‹ L'empire chinoisChapitre 22 sur 154 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Seig;neur du ciel? — Pour toute réponse, il se jeta fièrement à genoux, fit un grand signe de croix et nous demanda notre bénédiction. Un pareil acte', en présence des bonzes et d'une foule de curieux témoignait d'une foi vive et d'un grand courage; ce jeune homme, en effet, avait une âme fortement trempée. Il se mit à nous parler, sans se gêner le moins du monde, des nombreux chrétiens de la capitale, des quartiers de la ville où il y en avait le plus, et du bonheur qu'ils auraient à nous voir; puis il attaqua à brûle-pourpoint le paganisme et les païens, fit l'apologie du christianisme, de sa doctrine et de ses pratiques, interpella les bonzes, railla les idoles et les superstitions, et apprécia enfin la valeur théologique des livres de Confucius, de Lao-tze et de Bouddha. C'était un flux de paroles qui ne tarissait pas; les bonzes étaient déconcertés de se^ attaques à bout portant, les curieux riaieot de plaisir, et nous, au milieu de cette scène imprévue, nous ne pouvions nous empêcher d'être tout glorieux de voir ua chrétien chinois afficher et défendre en public ses croyances. C'était une rareté.

Pendant le long monologue de notre chrétien, il fut question, à plusieurs reprises, comme d'une ambas- ^de française arrivée à Canton et d'un certain grand personnage nommé Lo-ko-nte (1), qui avait arrangé les affaires de la religion chrétienne en Chine, de concert

{■) Nom cbinoisé de M. Lagrenéc. L'ambasBiide frangaise en Chine *nit co lien pendant nos coureos dans U TarUria et le Thibet, et c'^t pour b premièrn fois que nous en eoteudlona T»giieiiieot parier.

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avec le commissaire impérial Ky-yn. Les chrétiens De devaient plus être persécutés ; l'empereur approuvait leur doctrine, et les prenait sous sa protection, etc. Nous ne comprîmes pas grand'chose atout cela; toutes ces idées, qui nous étaient jetées éparses et par fragments, nous cherchions bien à les rajuster dans notre esprit ; mais, comme nous n'avions eu auparavant aucune donnée, il nous était impossible de nous débrouiller au milieu de toutes ces énigmes. Nous allions demander quelques explications un peu nettes et précises à notre orateur, lorsque quatre mandarins, arrivés de la capitale, nous invitèrent à entrer dans nos palanquins pour continuer notre route.

Les porteurs nous conduisirent en course et tout d'une haleine jusque sous les murs de la ville, où nous trouvâmes des soldats pour nous escorter. La précaution n'était pas inutile ; sans ce secours, il nous eût été impossible de circuler dans les rues, tant était compacte et pressée la foule qui se portait sur notre passage. U nous sembla que le cœur nous battait dans la poitrine plus vite que d'habitude; car nous savions qu'on allait nous faire subir un jugement parordrede l'empereur. Nous enverrait- on à Péking, àCanfon.ou bien dansl'autremonde?!! n'y avait certainement pas dans^tout cela de quoi avoir peur; mais il était bien permis, au milieu de cette incertitude, d'éprouver un peu d'émotion. Enfin nous arrivâmes devant un grandlribunal;les deux énormesbattantsdu portail sur lesquelsélaientpeinles deux monstrueusesdivinités armées de grands sabres, s'ouvrirent solennellement, et nous entrâmes, sans savoir de quelle manière noussor-

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