CHAPITRE X. i4S
chose de si terrible, de si surhumain, qu'ils finirent par s'imaginer avoir à combattre contre des êtres surnaturels. CommenI avoir du courage dans une lutte semblable? Incapablesd'atteindre un ennemi qui les foudroyait tout à son aise, ils n'avaient qu'à se sauver ; et c'est ce qu'ils firent, selon nous, avec beaucoup de prudence et de sagesse. Le gouvernement seul était blâmable de pousser au combatdes milliers d'bommes, sans armes, en quelque sorte, et sans moyens de défense ; c'était les envoyer à une mort certaine et inutile. Les troupes anglaises sont assurément pleines de valeur; mais si un jour il arrivait, ce qu'à Dieu ne plaise, qu'elles n'eussent, pour défendre leur pays contre une armée européenne, que les flècbes et les arquebuses conquises sur les Chinois, elles seraient, nous en sommes convaincu, bientôt au bout de leur incomparable bravoure.
Il est probable qu'il serait possible de trouver en Chine tous les éléments nécessaires pour oi^aniser l'armée la plus formidable qui ait jamais paru dans le monde. Les Chinois sont intelligents, ingénieux, d'un esprit prompt et plein de souplesse. Ils saisissent rapidement ce qu'on leur enseigne, et le gravent aisément dans leur mémoire, lis sont, de plus, persévérants et d'une activité étonnante, quand ils veulent s'en donner lapeine;d'un caractère soumis et obéissant, respectueux envers l'autorité, on les verrait se plier sans effort à toutes les exigences de la discipline la plus sévère. Les Chinois possèdent, en outre , une qualité bien précieuse dans des hommes de guerre, et qu'on ne trouverait peut-être nulle part aussi développée que chez eux : c'est une incroyable facilité à supporter les privations
iM l'empire chinois.
de tout genre. Nous avons été souvent étonné de les voir endurer, comme en se jouant, la faim, lascif, le froid, le chaud, les difficultés et les fatigues des longues courses. Ainsi, sous le rapport intellectuel et physique, ils ne paraissent laisser rien à désirer. Pour ce qui est du nombre, on en aurait par millions tant qu'on voudrait.
L'équipement de cette immense armée serait encore, probablement, peu difficile, il ne serait pas nécessaire d'avoir recours aux nations étrangères; on trouverait abondamment dans leur pays tout le matériel désirable, et des ouvriers sans nombre, bien vite au courant des nouvelles inventions,
LaCbincofTriraitsurtoutdesressourcesincomparabJes pour la marine. Sans parler de la vaste étendue de ses côtes, où de nombreuses populations passent en mer la majeurepartiede leur vie, les grands fleuves et les lacs immenses de l'intérieur, toujours encombrés de pêcheurs et de jonques de commerce, pourraient fournir des multitudesd'hommeshabitués dès leur enfance â la navigation, agiles, expérimentés, et capablesdedevenir d'excellents marins pour les longues expéditions. Les officiers de nos navires de guerre, qui ont parcouru les mersde Chine, ont été souvent déconcertés de rencontrer au large, fort loin des côtes, des pêcheurs affrontant audacieusement la tempête , et conduisant avec habileté leurs mauvaises barques à travers les vagues énormes qui menaçaient a chaque instant de les engloutir. La construction des navires sur le modèle de ceux des Européens ne leuroffriraitaucune difficulté, et il ne leur faudrait que peu d'années pour lancer à
Dg.l.z«lt,,CoOgle
la mep des Hottes telles qu'oD n'en a jamais vu.
