CHAPITRE VI
que l'entrée ne serait refusée à personne. Nous allâmes Dous-mèmes donner la consigne aucoacicrge,etla nouvelle s'étant répandue avec rapidité dans toute la chrétienté, les visites nous arrivèrent bientôt par nombreux détachements. Comment exprimer les inetTables jouissances que nous goûtâmes dans ces réunions? Ces hommes nous étaient tous inconnus, mais ils étaient pour nousdesamis et des frères. Nous sentions qu'un courant defraternité,unesorte de magnétisme chrétien, passait d'eux à nous et de nous à eux. Nous nous aimions sans nous être jamais vus, parce que nous avions une même foi et une même espérance. Depuis si longtemps nous étionserrants parmi des peupiesindilïérentsouennemis quelasympathiedontnous étions entourés, bienqu'elle fût un peu chinoise, dilatait nos cœurs et les remplissait de douces émotions. Il nous semblait, en nous entretenant avec des chrétiens, que nous étions seulement à un pas de la France, Les mandarins étaient tout surpris de ces intimités spontanées et de ces relations qui semblaient dater de fort loin. Ils en paraissaient inquiets, préoccupés, et on voyait qu'ils étaient obligés de faire des efforts pour ne pas manifester ouvertement leur mauvaise humeur. Un accident de nulle importance, une bagatelle, vint faire éclater leur colère et faillit donner naissance à une grosse affaire
Avant la tombée de la nuit, nous récitions notre bréviaire en nous promenant dans une allée de la courintérieure, pendant que nos trois mandarins de l'escorte, assis sous un grand laurier-rose, fumaient leur longue pipe et savouraientla délicieuse fraîcheurdusoir.Notre domestique traversa la cour avec un petit paqueî et une
Dg.l.z«lt,,CoOgle
230 L'BMPinS CHINOIS,
lettre, et se dirigea vers notre chambre : le mandarin militaire que nousavionsprisàTcboung-kjQgl'y suivit. Ouoiqu'il eût bien choisi son temps pour ne pas être aperçu, nous remarquâmes sa démarche, et aussitôt que nous fûmes libres, nous courûmes à notre chambre pour y inspecter notre audacieux surveillant. Nous le trouvâmes en flagrant délit, lisant la lettre et fouillant le paquet qui étaient à notre adresse. Dès qu'il nous aperçut, il voulut s'esquiveraveclesobjetsdontil venait de s'emparer; mais nous lui barrâmes le passage, et, après l'avoir refoulé au fond de la chambre, nousfe^ mâmes la porte et nous nous élançâmes sur lui en criant: Au voleur! Lorsqu'il vit que nous saisissions une grosse corde pour le lier, il appela au secours, et alors tout ce qu'il y avait de monde dans le palais communal se précipita en tumulte vers notre chambre.
Ailleurs, nous eussions ri volontiers de cette singulière aventure ; mais, en Chine, il fallait, en cette circonstance, éclater en colère et en indignation ; nous n'y manquâmes pas. Le paquet étant à notre disposition, il fut ouvert, et nous y trouvâmes des fruits secs et quelques colliers odorants qu'une famille chrétienne avait eu l'aimable attention de nous offrir. La lettre n'était pas plus compromettante : elle était ainsi conçue :
« L'humble fjmille des Tchao se prosterne jusqu'à n terre devant les Pères spirituels originaires du grand « royaume de France, et les prie de faire descendre sur « eux la bénédiction du ciel. C'est parla volonté misério cordieuse de Dieu que nous avons obtenu votre pré- II cieuse présence dans notre pauvre et obscure contrée.
«.Bientôt nous serons séparés par les fleuves et les
Dg.l.z.ilt>,G00g[c