CHAPITRE VllI
« contigusàceuxdela Chine. Le quatrième roi en rang ■< est le roi des éléphants, c'est-à-dire le roi de l'Inde ; « on le nomme, chez nous, le roi de la sagesse, parce « que la sagesse tire son origine des Indiens. Enfin l'em- <i pereur des Romains, qu'on nomme, chez nous, le « roi des beaux hommes, '^arce qu'il n'y a pas sur la terre <i de peuple mieux fait que les Romains, ni qui ait la « ligure plus belle. Voilà quels sont les principaux « rois; les autres n'occupent qu'un rang secondaire. a L'empereur ordonna ensuite à l'inierprète de dire « ces mots à l'Arabe ; Reconnaîtrais-tu ton maître, si tu
« le voyais ? L'empereur voulait parler de l'apôtre
« de Dieu, à qui Dieu veuille bien être propice. — Je Il répondis :Etcommentpourrais-je le voir, maintenant (i qu'il se trouve auprès du Dieu très-haut? — L'em- « pereur reprit : Ce n'est pas ce que j'entendais ; je « voulais parler seulement de sa figure. — Alors V l'Arabe répondit oui. — Aussitôt l'empereur fit ap- Il porter une boîte; il plaça la boîte devant lui, puis, « tirant quelques feuilles, il dit à l'interprète : Fais-lui « voir son maître... — Je reconnus sur ces pages les « portraits des prophètes ; en même temps, je fis des « vœux pour eux, et il s'opéra un mouvement dans mes (i lèvres. — L'empereur ne savait pas que je rccon- K naissais les prophètes ; il me fit demander par l'inter- « prête pourquoi j'avais remué les lèvres. L'interprète « le fît, et je répondis : Je priais pour les prophètes. — « L'empereur demanda comment je les avais reconnus, « et je répondis : Au mojen des attributs qui les distin- K guent. Ainsi, voilà Noé dans l'arche, qui se sauva avec '* sa famille, lorsque le Dieu très-haut commanda aux
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368 L'EHPIRE CBINOIS.
Il eaux et que toute la terre fut submergée avec ses hn- « bilan ts ; Noé et les siens échappèrent seuls au déluge. « — A ces mots, l'empereur se mit à rire et dit : Tu as Il deviné juste lorsque tu as reconnu Noé; quant à la <i submersion de la terre entière, c'est un fait que nous « n'admettoDs pas. Le déluge n'a pu embrasser qu'une Il portion de la terre ; il n'a atteint ni notre pays, ni celui a de l'Inde. — Ibn-Vahab rapportaitqu'it craignaitde « réfuter ce que venait de dire l'empereur et de faire « valoir les arguments qui étaient à sa disposition, vu « que le prince n'aurait pas voulu tes admettre; mais « il reprit : Voilà Moïse et son bâton, avec les enfaoU « d'Israëk — C'est vrai ; mais Moïse se fit voir sur un « bien petit théâtre, et son peuple se montra mal dis- II posé à son égard. — Je repris : Voilà Jésus, sur un Il àne, entouré des apôtres. — L'empereur dit : U a « eu peu de temps à paraître sur la scène ; sa mission il n'a {»uère duré qu'un peu plus de trente mois.
Il Ibn-Vahah continua à passer en revue les différenU « prophètes ; mais nous nous bornons à répéter me « partie de ce qu'il nous dit. Ibn-Vahab ajoutait qu'au- ,1 dessus de chaque figure de prophète on voyait une « longue inscription qu'il supposa renfermerle nomdes « prophètes, le nom de leurs pays et les circonstances Il qui accompagnèrent leur mission ; ensuite il poiir- « suivit ainsi : Je vis la figure du prophète, surqulsoil « la paix ! il était monté sur un chameau, et ses corn- " pagnons étaient également sur leurs chameaux, « placés autour de lui. Tous portaient à leurs pieds des u chaussures arabes ; tous avaient des cure-dents atla- « chés à leurs ceintures ; m'étant mis à pleurer^ l'em-
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CEIAPITRE VIII 36!)
