‹ L'empire chinoisChapitre 75 sur 154 · CHAPITRE VI. S4S · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. S4S

Cet étrange attelage était recruté le long de la route d'une façon un peu tyrannique, mais conforme aux habitudes du pays. Quand on apercevait des cultivateurs aux champs ou des bûcheroas dans les forêts, les satellites de l'escorte couraient après, et, s'ils pouvaient les atteindre, ils les requéraient au nom de la loi, de venir traîner le convoi l'espace de cinq lis (1). C'était an bizarre spectacle que de voir les stratagèmes mis en usage dans cette chasse d'un genre tout à fait nouveau pour nous. Quand les fuyards se trouvaient cernés par les évolutions savantes et agiles des gens des mandarins, ils se rendaient à discrétion, et venaient, en riant, se soumettre à cette maîenconlreuse corvée. Nous fûmes d'abord peines de voir ces pauvres villageois, arrachés à l'improviste à leurs travaux, pour nous apporter gratuitement le secours de leurs bras et de leurs jambes ; mais nous dûmes laisser aller les choses conformément aux usages du pays , car nous n'étions nullement chargés de réformer, chemin faisant, les abus que nous pourrions rencontrer dans le Céleste Empire. Avec l'assistance de Dieu, nous nous tirâmes heureusementde tous les mauvais pas de la route. Nous arrivamesàLeang-chan-hienaccablésde fatigue; nous avions eu, ilestvraijbienmoiosdepeinesphysiques à endurer que nos porteurs; mais, au moral, nous avions beaucoup plus souffert qu'eus. Nous sentions même tous nos membres comme brisés de lassitude, quoique nous n'eussions fait à pied, tout au plus qu'une centaine de pas. La gêne et la contrainte que nous avions été obli-

(I) Une deni-lîeue.

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gés de nous imposer pour garder une parraite immobilité dans nos palanquins et leur éviter la moindre secousse, nous avaient, en quelque sorte, produit l'effet d'une marche forcée. Aussi, dès que nous fûmes arrivés au palais communal, nous nous hâtâmes de prendre un peu de repos, en laissant, toutefois, maître Tiog chargé de dire aux visiteurs que nous n'y étions pas. P4os mandarins et les gens de l'escorlequi , sans doute, ne se trouvaient pas aussi fatigués que nous, ne discontinuèrent pas dé faire un vacarme aflreu\ avec les gardiens du palais communal. Durant la nuit tout entière, nous eûmes le déplaisir de les entendre se quereller sur desaffaires dont nous ne pouvions parvenir à saisir le fil. Nouscomprenionsseulementqu'ilétaitquestiondegain et de perte, de ruse et de fraude. Quand le jour parut, notre domestique vint nous raconter tous les détails de cette chinoiserie. Nos conducteurs, poussés par l'insligatiou du nouveau mandarin militaire que nous avions prisa Tchoung-ktng, voulaient exiger des tribunaux de Leang-chanunviatique plus considérable queceluidoDl il avait été convenu. Afin d'appuyer leurs prétentions d'une manière plus efficace, ils n'avaient pas craint de falsifier la feuille de route signée par le vice-roi ; mais, malheureusement, les mandarins de Lcang-chan en ayant une copie, il leur avait été facile de vérifier la fraude. De là des querelles interminables ; la nuit n'avait pas suffi pour en venir à bout, et le jour trouva encore nos gens se disputant avec le même acharnement. Maître Tingessaya de nous faire intervenir ; il nous avait dépeints aux mandarins du pays comme des hommes terribles, et il comptait beaucoup qu'ils en passeraient

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