‹ L'empire chinoisChapitre 116 sur 154 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

j usqu'à nous. Ou nous analysa complètement au moral et au physique. Quelques-uns eurent la charité de nous trouver assez supportables, et de ne pas dire trop de mal de nous; d'autres préteDdaieot que nous'n'étions pas restés assez longtemps dans le royaume du Milieu pour nous bien former aux rites, qu'il était encore facile de remarquer en nous les traces de la mauvaise éducation qu'on reçoUdaoslespays occidentaux. Il y en avait unsurtoutqui ne paraissait nullementsentir pour nous une très-vive sympathie; il cherchait par tous les moyens à exdter ses camarades contre nous, et, si on l'eût écouté, notre voyage ne serait pas continué d'une manière infiniment agréable. — On a trop de ménagements pources gens-là, disait-il ; on prétend que le viceroi du Sse-lchouen les a traités avec distinction ; selon moi, il a eu tort; ii eût mieux fait de les charger d'une cangue. Les hommes qui errent hors de leur royaume ' doivent être punis; il fautles traiter avec sévérité, voilà la règle. Si notre préfet n'en avait pas peur, ils seraient plus obéissants ; qu'on me les donne, et on verra. Je les chargeraidechaioes, etjelesconduirai ainsiàCanton... Nous crûmes reconnaître, au son de la voix, celui qui nous promettait ces aménités. Nous l'avions remarqué la veille ; c'était un mandarin militaire qui s'étaitvantê avec beaucoup de fierté et d'arrogance d'avoir fait la guerre contre les Anglais, et d'avoir vu d'assezprès les diables occidentaux pour n'en avoir pas peur.

Pour dire vrai, les propos de ce militaire nous fatiguaient. Il n'yavait certainement pas lieu de nous effrayer, nous étions en règle avec le gouvernement, et personne, probablement, n'eût osé mettre la main sur

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nous. Cependant larouteétaitencore longue, eton^uvait nous causer de terribles embarras. 11 était bon de prendre garde, non pas, sans doute, en rapetissant son cœur à la façon chinoise, mais, au contraire, en l'élargissant. Nous nous levâmes donc en silence, et, après avoir revêtu nosfaabits d'étiquette, nous ouvrîmes brusquement la porte, et nous nous précipitâmes vers noire fougueux guerrier. — Nous voici, lui dîmes-nous, qu'on aille vite chercher des chaînes, puisque tu veux nous conduire ainsi à Canton, tu nous enchaîneras; vite, qu'on aitlechercherdes chaînes... Notre subite apparition déconcerta les conspirateurs ; nous pressions vivement notre futur conducteur, et nous lui demandions des chaînes à grands cris. 11 reculait d'un pas à chaque sommation que nous lui faisions. Enfin nons f'acculâmes à un ailgle de lasalle, et le malheureux nous parut plus mort que vif. — Mais je ne comprends pas dit-il en balbutiant,je ne comprends pas ce qui se passe. Qui voudrait vous enchaîner, qui en a le droit? — Toi, sans doute, tu l'asdit toutà l'beure, nous t'avons entendu: voyons, enchalne-nous donc, fais donc apporter des chaînes. — Je ne comprends pas, je ne comprends pas, répétaittoujours le valeureux mandarin. PersoDDe n'a prononcé ce^te parole ; comment pourrions-nom penser à vous enchaîner, nous qui sommes ici pour vous servir?,.. Insensiblement tout le monde se mita parler ; mais ce fut pourassurer, pour protester quece que nous avions entendu n'avait pas été dit.

Nousn'envoulionspasdavantage. Notre sortie ayant eu tout le succèsdésirable, nous rentrâmes dans notre chambre, bien convaincus qu'iln'yavaitplusà sepré-

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