‹ L'empire chinoisChapitre 50 sur 154 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

« il conservait les vieilles églises dans leurancien état, « ou bien il augmentait leur bâtiment; il élevait à une « plus grande haiiteurleur toit et leurs portiques, et les y embellissait de façon que ces édiâces étaient sem- « blables à des faisans qui déploient leurs ailes pour « voler. Outrecela, ilservaitde toute manièrelareligion « chrétienne ; il était assidu aux exercices de charité et « prodigue dans la distribution des aumônes. Tous les a ans il rassemblait les prêtres et les chrétiens des « quatre églises ; if leur servait, avec ardeur, des mets « conTenables,etcontinuaitceslibéra]ité3pendantcin- « quanlejoursde suite. Ceuxqui avaient faim venaient, a et il les nourrissait ; ceux qui avaient froid venaient, « et il les revêtait. Il soiguaitles malades elles ranimait ; « il enterraitles morts et les mettait en paix. On n'a pas « ouï dire, jusqu'à présent, qu'une vertu si éclatante « ait brillé dans les Tha-so mêmes, ces hommes qui s'a- « donnentsi religieusement à rendre de bons offices. » La vie entière de Kouo-lze-y est admirable, et offre des détails du plus grand intérêt. Nous regrettons que les limites que nous avons du nous prescrire ne nous permettent pasde donnerici labiographie decelillustre chrétien chinois du huitième siècle. Nous ne pouvons résister pourtant au désir de citer le magnifique éloge qu'en a fait un historien chinois : a Ce grand homme, « dit-il, mourut à la quatre-vingt-cinquième année de « son âge. Il fut protégé du ciel à cause de ses vertus ; <( il futaimédeshommes, àcausedesesbellesqualités, « il fut craint au dehors par les ennemis de l'État, à « cause de sa valeur ; il fut respecté au dedans partons « les sujets de l'empire, à cause de son intégrité incor-

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« ruptible, de sa justice et de sa douceur ; il futlesou- « tien , le conseil et l'âme de ses souverains - il fut com- << blé de richesses et d'honneurs pendant le cours de sa « longue vie ; il fut universellement regretté à sa mort, « et laissa après lui une postérité nombreuse, qui fut « héritière de sa gloire et de ses mérites, comme elle « hérita de ses richesses et de son nom. Tout l'empire « porta le deuil de sa mort, et ce deuil fut le même que « celui que les enfants portent après la mort de ceux « dont ils ont reçu ia vie ; il dura trois années entières. » Nul doute donc que ia religion chrétienne ne fût florissante en Chine au huitième siècle, puisqu'elle contenait dans son sein des hommes tels que Kouotze-y. 11 est probable, toutefois, que les fidèles durent avoir de fréquentes luttes à soutenir contre les bonzes et aussi contre les nestoriens qui, à cette époque, se répandaient en grand nombre dans les contrées de la haute Asie. On sait que, vers le commencement du neuvième siècle, Timothée, patriarche des nestoriens, envoya des moines prêcher l'Évangile chez les Tartares Hioung-nou, qui s'étaient réfugiés sur les bords de la mer Caspienne ; plus tard ils pénétrèrent dans l'Asie centrale, et jusqu'en Chine. Dans la suite, le flambeau de la foi dut, sans doute, pâlir, sinon s'éteindre dans ces lointains pays ; mais il se ranima et jeta encore de brillantes splendeurs dans le treizième et le quatorzième siècle, époque où les communications entre l'Orient et l'Occident devinrent plus fréquentes à cause descroisades etdes invasions des Trrtares, événements gigantesques qui eurent pour résultat de réunir et de mêler ensemble tous les peuples de la terre.

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CHAPITBE IV. 153

L'Église ne manqua pas de profiter de ces grands bouleversements pour travailler à son œuvre pacifique et sainte de la propagation de la foi. Du temps de Tchinggis-khanetde ses successeurs, des missionnaires furent envoyés en Tartarie et en Chine. Ils portaient avec eui des ornementsd'église,des autels, desrelîques, <i pour veoir, dit Joinville, se ils pourroient attraire « ces gens à notre créance. » lis célébrèrent les cérémonies de la religion devant les princes tartares; ceux-ci leur donnèrent asile dans leurs tentes, et permirent qu'on élevât des chapelles jusque dans l'enceinte de leur palais. Deux d'entre eux, Plan-Carpin et Rubruk, nous ont laissé des relations curieuses de leurs voyages. Plan-Carpin, envoyé, en 1246, vers le grand Khan des Tartares par le pape Innocent IV, traversa le Tanaïs et le Volga, passaau nord de la mer Caspienne, suivilles limites septentrionales des régionsquioccupentle centre de l'Asie et se dirigea vers le pays des Mongols, où un petit-fils de Tchinggis-khan venait d'être proclamé souverain. Vers le même temps, le moine Rubruk, chargé par saint Louis d'une mission auprès des Tartares occidentaux, suivit à peu près la même route. A Khara- Hhoroum, capitale des Mongols, il vit, non loin du palais du souverain, un édifice sur lequel était une petite croix. « Alors, dit-il, je fus au comble de la joie, et « supposant qu'il y avait là quelque chrétienté, j'entrai « avec confiance, et je trouvai un autel orné magnifi- « quement. On voyaitj sur des étofies brobées d'or, les 0 images du Sauveur, de ta sainte Viei^e, de saint Jean- « Baptiste, et de deux anges dont le corps et les vête- « mentsétaientenrichisde pierres précieuses.lly avait

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1S4 l'empire chinois.

