‹ L'empire chinoisChapitre 127 sur 154 · CHAPITRE IX. 89S · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. 89S

digues le long des fleuves, etc. Aujourd'hui, non-seulementon ne faitrien de semblable, maison laisse encore tomber en ruine les ouvrages des dynasties antérieures. L'homme, surtout quand il n'est pas chrétien, se dépouille rarement de son amour-propre ; il aime à jouir du fruit de ses peines et de ses travaux ; s'il jette les fondements d'un édifice, il espère en voir le couronnement. A quoi bon, se dit un mandarin de passage, entreprendre ce que je n'aurai pas le temps déterminer? à quoi bon semer pour qu'un autre vienne recueillir la moisson ?.,, Et avec cela lesinté rets moraux etmatériels despopulationssontabandonnés.lly aurait bien, nous n'en doutons pas, des gouverneurs de province, des préfets de ville, capables d'opérer des réformes utiles, de créer des institutions, d'exécuter des iravaux souvent nécessaires, mais, considérantqu'ils ne sont là que pour quelques jours, ils n'ont pas le courage de melire la main à l'œuvre ; les pensées d'égoïsme et d'intérêt privé prennent facilement le dessus ; alors ils s'occupent exclusivement de leurs affaires, réservant le bien puMicpourleurssuccesseursquinemanquentjamais,à leur tour, de le laisser à ceux qui viendront après eux. Ce système établi, comme on le prétendait, dans le but de soustraire les mandarins aux influences de leurs parents et de leurs amis, et de rendre ainsi l'administration plus libre et plus indépendante, a eu encore, malheureusement, un résultat tout opposé. Les fonctionnaires sesuccèdent si vite dans les diverses localités, qu'ils ne sont jamais au courant des affaires du lieu soumis à leur juridiction ; le plus souvent môme, ils se trouvent jetés au milieudepopulationsdontilsnocom-'

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3<j|> L'EHPIHE CHINOIS.

prenneDtpasridiome.IlsoesoDtniilleinentfamiliarîsés avec les mœurs et les habitudes du pays; car od se tromperait graodementjsi l'on pensait que tous lesCbinois se ressemblent. La différence est peut-être plus tranchée en Chine, de province à province, qu'entre les divers royaumes de. l'Europe. Quand les mngistrats arrîveat dans leur mandarinat, ils y trouvent, à poste fixe, des interprètes, des fonclionnairessuhalternes qui, étant au courant de toutes les affaires delà localité, saventrendre leursservicesindispeiisables.Dans les plus petitescirconstances^csmandarins seraient incapables d'agir sans le secours de ces agents, qui sont, au fond, les véritables administrateurs. Les dossiers de tous les procès sont entre leurs mains; eux seulslesconipulseiil, dressent par avance la teneur des jugements, etie magistrat n'a qu'à promulguer, en public, ce qui a été déterminé en secret et sans sa participation. Or, tous ces factotums inamovibles sonlde l'endroit même; ils ont avec eus leurs parents et leurs amis, eton n'est pas surpris, dès lors, de voir les afTaires judiciaires et administratives conduites p'ar l'intrigue et ta cabale. Les tribunaux sont remplis deces vampires, incessamment occupés à soutirer la substance du peuple, d'abord au profit du mandarin, et puis pour leur propre compte et celui de leurs amis. Nous avons eu de fréquentes relations avec ces gens-là; nous les avons vus souvent à l'œuvre, et nous ne saurions dire si le sentimentqu'ils nous inspiraient était de l'indignation ou du dégoût; c'était peut-être un mélange de l'un et de l'autre.

Ainsi, depuis l'avènement de la dynastie tartaremaûlchoue, la société chinoise a subi de profondeB

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altérations. On a, en Europe, desàdées bien étranges sur la prétendue immobilité de ce peuple. Des nouveautés introduites par la race conquérante sontsouvent considérées comme des usages remontant à la plus haute antiquité, et procédant nécessairement du caractère chinois. Qui n'est, par exemple, convaincu que ce peuple a naturellement de l'antipathie contre les étrangers et qu'il s'est toujours appliqué à les tenir éloignés de ses fonticres? Cependant il n'est rien de plus inexact. Cet esprit exclusif et jaloux appartient plusparticulièrementauxTartares mantchous.etl'empire n'a été hermétiquement fermé aux étrangers que depuis leur domination.

Dans les siècles passés, les Chinois avaient des relations suivies avec tous les peuples de l'Asie. Les Arabes, les Persans, les Indiens ne trouvaient aucun obstacle pour venir trafiquer dans leurs ports; ils pénétraientmôme dans l'intérieur ctparcouraient librement les provinces. Ce Khorassanien et cet Arabe, qui s'en allaient en paix jusque dans la capitale demander audience à l'empereur, en sont une preuve incontestable. Le monument de Si-ngan-fou, dont nous avons cité l'inscription, témoigne que des missionnaires étrangers avaient prêché et pratiqué la religion chrétienne en toute liberté. Au treizième siècle, Marco- Polo y a été très bien accueilli à deux époques différentes avec son père et son oncle. Quoique Vénitiens, ils y ont même exercé des fonctions publiques et de la plus haute importance, puisque Marco-Polo fut gouverneur d'une province. Vers cette même époque,ilyavait à Pékingun archevêque, et les cérémonies religieuses

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s'y faisaient publiquement. Sur la fin de !a dernière dj- □astîe chinoise, lorsque le P. Ricci et les premiers missionnaires jésuites recommencëreat tes missions de la Chine, on ne voit pas qu'ils aient rencontré les mêmes difficultésquiexistent aujourd'hui; ils furent traités honorablement à la cour, et les premiers empereurs de la dynastietartare ne firent que tolérer cequiexistaitdéjà.

Tout prouve donc que les Chinois n'ont pas toujours eu pour les étrangers une aussi grande répulsion qu'oa se l'imagine. Plusieurs mandarins, avec lesquels nous avons eu occasion de parler de ce fait, et auxquels nous cherchions à faire comprendre combien la politique chinoise était antisociale et injurieuse pour les autres peuples, nous ont dit que jamais leur nation n'avait repoussé les étrangers, et que les mesures sévères qu'on prenait actuellement contre eui ne dataientque l'époque du châtiment de dynastie.

Il est évident que les Mantcbous, à la vue de leur petit nombre au milieu de cetimmease empire, ont dû prendre tous les moyens imaginables pour consener teurconquête.Depeurqnelesétrangersn'eussentenvie d'une proie si facile à leur être enlevée, ils ont fermé soigneusement toutes les portes de la Chine, croyantse mettre ainsi à l'abri de toutes les tentatives ambitieuses venues du dehors ; à l'intérieur ils ont cherché à tenir leurs ennemis divisés par le système delà succession rapide et continuelle des emplois.Cesdeuxmoyensootété, jusqu'à ce jour, couronnés de succès, et c'est même un faitvraimentprodîgîeux,etpeut-étrepasassezremarqaé, qu'unepoignée de nomades ait pu exercer, pendantplus de deux cents ans, une domination paisible et absolue

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