‹ L'empire chinoisChapitre 51 sur 154 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

graphie; l'Académie royale des scienceaétaitchargécde ce soin. Elle avait envoyé des membres de son illustre corps dans tous les ports de l'Océan et de la Méditerranée, en Angleterre, en Danemark, en Afrique et en Amérique, pour y faire les observations nécessaires. On était plus embarrassé sur le choix des sujets qu'on enverrait aux Indes et à la Chine. Des académiciens couraient risque de n'être pasbien reçus dans ces pays et de donner de l'ombrage. On songea dès lors aux jésuites. Colbert eut une entrevue avec le P. de Fontaney et M. Cassini. La mort du grand Colbert fit échouer pendant quelque temps ce projet, qui fut repris ensuite par son successeur, M, le marquis de Louvois. Six missionnaires, les PP. de Fonfaney, Tachard, Gerhillon, Le Comte, de Visdelou et Bouvet s'embarquèrent à Brest, le 3 mars 1 685, après avoir été reçus membres de l'Académie des sciences, et abordèrent à Ning-Po, le 24 juillet 1687. De là, ils se rendirent à Péking, où ils eurent bientôtconquis l'estime etTadmiration des grands et du peuple par leurs vertus, leur science et leur zèle apostolique. Ils entrèrent si avant dans les bonnes grâces de l'empereur qu'il leur fit donner une maison dans l'enceinte même de la ville Jaune et tout près de son propre palais, afin de pouvoir s'entretenir avec eux plus commodément. Peu de temps après, il leur assigna, à côté de leur maison, un vaste emplacement pour construire une grande église. Il contribua aux frais de son érection avec beaucoup de générosité, et, afin de donner aux missionnaires français une preuve écltaante de son dévouement, il voulut lui-même composer l'inscription chinoise, en l'honneur du vrai Dieu, qui de-

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vaitétre placée sur le frontispice de la nouvelle église.

L'empereur Khang-hi s'était déclaré hautement le protecteur de la religion chrétienne. A. son esemple,les princes et les grands dignitaires se montrèrent favorables, et le nombre des néophif tes augmenta coasidérablement, non-seulement dans la capitale, mais encore dans toute l'étendue de l'empire. Les missionnaires répandus dans les provinces, mettant à profit les bonnes dispositions du chef de l'État, redoublèrent d'ardeur dans la prédication de l'Ëvangile, et on vit en pen de temps s'élever de toutes parts des églises, des chapelles, des oratoires, etse former de puissantes chrétientés. Les Chinoisn'avaient plus peur d'encourir la disgrâce et les persécutions des mandarins en se faisant baptiser. Les chré liens pouvaient se montrer fiers de leur religion et marcher le front haut; ils le firent peut-être un peu trop. C'est le propre des caractères faibles et pusillanimes dans les temps d'épreuve, de se montrer arrogants au milieu de la prospérité, il était à craindre que ces succès, basés en partie sur la faveur impériale, ne fussent pas de longue durée : c'est ce qui arriva.

Les déplorables discussions des missionnaires an sujet des rites pratiqués en l'honneur de Confucius et des ancêtres refroidirent beaucoup le bon vouloir de l'empereur Kbang-hi et excitèrent même plusieurs fois sa colère. A sa mort, ily eut une réaction violente ; son successeur, Young-tcbiog, déchaîna les haines etles jalousies qui s'étaient amassées contre les chrétiens sous le règne précédent. Le célèbre P. Gaubil {I) arrivait en

(I) Le P. Gaubil, né i Gaillac (Tarn), est le ptua illastre des savantg piiuioniitireB qui, à cette époqaa, évangélisërent la Chine.

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Chiae dansces malheureux temps, et voici ce qu'il écri- Tait, en 1722, à monseigneur de Nesmond, archevêque de Toulouse ; « Il n'y a que peu de mois que je suis ar- « rivé à la Chine, et, en y arrivant, j'ai élé infiniment « touché de voir le triste état où se trouve une mission « qui donnait, il n'y a pas longtemps, de si belles espé- « rances.DeséglisesruiDées,deschrétientésdisperséeB, o des missionnairesexilésetconfinés à Canton, premier « port de la Chine, sans qu'il leur soit permis de péné- « trer plus avant dans l'empire, en&n, la religion sur le « point d'être proscrite: voilà. Monseigneur, les tristes u objets qui se sont présentés à mes yeux à mon entrée « dans un empire où l'on trouvait de si favorables dis- « positions à se soumettre à l'Evangile. »

Les tristes prévisions du P. Gaubil ne tardèrent pas à se réaliser. Deux ansplus tard, le P. de Mailla, écrivant en Franceàundesesconfrères,lui disait: «Comment « vous écrire, dansTaccablementoù nous3omme3,et)e « moyen de vous faire le détail des tristes scènes qui se « 8ontpasséessousnosyeux?Cequenousappréhendions « depnisplusieursannécs, ce que nous avionstantde fois « prédit, vient enfin d'arriver : notre sainte religion est H entièrement proscrite à la Chine ; tous les mission- H naires, à la réserve de ceux qui étaient à Péking (1), « son t chassés de l'empire ; les églises sont ou démolies, « ou destinées à des usages profanes ; des édits se pute blient, où, sous des peines rigoureuses, on ordonne « aux chrétiens de renoncer à la foi et où l'on défend aux

(I) Les miSElonnaireB aniqaeU H fat permis de rester II P6klng apparten^ent au burena des mathématiqueEi, on ét«ieiit employés à 1» conr à titre d'artistoB et de savants.