« une grande croix en argent, ayant des perles aa centre « et aux angles, plusieurs ornements, une lampe à huit « jets de lumière brûlant devant l'autel. Dans le sanc- « tuaire était assis un moine arménien, au teint basané, « maigre, revêtu d'une grossière tunique qui lui allaita « moitié jambes, il portait par dessus un manteau ooir tt fourré de soie, et attaché sous le cilice par des agrafes «de fer{l). » Rubruk raconte qu'il y avait dans ces contrées un grand nombre de nesloriens et de Grecs catholiquesquicélébraientlesfêtescbrétiennesen toute liberté. Des priuces, des empereurs même, reçurent le baptême, et protégèrent les propagateurs de la foi.

Au commencement du quatorzième siècle, le pape ClémeotV{2)érigeaàPél£ingunarcheTêchéenfaveurdc Jean de Montcorvin, missionnaire français, qui évangélisacescontréespendantquaranteKleuians, et laissa en mourant une chrétienté très-florissante. Unarchevèché à Pékiagavec quatre sufTragants dans les contrées environnantes, voilàune preuve incontestable qu'il y avait, ncette époque, en Cbine,ungrandnombredecbrétiens.

(I) « Tune grayisiis inm mnltnm «apponens qnod ibt essct aliqnid

• christianitatia ; ingrensus conRdenter, inveni altare poratum vere pal- K chro. Erat enim in panno aureo broadate ymago Saltatoris, et bcatœ H virginis.'et Johannis Baptistœ, et duommangeloniin lineamentis corci poris et lestimentorum distinclis margaritia, cmi magna argentei

• haben» gemmas in angalis et in medio 9ui, et alia phjlateria multa B et lucema cupi oleo ardens ante al tare, h ab en s octo lumina; etaede- 0 bat ibi unua monachus Armenus, nigellus, macilentus, indutna tunica € aaperrJD» usqne mediaa tibias, habens desuper pallium nigmm de t Beta tarratum, vario ligataa ferro sub cilicio. i {Recueil de voyages et de mimoiret publié par la Société de géographie, t. IV, p. 301.)

(!) On volt dans la catbëdrale d'Avignon le tombeau de ce pape célèbre.

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CDAPITRE IV. I3B

On ignore ce qui advint durant le quinzième siècle. Les communications furent interrompues, et peu à peu on pcrdilcomplétementdevueceCathajetceZipangri(l), dont les merveilles avaienttantpréoccupél'imagination des Occidentaux au temps où panirent les curieuses relations du nobleVéDÎtien Marco-Polo. On alla même jusqu'à douter de l'existence de ces fameux empires ; et il fut convenu de considérer comme des fables tout ce qu'en avait raconté ce célèbre voyageur qui, cependant, on est forcé de lui rendre aujourd'hui celte justice, a toujours été, dans ses récits, d'une admirable et naïve sincérité.

11 fallait donc faire de nouveau la découverte de la Cliine. Celte gloire appartient aux Portugais. Ces hardis navigateurs, s'élant élancés vers le sud, atteignirent le cap des Tempêtes, le doublèrent, et parvinrent aux Indes par une route qu'aucun navire n'avait jusque-là pratiquée. En 1517, levice-roide GoaexpédiaàCanton huit vaisseaux sous le commandement de Fernand d'Andrada,quireçut]e litre d'ambassadeur.D'Andrada, d'uncaraclère doux etliantjSutgagneri'amilié du viceroi de Canton, ût avec lui un traité de commerce avantageux^ et commença ainsi à mettre la Chine en relation avec l'Europe,

Plus tard les Portugais rendirent aux Chinois unservive signalé eu capturant un fameux pirate qui, depuis longtemps.désolaitlescôtes. L'empereur, la reconnaissance de ce service, permit aux Portugais d e s'établir sur unepresqu'lle formée par quelques rochersstériles.

(I) La Chine otie Japon.

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ISS L'EHPIRE CHINOIS.

