‹ L'empire chinoisChapitre 83 sur 154 · CHAPITRE YI. 27t · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI. 27t

femme mariée. Quand elle a cessé d'être jeune, quand elle est stérile ou n'a pas donné d'enfant mâle au chef de famille, celui-ci prend une seconde épouse, dont la première devient, en quelque sorte, la servante. Une guerre perpétuelle règne alors dans le ménage ; on n'y Toit plusque jalousies, animosités, querelles et sou vent batailles. Au moins, quand elles sont seules, il leur est permis quelquefois de dévorer en faix leurs chagrins et de pleurer à l'écart sur les malheurs incurables dejeur pitoyable destinée.

Cet état perpétuel d'abjection et de misère auquel les femmes sont réduites les pousse parfois à d'épouvantables extrémités. Les Tasles judiciaires de la Chine sont remplis d'événements qui atteignent les dernières limites du tragique. Le nombre des femmes qui se pendent ou se suicident de diverses manières est trèsconsidérable. Quand cet événement se produit dans quelque famille, le mari est, comme de juste, dans la désolation ; car, au bout du compte, il vient d'éprouver subitement une perte assez considérable, et le Toiià dans la nécessité d'acheter une autre femme.

On comprend que la dure condition des pauvres femmeschinoisesdoitseirouverde beaucoup améliorée dans les familles chrétiennes. Comme le fait remarquer monseîgneurGerbet{l), « le christianisme, quiattaque « radicalement l'esclavage, par sa doctrine sur la fra- V ternité divine de tous les hommes, combattit d'une « manière spéciale l'esclavage des femmes par son . u dogme de la maternité divine de Marie. Comment les

(1) Keepsake religieux, orticle Marie, par Monseigneur Gerbet.

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« fiUcud'ÈTeauraient-ellespuresterescIavesderAdam « déchu, depuis que l'Eve réhabilitée, la nouvelle Mère « de!i vivants, était devenue laReiue des anges? Lorsque « nous entrons dans ces chapelles de la Vierge, anxn quelles la dévotion a donné unecélébrité particulière, « nous remarquons, avec un pieui intérêt, les ex-voto a qu'y suspend la main d'une mère dont l'enfant a été Il guéri, ou celle du pauvre matelot sauvé du naufrage « par la patronne des mariniers. Mais, aux yeux de la « raison el de l'histoire, qui voient dans le culte de « Marie comme un temple idéal que le catholicisme a (I construit pour tous les temps et pour tous les lieux, « un ex-voto d'an&signiiîcaûoQ plus haute, social, uni- « versel, y est attaché. L'homme avait fait peser on <( sceptre brutal sur la tèle de sa compagne pendant a. quarante siècles; il le déposa lejoiiroù il s'agenouilla a devant l'autel de Marie ; il l'y déposa avec recoonais- » sance; car l'oppression de la femme était sa propre a dégradation à lui-même; il fut délivré de sa propre « tyrannie. »

La réhabilitation des femmes s'opère, en Chine, avec lenteur, il est vrai, mais d'une manière frappante et efficace. D'abord on comprend que, dans les familles cbrétienDes.la petite âllequivientaumonde ne peutpas être sacriSée comme chez les païens. La religion esttâ qui veille à sa naissance, la prend avec amour dans ses bras et dit, en la montrantàses parents: Voilà une enfant créée à l'image de Dieu et prédestinée comme vous àl'immortalité. Remerciez le Père célestedevousl'avoir donnée, et que la Reine des anges soit sa patronne... Il n'est pas permis à la jeune fille chrétienne de croupir

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dans l'ignorance ; eUe ne végète pas abandonnée de tout le monde dans un recoin de la maison paternelle ; car, puisqu'elle doit apprendre ses prières et étudier ta doctrine chrétien ne, on renoncera , en sa faveur, aux usages les plus invétérés de la nation ; on passera par-dessus tous les préjugés, et on fondera pour elle des écoles, ofi elle pourra aller développer son intelligence, apprendre à connaître, dans les livres de religion, ces caractères mystérieux qui sont pour les autres femmes une énigme indéchiffrable. Enfin elle sera avec de nombreuses compagnes de son âge, et, en même temps que 8on esprit s'élargira et que son cœur se formera à la vertu, i;lle apprendra un peu en quoi consiste la vie de ce monde.

C'est surtout par le mariage contracté chrétiennement que la femme chinoise secoue l'affreuse servitude des mœurs païennes et entre avec ses droits et ses privilèges dans la grande famille humaine. Quoique la force des préjugés et de l'habitude ne lui permette pas encore de manifester toujours ouvertement ses inclinations et de choisir elle-même celui qui devra, dans cette vie, partager ses joies et sesdouleurs; cependant s^ volonté est comptée pour quelque chose, et, plus d'une fois, nous avons vu des jeunes filles forcer, par uneénergique résistance, leurs parents à rompredes engagements contractés sans leur participation. Des faits semblables seraient réputés absurdes et impossibles parmi les païens. Toujours est-il que les femmes chrétiennes possèdent dans leurs familles l'influence et les prérogatives d'épouses et de mères. On peut remarquer aussi qu'elles jouissent au dehors d'une plus grande li-

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fcerté. L'usage de se réunir les dimanches et les jours de fête dans les chapelles et les oratoires, pour prier en . commun et assister aux offices divins, les met souvent en rapport et entretient parmi elles des relations d'intimité. Ainsi elles sortent plus souvent pour se visiter et former de temps en temps de ces petites réunions si bonnes pour dissiper les chagrins de l'âme - et aider à porter le fardeau des misères de la vie.

Les femmes païennes ne connaissent pas ces douceurs et ces agréments; elles sont presque toujours recluses, et on se met bien peu en peine qu'elles se consument, seules, chez elles, d'ennui et de langueur. Maître Ting, en nous parlant delà manifestation de Leang-chan, nous diLuneénormité bien capable de faire comprendre quelle est la valeur des femmes aux jeux des Chinois. — En sortant de Leang-chau, dît maître Ting, quand nous traversâmes cette rue où des femmes se trouvaient réunies en si grand nombre, j'ai enteada dire quec'étaientdesremmeschrétiennes. Est-ce que ce n'est pas là une parole creuse? — Non certainement, elle est, au contraire, pleine de vérité; ces femmes étaient réellement chrétiennes... Maître Ting nous regarda stupéfait; les bras lui tombèrent d'étonnement.

— Je ne comprends pas, dit-U; je vous ai souvent ouï dire qu'on se faisait chrétien pour sauver son âme, estce bien cela? — Oui, c'est là le but qu'on se propose.

— Et alors pourquoi les femmes se font-elles chrétiennes? — Pour sauver leur âme, tout comme les hommes. — Mais elles n'ont pas d'âme ! s'écria-t-il en reculant d'un pas et en croisant les bras sur sa poitrine, les femmes n'ont pas d'âme.! Vous ne pouvez pas en

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