‹ L'empire chinoisChapitre 128 sur 154 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

sur le plus vaste empire du monde, et sur des popu~ latîons qui sonl, quoi qu'on en dise, extrêmemeat mobiles et remuantes. 11 a fallu une politique bien habile, souple et vigoureuse en même temps, pourobtenir un semblable résultat; mais tout fait présumer que ces mêmes moyens, qui ont peut-être le plus contribué à établir la puissance des Tartares mantchous, serviront à les jeter bas.

Ces étrangers, ces barbares, que le gouvernement de Péking veut avoir l'air de mépriser parce qu'il les redoute beaucoup, finiront par s'impatienter devant ces portes obstinément fermées sur eux ; un beau jour ils les feront voler en éclats, et trouveront derrière un peuple innombrable, il est vrai, mais désuni, sans force de cohésion, et à la merci de quiconque voudra s'en emparer en tout ou en partie.

Le vénérable mandarin de Song-tcbe-hien, ce bon Chinois des temps antiques, nous fît entendre de nobles gémissements sur la décadence de sa patrie ; il nous disait : « Depuis que nous mettons en oubli les saintes traditions de nos ancêtres, le ciel nous abandonne ; ceux qui regardent attentivement la marche et les tendances des événements, ceux qui observent combien est grand l'égoïsme des magistrats, et combien est profonde la dépravation du peuple, éprouvent un sombre et douloureux pressentiment; c'est que nous sommes à la veille d'un immense bouleversement. Comment s'opérera cette révolution pressentie par un grand nombre? l'impulsion viendra-t-eile du dedans ou du duhors? Nul ne le sait; personne ne saurait le prévoir. Ce qu'il y a de certain, c'est que, depuis quelques an-

tOO L'EHPIRE CBINOIS.

oées, la dynastie a perdu la protection du ciel, le peuple n'a plus que des sentiments de colère ou de mépris pour ceux qui le conduisent; la piété filiale n'exislant plus parmi nous, il faut que l'empire s'écroule (1). »

Le maodaria qui nous parlait de la sorte était, nous l'aïons déjà dit, d'uo âge très-avancé, par conséquent nous ne fûmes pas très-élonnésde lui trouver l'humeur un peu inquiète et grondeuse ; le vieillard d'Horace est cosmopolite.

Le jeune et charmant préfet de l-tou-bien voyait le mal, nous n'en doutons pas, aussi clairement que son respectable ami de Soag-tche-hien, mais il ne se désespérait pas ; il n'avait pas l'air de penser que la nation chinoise fût arrivée au bout de ses destinées. Il remarquait bien que tout se détraquait, qu'il n'y avait pas un seul rouage qui ne grinçât; toutefois il aimait sa machine, il la trouvait bien faite, savamment combioée. et il avait grande confiance qu'on pourrait la faire marcher encore pendant des siècles ; il avouait pourtant qu'unsageethabile mécanicien étaitindispensable.Sur ce dernier point il était d'une grande réserve etne voulut jamais nous laisser voir tout le fond de sa pensée ; sa qualité de haut fonctionnaire lui commandait une grande prudence, et nous nous gardâmes bien de le pressersurunequestion si délicate; cependant il en dit assez pour nous laisser soupçonner que la chute de la dynastie tartare ne le plongerait pas dans une inconsolable désolation. 11 avait l'air de trouver assez raisonnable et naturel que la nation chinoise fût gouvernée par

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