‹ L'empire chinoisChapitre 67 sur 154 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

gent la fumée, et leur pipe s'appelle tuyau à fumée.

L'usage du tabac est devenu universel dans tout l'empire; hommes, femmes, enfants, tout le monde fume, et cela presque sans discontinuer. On vaque à ses occupations, on travaille, on va, on vient, on che-. vauche , on écrit, on culti ve les champs avec la pipe à la bouche. Pendant les repas, si l'on s'interrompt un instant, c'estpourfumer; pendantlanuit.sirons'éveille, on allume sa pipe. On comprend combien doit être importante la culture du tabac dans un pays qui doit en fournir à trois cents millions d'individus, sans compter les nombreuses tribus de la Tartarie et du Thibet, qui viennent s'approvisionner sur les marchés chinois. La culture du tabac est entièrement libre, chacun aie droit d'en faire venir en plein champ et dans les jardins, en aussi grande quantité qu'il lui plaît, puis de le vendre en gros ou en détail, comme il l'entend, sans que le gouvernement s'en occupe ou que le fiscinteniennele moins du monde. Le tabac le plus renommé est celui qu'onrécoltedansleLéao'-tongenMantchourieetdans la province du Sse-tchoucn. Les feuilles, avant d'être livrées au commerce, subissent diverses préparations, suivant les localités. Dansle midi on a l'habitude de les couper par filaments extrêmement déliés; les habitants du nord se contentent de les dessécher, puis de les broyer grossièrement et d'en bourrer ainsi les pipes.

Les priseurs sont généralement moins nombreux en Chine que les fumeurs ; le tabac en poudre, ou, selon le langage chinois, la fumée pour le nez, n'est guère en usage que chez les Tartares mantchous et mongols, et parmi la classe des leftréset des masdarins.LesTartares

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sont devérilables amateurs; le tabac à priser est pour euxl'objetd'une préoccupation sérieuse,ils en raffolent. Pour l'aristocratie chinoise, ce n'est au contraire qu'un luxe, une fantaisie, un genre qu'on aime à se donner. L'usage de prisera été introduit en Chine par les anciens missionnaires qui résidaient à la cour. Ils recevaientdu tabac d'Europe pour leurs besoins particuliers. Quelques mandarins essayèreDtd'enprendreetle trouvèrent bon. Peu à peu l'usage s'en répandit, Ions les gens comme il faut voulurent se mettre à la mode et flairer de la fumée pour le nez. Aussi Péking est encore le pays par excellence despriseurs. Les premiers débitants furent des chrétiens qui firent des fortunes fabuleuses. Le tabac français était celui qu'on estimait le plus, et, comme il arrivait, à cette époque, ayant pour timbre l'ancien écusson aux trois fleurs de lis, cette man}ue n'a pas été oubliée, et, ehose singulière, aujourd'hu ïencore les trois fleurs de lis sont, à Péking, la seule enseigne d'un débit de tabac.

Depuis longtemps les Chinois manufacturent euimémes le tabac à priser; mais leurs produits, auxquels ils ne font subir aucune fermentation, ne valent pas grand'chose. lisse contententde pulvériser les feuilles, de tamiser la poudre jusqu'à ce qu'elle obtienne la finesse de la farine, et de la parfumer ensuite avec des ûeurs ou des essences. Les tabatières chinoises sont de toutes petites Cotes, en cristal, en porcelaine, ou en pierres précieuses ; elles sont quelquefois ciselées avec goût et de forme très-élégante ; il en est dont le pris est extrêmement élevé; à leur bouchon est adaptée une petite spatule en ivoire ou en argent, qui entre dans la

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fiole et dont onse sert pour retirer et prendre la prise.

Le soleil n'était pas encore couché quand nous arri- Tâmes à Tchoung-king, ville de premier ordre, et, après Tching-tou-fou, la plus importante de la province du Sse-tchouen ; elle est favorablement située sur la rive gauche du fleuve Bleu. Sur le bord opposé, et en face de Tchoung-king, est une autre grande ville, qui pourrait n'en faire qu'une avec la première, si le fleuve qui les sépare n'était pas d'une largeur si considérable. Ce point est un grand centre de commerce où affluent les marchandises des diverses provinces de l'empire.

11 y a à Tchoung-king uoe nombreuse et florissante chrétienté. L'ambassadeur Ki-chan, le vice-roi Paohing et plusieurs mandarins nous en avaient déjà prévenus. Aussi nous attendions-nous à recevoir la visite des principaux chrétiens de l'endroit, qui ne pouvaient manquer d'être instruits de notre passage; cependant personne ne parut. Le soir, nous en exprimâmes notre étonnement à maître Ting. Il nousréponditque, àla vérité, un grand nombre de personnes s'étaientprésentées pournousvoir,maisqu'onne leur avaitpaspermis d'entrer, parce que c'étaient des hommes du peuple, ne portant pas le costume de cérémonie et ayant l'air fort ennuyeux. — Ils ont bien assuré, ajouta-t-il, qu'ils étaient de votre illustre et sublime religion, qu'ils adoraient le Seigneur du ciel ; mais on ne l'a pas cru. Il y avait eu certainement de la malveillance de la part des gardiens du palais communal ; nous ne voulûmes pas nous plaindre cependant, parce que, en apparence du moins, ilsétaientdans leur droit. Afin de nous mettre à l'abri des importunités incessantes de la foule

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et des visiteurs, il avait «té convenu que, pour être admis à nous rendre visite dans )e palais communal, il faudrait observer les rites prescrits pour les réceptîoQS officielles et d'étiquette. On trouve dans les Mélanga de littérature orieDtale de M. Abel Rémusat quelques détails assez exacts sur la manière cérémonieuse dont se font les visites en Chine. Ils ont été empruntés d'un manuscrit chinois de la Bibliothèque impériale (1). a On parle souvent de la civilité chinoise, des forma- « lités qu'elle impose à chaque instaot et des formules a qu'elle prescrit dans les moindres occasions. On a dit, «et la chose est vraie jusqu'à ua certain point, qu'il j tt avait une langue qui lui était consacrée, et qu'une «L conversation entre hommes qui ne sont pas liés d'a- « mitié u'élait qu'un dialogue convenu, dont chacun a répétait par cœur sa partie ; mais les échantillons de a ce style de politesse, qu'on a insérés dans quetq[ues re- « lations, sont peu exactsou mal expliqués. Ce que Four- « mont en a donné d'après le P. Varo est rempli d'er- « reurs. Quoiqu'on sache bien, en général, ce que sont « ces formes de parler exagérées qui, chez les vieui « peuples, semblent le produit d'un long usage de la vie « sociale, il est encore curieux de voir, dans les détails, «jusqu'où peuvent conduire ces rafânemeots d'urbatt nité, par lesquels chacun cherche à faire briller son « savoir-vivre. Pour juger les Chinois sous ce rapport, « il faut que les expressions dont ils font usage soient «traduites littéralement, et c'est ce qui n'a pas encore a. été tenté. Il pourra donc être agréable à ceux qui ai-

1) Uilangt* potthumet, p. 361 et txm.

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