CHAPITRE X
soldats sont habituellemeat sous les armes et qu'ils s'occupent avec assiduité de leur métier. LegouYernement yTeîileavec soin, car l'empereur a grand intérêt à ce quesestroupesnes'endormentpasdansl'inactionetconsenrenl un peu de ce caractère guerrier qui leur a fait conquérir l'empire. On les traite, dit-on, avec beaucoup de sévérité; les infractions et les négligences dans le service sont toujoursrigoureusementpunies, tandis que Les troupes mongoles et chinoises sont abandonnées à elles-mêmes. Il est même probable que la dynastie régnante favorise, jusqu'à un certain point, l'ignorance et l'inactivité des Chinois et des Mongols, afin de maintenir les Mantchous dans leur état de supériorité, et de se réserver un facile moyen de défense en cas de révolte ou de sédition. Si les cinq cent mille soldats chinois étaient formés au maniement des armes et à la discipline militaire aussi bien que tes Manlcbous, il suffirait d'un instant pour expulser de la Chine la raceconquérante (1).
La marine de l'empire chinois est de niveau avec son armée de terre; elle se compose à peu près de trente mille marins distribués sur une quantité considérable de jonques de guerre. Ces bâtiments, très-élevés à la poupe età,la proue, d'une construction grossière et por< tantune voilure en nattesde bambou, manœuvrent trèsdifficilement; incapables d'entreprendre des voyages de long cours, ils se contentent de parcourir les côtes et les grands fleuves, pour donner la chasse aux pirates qui paraissent fort peu les redouter. Les formes des jonques
(I) Nousavons cru ne devoir rien changer à noa appréciations, écrites
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de guerre, de celles surtout qui nangueut dans l'inlérieur de l'empire, sont très-Tarîées. il est à remarcpier que, à quelques rares exceptions près, le fleuve Bleua été, dans toutes les époques, le priacipal théâtre des batailles navales que les Chinois ont eu à soutenir. Elles étaient très- fréquentes dans le temps où l'empire était divisé en deux. Les noms que portent les jonques servent quelquefois à donner une idée de leur forme. Ainsi, par exemple, on dislingue le Centipède, à cause de ses trois rangées de rames représentant les nombreuses pattes de ce hideux insecte ; le Bec dépervier, dont les deux extrémitéségalement recourbées et possédant chacune un gouvernail, lui permettent d'aller en avant et en arrière, sans virer de bord ; la Jonque à quatre roues, deux à la proue et deux à la poupe, que des hommes font aller en tournant une manivelle. Ces bâtiments à roues remontent à une très-haute antiquité, et il n'a manqué à ce peuple invenlifque l'application de la puissance de la vapeur, pour avoir en entier la découverte de Fulton.
La bizarrerie des peintures vient encore le plus souvent ajouter à l'étrangeté des formes des jonques. On cherche à leur donner l'aspect d'un poisson, d'un reptileoud'un oiseau. Ordinairement on voitàlaproue deux yeux énormes, chargés, sans doute, d'épouvanter l'ennemi par l'atrocité de leur regard. Malgré toutes ces monstruosités, ce qui frappe encore le plus un étranger, c'estledésordreetla confusion qui règoentàl'intérieur. On rencontre souvent plusieurs ménages réunis, et il n'est pas rare de voir sur le pont des maisonnettes construites tout bonnement en maçonnerie. Les marins eu-
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ropéeas ont pourtant toujours admiré l'ingéaieufie idée qu'ont eue les Chinois de diviser le fond de leurs jonques en divers compartiments séparés l'un de l'autre, de sorte qu'une voie d'eau ne peut jamais entraîner qu'un dommage partiel. C'est probablement à cause de l'efficacité de ce moyen qu'on n'a pas jugé nécessaire d'établir des pompes à bord.
Le gouvernement militaire de chaque province, placé, comme l'adminlstratioii civile, sous la direction <lu vice-roi,comprendàla fois les forces de terre et de mer. En général, les Chinois font peu de différence entre ces deux genres de forces militaires, et les grades des deux services ont les mêmes noms. Les généraux des troupes sont appelés ^^-2ou;ilssontaunoml)re deseize ; dont deux seuicmen l appartiennent à la marine exclusivement. Ces officiers supérieurs ont chacun un quartier général, où ils réunissent la plus grande partie de leur brigade, et répartissent le reste dans les différeatespla- ■ces de leur commandement. 11 y a en outre, comme iious l'avons déjà fait remarquer,plusieurs places fortes occupées par destroupcstartares et commandées par un kiang-kiun tartare, qui n'obéit qu'à l'empereur. Les amiraux, ti-toii et les vice-amiraux, tsoiing-ping, résident habituellement à terre et laissent le commandement des escadres à des officiers secondaires.
Les grades des mandarins militaires correspondent à ceux des mandarins civils, et sont également conférés à la. suite des examens que les candidats soAt obligés de subir dans les provinces ou à Péking, suivant l'importance des grades ; ainsi il y a des bacheliers et des docteurs es guerre aussi bien que des ba-
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442 L'EMPIRE CEINOIS.
cfaeliers et des docteurs es leltres. Les aspirants aux divers degrés de la hiérarchie militaire sont examiDÉs sur certaios livres de tactique, mais surtout sur leur habileté à tirer de l'arc, à monter à cheval, à soulever et à lancer des pierres éaonnes, à escalader les murailles, à faire des tours de force, et à eiéculer grand nombre d'exercices gymnastiques inventés pour tromper et effrayer l'eunemi. La littérature n'est pas en- . îièrement exclue de ces examens; on exige des bacheliers qu'ils soient capables d'expliquer les livres classiques, et de faire une petite composition littéraire. D'après tout ce que nous veoons de dire, on peut se formeruDecertaineideederarmeechiDoise.il n'existe pas, peut-^tre, dansle mondeeotier, de plus misérables troupes, ai de plus maléquipées, de plus indisciplinées, de pi usinsensibLes à l'honneur, de plus ridicules, en un mot ; assez fortes pour écraser par le nombre des hordes du Turkestan ou des bandes de voleurs, elles ont prouvé, dans la dernière guerre contre les Anglais, qu'elles étaientincapables de résister àdessoldatseuropéeDS,mème dans la proportion de cinquante contre un. Cette complète nullité de l'armée chinoise tient à plusieurs causes, dont les principales sont la longue paix dont l'empire jouit depuis plusieurs siècles, caries petites guerres qu'elle a eu à soutenir sont insuffisantes pour ranimer chez un peuple l'esprit guerrier, la politique de la dynastie mantchoue qui cherche à tenir les Chinois dans l'impuissance de secouer lejoug, l'entêtement du gouvernement à ne vouloir'admettre aucune réforme dans la tactique et les armes des temps anciens, enfin le discrédit qu'on cherche à répandre sur
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