‹ L'empire chinoisChapitre 117 sur 154 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

occuper des fanfaronnades des mandarins de I-tchangfou. Le conciliabule n'eut gardede se former de nouveau, et, aussitôt après notre départ, chacun s'en retourna chez soi.

Dans la matinée , le pré fet se bâta de venir nousexprimer ses regrets de la fâcheuse aventure qui nous était arriveependantlanuit.il nous assuraquele mandarin dont les propos nous avaient blessésavait lalangue mauvaise, mais le cœur bon ; que, du reste, on était plein de bonnes dispositions à notre égard. — Nous en sommes bien convaincus, lui répondîmes-nous ; cependant il y a eu, cette nuit, grand scandale, tous les domestiques de la maison en ont été témoins ; la nouvelle en est probablement déjà répandue dans la ville. Ondoitsavoir partout qu'un des officiers militaires de la ville s'est chargé de nous enchaîner. Dans cette conjoncture nous ne pensons pas qu'il soit de notre dignité de nous mettre aujourd'hui en route ; nousnous reposerons ici un jour. Nous ne voulons pas qu'on puisse penser que nousnous sommes hâtés de partir parce que nous avions peur. Pour noire honneur et pour le vôtre, ii faut que tout le mondesacheque nous avons été traitésconvenablement par les autorités de l-tchang-fou,.. Le préfet fut évidemment contrarié de nous entendre parler de la sorte; cependant il parut comprendre assez bien la légitimité de nos motifs, et se résigna, sans objection, à la dure nécessité de nous garder encore dans son tribunal.

La journée se passa en paix, d'une manière même assez agréable. Nous revîmes tous les mandarins avec lesquelsnousavions faitconnaissance pendant lanuit, à l'exception, toutefois, de l'antagoniste des troupes an-

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g1aises;Dous eûmes beau le faire inviteret lui donner notre assurance que nous n'étions pas plus dans la disposition d'enchaîner les autres que de nous laisser enchaiaer, tout fut inutile ; il se contenta de nous envoyer une carte de visite, en prétextant que ses innombrables occupations ne lui permettaient pas de venir personnellement. Nous profitâmes de ce jour de repos pour visiter |aville,oùnousne trouvâmes rien de remarqiiable;eQ général , toutes les grandes villes de la Chine se ressemblent ; beaucoup d'agitation , des flots de peuple se poussant les uns sur les autres ;mais point de monuments, rien dece qui pique,enËurope,la curiosité du voyageur.

Nous quittâmes I-tchang-fou, hommes libres, sanS' menottes et sans fers aux pieds ; non-seulemenl on oe nous avait pas enchaînés, mais nous étions sûrs qu'oD n'oserait plus en parler dans aucun tribunal, de peur de voir les prisonniers se métamorphoser subitement en garnisaires.

Nous descendions toujours suivant le cours du fleuve, car nous avions décidemment adopté cette manière de voyager comme plus commode, plus rapide et plus agréable. Nous rencontrâmes encore sur notre roule une douane de sel que nous passâmes sans nous arrêter; les douaniers, qui fumaient tranquillement leur pipe devant leur bureau, nous regardèrent filer sans se déranger. Maître Ting nous dit que l'avant-veiile on était venu nous visiter, parce qu'on avait été averti, par avance, qu'il y avait de la contrebande à bord.

Les douanes sont, dans l'intérieur de la Chine, peu nombreuses et peu sévères; à l'époque ou nous étions dansles mêmes conditions que les autres missionnaires^

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voyageant eo qualité de Gliinois pur sang, et, par conséquent, soiimisà la loi commune, nous avons plusieurs fois traversé l'empire d'un bout à l'autre sans qu'on ait jamais, nulle part, fajt la visite de nos malles, qui renfermaient pourtant des livres européens, des ornements sacrés et une foule d'objets compromettants. Les douaniers se présentaient, nous leur déclarions que nous n'étions pas marchands et que nous ne portions pas de contrebande ; nous leur présentions ensuite les clefs avec un peu d'aplomb etde dignité en les pressant de visiternos malles ;cette déclaration suffisait, et on ne passait jamais outre. Si, en Chine, les douaniers étaient rigides observateurs de leur devoir, comme ceux de France, par exemple, les pauvres missionnaires ne pourraient pas se remuer; dans les cas les plus difficiles on peutse tirer d'embarras moyennant une petite offrande. Les douanes les plus nombreuses sont uniquement établies pour le sel, dont le commerce est, dans la plupart des provinces, un monopole de l'administration. LesChinois font une très-grande consommation de cette substance, leursalimentsen sont, lep!ussouvent,remplis; on trouve dans toutes les familles d'abondantes provisions d'herbes et de poissons salés; c'est l'unique ordinaire des classes inférieures, et les autres ne manquent jamais de s'en faire servir sur leur table, On chercheà corriger par les salaisons la saveur insipideduriz bouilli à l'eau. Les Chinois sont très-sobres et vivent de peu ; le sel étant une substance très-nutritive, nous pensons que la quantité considérable qu'ils en absorbent doit suppléer au peu de nourriture qu'ils prennent ; on conçoit aussi qu'avec une telle alimentation

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ils doÏTent être continuellemeot altérés, et cela eiplique leur usage de boire de grandes rasades de thé à toutes les heures de la journée.

Depuisla dernière guerre avec les Anglais, le gouTCfnementaétabli grand nombre de douanes sur la ligne que doivent suivre les marcbandises européennes pour pénétrer dans l'intérieur de l'empire. Les Chinois, se voyontforcésde subir le commerce anglais qu'on leur impose à coups de canon, n'ont pu trouver d'autre moyea de s'opposer à cet envahissement que celui des douanes et des impôts onéreux établis sur les produits étrangers, dont les prix s'élèvent considérablemeol à mesure qu'ils avancent dans l'intérieur des provinces; tropfaibles pour repousser la force par la force, pour dire aux Anglais: Nous ne voulons pas de vos marchandises, c'est le seul expédient qu'ils aient pour sauvegarder les intérêts de leur industrie.

Nous arrivâmes de bonne heure à I-tou-hien, ville de troisième ordre, où nous fûmes reçus dans un charmaat palais communal par un mandario encore plus charmant que le local qu'il nous offrait.Le premier magistrat de I~tou-hien est bien, sans contredit, le personnage le plus accompli que nous ayons rencontré parmi les fonctionnaires chinois. C'était un tout jeune homme, un peu fluet, d'une (igure pâle et exténuée par l'étude ; il n'était, pour ainsi dire, encore qu'un enfant lorsqu'il obtint à Péking le grade de docleu; sa physionomie douce etspirituelle était agréablement relevée par des lunettes d'or fabriquées en Europe; sa conversation, pleine de modestie, de bon sens et de finesse, avait quelque chose de ravissant; ses manières

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