CHAPITRE III
de la chapelle, sans en excepter m£me les pierres tumulaires.
Le -vice- roi, avons^nous dit, fut saisi d'étonnement en nous entendant parler du pillage de la Sépulture, et nous demanda si le gouvernement français en était instruit. — C'est probable, lui répondimes-nous ; mais si, par hasard, il ignore ce qui s'est fait, nous l'en iostruirons. — Et si j'écris à Péking à ce sujet, si l'empereur donne des ordres pour qu'on restaure la sépulture, les Français seront-ils satisfaits? — Ils apprendront sans doute avec plaisir qu'on a réparé l'injure faite aux tombeaux de leurs frères... Le vice-: roi se fit apporter un pinceau, écrivit quelques notes, et nous promit d'adresser au plus tôt une requête à l'empereur relativement à cette affaire. Nous parlâmes ensuite longuement des gouvernements européens, de la religion chrétienne, et des décrets impériaux obtenus par M. de Lagrenée. Cet escelteni vieillard était inquiet sur les destinées de la dynastie mantcbone ; il paraissait comprendre que nous étions arrivés à une époque où la Chine, bon gré mal gré, serait forcée de modiQer ses vieilles institutions et d'entrer en relation avec les puissances européennes, qui, grâce à la vapeur, ne se trouvaient plus maintenant à une très-grande distance du Céleste Empire. — J'irai à Péking, nous dit-il, et je parlerai à l'empereur 1,1 ).
Enfin le vice-roi nous adressa, pour nous congé-
(I) En 1650, noua nous rendlmea de Macao à Péking, dana l'intention d'y voir le vice^roi du Sse-tchouen, qui, depaia deui ans, avait été appelé auprès de l'empereur. Mal heure use m en t. il était mort depuis quinze jours quand nous arrivâmea. Quelque temps après l'emperenr mourut ausei.
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^ier, les paroles d'usage : I-hufou-smg, que l'étoile du bonheur tous accompagne durant votre vojage!... Nous lui souhaitâmes une longue et heureuse vieillesse, et nous partîmes pour aller chez le juge de paix, oii nous avions donné rendez-vous aux mandarins de l'escorte. Nous trouvâmes une nombreuse réunion, composée des personnages avec lesquels nous avions eu des relations pendant notre séjour à Tching-lou-fou. Nous nous mimes à table, et Paongan nous servit un véritable gala selon les rites. Bientôt les formules cérémonieuses des adieux commencèrent. On nous dit, sur tous les tons et en mille variantes, qu'on nous avait beaucoup ennuyés el rendu la vie désagréable; de notre côté, nous leur déclarâmes que nous avions bien besoin de leur indulgence et de leur pardon, parce que nous étions des hommes exigeants et onéreux. Personne ne prenait au sérieux cette étrange phraséologie consacrée par l'usage et qui cependant avait le mérite d'être, de temps en temps, une naïve expression de la vérité. Nous entrâmes enfin dans nos palanquins, et le cortège, précédé de douze soldats armés de rotins, s'ouvrit un passage à travers une foule innombrable de curieux. Tout le monde voulait voir ces fameux diables occidentaui, qui étaient devenus les amis du vice-roi et de l'empereur ; ce dont personne ne pouvait douter, attendu qu'au lieu de nous étrangler, on nous avait accordé le privilège de porter calote jaune et ceinture rouge.