CHAPITRE Vt. 2S
rendre à ses affaires, nous fîmes au préfet de la ville et à son état-major une belle révérence; et nous al- * lames nous promener dans un petit jardia solitaire qui se trouvait derrière notre chambre.
Quelques minutes après, tous les curieux que l'aventure des fruits secs avait attirés au palais communal ayant disparu, on vînt nous avertir que le vin chaud éttiit sur la table. En entraut dans la galle où était servi le souper, nous remarquâmes que le mandarin de Tchoung-king était à son poste parmi nos commensaux ordinaires. Nous lui fimes signe de sortir, en lui déclarant que, désormais, il nous était impossible de prendre nos repas avec lui. li s'avisa d'abord de trouver la chose un peu plaisante ; mais notre attitude ne tarda pas à lui faire comprendre que nous parlions très-sérieusement; et ses collègues l'ayant engagé à s'exécuter, il sortit d'assez mauvaise grâce, et s'en alla manger son riz ailleurs.
Notre souper, comme on peut aisément sel'imaginer, ne fut pas d'une gaieté bien folle. On piquait dans les platsàdroite elàgauche, machinalement et en silence. Lesbâtonnelssaisissaient et laissaient retombersouvent le même morceau avant de l'emporter. On avalait, par manière de distraction, de nombreux petits verres de vin chaud ; on se regardait du coin de l'œil, et sans rien dire; chacun pensait au fameux jugement.ll nous semblait parfois que nous nous étions avancés peut-être avec trop de hardiesse, et s'il se fût trouvé à Leangchan un préfet d'un caractère tant soit peu énergique, il eût été prudent de songer à faire une retraite honorable ; mais nous avions affaire à un homme peureux.
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d'une nature molle, et que nous étions assurés de faire ■ plier. Il nous importait donc de marcher résolument jusqu'aubout; nousélions, d'ailleurs, bien aisesdeprofiter d'une occasion un peu imposante pour relever, s'il étaitpossible, le moral des chrétienagrandeoientabaltu partoutesces promesses illusoires de liberté religieuse. La conversation ayant pris très-peu de temps, nous nous trouvâmes vite à la &n du repas. On apporta le thé etlespipeSjet,pouriors, il fallut bien renoncerau mutisme, car les occupations n'ayant plus le même degré d'activité et d'importance, il n'y avait plus de prétexte à garder le silence. On en vint immédiatement, et sans préambule, à ce dont tout le monde était préoccupé, c'est-à-dire à la question du jugement. Nous fûmes les premiers a prendre la parole. Nous pensons, dimesnous, que tout est déjà préparé au tribunal pou r le jugement qui doit avoir lieu ce soir; l'heure a-t-elle été fixée? — Oui, certainement, répondit maître Ting, tout se fera selon vos désirs. Le préfet s'en est chargé; il est très-renommé pour son habileté à discuter les points les plus difficiles du droit, Tout ira bien ; vous pouvez être tranquilles. Seulementvous ne pourrez pas assister au j ugement, les loisde l'empires'y opposent; mais peu importe. — Il importe, au contrdire, beaucoup que nous y soyons; tenez-vous bien pour averti que, si le jugement se fait sans nous, ça ne comptera pas.Aprèsdelonguesetcbaleureuses discussions, nous en fûmes toujours au même point. Les émissaires du tribunal allaient et venaient sans cesse, sans apporter jamais de solution. Cependant, comme nous n'avions nullement envie de passer la nuit à parlementer, nous
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