CHAPITRE IV
chrétienne, trois des principaux jésuites qui étaient à la cour lui adressèrent un placet pour le supplier de revenir sur sa décision et de leur continuer la protection dont ils avaient joui jusqu'à ce jour. Voici ce qu'on trouve à ce sujet dans une lettre du P. de Mailla, datée de Péking : u L'empereur ordonna de faire venir « les trois pères ; faveur à laquelle aucun de nous ne « s'attendait. Lorsqu'ils furent en sa présence, il leur « fit un discours de plus d'un quart d'heure ; il parut « qu'il l'avait étudié, car il débita fort rapidement tout « ce qui pouvait justifier sa conduite à notre égard, a et il réfuta les raisons contenues dans le placet. « Voici, en détail, ce que Sa Majesté leur dit :
« Le feu empereur, mon père, après m'avoir instruit « pendant quarante ans^ m'a choisi, pré fera blement à « mes frères, pour lui succéder au trône. Je me fais « un point capital de l'imiter et de ne m'éloigner en u rien de sa manière de gouverner. Des Européens (1), « dans la province de Fo-kien, voulaient anéantir nos tt lois et troublaient les peuples ; les grands de cette « province me les ont déférés, j'ai dû pourvoir au dé- « sordre; c'est une affaire de l'empire, j'en suis chargé, « et je ne puis ni ne dois agir maintenant comme je « faisais lorsque je n'étais que prince particulier.
Il Vous dites que votre loi n'est pas une fausse loi, « je le crois; si je pensais qu'elle fût fausse, qui m'em- M pécherait de détruire vos églises et de vous chasser ? V Les fausses lois sont celles qui, sous prétexte de por- « ter à la verlu, soufflent l'esprit de révolte, comme
(I) Dominicains espagnols établis dans la province de Fo-kien:
Dg.l.z«lt,,CoOgle
170 L'BHPIRB CHINOIS.
« fait la loi des Pe-lien-kiao (1). Mais que diriez-TOus, « si j'envoyais une troupe de bonzes et de lamas dans H votre pays pour y prêcher leur loi ? comment les « recevriez-vous î
« Li-ma-teou (c'est le nom chinois du P. Ricci) vint i< à la Chine la première année de Ouan-ly (2). Je ne « toucherai point à ce que firent alors les Chinois, je « n'en suis pas chargé -, mais, en ce temps-là, vous « étiez en très-petit nombre, ce n'était presque rien ; « vous n'aviez pas de vos gens et des églises dans toutes « les provinces. Ce n'est que sous le règne de mon père « qu'on a élevé partout des églises, et que votre loi « s'est répandue avec rapidité ; nous le voyions el nons '< n'osions rien dire ; mais, si vous avez su tromper « père, n'espérez pas me tromper de même.
« Vous voulez que tous les Chinois se fassent chré- « tiens, votre loi le demande, je le sais bleu ; mais, en « ce cas-là, que deviendrions-nous? les sujets de vos « rois? Les chrétiens que vous faites ne reconnais- « sent que vous ; dans un temps de trouble, ils n'é- « coûteraient d'autre voii que la vôtre. Je sais bien « qu'actuellement il n'y a rien à craindre; mais quand « les vaisseaux viendront par mille et dix mille, alors « il pourrait y avoir du désordre (3). .... »
D'après tout ce que nous avons pu remarquer durant notre long séjour eu Chine, il est incontestable que les chrétiens sont considérés comme les créatures des gouvernements européens. Cette idée a pénétré si avant
(i) Secte dn Nénuphar blanc.
(!) Avant-derniep empereur de )a dynastie des Hing.
(3) Lettres édifiantes, t. 01, p. SSi.
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