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« autres de l'embrasser. Tel est le déplorable état où « se trouve réduite une mission qui, depuis près de « deux cents ans, nous a coûté tant de sueurs et de « travaux. »

Ainsi cette prospérité, qui était venue avec la pro- " tection d'un empereur, disparut au premier mol de persécution de son successeur; l'Eglise de Chine eut, sans doute, à enregistrer dans ses fastes de grands et beaux exemples de constance dans la foi; mais de nombreuses et lamentables défections prouvèrent aussi que le cbrislianisme n'avait pas jeté sur cette terre des racines plus profondes qu'aux siècles passés, otque les Chinois, d'ailleurs si tenaces, si inébranlables dans leurs anciens usages, avaient bien peu d'énergie et de fermeté en matière de religion.

A Young-tching, prince bostileau christianisme, succéda Kîen-long, dont le règne long et brillant rappelle celui de Khang-hi.Lesmissionnaires rep ri rentdu crédit à la cour, et l'œuvre de la propagation de l'Evangile se continua au milieu de perpétuelles vicissitudes, quelquefois tolérée, rarement protégée ouvertement, et souvent persécutée à outrance, surtout dans les provinces. Ccpendantle nombre d es chrétien s au gm en tailtou jours insensiblement, lorsque la suppression des ordres religieus et les commotions politiques en Europe, non-seulement arrêtèrent le dcveloppement des missions, mais firent craindre de voir le flambleau de la religion s'éteindre encore une fois dans l'extrême Orient. La mort enleva lesanciens missionnaires, qui ne furcntpas remplacés; etleschrétienspresque abandonnés à eux-mêmes, montrèrent une grande faiblesse, quand éclatèrent les

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persécutions de Kîa-king, successeur de Kien-lotig au trdneimpérial. Durantcette malheureuse période, des chrétientés entières disparurent complètement. Nous avons visité dans quelques provinces un grand nombre de villes qui possédaient autrefois plusieurs églises, et où il nous a été impossible de découvrir un seul chrétien. Danales campagnes, les familles pauyresonlperscvéré avec plus de fidélité, parce que les mandarins ne trouvèrent pas chez elles de quoi tenter leur cupidité; déshéritées, d'ailleurs, des biens de ce monde, elles comprenaient mieux la nécessité de travailler avec persévérance à l'acquisition de ceux de la vie future.

La Chine a eu beau tromper souvent les espérances de l'Église, l'Église ne se rebute, ne se décourage jamais. Aussitôt que les circonstances ont paru moins défavorables, les ouvriers évangél iqu es se sontprésentés animés de nonmoins de zèle et de dévouement que leurs prédécesseurs. Ils oui traversé les mers et se sont répandus sur cette terre ravagée par tantd'orages,recherchant avec sollicitude les germes de foi qui n'avaient pas péri, lescultivant avec prédilection, les arrosant de leurs larmes etrépandantpartoutdansleurscoursesapostoliques une semence nouvelle. Leur premier soin a été de réunir les chrétiens dispersés, de les retremper dans la pratiquede leurs devoirs, etderameneràDieuetàla foi les familles qui avaient eu la faiblesse de succomber dansles persécutions. Depuistrente ans, le nombre des missionnaires augmentant toujours, la plupart des anciennes chrétientés ont pu s'organiser de nouveau, et ranimer dans leur sein le feu près de s'éleindre; de nouvelles se sont formées peu à peu et en silence, pour

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remplacer celles qui avaient disparu dans la tempête. La grande et belle association de l'œuvre de la propagation de la foi, inspirée de Dieu à une pauvre femme de Lyon, est venue soutenir et développer ces premiers succès ; le Saint-Siège a érigé les dix-buit provinces de Chine enautantde vicariats apostoliques où les prêtres des missions étrangères, les jésuites, les dominicains, les franciscains et les lazaristes travaillent, sans relâche, à l'agrandissement du royaume de Dieu. Gbapue vicariat possède, avec un grand nombre d'écoles pour l'éducation des garçons et des filles, un séminaire où l'on s'applique a organiser un clergé indigène, en formant de jeunes Chinois aux vertus et aux sciences ecclésiastiques ; de toute part des associations pieuses ont pris naissance, dans le but de procurer le baptême aux enfants moribonds ou de recueillir ceux qui sont abandonnés; on institue des crèches et des asiles, sur les modèles des œuvres que la charité sait si bien faire prospérer en France.

Aujourd'hui la propagation de l'Évangile en Chine ne se pratique plus comme autrefois. Les missionnaires ne sont plus à la cour, entourés de la protection de l'empereur et des grands, allant et venant avec le cérémonial des mandarins et offrant aux yeux du peuple tous les prestiges d'une puissance reconnue par l'Etat. Ils sont proscrits dans toute l'étendue de l'empire; ils y entrent en secret, avec toutes les précautions que peut suggérer la prudence, et ils sont forcés d'y résider en cachette, pour se mettre à l'abri de la surveillance et des recherches des magistrats. Ils doivent même éviter avec soin' de se produire aux

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