Sur cet emplacemeDts'estélevée la vitledeMacao, longtemps seul eutrepôt de commerce des Européens avec le Céleste Empire. Aujourd'hui Macao n'est guère pins qu'un souvenir ; l'établissement anglais de Hong-kong lui a donné le coup mortel ; il ne luireste de son antique prospérité que de belles maisons sans locataires, et dans quelques années peut-être, les navires européens, en passant devant la presqu'île où fut cette fière et ricbe colonie portugaise, ne verront plus qu'un rocher nu, désolé, tristement battu par les vagues, etoù le pêcheur chinois viendra faire sécher ses noirs filets. Cependant les missionnaires aimeront encore à visiter ses mines, carie nom deMacao sera toujours célèbre dansl'bistoire de la propagation de la foi ; c'est là que, durant plusieurs siècles, se sont formés, comme dans un cénacle, ces apôtres nombreux qui s'en allaient ensuite évangélîser la Chine, le Japon, la Tartane, la Corée, la Cochinchine et le Tonquîn.

Pendant que les Portugais travaillaient à développer l'importance de leur colonie de Macao, saint François- Xavier prêchait au Japon, où les marchands chinois de Ning-po se rendaient annuellementavec leurs grandes jonques de commerce. C'est d'eux apparemment qu'il apprenait ces particularités delà Chine qu'il écrivait en Europe sur la fin de sa vie. Aifant formé le projet de porter la foi dans ce vaste empire, il s'embarqua, et déjà il allait mettre le pied sur cette terre après laquelle il avait tant soupiré, lorsque la mort l'arrêla à Sancian, petite île peu éloignée des côtes de la Chine. Cependant d'autres hommes apostoliques recueillirent sa pensée, et, héritiers de son zèle pour la gloire de Dieu, s'élan-

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cèrent sur la route qu'il leur avait indiquée, Le premier et le plus célèbre fut le P.Matthieu Ricci, qui entra en Chine vers la fin du seizième siècle. Ce pays où les idées religieuses, il faut en convenir, ne jettent que difficilement de profondes racines, avait laissé entièrement périr les semences de la foi chrétienne qu'il avait reçues dès les premiers temps, et surtout au moyen âge. A part l'inscription retrouvée à Si-ngan-fou, et dont nous avons parlé plus haut, il n'y avait aucune trace du passage des anciens missionnaires et de leurs prédications. Il ne s'était pas même conservé dans les traditions du pays leplus léger souvenirdelareligionde Jésus-Christ. Triste peuple que celui sur l'esprit duquel les vérités chrétiennes ne font que glisser!

Tout était donc à recommencer; mais le P. Ricci avait tout ce qu'il fallait pour cette grande et difficile entreprise. « Le zèle courageux, infatigable, mais sage, « patient, circonspect, lent pour être plus efficace, et ti- « mide pour oser davantage, devait être le caractère de « celui que Dieu avait destiné à être l'apôtre d'une naïf lion délicate, soupçonneuse et naturellementennemie « de tout ce qui ne naît pas dans son pays. I) fallait ce « cœur vraiment magnanime, pour recommencer tant «de fois un ouvrage si souvent ruiné, et savoir profi- 0 ter des moindres ressources. 11 fallait ce génie supé- « rieur, ce rare et profond savoir, pour se rendre res- M peclable à des gens accoutumés à ne respecter qu'eux, « et enseigner une loi nouvelle à ceux qui n'avaient pas « cru jusque-là que personne pût rien leur apprendre; u mais il fallait aussi une humilité et une modestie pa- «reille à la sienne pour adoucir à ce peuple superbe le

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158 L'BHPIRB CHINOIS,

«jougdecettesupérioriléd'espritauquelonnesesoumet « volontiers que quand on le reçoit sans s'en apercevoir. «lUaDaitenHn une aussi grande vertu et une aussi con- « tinuelle union avec Dieu que celtes de l'homme apos- « tolifjue pour se rendre supportables â soi-même, par «l'onction de l'esprit intérieur, les travaux d'une vie i< aussi pénible, aussi pleine de dangers que celle qu'il « avait menée depuis qu'il était en Cbine, où l'on peut « dire que le plus long martyre lui aurait épai^né bien « des souffrances (1).

Après plus de vingt ans de travaux et de patience, le P. Ricci n'avait guère recueilli que des persécutions cruelles ou des applaudissements stériles. Mais, quand il eut été reçu favorablement à la cour, les conversions furent nombreuses, et l'on vit s'élever sur plusieurs points des églises catholiques. Le P. Ricci mourut en 1 6 10, à l'âge de cinquante-huit ans. Il eut la consolation de laisser la mission, devenue enfin florissante, à des missionnaires animésde son zèle,etqui,appelantcom me lui au secours de leurs prédications les arts et les sciences, continuèrent à piquer la curiosité des Chinois et à se les rendre favorables. Les plus illustres d'entre eux furentles PP. Adam Schals et Verbiest. C'est à ce dernier que les Français sont redevables de leur entrée en Chine ; c'est lui qui les iit venir à Péking, qui disposa l'empereuràlesrecevoir étales traiter avec distinction. Ce fut seulement vers la fin de l'année 1 684 qu'on songea, en France, à envoyer des missionnaires â la Chine. On travaillait alors, par ordre du roi, à réformer la géo-

(1) PréfECe des Utim édifiant ei, t. ID, p. 5.

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