CHAPITRE IX
unempereurchinois;ce sentiment, que plusieurs mandarins ont laissé percer en notre présence, n'existe pas dans les masses, qui , comme nous l'avons dit, trouvent fort ridicule de s'occuper gratuitement de questions politiques ; cependant il peut y être à l'état latent, et, pour le réveiller, il ne fautqu'un événement, une occasion, comme cela est arrivé à plusieurs époques célèbres de l'histoire de la Chine.
Le préfetde Song-tchc-hicn, grand partisan del'antiquité, s'étudia à remplir envers nous les devoirs de l'hospitalité d'une manière toute patriarcale. Nous n'étions pas simplement pour lui des voyageurs et des étrangers dont il fallait avoir soin de par la loi et parce que le vice-roi du Sse-tchouen l'avait ainsi ordonné. Nous étions ses hôtes dans toute la force du terme, et non-seulement ses hôtes à lui, mais encore les hôtes de ses amis, de ses confrères dans l'administralion civile et militaire, les hôtes de tous les habitants de la ville de Song-fche-hien. Nous fûmes donc obligés de nous montrer sensibles à cette manifestation, et de vivre, en quelque sorte, en public. C'est tout au plus si on nous donna le temps de vaquer à la prière et de prendre quelques heures de repos. Le préfet ne voulut abandonner à personne le soin d'organiser notre départ. Il alla lui-même au port choisir nos bateaus, et en fit louer un troisième pour son premier secrétaire et plusieurs domestiques chargés de nous accompagner jusqu'à Kin-tcheou où nous devions nous arrêter. 11 avait eu l'attention d'envoyer à bord de ce bateau son cuisinier avec un riche assortiment de provisions de bouche, afin de nous continuer sa géné-
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reuse hospitalité aussi longtemps qu'il le pouvait.
Nous quittâmes SoDg-tche-hien de grand matin. Comme la majeure partie de la nuits' était passée en causeries, aussitôt que nous fûmes abord, nous nous seu^ Umes une impérieuse propension à ajouter un petit supplément au peu de sommeil qu'il nous avait été per* mis de prendre. Une bonne brise envoyait sur le pont une suave fraîcheur. Notre domestique nous y arrangea, à l'ombre de la grand'voile, notre lit de voyage, et nous nous endormîmes tout doucement au bruit desvaguesqui venaientse briser coutreles flancs de lajonque.
Pendant une heure à peu près, nous goûtâmes un repos délicieux; mais ensuite le poste ne fut plus lenable. La brise fraîchissant toujours, le navire prit des allures brusques et saccadées, penchant tantôt à droite, tantôt à gauche, de sorte que la position horizontale devenait extrêmement difficile à garder. Il fallut donc se lever et essayer de se tenir verticalement. Le fleuve, déjà large d'uue lieue dans celle partie du Hou-pé, était |d'un aspect grandiose. Le spectacle que nous avions sous les yeux, quoique d'une beauté imposante, ne laissait pas d'être peu attrayant au point de vue de ' la navigation ; car le vent, soufflant avec violence et | nous prenant par te travers, donnait à la jonque une i marche dure et pénible. I
Nousdescendimesdansl'entre-pont, où nous trouvâmes, comme decoutume, noschersmandarins alignés côteà côte sur des nattes, et fumant leur maudit opium. Aussitôt que nous parûmes, il séteignirent leurs petites lampes. Il parait, leurdlmes-nous, quel'opium est pour vous une nourriture suffisante ; personne ne parle dese |
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