise, au premier aspect, est désagréable et choque la vue par bou étrangcté ; mais, quand on y est accoutumé, on la trouve réellement belle et même gracieuse ; tous ces traits, Tigoureusement dessinés à coups de pinceau, peuvent acquérir un degré incomparable de moelleux et de délicatesse; une écriture digne de fixer l'attention doit être à la fois gracieuse et hardie ; à l'aide de leurs doigt maigres et effilés, les Chinois savent manier le pinceau avec une légèretéetuneprécisioDSurprenantes.llsécrivenlleurs caractères les uns au-dessous des autres, en ligne verticale, et cette disposition, contraire à celle de nos yeux, ne permet pas au lecteur de voir à la fois toute une phrase, comme dans l'écriture horizontale; ils commencent leurs lignes par la droite de la page, et, d'après cette habitude, le titre de leurs livres se trouve aussi sur la première page à droite; en un mot, ils procèdent absolument à l'inverse des Européens sur ce point comme sur tant d'autres.

Le nombre des caractères, successivement introduits par la combinaison des traits, s'élève à trente ou quarante milledans les dictionnaireschinois; mais les deux tiers sont à peine usités, et en retranchant les synonymes, la connaissance de cinq à sis mille caractères, avecleursdiversessignifications.suffitamplementpour entendre courammenttous les testes originaus. On a dit et répété partout que les Chinois passaient leur vie à apprendre à lire, et que les vieux lettrés s'en allaient de ce monde sans emporter la consolation d'avoir pu réussir dans cette difficile entreprise. L'idée est fort plaisante;mais,heureusemenlpourlesCbinois, elle est

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