CHAPITRE VI
partout ce que nous voudrions. Cette affaire ne nous concernant pas, nous n'eûmes garde de nous en mêler. Nous les avertîmes seulement de s'accorder, comme ils le pourraient, le plus promptement possible, parce que nous n'entendions pas nous mettre en route au plus fort delà chaleur.
Quand on eut épuisé de partet d'autre toutes les ruses ettous les stratagèmes de lapolémique chinoise, la paix fut conclue, sans que nous ayons pu savoir à quelles conditions ; du reste, peu nous importait. Vers onze heui-es on vint nous avertir, d'un air de triomphe, qu'enfin nous allions partir. — Il est trop tard, répondimes-nous, on ne partira que demain. Nous n'avons assurément aucun droit de vous empêcher de vous quereller, mais nous ne vous reconnaissonspas non plus celui de nous faire partir au momenl le plus chaud de la journée; nous ne pouvons pas être les victimes de vos contestations. — Les gens de notre escorte comprirent tout de suite qu'il n'y avait rien à faire, et que nous ne reviendrions pasde notre résolution. Il n'en futpas ainsi des fonctionnaires de Leang-chan ; ils ne purent en prendre leur parti qu'après avoir épuisé toutes leurs ressources diplomatiques. Le commandant militaire de la ville essaya de nous séduire avec une belle jarre de vin vieux, qu'il accompagna des exhortations les plus touchantes et les plus fraternelles. Nous goûtâmes le vin, que nous trouvâmes délicieux, et, après mille actions de grâces, il fut décidéquenuUepartnoiis ne pourrions lé boire en aussi bonne compagnie qu'à Leang-chan.
Aussitôt qu'il futbien constaté quenous ne partirions pas, le palais communal fut envahi par une foule de
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petits marchands, qui venaient nousoffrir des curiosités de leur pays. Ce que noustrouvâmes de plus remarquable parmi ces nombreux étalages de marchandises chinoises, c'étaient des stores dont on se sert, dans les pays chauds, pour garnir le devant des portes et des fenêtres. Ils sont fabriqués avec de petites baguettes de bambou, habilement jointes ensemble par des cordons de soie, et ornés de peintures représentant des fleurs, des oiseaux et une foule de dessins de fantaisie. Le beau vernis qui les recouvre rehausse la vivacité des couleurs et donne à ces légers treillis une fratcheur et un éclat ravissants. On trouve encore dans cette ville des colliers odorants d'une grande variété.
Les chrétiens sont assez nombreux à Leang-cban, et nous étions étonnésqu'il ne s'en fût encore présenté aucun. Sanscrainte déporter un jugementtéméraire,noiis pensâmes que les mandarins du lieu avalent défendu de les laisser entrer, afin de nous punirde notre indocilité. En nous promenant dans la première cour, nous aperçûmes, parmi la foule qui stationnait devant la porte, un homme qui fit à dessein le signe de la croix pour être reconnu. Nous allâmes droit à lui et nous l'invitâmes à nous suivre dans la salle de réception. Le long mandarin militaire qui nous accompagnait depuis Tcboung-king essaya de le faire rétrograder; mais il fut immédiatement prié, de l'œil, du geste et de la voix, de vouloir bien modérer un zèle si intempestif et si peu de notre goût. Après avoir écouté avec le plus vif intérêt les détails que le chrétien nous donna sur l'état de la mission , nouslui dimes d'avertir ses frères de se présenter avec un billet de visite et en habit de cérémonie, et
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