<:< pereurchargca l'interprète de rïiedemanderpourquoi « je versais des larmes; je 'répondis : Voilà notre pro- « phète, notre seigneur et mon cousin, sur lui soit la « pais! — L'empereur répondit : Tu as dit vrai, lui et « son peuple ont élevé le plus glorieux des empires; « seulement il n'a pu voir de ses yeux Tédificc qu'il « avait fondé, l'édifice n'a été vu que de ceux qui sont « venus après lui. — Je vis un grand nombre d'autres « figures de prophètes dont quelques-unes nous fai- (( salent signe de la main droite, réunissant le pouce et M l'index, comme si, en faisant ce mouvement, elles « voulaient attester quelque vérité. Certaines figures <i étaient représentées debout sur leurs pieds, faisant « signe avec leur doigt vers le ciel, 11 y avait encore <i d'autres figures ; l'interprète me dit que ces iîgures « représentaient les prophètes de la Chine et de l'Inde. « Ensuite l'empereur m'interrogea au sujet des ca- « lîfes et de leur costume, ainsi que sur un grand « nombre de questions de religion, de mœurs et d'usa- « ges, suivant qu'elles se trouvaient à ma portée ; puis « ilajouta: Quel est,dansvotreopinion, l'âge du monde? « — Je répondis : On ne s'accorde pas à cet égard. Les « uns disent qu'il a six mille ans, d'autres moins, «d'autres plus; mais la différence n'est pas grande. — M Là-dessusl'empereur se mit à rire de toutes ses forces. H Le vizir, qui était debout auprès de lui, témoigna a aussi qu'il n'était pas de mon avis. L'empereur me (1 dit : Je ne présume pas que votre prophète ait dit cela. (I — Là-dessus, la langue met ourna, et je répondis: Si, <( il l'a dit. — Aussitôt je vis quelques signes d'improi< bation sur sa figure; il chargea l'interprète de me
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a. transmettre ces mots : Fais attenlîoa à ce que tu dis, « on ne parle aux rois qu'après avoir bien pesé ce qu'on « va dire. Tu as affirmé que vous ne vous accordez pas « sur cette question ; vous êtes donc en dissidence au « sujet d'une assertion de votre prophète, et tous n'ac- K captez pas tout ce que vos prophètes ont établi? Il « ne convientpas d'être divise dansdes cas semblables; a au contraire, des arfirmntions pareilles devraienl u être admises sans cootestations. Prends donc garde « à cela et ne commets plus la même imprudence.
« L'empereur dit encore beaucoup de choses qui ont « échappé de ma mémoire, à cause de la longueur du l' temps qui s'est écoulé dans l'intervalle ; puis H ajouta : <t Pourquoi ne t'es-tu pas rendu de préférence auprès « de ton souverain, qui se trouvait bien mieux à ta pora tée que nous pour la résidence et pour la race? — Je « répondis : Bassora, ma patrie, était dans la désola^ 0 tion ; je me trouvais à Siraf ; je vis un navire qui al- « lait mettre à la voile pour la Chine, j'avais entendu a parler de l'éclat que jelte l'empire de la Chine, et de « l'abondance des biens qu'on y trouve. Je préférai « me rendre dans cette contrée et la voir de mes yeui. « Maintenant je retourne dans mon pays, auprès du a monarque mou cousin ; je raconterai au monarque «l'éclat quejettecetempire, et dontj'aiélélémoiQ. Je « lui parlerai de la vaste étendue de cette contrée, de « tous les avantages don tj'yaijoui, de toutes les bontés « qu'on y a eues pour moi. Ces paroles firent plaisir à « l'empereur; il me fit donner un riche présent; ilvou- « lutquejem'en retournasse àKhan-fou sur lesmulets u de la poste. Il écrivit même au gouverneur de Khan-
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