‹ L'empire chinoisChapitre 91 sur 154 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

dans la plaine, et qui, se cachant im instant derrière de vertes collines, reparaissait ensuite pour aller enfin se perdre au loin dans l'horizon.

Aussitôt que nous fûmes installés, comme deux grands seigneurs, dans notre donjon féodal, lesgradués en littérature et les fonctionnaires de la ville s'empressèrent de venir nous rendre visite. Nous accordâmes seulement quelques heures aux exigences du cérémonial, car nous éprouvions le désir de prendre un peu de repos ; deux choses avaientcontrihué à nous donner un besoin irrésistible de sommeil, d'abord le léger balancement de ta barque; puis la monotonie de toutes ces conversations oiseuses. Nous dimes donc à notre domestique que nous n'étions plus visibles ; nous fermâmes la porte à clef, et nous nous couchâmes sur une natte de rotin.

Nous yeux étaient encore indécis entre le sommeil et la veille, lorsque nous entendîmes du bruit non loin de notre porte; nous prêtâmes l'oreille, et nous distinguâmes la voix de notre domestique se querellant avec un visiteur qui voulait forcer la consigne et nous voir malgré nous. Le visiteur aliéguaitson titre de docteur, et prétendait que, le wen-tchang-koun étant propriété du corps des lettrés, il avait le droit, lui docteur, de visiter, et même de scruter ceux qui j logeaient. Weïchan résista courageusement, et l'autre, humilié de rencontrer une opposition si vive et si imprévue, se laissa aller jusqu'à frapper notre domestique; alors, selon l'usage en pareilles circonstances, les vociférations éclatèrent, et les curieux accoururent de toutes parts. Il fallut bien se lever pour aller ap-

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prendre un peu tes rites è cet impertiaent docteur. Dèsquelaporte fut ouverte, il nous fut aisé de reconnaître celui à qui nous en Toulions, car Weï-chan, tout bouillantdecolërc, se disposaitàs'élancersurlui comme pour le dévorer. Le docteur était tellement occupé de son antagoniste, qu'il ne fit attention à nous qu'au moment où il se sentit vigoureusement saisi par le bras ; il se retourna brusquement, et fut comme pétrifié en se . voyant face à face avec un diable occidental, coiffé d'un bonnet jaune. Nous le tirâmes dans notre chambre, où il fut interpellé à bout portant, — Qui es-tu? — Je suis un docteur de la localité. — Non, tu n'es pas docteur, car tu viens de te conduire en homme ignorant et grossier ; que nous veux-tu ? — Je suis venu me promener dans le temple des compositions littéraires pour medis- Iraire l'esprit et le cœur. — Va te distraire ailleurs et ne viens pas troubler notre repos ; sors vite de notre présence. Si tu veux, tu pourras raconter à tes amis que tu nous as vus et que nous t'avons cbassé parce que tu n'entendais rien aux vertus sociales... Le docteur parut vouloir se redresser, — Mais, s'écria-t-il, qui donc est maitre dans le wen-tchang-koun ? — Dans notre chambre, c'est nousqui sommes les maîtres, par conséquent, sors vite d'ici, et si, à l'instant, tu n'es pas en bas, en passant par l'escalier, nous allons t'y envoyer parla fenêtre... Veux-tu?... Le docteur prit, sans doute, la menace au sérieux, car il disparut comme un trait, et nous l'entendîmes descendre l'escalier avec un remarquable empressement. Ce serait peut-être le cas dédire ici un mot du pédantisme et de l'arrogance des lettrés chinois; après nous auronsoccasiond'enparlerailleurs.

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