Nous compcenons que celle armée immense, ces aTalanchesd'hommesdescendantduplateaude la haute Asie, comme au temps de Tchinggis-khan, et ces innombrables bâtiments chinoissillonnanttouteslesmers, et venant encombrer nos ports, tout cela doit paraître bien fantastique à nos lecteurs. Nous sommes nousmême assez porté à croire que ces choses ne se réaliseront pas; et cependant.quaad on connaît bien la Chine, cet empire de trois cents millions d'habitants, quand on sait combien il y a de ressources dans les populations etdans le sol de ces riches et fécondes contrées, on se demande ce qui manquerait à ce peuple pour remuer le monde et exercer une grande infl uence dans les affaires de l'humanité. Ce qui lui manque, c'est peut-être un homme, et voilà tout; mais un homme d'un 'vaste génie, un homme vraiment grand, capable de s'assimiler tout ce qu'il y a encore de puissance et de vie dans cette nation, plus populeuse que l'Europe, et qui compte plus de trente siècles de civilisation . :S'il venait à surgir un empereur à larges idées et diïQé d'une volonté de fer, un esprit réformateur, déterminé à briser hardiment avec les vieilles traditions, pour initier son peuple aux progrès de l'Occident, nous pensons que cette œuvre de régénération marcherait à grands pas, et qu'un temps viendrait, peut-être, où ces Chinois, qu'on trouve aujourd'hui si ridicules, pourraient être pris au sérieux, et donner même de mortelles inquiétudes à ceux qui convoitent si ardemment les dépouilles des vieilles nations de l'Asie.
Le jeune prince mantchou qui, en 1850, est monté
u3i.z.iit>,Coogle
4i3 L EMPIRE CHINOIS,
-sur le trôoe impérial, ne sera pas probablementle grand «tpuisâaatrérormateurdontQousparlons.llaiDaugriFé sa politique en faisant dégrader ou mettre à mort les quelques hommes d'État qui , sous le règne précédent, pressés par les canons de l'Angle terre,s'étaient'vusdans Ja nécessité de faire des concesisions aux Européens. Les liauts dignitaires qui forment, son conseil ont été choisis parmi les partisans les plus obstinés des vieilles traditions et de l'ancien régime; aux sentiments de tolérance que manifestaient les autorités des cinq ports ouverts au commerce, ont succédé toutes les antipathies traditionnelles. Ou a usé de tous les moyens pour -éluder les traités ; sous l'inQuence de la nouvelle politique, les relations entre les consuls elles mandariosse sont envenimées, et les quelques concessions de l'empereur défunt sont devenues presque illusoires.
11 est évident, pour les moins clairvoyants, que le but du gouvernement mantchou est de dégoâter les Européens et de rompre avec eux; il n'en veut à aucun prix. Cependant la Chine se trouve maintenant trop rapprochée de l'Europe pour qu'il lui soit permis de mener encore longtemps, au milieu du monde,une vie solitaire et isolée; si la dynastie tartare ne prend elle-même l'initiative d'un changement de politique, elle y sera forcée ^t ou tard par son contact avec les peuples occidentaux, ou peut-être encore par l'insurrection , qui , depuis quelque temps, a éclaté dans les provinces méridionales, et qui, faisant tous les jours de rapides progrès, pourrait fort bien tourner à une révolution sociale, et changer complètement la face de l'empire. Notre séjourdansla ville de Kin-tcheou, à la suite de l'émeute occasionnée
Dg.l.z.ilt>,G00g[c
parles jeux nautiques, nous prouva que les Mantchoua ne joussaient pas d'une grande popularité, et que les Chinois ne demanderaient qu'une bonne occasion pour s'en débarrasser.
Nous nous arrêtâmes deux jours à Kin-tcheou, dans le but de faire bien reposer nos naufragés, et de leur donner le temps nécessaire pour recom poser dumieux possible leur petit équipement. Les autorités de la ville étant tout à fait absorbées par les graves événements qui venaient de se passer, nous respectâmes leurs préoccupations, et n'eûmes avec elles que les rapports indispensables ; nous les vîmes cependant assez pour les décidera indemniser les hommes de l'escorte qui avaient perdu leur bagage dans le fleuve Bleu. La répartition se fit avec une générosité si inespérée, que presque tout le monde se trouva plus riche après qu'avant le naufrage.
Notre dernière navigation avait été si malheureuse, que personne n'eut en vie de recommencer; maUreTing lui-même crut prudentde mettre un frein à son ardeur pour les .spéculations ; il lui sembla que les bénéfices réalisés, en doublant par eaules étapes, ne valaient pas la peine de s'exposer au danger d'avoir le mal de mer et de se noyer; gagner sa journée régulièrement, et sur terre, était chose plus sûre. Les mandarins de Kintcheou n'eussentd'ailleurs jamais consenti à nous laisser embarquer, de peur de tomber dans les mêmes embarras que le préfet de Song-tche-hien ; pour nous, quoique moins fatigués en voyageant par eau que pac terre, et persuadés que, de part etd'aulre, ily avait à peu près uneégalesomme de dangerset d'inconvénients.
