‹ L'empire chinoisChapitre 142 sur 154 · CHAPITRE X. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. U

l'état militaire. Ua soldat, selon l'expression chinoise, est ua homme aniisapèque, c'est- à-dire sans prix, sans valeur, un homme qui ne peut pas être représenté par un denier. Un mandarin militaire n'est rien à côté d'uQ officier civil ; il ne doit agir que d'après l'impulsion qu'on lui donne ;it est le représentant de la force, de la matière, une machine à laquelle l'iatelligence du lettré doit imprimer le mouïemenl.

Cescauses, pourtant, sont purement accidentelles, et nousn'e pensons pasquetes Chinois soientradicalement incapables de faire de Lons soldats. Ils sont susceptibles debeaucoupde dévouement, et même d'un grand courage. Leursannales sont aussi remplies de traits héroïques que celles des Grecs, des Romains et des peuples les plus guerriers. Quand on parcourt l'histoire de leurs longues révolutions etdeleurs guerres intestines, onest souventsaisi d'admiration en voyantdespopulationsentières, hommes, femmes, enfants, vieillards, tous, en UD mot, soutenir, avec acharnement et enthousiasme, des siéges.horribles, et défendre, jusqu'à complète extermination, les murs de leurs cités. Que de fois les tableaux de ces luttes grandioses nous ont reporté à des temps plus modernes en nous rappelant la sublime défense de Saragosse ! Nous avons remarqué, à plusieurs époques, des dévouements semblables à celui de ce fameux Russe qui eut le sombre et épouvantable courage de réduire Moscou en cendres poursauversa patrie. Et dans les premiers temps de la dynastie mantcboue, les Chinois n'ont-ils pas eu le patriotisme et l'énergie de ravager eux-mêmes les côtes jusqu'àia distance de vingt lieuea dans l'intérieur des terres, de renverser de fond

44{ L'empire cbinois.

ea combleles villages et les cités, d'incendier lesforéts et les moissonsjde faire enfin un immense désert, pour anéantir Japuissance d'un formidable pirate, qui depuis longtemps tenait en échec toutes les forces de l'empire? On abeaucoup ri, beaucoup plaisanté de la manière dont se comportaientles soldats chinois deTaot les troupes anglaises. Après les premières décharges, on les voyait se débarrasser de leurs armes et prendre la fuite à toutes jambes, comme ferait un troupeau de moutons au milieu duquel une bombe éclaterait toutà coup. On en a conclu que les Chinois étaient des hommes essentiellementlâches,sansénergieetincapablesdese battre. Ce jugement nous parait injuste. Nous avons toujour.'i pensé que, dans ces circonstances, les soldats chinois avaient tout bonnement fait preuve de bon sens. Les moyens de destruction employés par les deu^ partis élaicnttellementdisproportionnés,qu'il ne pouvait plus y avoir lieu à montrer de la bravoure. D'un côté, des flèches et des arquebuses à mèche, et, de l'autre, de bons fusils de muoition et des canons chargés à mitraille. Quand il était question dedétruire une yille maritime, c'était la chose la plus simple du monde ; une frégate anglaise n'avait qu'à s'embosser tranquillement aune distance voulue, puis, pendant que l'état-major, attablé sur la dunette, manœuvrait tout à son aise avec du Champagne et du madère, les matelots bombardaient méthodiquementlavîUe, qui, avec ses mauvais canons, ne pouvait guère envoyer des boulets qu'à moitié che- , min de la frégate. Les maisons et les édifices publics s'écroulaient de toutepart,comme frappés de la foudre, Vartillerie anglaise était pour ces malheureux quelque

Dg.l.z«lt,,CpOgle

Page 1