‹ L'empire chinoisChapitre 39 sur 154 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

OanslesrapportsorfîcielsetlesoccastODssoleQnelles, les Chinoissont peut-être roides,guindés et trop esclaves de l'étiquette et du cérémonial. Les pleurs et les gémissements forcés dans les cérémonies funèbres, les protestations emphatiques d'affection, de respect et de dévouement, adressées à des gens qu'on déleste et qu'on méprise ; les invitations les plus pressantes à diner, à condition qu'on n'acceptera pas: voilà autant d'abus et d'excèsqu'onrencontre assez souvent, etqui ont été blâmés par Confucius lui-même. Ce rigide observateur des rites a dit quelque part qu'eu fait de cérémonîes,ilvaut mieux être avare que prodigue, surtout si l'on n'a pas dans le cœur, en les pratiquant, ce sentiment intérieur qui seul en fait le mérite et leur donne de l'importance.

Apartcesrelationspubliques,oiil'onremarquegénéralement de la contrainte et de l'afféterie, les Chinois ont dans leurs manières beaucoup de désinvolture et de laisser aller. Quandilsontdéposéleurs hottes de satin,leur habitde cérémonie etieurchapeau officiel, ils devieonenthommes de société. Dans le commerce habituel delà vie.ils savent mettre de côté toutes les entraves de l'étiquette, et former de ces réuuions intimes où, comme chez nous, les conversations sont assaisonnées de gaieté et d'aimables futilités. Les amis se donnent, sans façon, rendez-vous pour boire ensemble du vin chaud ou du thé, et fumer l'excellent tabac du Leaolong; quelquefois même ils se passent la fantaisie de faire des calembourgs et de deviner des rébus.

Apprendre à reconnaître les caractères chinois, à bien les prononcer et aies former avec le pinceau, voilà la base de l'enseignement que reçoivent les jeunes

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m LBMPIRE CHINOIS.

Chinois dans leurs écoles. Pour exercer la main de relève, OD l'oblige d'abord à calquer les divers traits qui entrent dans la composition des caractères ; puis on le fait allergraduellement jusqu'aux combinaisons les plus compliquées. Quand son coup de pinceau est suMsamment sûr et délié, on lui donne à copier les plus beaux modèles choisis dans les différents genres. Le maître corrige le travail de l'élève avec de l'encre rouge, en régularisant les traits mal dessinés, et en apposant une note sur chaque caractère, pour en faire remarquer les beautés ou les imperfections. Les Chinois attachent un grand prix à une belle écriture. Un calligraphe, ou, selon leur expression, un pinceau élégant, est toujours admiré.

Pour la connaissance et la bonne prononciation des caractères, le maître a soin, au commencement de la classe, d'en lire un certain nombre à chaque élève, suivant sa portée ; puis tous retournent s'asseoir à leur place, et se metten à répéter, en chantant et en se balançant, la leçon qui leur a été assignée. On conçoit le tapage et la confusion qui doivent régner dans une école chinoise, où chaque élève vocifèreses monosyllabes sur un ton particulier, sans se mettre eu peine de la chanson de son voisin. Pendant qu'ils passent ainsi leur temps à s'égosiller et à se balancer, le maître, comme un chef d'orchestre, tient ses oreilles dressées, et lance à droite et à gauche des coups de gosier, pour donner la véritable intonation à ceux qui s'en écartent. Dès qu'un élève a sa leçon bien gravée dans la mémoire, il va se présenter devant le maître, lui fait une profonde indination, lui remet

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son livre, tourne le dos et récite ce qu'il a appris : c'est ce qu'on appelle /wy-cAou (tourner le dos au livre), ou réciter. Les caractères chinois sont si gros et si faciles à distinguer, même aune grande distance, que cette méthode ne paraît pas superflue quand on tient à s'assurer que l'élève récite de mémoire. Il parait que cette manière d'étudier, en crianteten battant la mesure par le balancement du corps, est moins fatigante. Le premier livre qu'on met entre les mains des élèves est un ouvrage très-ancien ettrès-populaire; on le nomme San-dze-king , ou livre sacré trimétrique. L'auteur lui a donné ce titre parce qu'il est divisé en petits distiques dont chaque vers est composé de trois caractères. Les cent soixante et dix-huit vers que contient le San-rfiïe-Amj forment une sorte d'encyclopédie, où les enfants trouvent un résumé concis, un tableau admirablement bien fait de toutes les connaissance^ qui constituent la science chinoise. On y traite de la nature de l'homme, des divers modes d'éducation, de l'importance des devoirs sociaux, des nombres et de leur génération, des trois grands pouvoirs, des quatre saisons, des quatre points cardinaux, des cinq éléments, des cinq vertus constantes, des six espèces de céréales, des six classes d'animaux domestiques, des sept passions dominantes, des huit notes de musique, des neuf degrés de parenté, des dix devoirs relatifs, des études et des compositions académiques, de l'histoire générale et de la succession des dynasties. Enhn l'ouvrage se termine par des réflexions et des exemples sur la nécessité et l'importance de l'étude. On comprend qu'un pareil traité bien appris par les élèves, et conve-

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nablement expliqué par le maître, doit développer largement l'intelligeDce des enfants chinois et faToriser leur goût naturel pour tes choses positives et sérieuses. Le Sait-dze-king est digne, à tous égards, de l'immense popularité dont il jouit. L'auteur, disciple deConfucius, débuteparun distique dont le sens profond et traditionnel nousa singulièrement frappé : Jendze-tsou, sin-pen-chan, ul'homme.àson origine, était « d'une nature radicalement sainte. » Il est probable que les Chinois comprennent très-peu la portée et les conséquencesdela pensée exprimée parées deux premiers vers. Un lettré chrétien acomposé, pour les écoles denosmissions,unepetiteencyclopédietbéologtquesur le modèle du ^an-rfzcAmy, Les vers sont formés de quatre caractères, c'est pour cette raison qu'il lui a donné le titre de Sse-dze-king, ou livre sacré en quatre caractères.