Dg.l.z«lt,,CoOgle
450 L-EHPIRB CDINOBS.
nous oe voulûmes pas, cependant, suivre notre attrait particulier et nous décider en faveur du fleuve Bleu. Nous nous contentâmes d'avertir maître Tiogque nous ferions route avec la même indifférence, par terre ou pareau, sur une barque ou dans un palanquin.
Ce futen palanquin que nous partlmesde Kin-tcheou. Nous laissâmescetteTilledausunétatsemblable àcelui ~ où nousl'avions trouvée en arrivant; soaraouvement commercial ne s'était pas encore rétabli, les boutiques restaient àmoilié fermées, et le petit nombre d'habitants qu'on rencontrait dans les rues avaient le regard pleindeméQanceetde mécontentement; toutefois cette teinte sombre et rembrunie ne dépassait pas les limites de la ville. En dehors des murs, nous retrouvâmes Jes Ghinoisavecleurcaractèregai,alerteet empressé; dans la campagnesurtout, on paraissait peu se préoccuper de la querelle des jeux nautiques ; chacun était à ses travaux; la nature entière, gracieuse, souriante, et dansia plus parfaite harmonie, semblait vouloir nous faire oublier l'aspect triste etsoucieuxdela ville; lesflenrs, encore humides et brillantesde rosée, s'épanouissaient aux premiers rayons du soleil ; lesoîseaux folâtraient parmi les moissons, se poursuivaient dans le feuillage des arbres, puis allaient se poster àTécart sur une branche pour se renvoyermutuellement de délicieuses mélodies. Le longdelaroute, nous rencontrions des bandes de petits enfants chinois, coiffés d'un large chapeau de paille, et faisantbrouter l'herbe des fossés pardes chèvres, des fines, d'énormes buffles, ou quelque maigre cheval ; on entendait de loin le gazouillement de ces marmots, on les voyait sauter et cabrioler sans se préoc-
cuper assurément de la race tartare-mantchoue ; les uns essayaient de grimper sur les buffles et de s'y tenir à califourchon, tandis que les autres harcelaient l'animal pour procurer la culbute du cavalier. Quand nos palanquins arrivaient, tous ces petits tapageurs gardaient un profond silence et prenaient une attitude grave, modeste, mais où il était toujours facile de démêler plus de malice que d'ingénuité ; à peine les palanquins étaient-ils passés, que leurfolâtrerie, un instant comprimée, reprenait sa revanche. Après nos tristes aventures sur le ûeuve Bleu, et deux journées passées dans une ville encore agitée par le souffle de la discorde, l'aspect toujours ravissantetenchanteurd'une belle campagne nous fit du bien ; la tristesse dont nous étions accablés se dissipa peu à peu, et nous sentîmes que la douceur et la sérénité de l'air passaient en quelque sorte dans nos pensées.
Ce suave épanouissementde notre âme nedura guère plus que celui des fleurs des champs. Quel prodige d'énei^ieetde faiblesse quele cœur de l'homme! S'il faut peu de chose pour le relever et le fortifier, un souffle aussi est capable de l'abattre. L'aspect de la campagne et la fraîcheur de la matinée avaient suffi pour nous vivifler; mais, aussitôt queles ardeursdu soleil et la pesanteur de l'atmosphère eurent courbé les plantes et flétri les pétales des fleurs, nous aussi nous tombâmes dans l'affaissement ; à mesure que l'air et la terre s'échaufiaient, la brise, qui soufflait le matin, s'affaiblit insensiblement, et, vers midi, elle tomba tout à fait ; alors nous n'eûmes plus, pour ainsi dire, que du feu à respirer. Les Chinois, quoique habitués à ces redouta-
Dg.l.z«lt,,CoOgle
4S2 l'empire chinois.
bles chaleurs, étaient comme suffoqués; de temps en temps nous allions dous* reposer à t'ombre des grands arbres que nous rencontrions sur la route ;mais nous -étions partout comme dans une fournaise, et, àt'ombre même, on n'éprouvait pas une ditTérence sensible.
