CHAPITRE IV. 1S
temps, àne croire à aucune religion. L'empereur Taokouang, quelque temps avantson avénementau trône, adressa au peuple une proclamation dans laquelle il passait en revue toutes les religions connues dans Tenipire^ y compris même le christianisme, et finit par conclure que toutes étaient fausses, et que l'on ferait bien de les mépriser toutes indistinctement.
Ainsi un Chinois peut être, à sa fantaisie, disciple de Bouddha, de Confucius, de Lao-tze ou de Mahomet, sans que les tribunaux s'en mêlent ; on prohibe seulement, et on poursuilfavec sévérité certaines sectes qui ne sontautre chose que des sociétés secrètes organisées pour le renversement de la dynastie actuelle. Malheureusement la religion chrétienne se trouve placée dans cetlecatégorie^etilnoussembletrès-difûcilede ramener le gouvernement à des idées plus saines et plus justes. VoyantlechrlstianismeapportéenChine et propagé par les Européens, il s'est persuadé que c'était un moyen de se faire des partisans, aûn de pouvoir, à un temps donné, s'emparerde l'empire avec plus de facilité. Plus les Européens montrent de zèle pour la conversion des Chinois et de sympathie pour les chrétiens, plus le gouvernement se confirme dans ses craintes, se pénètre de soupçons et de délîances. La soumission et l'attachement des néophytes pour les missionnaires viennent encore fortifier ses terreurs chimériques ; nous disons chimériques parce que nous savons très-bien, nous, que les missionnaires ne quittent pas leur patrie pours'en aller au bouldu monde user leur vie au renversement d'une dynastie mantchoue. Mais le gouvernement de Péking ne voit pas cela aussi clairement ; lui sceptitjue, et
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ne comptant pour rien les intérêts religieux, comment comprendrait-il qu'on peutvenirde si loin endurertant de souffrances et de privations dans le but unique d'enseigner gratuitement à des inconnus des formules de prière et le moyen de sauver leur âme ? A ses yeux la chose serait trop ridicule ; un pareil désintéressement, il le regarde comme une niaiserie sî grande et une si prodigieuse extravagance, que personne, pasmême un Européen, n'en peut être capable. Les Chinois sont donc bien convaincus que, sous prétexte de religion, onmachineun en vahissementderempire et un renversement de la dynastie ; du reste, il faut convenir qu'ils ont sous les yeux des faits peu propres à les tirer de cette persuasion. Quoique très -attentifs à s'entourer de barrières, et à ne pas permettre aux étrangers de porter des regards indiscrets sur ce qui se passe citez eux, ils aiment assez à se tenirau courant des affaires de leurs voisins ; et que voient-ils autour d'eux ? les Européens maîtres partout oîi ils ont pénétré, elles naturels soumis à une domination souvent très-peu conforme aux lois de l'Evangile, de cette religion qu'on cherche tant à propa' ger chez eux. Ainsi ils peuvent voir les Espagnols au:t iles Philippines, les Hollandais à Java et à Sumatra, les Portugais à leur porte et les Anglais partout. Il n'y a peut-être que les Françaisdont ils n'aperçoivent pas les possessions, et ils seraient assez malins pour se figurer que nous cherchons à nous installer quelque part.
Ces idées, nous ne les prêtons pas gratuitement aux Chinois ; ils les ont réellement, et elles ne datent pas d'aujourd'hui. En 1724, lorsque l'empereur Youngtching, successeur de Khang-hi, proscrivit la religion
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