CHAPITRE V
n'oserait pas même ^ faire loger un homme de la dernière classe du peuple. II était encombré d'ouvriers et de matériaux, à cause des réparations importantes qu'on y faisait. llyaTaît, en outre, dans le grand salon, sept à huit cercueils contenant les cadavres de plusieurs fonctionnaires morts dans le district, et qui attendaient que les membres de leurs familles vinssent les prendre pour les inhumer dans leur pays natal.
Le préfet comptait beaucoup sur l'effetmoral de cette dernière raison. Pendant qu'il nous parlait d'une voix lugubre et sombre de ces cadavres et de ces cercueils, il noasexaminail attentivement pour voirsi nous ne pâlissions pas, sinous ne tremblions pas de peur. £n vérité, nous avions plutôt envie de rire, car no«s étions convaincus qu'il n'y avait pas un mot de vrai dans tout ce qu'il nous débitait. Nous lui dîmes, sur un ton un peu railleur,que le vice-roi du Sse-tchouen ne se doutait pas le moins du monde que le palais communal de Kientcheou avait été converti en cimetière ; qu'il seraitbon de lui écrire, parce que, s'il lui prenait fantaisie de voyager de cecôté, il ne serait pëut-êtrepas bien aise de loger au milieu de cercueils et de cadavres. Quant à nous, il ne saurait y avoir en cela le plus léger inconvénient; nous n'avonsque médiocrement peur des vivants et pas du tout des morts. Ainsi nous irons au koungkouan et nous saurons bien nous y arranger. On usa de lousleàmoyens imaginables afin de nous faire renoncer à ce projet insensé. Pour en finir, nous dîmes au préfet qu'il en serait selon son bon plaisir, à condition qu'il écrirait et signerait un billet constatant que, ayant désiré nous reposer un jour à Kien-tcheouj on s'y était
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Opposé parce que le palais communal était inhabitable. Le préfet comprit où nous voulions en Tenir. Aussitôt il s'adressa aux oflicierssubalteriieBqui l'entouraient : Je suis, dît-î), du même avis que nos hôtes ; il est absolument nécessaire qu'ils se reposent un jour. Qu'on aille vite au koung-kouao, qu'on fasse immédiatement enlever les cercueils, qu'on mette tout en ordre, et qu'une autre fois on ne s'avise pas de retomber dans la même faute. Dis minutes après nous étions installés au fond de nos nouveaux palanquins, et on nous conduisait en pompe au palais communal. En partant nous avions pris à part maître Ting, et nous lui avions dit à l'oreille : Si nous ne sommes pas traités convenablement, nousresteronsdeus jours au lieu d'un.... Etrange pajs, il faut en convenir, que celui où l'on est forcé d'user de semblables moyens pour n'être pas opprimé.
C'eût été vraiment grand dommage de quitter Kientcheou sans voir son magnifique palais communal. Aussitôt que nous l'eûmes parcouru, il nous vint en pensée que si les mandarins avaient tant fait de difficultés pour nous y laisser entrer, c'était de peur que, séduits par sa beauté et ses agréments, nous ne voulussions plus en sortir. Après avoir traversé une vaste cour plantée de grands arbres^ on monte au principal corps de logis, par une trentaine de degrés, en belle pierre de taille. Les appartements spacieux et élevés étaient d'une propreté exquise et d'une fraîcheur délicieuse ; des meubles en laque avec des dessins dorés et d'une variété infinie, des tentures en taffetas jaune ou rouge, des tapis tissésen pellicules de bambou et peints des couleurs les plus vives ; puis des bronzes antiques^
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