CHAPITRE X
pour inconvénient d'entretenir lajalousie, la déflanceet la désaffection des Chinois, qui, après avoir fermenté durant plus de deux siècles, ont iini par faire explosion d'une manière si terrible.
A part ce petit nombre de villes dont nous venons de parler, où l'on rencontre quelques troupes de soldats tartares, oii a beau parcourir les provinces, l'élément mantchou n'y apparaît nulle part. On ne voit de tous côtés que des populations purement chinoises, entièrement absorbées par le commerce, l'agriculture et l'industrie, pendant que des soldats étrangers sont chaînés de garder les frontières et de veiller à la tranquillité publique. Abien prendre les choses, lesTartaresparatssaient être moins un peuple conquérant qu'une tribu auxiliaire qui a obtenu, par sa valeur et ses victoires, le privilège de venir monter la garde dans tout l'empire. L'influence adni i nistrative est restée auxChi nois;ce sont eux qui occupent le plus grand nombre des emplois civils. S'ils ont élé conquis par les Mantchous, ils leur ont , imposé, à leurtour, leur civilisation, leurlangue, leurs moeurs, et, en grande partie, leurs usages. Sortis depuis peu de temps de leurs forêts et de leurs steppes, où ils menaient la vie nomade, vivant de leur chasse et de leurs troupeaux, les Tartares ne pouvaient s'empêcher de se plier aurégime de ce pays célèbre dontilss'étaient. ouvert les portes à force de courage et surtout de ruse et de perfidie. Us ont donc laissé lesdétailsde l'administration aux Chinois, puisqu'ils en avaient le goût, le talent et une longue expérience; seulement, ils ont toujours eu bien soin de ne pas se dessaisir de la direction de la milice de terre, et de mer, La haute
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428 L'EMPIRE CBINOIS.
administration du départemeat de la guerre est toujours restée exclusivement concentrée entre leurs mains.
Il est impossible de se faire une idée exacte et même approvimative de la force réelle de l'armée chinoise en temps ordinaire ; car nous n'entendons nullement parler de son état actuel, qui a dû subir de profondes modifications depuis les formidables développements de l'insurrection. D'après l'almanach officiel, le nombre total des troupes entretenues par l'empereur s'élèverait à un million deux cent trente-deux mille Chinois, Mantchous et Mongols, casernes dans l'intérieur de l'empire, et trente et un mille marins. Evidemment un chiffre si élevé est un véritable compte d'almanach chinois. Quand on a eu occasion de parcourir, peodani plusieurs années, la Chine dans tous les sens, on se demande oùsetientdonc cette puissante armée,pour qu'on ne l'aperçoive nulle part. Sans doute, la Chine est très vaste, sa population est plus grande que celle de l'Europe tout entière ; cependant il serait possible d'y voir des soldats, s'ils étaient aussi nombreux qu'on le prétend. Or, à l'exception des villes dont nous avons parlé, où il y a quelques troupes organisées et sédentaires, il n'existe ailleurs que les miliciens nécessaires pour le service des tribunaux. M, Timkowski, qui, en 1821, conduisit à Péking la mission russe, prit, le plus exactement possible, des renseignements sur l'effectif de l'armée chinoise. Le total qu'il donne dans la relation de son voyage est de sept cent quarante mille neuf cents hommes, en y comprenant les Chinois, les Mantchous et Mongols, Il est probable que le chiffre de M. Tim-
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