‹ L'empire chinoisChapitre 73 sur 154 · CHAPITRE V. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. U

prolongent et donnent des craintes pour les moissons, it est d'usage que le mandarin du district fasse une proclamation, pour prescrire une abstinence rigoureuse à ses administrés. Oq prohibe les liqueurs fermentées, les viandes, de quelque espèce qu'elles soient, tes poissons, les œufs, en un mot tout ce qui appartient au règne animal; les légumes seuls sont permis. Les marchands de comestibles ou les consommateurs qui violeraient les lois de l'abstinence seraient sévèrement punis. Chaque particulier af&che au-dessus des portes de sa maison des bandes de papier jaune sur lesquelles sont imprimées quelques formules invocatoires et l'image du dragon de la pluie. Si le ciel est sourd à ce genre de supplication, on fait des collectes et on dresse les tréteaux pour jouer des comédies superstitieuses. Enfla, pour dernier et suprême moyen, on organise des processions burlesques et extravagantes, où l'on promène, au bruit d'une musique infernale, un immense dragOD en papier ou en bois. 11 arrive quelquefois que le dragon s'entête et ne veut pas accorder la pluie ; alors les prières se changent en malédictions, et celui qui naguère élait environné d'hommages est insulté, bafoué et mis en pièces par scsadorateurs révoltés. On raconte que, sous Kia-king, cinquième empereur de la dynastie tartare mantchoue, une longue sécheresse désola plusieurs provinces du nord. Comme, malgré de nombreuses processions, le dragon s'obslinait à ne pas envoyer de la pluie, l'empereur, indigné, lança contre lui un édit foudroyant, et le condamna à un exil perpétuel sur les bords du fleuve Ili, dans la province de Toi^ot. On se mit en devoir d'exé-

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cuter la sentence, et déjà le criminel s'en allait, atec une touchante résignation, à travers les déserts delà Tartarie, subir sa peine sur les frontières du Turkestan, lorsque les cours suprêmes de Péking, émues de compassion, allèrent en corps se jeter à genoui aux pieds de l'empereur et lui demander grâce pour ce pauvre diable. L'empereur daigna révoquer sa sentence, et un courrier partit, ventre à terre, pour en porter la nouvelle aux exécuteurs de la justice impériale. Le dragon fut réintégré dans ses fonctions, à condition qu'à l'a venir il s'en acquitterait unpeu mieux. Les Chinois de nos jours croient-ils à ces pratiques ridicules, à ces extravagances? Pas le moins du monde. On ne doit voiren tout cela qu'une manifestation extérieure purement mensongère. Les habitants du Céleste Empire observent les superstitions antiques, sans y ajouter foi. Ce qui a été fait dans les temps passés, on le pratique encore aujourd'hui, par la seule raison qu'il ne faut pas changer ce que les ancêtres ont établi.

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