‹ L'empire chinoisChapitre 55 sur 154 · CHAPITRE IV. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. m

dans l'esprit des Chinois, qu'il leur arrive quelquefois de la manifester avec une étrange naïveté. La religion chrétienne est désignée en Chine par le nom de Tiejitehou'kiao, c'est-à-dire religion du Seigneur du ciel, l'idée de Dieu étant exprimée par le mot Tien-tchou. Un jour nous parlions de religion avec un mandarin supérieur qui paraissait avoir une intelligence d'une assez haute portée. Il nous demanda ce que c'était que le Tien-tchou qu'adoraient les chrétiens, qu'ils invoquaient, et qui avait promis de les rendre riches et heurcuï d'une manière extraordinaire. — Mais, lui répondimes-nous, vous êtes un lettré de premier ordre, un homme instruit et qui a lu les livres de notre religion ; nous sommes fort surpris que vous ne sachiez pas ce que c'estque le Tien-tchou deschrétiens. — Vousavez raison, nous dit-il, en portant la main au front, comme pourrappelerdessouvenirsévanouis; vousavez raison, j'avais oublié ce que c'est que le Tien-tchou. — Eh bien, qu'est-ce? — Oh ! c'est bien connu, le Tien-tchou est l'empereur des Français... Nous savons bien que tous les mandarins n'en sont pas là; mais la conviction à peu près générale, c'est que la politique joue le plus grand rôle dans la propagation du christianisme en Chine, et il nous paraît très-difficile qu'on puisse changer, sur ce point, les idées du gouvernement, et l'amener à accorder aux Chinois une liberté religieuse qui leur serailcependant si nécessaire pour écouter favorablement la prédication de l'Évangile.

Les persécutions incessantes et de tout genre que le gouvernement suscite aux chrétiens sont évidemment un obstacle sérieux et grave à la conversion des Chi-

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m L'EMPIRE CHIHOIS.

nois ; mais, selon nous, il n'est pas le plus grand : car, enfin, il y a eu un temps où la religion n'était pas en butleaux malveillances et aux colères de l'aulorité.Sous le règne de l'empereur Khang-hi, les missionnaires étaient honorés et caressés de toute la cour; l'empereur lui-même écrivait en faveur du christianisme ; il faisait élever des églises à ses frais, et les prédicateurs, munis d'une patente impériale, pouvaient parcourir llbremeni l'empire d'un bout à l'autre, et exhorter (ont le monde à se faire baptiser. Personne n'avait rien à craindre; bien au contraire, on était sûr de trouver, an besoin, aide et protection auprès des missionnaires. Nul n'eût osé faire aux chrétiens la plus petite injure, lepluslégertort;le3mandarinseux-mèmes3ecrojaieiit obligés d'être, à leur égard, pleins de bienveillance et de circonspection. Malgré ces avantages si grandement appréciés des Chinois, a-t-ou réussi à opérer parmi eux de ces conversions rapides, nombreuses et persévérantes, comme il y en eut tant eu Europe quand l'Évangile y fut annoncé? Nullement, à part quelques précieuses et rares exceptions, ou n'a rencontré, en général, que froideur et indifférence.

Et il n'est pas nécessaire de monter si haut pour connaître ce que vaut le caractère chinois, lors même qu'il n'a rien à redouter des mandarins. Dans les cinq ports ouverts aux Européens, la liberté religieuse existe sérieusement; elle y est protégée par la présence des consuls etdes navires de guerre,etcependantle nombre deschrétiens n'augmenlepas plus rapidement que dans l'intérieur de l'empire. Onsaitque Macao, Hong-Kong, Manille, Singapour, Pinang, Batavia, sont des colonies

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