‹ L'empire chinoisChapitre 82 sur 154 · CHAPITRE Vl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vl

La servitude publique et privée des femmes, servitude que l'opinion, la législation et les mœurs ont scellée de leur triple sceau, est devenue, en quelque sorte, la pierre angulaire de la société chinoise. La jeune âllc vit enfermée dans sa maison, occupée exclusivementdessoiQsduménage,traitée par tout le monde, et surtout par ses frères, comme une servante dont on a droit d'exiger tes services les plus bas et les plus pénibles. Les plaisirs et les distractions de son âge lui sont ' inconnus; toute son instruction consiste à savoir manier l'aiguille ; elle ne doit apprendre ni à lire, ni à écrire; il n'y a pour elle ni école,ni maison d'éducatioU; elle est condamnée à végéter dans l'ignorance la plus absolue et dans l'isolement le plus complet, jusqu'à ce qu'on songe à la marier; alors^eulement on s'occupe d'elle; mais l'idée de sa nullité est poussée si loin, qu'elle n'entre pour rien dans les négociations de cet acte, le plus grave et le plus décisif dans la vie d'une femme; la consulter.luifaireconoaitresonfulu répoux, lui en dire même le nom, serait considéré comme une ridicule superfluité. La jeune Bile est commeun objet de trafic, un article de marchandise; on la vend au plus ofifrantjSansqu'elle ail ledroit de faire la moindre question sur la qualité ou le mérite de l'acquéreur. Le jour des noces, on est plein de sollicitude pour la parer et l'embellir; elle estcouveriedesplendidesvetemeots.de soie étincelants d'or et de broderies; ses belles nattes de noirs cheveux sont diaprées de fleurs et de pierreries ; on vient la chercher en grande pompe; les musiciens entourent le brillant palanquin où elle siège comme une reine sur son trône. Le bonheur va donc enfin com-

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mencer pour elle ; on pourrait le penser, eu To;ant cet air de fête et ces réjouissances. Mais, hélas ! une jeune mariée n'est, le plus aounent, qu'une Yictime parée pour le sacrifice; elle quitte une maison où elle vivait, ilestvrai,daiis le délaissement et l'abandon, mais enfin avecdes parents auxquels elle était accoutumée depuissa naissance. La voilà jetée maiDtenant,faible et sans expérience, chez des inconnus, au milieu des privations, entourée de mépris, et à la merci de son acheteur. Dans sa nouvelle famille, elle doit obéissance à tous, sans exception. Selon l'expression d'un ancien auteur chinois, « la nouvelle mariée'ne doit être, dans la maison, « qu'une pure ombre et un simple écho. » Elle n'a pas le droit de prendre les repas avec son mari, pas même avec ses enfants mâles ; son devoir est de les servir à table, debout et en silence, de leur verser à boire et de leur allumer la pipe. Elle doit manger seule, après les autres, et à l'écart. Sa nourriture est grossière et peu abondante ; elle n'oserait toucher aux restes de ses fils.

On trouvera, peut-être, que cela s'acccorde peu avec le fameux principe de la piété filiale; mais il ne faut pas oublier qu'en Chine la femme ne compte pas, La loi la laisse de cAté, ou ne s'en occupe que pour la charger d'entraves, constater sa servitude et son incapacité légale. Son mari, ou plutôt son seigneur et maître, peut impunément la frapper, la faire mourir de faim, la revendre, ou, qui pis est, la louer pour un temps plus ou moins long, comme cela se pratique dans la province de Tche-kiang.

La polygamie, qui est permise aux Chinois, vient encore augmenter les infortunes et les misères de la

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