CHAPITRE IV
paille à larges bords se décoiffent ; tout le monde doit garderlesilence et prendre une attitude respectueuse et filiale , en présence de celui qu'ils nomment leur Père et Mère, et qui passe fièrement devant eux, en leur jetant àiravers les portières de sonpalanquinunregardoblique etdédaigneux. Ceux qui, par oubli ounégligence, manquentde se conformerauxexigeQcesdu cérémonial, sont immédiatement et brutalement rappelés à leur devoir par des satellites de mauvaise mine, mal peignés, à la figure blême et aux yeux courroucés, qui leur appliquent sans pitié des coups de fouet et de rotin, afin de leurinspirerlesBentimentsdelapiété filiale. Engénéral, le pe u pie se soume t de bonnegràceà toutes ces exigences , auxquelles il se trouve plié et façonné par une longue habitude, etdont il ne conteste nullement la légitimité et les avantages. Cependant il se rencontre de temps en temps des Chinois qui, se croyant injustement maltraités, se réToltent contre lessateliites. Alorssurgisseatdes querelles et des batailles auxquelles tout le monde veut prendre part; on s'ameute, on vocifère, les curieux et les désintéressés prennent toujours parti en faveur du citoyen contre les agents de l'autorité. Les satellites deviennent bientôtbumblesettremblants:oiiles pousse, on les harcelle, on les insulte, on les tire par la queue, ctle mandarin doit enfin sortir de son palanquin et essayer d'apaiser cette petite sédition de hasard! S'il est aimé et estimé du peuple, la chose est facile ; on écoute ses exhortations et tout rentre dans l'ordre. Si, au contraire, on a des griefs contre lui, on profite instinctivement de cette heureuse circonstance pour lui donner une leçon. Le sarcasme et les injures se croisent sur sa
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tète; 00 le presse de toutes parts ; le prestige de son omnipoteDceeldesaforcene tarde pasàs'évaDOuir, et ce peuple, ordinairement si respectueux et si soumis à l'égard de ses chefs, se laisse emporter ausexcèsles plus violents. Lespalanquiassont mis en lambeaux, lesgens de l'escorte prennent la fuite, et le pauvre maadarÎD, s'il peutsortirvivant de cetorage populaire, doit reaoïicer désormais aux Tonctions publiques.
Le vice-roi Pao-hing, en déterminant les r^les qu'on aurait àsuivredurantnotre voyage, avaitordonné qu'on nous fît rendre, le long de la route, les faonnears qui sont dus aux Tonctioanaires de premier rang. A peine fûmes-nous partis, qu'il nous fut facile de nous apercevoir qu'on tenaiténergiqueraentlamain ai' exécutionde ce qui avait été prescrit. 11 nous en coûta beaucoup pour nous accoutumer à une telle manière de voyager. Ces allures de petits tyrans qui nous étaient imposées, ce peuple immobile et silencieux sur notre passage, tout cela froissait nos sentiments les plus intimes et noas faisait rougir de honte ; nous souffrions surtout etnons entendions au fond de notre conscience comme les accents duremords,lorsqueiabrutalitédequelque satellite se déchaînait contre les voyageurs qui ne montraient pas assez d 'empressement poursedécoiSeroudescendre de cheval . Cependant, malgré toutes nos répugoaDces, il nous fallut subir ces honneurs on peu sauvages, et que leshabitants du Céleste Empire n'ont jamaiseu l'habitude de prodiguer aux étrangers. Tout ce que nous pûmes faire, ce fut de prier le mandarin civil de recommander de notre part à ceux qui ouvraient la marche, de ne pas maltraiter les voyageurs oublieux de l'obser-
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