‹ L'empire chinoisChapitre 138 sur 154 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

kowski est celui de l'effeclif réel, du moins des soldats qui sont inscrits sur le cadre de l'armée ; mais il ne s'ensuit pas pour cela qu'il y ait en Chine sept cent mille hommes en activité de service militaire. Nous pensons qu'il faut encore réduire ce nombre des deux tiers, si l'on Teut avoir le chiffre véritable des soldats, c'est-àdire des hommes qui s'occupent du métier des armes.

Nous avons vécu assez longtemps en Tartarie pour connaître les troupes mongoles; or, elles se composent de bei^ers nomades, passant leur vie à la garde de leurs troupeaux et ne s'occupant jamais d'exercices militaires. Ils ont bien dans leur tente un long fusil à mèche, et quelquefois un arc et des ûèches ; mais ils ne s'en servent jamais que pour aller tuer des chèvres jaunes et des faisans. S'ils ont une lance, on est bien sûr qu'ils ne la touchent que pour courir après les loups, qui fontlaguerreàleurs troupeaux de moutons. Ainsi, voilà pour la division mongole de l'armée impériale, des familles de bergers, sans en excepter ni les enfantsà la mamelle, ni les vieillards, car tout faitnombre -, on est militaire en naissant, et on reçoit immédiatement sa solde.

Les troupes chinoises ne sont guère plus sérieuses que les mongoles. Leur nombre s'élève, dit-on, à cinq cent mille hommes; elles sont composées, en grande partie, d'artisans et de laboureurs, vivant au sein de leur famille, s'occupant tout à leur aise de la culture de leurs champs ou de leur petite industrie, sans avQir l'air de se douter le moins du monde qu'ils appartiennent à la classe des guerriers. De loin en loin, ils sont obligés d'endosser leur casaque, quand on les

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MO L'BHPiaE CHINOIS.

convoque pour quelque revue générale, ou pour aller dénicher des bandes de voleurs. A part ces rares circonstances, dans lesquelles ils peuvent même se faire remplacer moyennant quelques sapëques, on les laisse chez eux parraitemenl tranquilles. Cependant, comme, au bout du compte, ils sont censés soldats et que l'empereur a le droit de les convoquer en cas de guerre, ils reçoivent annuellement une modique paje, insuffisante assurément pour les faire vivre, s'ils n'y ajoutaient les produits de leur travail journalier. Dans certaines localités réputées places fortes de l'empire, presque tous les habitants sont enrôlés de la façon dont nous venons de parler.

Durant la dernière année de noire séjour en Chine, nous étions chargé d'une petite mission dans une province du midi. Une chapelle pour célébrer les saints mystères et réunir les néophytes aux heures de la prière et des instructions religieuses, puis, attenante à la chapelle^ une maisonnette avec un petit jardin, le tout entouré de grands arbres, de touffes de bambous et d'une haute muraille en cailloux : telle était notre résidence. Nous vivions là avec deux Chinois, l'un âgé d'une trentaine d'années, et l'autre à peu près du double. Le premier avait le titre de catéchiste ; il nous aidait dans les fonctions du saint ministère, surveillait les affaires du ménage, et formait les enfants chrétiens et les catéchumènes à la manière de chanter les prières publiques. Dans ses moments de loisir, qui étaient encore assez considérables, il s'occupait de couture ; car, primitivement, il avait exercé l'état de tailleur. Du reste, c'était un fort brave homme, de

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mœurs douces, paisible et sédentaire, disant peu de paroles inutiles, mais trop préoccupé de médicaments et de liTresde médecine. Celte manie lui était venue, parce qu'à force de se voir toujours chélif, pâle et maigre, il avait fini par se croire malade ; en conséquence, il voulait se soigner, et pour cela il s'était lancé dans les études médicales.

L'autre, celui qui était âgé d'une soixantaine d'années, ne portait dans la mission aucun titre officiel. Il s'occupait pourtant d'une foule de choses; la propreté et la bonne tenue de la chapelle et du presbytèi* le regardaient; il bêchait, arrosait le jardin et y faisait pousser, tant bien que mal, quelques fleurs et un peu de légumes. Il était chargé de la cuisine, quand il yen avaitàfaire, et, de plus, il entretenait de fréquentes et longues conversations avec tous ceux qui venaient à la résidence. Sa générosité à offrir du thé et à boire et du tabac à fumer l'avait rendu très populaire. Autrefois il avait été forgeron, et, comme ses nouvelles attributions n'étaient pas bien définies, on avait toujours continué de l'appeler le forgeron ^l'ao.

Un jour, ces deux compagnons de notre solitude se présentèrent dans notre chambre, avec une certaine solennité, pour nous demander un conseil. Un inspecteur extraordinaire des troupes venait d'arriver de Péking, et, sous peu, il devait y avoir une revue générale. Or,rancienforgeron etl'ancien tailleur étaient bien aises de savoir si nous étionsd'avis qu'ils allassent à cette revue. Mais, leur répondîmes-nous, ce sera absolument comme vous voudrez! Si vous pensez que cela doive TOUS amuser, allez-y ; nous garderons la maison.

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433 L'EHPIRE CB1N0IS.

Pour Dous, nous ne tenoos nullement à assister à cette parade. Quand nous habitions le nordde rempire,noiis en avons bien assez vu. — Jusqu'ici nous n'y avons jamais été, dit notre catéchiste ; nous avons toujours pu nous en dispenser facilement ; mais on prétend que le nouvel inspecteur exige que toutle mondey soit. Ceui qui ne s'y rendront pas seront notés, puis coudamnésà cinq cenùi coups de rotin et à une forte amende... Nous trouvâmes que cet inspecteur extraordinaire était, en effet, un homme bien prodigieux, que d'exiger la présence de tout le monde à sa revue, sous peine d'être assommé et ruiné. — 11 faudra donc, leur dimes-nous, que nous allions aussi à la revue ? — Le Père spirihiel pourra aller regarder, si bon lui semble ; mais, nous autres soldats de l'empereur, nous sommes tenus d'y assister. — Vous autres soldats I nous écriâmes-nous, en contemplant de haut en bas nos deux chrétiens... Nous pensâms qu'ils avaient peut-être voulu dire tout simplement qu'ils étaient sujets de l'empereur ; nous craignîmes de les avoir mal compris ; maispasdu tout, ils étaient soldats bien positivement, et depuis fort longtemps. Il y avait phis de deux ans que nous les conoaissoins, sans qu'il nous en fût jamais venu le plus petit soupçon, ce qui, nous devons en convei^ir, ne fait guère l'éloge de notre sagacité. Lorsqu'il y avait des corvées, des revues ou des exercices, ils élaient dans l'habitude de louer pour remplaçant le premier venu qui se trouvait à leur porte. Notre catéchiste nous avoua qu'il n'avait de sa vie touché un fusil, qu'il en avaitpeur, et qu'il ne se sentirait pas mêltie la force de mettre le feu à un pétard.

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