‹ L'empire chinoisChapitre 126 sur 154 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

t< quelqu'un de ses agents, de ses officiers et de ses suit jets en général? Pour tout cela, je remplace Tempe- « reur, en vertu des pouvoirs qu'il m'a conférés et dont c< il m'a investi. ,, Le crieur répétait ces paroles trois « fois. En effet, il est établi en principe que l'empereur « ne se dérange pas de ses occupations, à moins que « qnelquegouverneurne se soit rendu coupable d'une <( iniquité évidente, ou que le magistrat suprême n'ait « négligé de rendre la justice et de surveiller les per- « sonnes chargées de l'administrer. Or, tant qu'on se « préserva de ces deux choses, c'est-à-dire tant que (( les décisions rendues par les administrations furent (1 conformes à l'équité, et que les fonctions de la ma- (t gistrature ne furent confiées qu'à des personnes t< amies de la justice, l'empire se maintint dans l'état « le plus satifaisant (1). »

Cette dernière observation de l'écrivain arabe est encore aujourd'hui applicable à la Chine. C'est parce que la magistrature n'y est plus confiée à des personnes amies de la justice qu'on voitcet empire, jadis si florissant et si bien gouverné, aller de jour en jour en décadence, et marcher rapidement à une ruine effroyable et peut-être prochaine.

En recherchant la cause de cette désorganisation générale, de cette corruption qui dissout à vue d'œil toutes les classes de la société chinoise, il nous a semblé la trouver dans une grave modification à l'ancien système gouvernemental introduite par la dynastie mantchoue. Il fut établi qu'aucun mandarin ne pour-

(I) Chaîne dei chroniques, p. 106.

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rait exercer sod emploi dans le même endroit pendant plus de trois ans, et que personne ne serait jamais fonctionnaire dans sa propre province. On devine aisément la pensée qui dicta une loi semblable. Aussitôt que les-Tartares manlchous sévirent maîtres de l'empire, ils furent effrayés de leur petit nombre; perdus, en quelque sorte, au milieu de cette multitude innombrable de Chinois, ils durent se demander comment ils pourraient parvenirà gouverner cette immense nation naturellement hostile à une domination étrangère.

Remplir tous les postes do mandarins choisis parmi lesTartares,ilsn'y eussent p»ssuflî; d'ailleurs, ce n'eût pas été un excellent moyen pour pacifier les esprits else faire accepter d'un peuple si jaloux et si convaincu de son mérite. Il fut donc décidé que les vaincus ne seraient pas exclus des fonctions publiques. Les emplois des cours suprêmes de Péking furent doublés et partagés entre les Tarlares et les Chinois. Ces derniers eurent, en grande partie, l'administration des provinces, à l'exception, toutefois, des premiers mandarinats militaires et des places fortes, qui furent réservés aux Tartares.

Malgré toutes ces précautions, il était encore hiec difficile â la nation conquérante de consolider son pouvoir ; elle avait â craindre les conspirations, 11 devait j avoir, parmi les hauts fonctionnaires, des partisans de la dynastie déchue; l'autorité dont ils jouissaient dans lesprovincesélait capabledeleur donner une grande influence pour soulever le peuple. 11 leur était aisé de tramer des conpiralions, de-s'entendre entre eux, de se rallier pour miner sourdement -et à la longue le nou-

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veau gouvernement. Il est donc probable que ce fut pour parai jser ces tentatives de contre- révolution qu'il fut statué que nul ne serait mandarin dans son propre pays, et que les magistrats n'exerce raient pas leur charge au delà de trois ans dans le même lieu.

La dynastie mantchoue ne manqua certainement pas de colorer cette innovation de spécieux prétextes tirés de l'utilité publique et de la sollicitude pour le bonheur du peuple; on n'oublia pas de dire que les magistrats, éloignés de leurs parents et de leurs amis, n'auraient à subir aucune influence dans l'adminislration de la justice, et seraient plus libres de se dévouer entièrement à leurs fonctions et aux intérêts du pays. Tels étaient les motifs avoués publiquement pour faire accepter cette modification aux institutions de l'empire ; mais, au fond, on avait pour but d'empêcher les hommes influents de prendre racine quelque part et de se créer des partisans.

Les conquérants de la Chine ont parfaitement réussi pendant plus de deux cents ans. Les grands mandarins chinois, errant toujours de province en province sans pouvoir jamais se fixer dans aucun poste, tout concert (!st devenu impossible; les chefs de parti, les représentants de la nationalité chinoise, ne pouvant compter, dans les provinces, sur des agents dont l'autorité était passagère, lesconjuralions ont été facilement étouffées. Celte politique, bonne, peut-être, pour asseoir et consolider un pouvoir naissant, ne pouvait manquer d"être, dans la suite, une source de désordre ; en faisant de cette mesure, qui ne devait être que transitoire, une loi de l'empire, les imprudents vainqueurs de la Chine dé-

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posèrent , en quelque sorte, dans la racine même de leur pouvoir un germe empoisonné, qui devaitse développer insensiblement et porter ses fruits de dissolution. Les magistrats et les fonctionnaires, n'ayant à passer que quelques années dans le même poste, y vivent comme des étrangers, sans s'inquiéter des besoins des populations qu'ils administrent ; aucun tien ne les attache à elles, tout leur souci consiste à ramasser le plus d'argent possible,àrecommencerensuileailleurs la même opération, jusqu'à ce qu'ils puissent aller enfindans leur pays natal jouir d'une fortune extorquée en détaildans toutes les provinces. On a beaucrier contre leurs injustices et leurs déprédations, maudire leur administration, peu leur importe; ils ne fontque passer; demain ils s'en iront à l'autre extrémité de l'empire où ilsn'enleodront plus les cris des victimes qu'ils ont dépouillées. Les mandarins sont ainsi devenus égoïstes etiadifférenlsaubien public. Le principe fondamental de la monarchie chinoise a été détruit; car le magistrat n'est plus un père de famille vivant au milieu de ses enfants, c'est un maraudeur qui arrive sans qu'on sache d'où il sort, et s'en allant ensuite on ne sait où. Aussi, depuis t'avénementde ladynaslïetartaremantchoue, toutlan* guit et tout meurt dans l'empire ; on ne voit plus, comme autrefois, ces grandes entreprises, ces travaux gigantesques, indices d'une vie forte et puissante chez la nation qui les exécute. On rencontre dans toutes les provinces des monuments qui durent exiger d'incroyables efforts et une longue persévérance: de nombreux canaux, des tours d'une grande hauteur, des pontssuperbes, de larges routes à travers les montagnes, de forfes

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