Cette affreuse journée fut suivie d'une nuit encore plus fatigante ; outre que le temps s'était très-peu rafraichi, nous fûmes torturés, sans relâche, par des essaims de moustiques qui changèrent en long supplice nos heures de repos. Nous nous trouvions alors dans un pays plat, humide, marécageux, où ces abomiDables insectes pullulent d'une manière incroyable ; commeils redoutent les fortes chaleurs, ils vont, pendant la journée, se réfugier sous les herbes, au bord deVeaUjOU dans les endroits les plus sombres ; quand vient la nuil, ils sortent de leurs repaires, inquiets, affamés, pleins de colère, et se ruent avec acharnement sur leurs malheureuses victimes; il est impossible de s'en préserver, car ils savent si bien s'insinuer par les plus petites ouvertures,que bientôtle moustiquaire en estencombré. Ceux qui ont eu occasion de faire connaissance avec les moustiques doivent comprendre ce que doit être une nuit passée en leur compagnie.
Tout faisait présumer que ce temps durerait encore pendantplusieurs jours. Nous nous sentions si incapablesde continuer notre voyage dans une pareille saison, ■que nous résolûmes de nous arrêter au preraîerposte convenable pourylaisserpasserles chaleurs caniculaires. Nousétions surle point de manifester ce plan à nos ■conducteurs, lorsque notre domestique eutune idéema- ^aihque. Il parait, nous dit-il, que, depuis quelques
u3i.z.iit>,Copgle
jours, vous ne vivez pas avec bonheur? — Tu as raison, Wei-chan, lui répondîmes-nous, nous souffrons beaucoup ; nos forces sont épuisées. — Qui en douterait? Quand on a de grandes fatigues le jouret point de repos la nuit,d'oiiviendraientIes forces? Voici l'époque où les rayons du soleil et les piqûres des moustiques sont redoutables; il parait pourtant qu'on pourrait se mettre à l'abri des unsetdesautres. — Tu crois vraiment qu'il y aurait un moyen? — Oui, et fort simple ; les moustiques eux-mêmes me l'ont indiqué. Ces insectes dorment le jour et voyagent la nuit. Il n'y a qu'à faire comme eux;vôilàle moyen de se mettre à l'abri du soleil et des moustiques... Cette idée nous parut excellente. — Bien trouvé I dîmes-nous à notre domestique , tu es un homme de ressource, ton avis est plein de simplicité et de sagesse, et tu verras ce soir que nous essayerons de le mettre en pratique.
Quand Wei-chan eut cette soudaine et heureuse illumination, nous étions au moment le plus chaud de la journée, assis sous le vestibule de la petite pagode d'un village. Nous avions déjà parcouru la moitié de notre route et trous nous reposions un peu avant de continuer. Les paysans de l'endroit s'étaient empressés de nous apporter des provisions et de profiter de notre passage pour gagnerquelques sapèques. Pendant que nous cherchions à éteindre le feu qui nous consumait, en avalant de grandes tasses de Ihé et en mâchant des morceaux de canne à sucre, nos mandarins se rafraîchissaient en fumant l'opium dans l'étroite cellule du bonze. Les soldats et les porteurs de palanquin, étendus sur le chemin, dormaient profondément au -milieu de la
Dg.l.z.ilt>,G00g[c
45( L EMPIRE CQINOIS.
poussière et sous les rayons d'un soleil dévorant ; notre domestique, seul avec nous à l'ombre du large toit de la pagode, nous faisait part de la méthode qu'il venait d'imaginer pour nous préserver du chaud et des moustiques.
Aussitôt que nous fûmes arrivés à la station où nous devions passer la nuit, nous communiquâmes notre projet à maître Ting et au premier magistrat du lieu. D'abord on nous 6t de l'opposition ; on trouva qu'il n'était pas bon, qu'il était même très-mauvais de voyager après le crépuscule du soir, et le grand motif, c'est que la chose était inusitée et qu'il ne fallait pas intervertir l'ordre du jour et de la nuit. On voyait bien qu'il y avait, dans ce nouveau plan, des avantages incontestables ; mais que dirait-on, que penseraient les gens du pays, eu nous voyant aller ainsi contre tous les usages? Tout ce que nous pouvions alléguer venait se briser contre cette raison fondamentale. Noos avions bien un moyen fortsimple de mettre le magistrat de notre c&té; il n'y avait qu'à dire très-sérieusement que, étant dans l'impossibilité de voyager avec les fortes chaleurs de l'été, nous allions attendre des jours plus frais et nous reposer j usqu'à l'automne ; mais nous aimâmes mieux lui faire comprendre que, étant d'un pays où l'on avait l'habitude de voyager encore plus de nuif que de jour, il n'était pas convenable de nous empêcher de suivre nos usages. Ce motif fit quelque impression, et une estafette monta immédiatement à cheval pour aller avertir sur la route qu'à l'avenir nous ferions nos étapes pendant la nuit.