Après l'eDcyclopédie trimétrique, on met entre les maiasdes élèves les5se-cAou,ouquatre livres classiques dont nous allons donner une idée som mai re.Le premier decesquatre livres moraux esilera-Aiaougrandeétude, sorte de traité de politique et de morale, composé d'un texte fort court, appartenante Coafuciu8,etd'undéTeloppemeatfait parun de ses disciples. Le perfectionnement de soi-même est le grand principe sur lequel repose toute la doctrine de la grande élude. Voici le teste de Confucius(l) :

{I) Khoung-fau-die, que les Européens ont appelé Confucit nieant son nom, naquit dans la province de Chan-tong, l'un lésuB-CliriEt. Il moDmt igé de ioiiaate et treize ana.

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K (1 ) La loi de la ^andc étude, ou de la philosophie pratî-

■ que, consiste à développer et remettre en lumière le principe <> lumineux de la raison que nous avons reçu du ciel, à renou- « vêler les hommes, à placer leur destination définitive dans la « perfection ou le souverain bien. »

I' n Taut d'abord connaître le but auquel on doit tendre, ou

■ sa destination définitive, et prendre ensuite une détermina-

• tion ; la détermination étant prise, on peut avoir ensuite l'es- > prit tranquille et calme ; l'esprit étant tranquille et calme, on a peut ensuite jouir de ce repos inaltérable que rien ne peut

■ b'oubler; étant parvenu k jouir de ce repos inaltérable que

■ lien ne peut troubler, on peut ensuite méditer et se former

■ un jugement sur l'essence des choses ; ayant médité et s'étant a formé un Jugement sur l'essence des ctioses, on peut ensuite <i atteindre à l'état de perfectionnement désiré. »

v Les êtres de la nature ont une cause et des effets ; les ac- < fions humaines ont un principe et des conséquences : con-

■ naître les causes et les effets, les principes et les conséquenu ces, c'est approcher très-près de la méthode rationnelle avec

• laquelle on parvient à la perfection. >

u Les anciens princes, qui désiraient développer et remettre

■ en lumière dans leurs Ëtats le principe lumineux de la raison M que nous recevons du ciel, s'attachaient auparavant à bien

■ gouverner leurs royaumes ; ceuï qui désiraient bien gouver- .c uer leurs royaumes s'attachaient auparavant k mettre le bon H ordre dans leurs familles ; ceux qui désiraient mettre le bon « ordre dans leurs familles s'attachaient auparavant à se corri-

• ger eux-mêmes ; ceux qui désiraient se corriger euï-mémea

■ B'attacliaient auparavant à donner de la droiture & leur âme; « ceux qui désiraient donner de la droiture ù leur &me s'atla-

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H chaîent auparavant à rendre leurs intentions pures et sincè- ■ res I ceux qui désiraient rendre leurs intentions pures et sIda cères â'atlachaieni auparavant à perfectionner le plus possible t leurs connaissances morales ; perfectionner le plus possible I ses connaissances morales consiste à pénétrer et approfondir « les principes des actions. »

c Les principes des actions étant pénétrés et approfondis, les « connaissances morales parviennent ensuite à leur dernier de- 0 gré de perfection ; les connaissances morales élant parvenues « il leur dernier degré de perfection, les intentions sont ensuite « rendues pures et sincères, l'Sme se pénètre ensuite de probité H et de droiture ; la personne est ensuite corrigée et améliorée ; <c la personne étant corrigée et améliorée, la famille étant bien " dirigée, le royaume est ensuite bien gouverné ; le rojaome * étant bien gouverné, le monde, ensuite, jouit de la paix et de a la bonne harmonie. ■

« Depuis l'bomme le plus élevé en dignité jusqu'au plus H humble et au plus obscur, le devoir est égal pour tous. Corri- « ger et améliorer sa personne, ou le perfectionnement de aoî- '[ même, voilà la base fondamentale de tout progrès et de tout « développement moral. ■

* n n'est pas dans la nature des choses que ce qui a sa base <t fondamentale en désordre et dans la confusion puisse avoir K ce qui en dérive nécessairement dans un état convenable.

■ Traiter légèrement ce qui est le principal ou le plus inipora tani, et gravement ce qui n'esl que secondaire, est une mé- « thode d'agir qu'il ne faut jamais suivre. ■

Comme nous l'avons déjà dit, le livre de la grande étudeest composé dutexte précédent avec un commentaire en dix chapitres, par un disciple de Confucius. Le commentateur s'atlache surtout à appliquer la doctrine de son maître au gouvernement politique que Confucius définit ce qui est juste est droit, et auquel il

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