‹ L'empire chinoisChapitre 27 sur 154 · CHAPITRE li · texte numérisé non relu

CHAPITRE li

lèrent dans l'assemblée, et les juges regardèrent d'un œilgoguenardlescrutateurdes délits. Celui-ci futcomplétement désarçonné ; il voulu reprendre la parole ; mais ses idéesétaienttellement embrouillées, qu'il ne savaitplus guère ce qu'il disait. — Tenez, dîmes-nous alors au président, nous n'apercevons que désordre et confusion dans les discours du scrutateur des délits, nous ne pouvons lui répondre; veuillez continuer vousmême l'interrogatoire, cela sera mieux. Nous autres hommes de l'Occident, nous aimons dans le langage la dignité et la précision. Ces paroles chatouillèrent amoureusement la vanité du digne président; il nous rendit avec usure nos cajoleries, et nous demanda, enfin, qui nous avait introduits dans l'empire, et chez qui nous avions logé. — Nous avons le cœur attristé, répondîmesnous, de ne pouvoir vous satisfaire sur ce point. Il est des questions sur lesquelles il nous est absolument impossible de répondre; nous vous parlerons de nous tant que vous voudrez ; mais de ceux^ qui ont eu des relations avec nous, jamais un mot. Notre résolution est prise à cetégard depuis longtemps, et il n'est pas de puissance humaine capable de nous y faire manquer, — 11 faut répondre ! s'écriale scrutateur des délits, en trépignant et en gesticulant, il faut répondre ! comment, sans cela la vérité se trouverait-elle dansTcnquête? — Le président nous a interrogés d'une manière pleine d'autorité et denoblesse,etnouslui avons répondu avec ingénuité et franchise. Quant à vous, scrutateur des délits, il a déjà été dit que nous ne savions pasvous comprendre.

L'assesseur de gauche coupa court à cet incident en

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nous donnant à examiner une large feuille de papier : «'était un al ph'ab'etdé nos letlres'eùropéennes grossîèrementdessiaées. Probablement on avait eu cela dans le pillage dequelque établissement chrétien où l'on élève les jeunes ChiDoispourl'état ecclésiastique. — Connaissez-vous cela ? noua dit l'assesseur de gauche. — Ouï, ce sont tes vingt-quatre signes radicaux d'où naissent tous les mots de notre langue. — Pouvez- vous les lire et nous en faire connaître les sons?... L'un de nous eut l'extrême complaisance de réciter solennellement VA b c. Pendant ce temps, tous les juges s'empressèrent de retirer de leurs hottes, car les bottes, en Chine, serveat souventde poche, un exemplaire de l'alphabet, où chaque lettreeuropéenne avait sa prononciatîoneiprimée, tantbien que mal, avec des caractères chinois. Il parait que l'incident avait élé concerté et préparé à l'avance. Chaque juge avait la figure collée sur son papier, et se promettait bien, sans doute, de faire en ce jour les découvertes les plus curieuses sur les langues de l'Europe. L'asaessèup de gauche, tenant les jeux et l'index de la main droite fixés sur la première lettre, s'adressant à l'accusé qui venait de direr^ic,le pria de reprendre lentementla récitation et de s'arrêter un peu sur chaque lettre. Celui-ci fit quatre pas en avant, et teiidit trèsgracieusement au Juge philologue son exemplaire dé l'alphabet en lui disant : — J'avais pensé que nousétions venus ici pour subir un jugement, et voilà maintenant que nous sommes des maîtres d'école, et que vous êtes devenus nos disciples. . . Des rires inextinguibles éclatèrent dans l'assemblée; les juges eux-mêmesyprirent part, sans en excepter, ni le grave etsolennel président.

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