On remarque toujoura, dans le caractère chinois,
u3i.z.iit>,Coogle
GHAPITHB X. iSS
non pas te calme et la gravité du philosophe, comme bien des gens se l'imaginent en Europe, mais, au contraire, lalégèreté et la versatilité de l'enfant. Ainsi, dans cette circonstance, les gensde l'escorte paraissaient généralement répugner à notre nouveau plan de voyage; aussitôt que la détermination fut prise et qu'il fut bien arrêté que nous partirions le soir même, tout le monde était dans l'impatience. Les mandarins et les soldats riaient, chantaient, folâtraient et se promettaient un bonheur infini. On ne voulait pas même se donner le temps de prendre le repas du soir et de faire les préparatifs nécessaires'; à chaque instant on venait nous trouverpournousdire qu'il était nuit etqu'il fallait se mettre en route. Maître Tingenlrahrusquement dans la chambre où nous nous étions rétirés pour réciter nos prières et fit rouler à nos pieds, avec un grand fracas, comme un énorme paquet de bûches qu'il porlaitsursesépaules.Tenez, dit-il, voilàdebellestorchesenboisrésineux, pour nous éclairer en chemin; çaserabeau àvoir.,,Et, en disant cela, il trépignait de joie comme un enfant. Nous lui fîmes observer qu'il nous dérangeait, et il en fut quitte pour recharger son paquet de torches.
Enfin, vers dix heures dû soir, nous quittâmes le palais communal. En traversant )a ville nous ne remarquâmes pas que notre manière d'aller eut rien de bien extraordinaire. Les rues chinoises sont tellement sillonnées de lanternes de toute grandeur, de toute forme et de toute couleur, que la petite illumination que nous trainionsà notre suite se confondaitaveccesnombreuses lumières,dont nosyem étaient éblouis. Cependant,lorsque nous fûmes un peu loin dans la campagne, nous
Dg.l.z«lt,,CoOgle
pûmes contempler tout à notre aise notre propre splendeur, sans crainte d'égarer nos admirations sur les lanternes du public. Le spectacle changeant et fantastique qui se déroulait le long de la route nous captiva longtemps et égaya beaucoup noire imagination. Les cavaliers qui aliaienl eu avant, en véritables éclaireurs, étaient munis de grosses torches, répandant de ^andes flammes rougeâtres avec une abondante fumée ; puisvenaientles piétons, chacun avec sa lanterne d'une forme etd'uncdimensionparticuIières.Lcs palanquins étaient aussi illuminés par quatre lanternes rouges suspendues auK quatre coins de leur dôme. Toutes ces lumières, qui tantôt s'élevaient, tantôt s'abaissaient, suivant les inégalités du terrain , et se croisaient dans tous les sens par les nombreuses évolutions des voyageurs, offraieol un aspecttellementdivertissant, qu'on n'avaitpas le temps de s'apercevoir de la longueur du chemin. Le reQelde cette grande illumination, se projetant au loin dans la campagne, éclairait à moitié lesfermes, les moissons, les arbres, tous les objets de la route, et leur donnait lesformeslesplusbizarres. Toute la caravane étaitdans la joie ; on chantait, on quolibétait, et quelquefois on s'amusait à faire partir des pétards et à lancer dans les airs quelques fusées ; car il n'y a jamais, en Chine, de bonheur complet sans feu d'artifice. Notre domestique, Wei-chan, était, comme de juste, le plus heureux de la bande ; il venait de temps en temps voltiger autour de notre palanquin, et nous ne manquions jamais de lui donner ce qu'il cherchait,' c'est-à-dire les compliments que méritait sa précieuse ' découverte.
Dg.l.z«lt,,CoOgle