‹ L'empire chinoisChapitre 131 sur 154 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Pour ceux qui sont tranquillement à terre, la vue de ces manœuvres est tiès-attrayante ; on contemple avec întéréttousksmouTements dunavire; on suit sa marche avec anxiété ; à mesure qu'il avance on suppute cequ'ilagagnéou perdu dans la bonne direction, et on cherche à deviner s'il enfilera la passe ou s'il sera oblige de prendre une autre bordée. Quand il y a plusieurs navires engagés dans le même embarras, on aime à comparer la supériorité de leur marche, leur bonne grâce, leur allure ;ilen est toujours un auquel ons'intéresse, malgré soi, d'une manière toute particulière; les yeux sont fixés sur lui avec inquiétude, et on fait des vœux pour son succès. S'il réussit, on est dans la joie, on est fier comme si on avait contribué à son triomphe ; si, au contraire, il échoue, on est tout attristé. Mais il faut être sur le rivage, fumant sa pipe towt à l'aise, pour trouver ces luttes intéressantes, et se créer à plaisir des émotions de ce genre. Pour ceux qui sont à bord, la chose est, au contraire, très-peu divertissante. La première et la seconde tentative, on les supporte encore avec assez de patience ; ensuite la bile commencée se remuer, et lorsqu'on s'aperçoit qu'on refait continuellement, et avec peine, le même chemin, sans jamais avancer, oh! alors la physionomie prend une teinte qui n'est guère gracieuse, et, si l'on est pressé d'arriver, si le temps est mauvais et la navigationdangereu3e,ily avraiment de quoi enrager quand on a le malheur de ne pas savoir se résigner à la volonté de Dieu.

Il y avait plus d'une heure que nous étions à louvoyer sans que personne pût réussir à passer ; la brise

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augmenta de violence, et quelques jonques doublèrent la pointe et disparurent derrière les terres. Les deux barques de transport qui nous avaient préeédés réussirent de la même manière ; nous pensions que notre tour arriverait aussi. Nous allions et revenions toujours inutilementdansle mêmesiJIage ; enfin uoe forte rafale nous prit, et nous jeta, non pas en dehors de la pointe, mais sur le côté opposé ; heureusement, la plage était saine, il n'y avait que du sable et de la vase, sans quoi la jonque était fracassée. Après que l'équipage eut longtemps vociféré, on essaya de se remettre à Qot ; tout le monde s'y employa, matelots, mandarins et missionnaires ; à force de peines et de sueurs nous parvînmes à nous désensabler, el nous reprîmes notre manœuvre. Cette fois nous oe pûmes atteindre à la hauteur de la pointe ; au retour une seconde rafale nous prit el nous précipita de nouveau sur la plage que nous venions de quitter.

La' prudence exigeait que, avec un temps pareil, nous ne lissions pas de nouvelles tentatives. Nous essayâmes de démontrerau patron qu'il courait risque de briser sa jonque et de nous noyer, ce qui, pour lui d'abord et pour nous ensuite, serait fort désagréable. En supposant même que nous parviendrions à entrer dans la passe, en serions-nous bien avancés, avec l'affreux vent debout que nous trouverions de l'autre côté et qui nous empêcherait de faire route? Nous fûmes donc d'avis de rester où nous étions et d'y attendre en paix un moment plus favorable.

Cette détermination étaîtassurémentpleine desagesse et de prudence ; mais l'amour-propre l'emporta. Le pa-

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tron ne pouvait s'accoulumerà l'idée que toutesles jonques étaient parties et qu'il serait le seul à ne pouvoir franchir ce passage difficile. Il faisait à bord un horrible vacarme ; il maudissait les matelots ,j urait contre les vents et les flots, contre le ciel et la terre ; il était furieux. A toute force il voulut se remettre en roule, malgré l'extrême violence du vent. La jonque fut donc encore retirée de la côte et relancée avec rage contre le but infranchissable ; nous courûmes plusieurs bordées, et, pour la troisième fois, nous allâmes échouer sur le sable du rivage. Le patron, à bout de son énergie, épuisé, affaissé plutôt que résigné, renonça enfin à faire de nouvelles tentatives. La nuit, d'ailleurs, était sur le point de venir, et c'eût été le comble de la folie que de prétendre arriver à Rin-tcheou en luttant contre les vents et les flots. Au lieu donc de repousser la barque vers lebt du fleuve, on travailla à l'enfoncer plus avant dans les sables, afin de la soustraire à l'action des vagues, qui venaient se briser avec fureur contre ses flancs et menaçaient à chaque instant de la faire chavirer.

Quand cette opération fut terminée, on amarra la jonque aux arbres voisins, par le moyen de câbles de bambou; les ancres furent solidement fixées à terre; on prit, en un mot, toutes les mesures de prudence nécessaires afin de ne pas être emportés en cas de tempête. Ënsuitechacuncherchaàs'arrangerde son mieux pour passer la nuit le moins mal possible ; car il ne fallait pas songera trouver un logement à terre. 11 n'y avait ni ville ni hameau aux environs de la plage où nous étions échoués ; on apercevait seulement çà et là.

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dans la campagne, quelques fermes où nous ne poovions espérer de rencontrer un gtte plus confortable que dans notre barque.

Noire dîner, comme on a pu le remarquer, n'avait pas é(étrës-somptueux.Or,les circonstances se trouvant moins favorables qu'à midi, nous augurâmes que nous souperions encore plus mal. Nous ne fûmes nullement frustrés dans notre attente ; il n'y eut ni grande pyramide de riz, ni confitures de piment rouge, ni petites herbes salées. En partant de Song-tcbe-hien,réqHipage n'avait fait ses provisions que pour la journée. Sans doute on y avait été un peu largement ; le calcul n'avait pas été strict etrigoureux; mais il était probable qu'on n'avait pas compté sur un aussi grand nombre de convives, on n'avait pas supposé que notre cuisine nous aurait fait défaut. Il devait donc y avoir à bord Irès-peu de comestibles; inspection faite du sac à riz, on n'y trouva pas la quantité suffisante pour le repas de l'équipage qui, vu les peines et les fatigues qu'il venait d'endurer, était affamé.

Ces braves mariniers nous offrirent généreusement de partager avec nous ; mais il nous fut impossible d'accepter; il nous semblait que ce riz, si nécessaire à ces pauvres gens, n'eût pu nous faire du bien. Nous étions donc résignés à aller nous coucher sans souper, lorsque maître Ting vint nous dire en secret qu'il y avait dans lacaleunecargaisondecilrouilles. Le patron, interrogé, déclara que le fait était vrai,que le sol de Song- tche-hien produisait d'énormes citrouilles, et qu'un de ses amis l'avait chargé d'en porter un certain nombre sur le marché de Rin-tcheou. Noua lui proposâmes de les

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