‹ L'empire chinoisChapitre 14 sur 154 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ornées de grands arbres, de lianes et d'une inépuisable variété de plantes et de fleurs. Nos yeux s'enivraient de cette belle verdure émaillée des plus vives couleurs, et toutes les puissances de notre âme étaient dans le ravissement. Notre être tout entier se dilatait au milieu de ces riches épanouissements de la nature ; des larmes de bonheur mouillaient nos paupières pendant que nous aspirions par tous les pores les tiëdes effluves de la végétation et les parfums de l'air. Il faut avoir vécu pendant deux années entières au milieu des glaces et des frimas, dans des déserts sablonneux et parmi de sombres et arides montagnes pour sentir les beautés merveilleuses et les charmes enivrants d£3 plantes et des fleurs. Lorsque, pendant si longtemps, les yeux n'ont pu se reposer que sur la triste et monotone blancheur de la neige, on contemple avec extase les magnétiques attraits de la verdure.

Le chemin suivait ordinairement le cours de l'eau. Souvent nous passionsd'une rive à l'autre, tantôt sur de petits pontsde boisrccouvertsde gazon et tantôt sur de grosses pierres jetées au milieudu ruisseau. Mais rien n'était capable de ralentir la marche de nos porteurs ; ils allaient toujours avec la même rapidité, franchissant, pleins de courage et d'agilité, lous les obstacles qui se rencontraient sur leur passage. Quelquefois ils faisaient une petite halte pour se délasser un peu, essuyer leur sueur et fumer la pipe; puis ils reprenaient leur marche avec une ardeur nouvelle. L'étroite vallée que noussuivions était peu fréquentée. Nous rencontrions seulement, de temps en temps, quelques bandes de voyayeurs, parmi lesquels il nous était

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facile de distinguer le vigoureux et énergique barbare Thîbétain du civilisé Chi Dois, à la face siblèineet 8i rusée. De toute part on voyait des troupes de chèvres et de bœufs à long poil brouter les pâturages de la montagne, pendant que de nombreux oiseaux chantaient ef folâtraient parmi les branches des arbres.

Nous passâmes la première nuit dans une hôtellerie bien modeste et très mal approvisionnée. Cependant, comme tes habitations que nous avions rencontrées dans le Thibet ne nous avaient donné aucune habitude de luxe, nous y trouvâmes tout à souhait. Les misères de tout genre que nous avions si longtemps endurées nous avaient merveilleusement disposés à trouver tolérables toutes les épreuves de la vie.

Le lendemain la route devînt plus sauvage et plus périlleuse à mesure que nous avancions. La vallée serétrécissaitdepiusen plus, et nous rencontrions fréquemment devant nous d'énormes rochers et de grands arbres tombés de la crête des montagnes. Bientôt le ruisseau, quilaveille n'avait cessé de nous accompagner commeunamiSdèle, s'éloigna de nous iasensiblements et finit pardisparaitredansune gorge profonde.Un torrent, que nous entendions gronder depuis longtemps et par intervalles, avec un bruit sourd semblable aux lointains roulements du tonnerre, déboucha brusquement de derrière une montagne, et s'en alla tout furieux à travers lesrochers. Nons le suivîmes longtemps danssa course vagabonde. On le voyait descendre en bruyantes cascades, le long du granit, ou, semblable à un gigantesque serpent, traîner ses eaux verdâtres dans de sombresenfoncements.Cettesecoudejournée de marche ne

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