CHAPITRE VII
La réconciliation était déjà complète, lorsqu'on introduisit un vieillard à barbe blanche et deux jeunes gens: c'étaient le père et les enfants de ce bourgeois devenu notre ami d'une manière si singulière. Ils se précipitèrent aussitôt à genoux pour nous témoigner leur reconnaissance de ce qu'ils avaient l'ingénuité d'appeler un bienfait, lîs fondaient en larmes et ne savaient plus de quelles expressions se servir pour nous exprimer leurs seotiments. Cette scène fut pour nous si émouvante, que nous ne pûmes y tenir davantage. Nous savions bien que nous avions affaire à des Chinois, c'est-à-dire à des hommes dont on a toujours le droit de suspecter la sincérité ; cependant c'est toujours une chose qui fait horriblement souffrir que d'entendre sangloter un vieillard et de voir couler ses larmes. Nousnouslevâmesdonc et nous souhaitâmes lapâix à ces braves gens, pour lesquels notre passage dans leur pays avait été une source d'émotions si vives et sipénibles.
Nous quittâmes Fou-ki-hien avec un certain sentiment de regret, car il n'en était pas de cette ville comme de tant d'autres qui ne pouvaient nous laisser aucun souvenir profond et que nous traversions avec une complète indifférence, à peu près comme nous abandonnions dans le désert nos campements éphémères. Nous n'avions passé à Fou-ki-hien que la moitié d'une journée ; mais nous y avions éprouvé des sensations si fortes et si diverses, qu'il nous semblait y avoir fait un long séjour. Le temple des compositions littéraires, cette tour du haut de laquelle nous dominions la ville et la campagne, l'écbauffourée de l'intrépide docteur, ce pauvre bourgeois écrasé sous une cangue, sa déli-
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Trance, la TÏsite pathétique de son père el de ses enfants, tout cela avait été comme une époque et deTail laisser en nous de bien vifs souvenirs. Le temps est un profond mystère, et l'âme humaine seule est capable d'en apprécier justementia durée. Vivre longuement, c'est penser et sentir beaucoup.
Nous avions encore à choisir entre la route par eau et la route par terre, car le cours du fleuve Bleu nous conduisait justement au prochain relais. La dernière navigation nous avait si bien réussi, que nous eûmes envie d'en essayer une seconde fois. Nous étions assurés par avance de trouver, sur ce point, les gens de l'escorte tout à fait de notre avis. En bateau on allait plus vite, plus commodément etavec beaucoup moins de dépenses. Onpouvait ainsi réaliser d'énormes profits, qu'on divisait ensuite entre tous, de manière, toutefois,que les mandarins eussent toujours la plusgrosse part. Les porteursde palanquiny trouvaientégalement leur avantage; car, après avoir passé lajournée à jouer aui cartes, ils ne manquaient pas de recevoir leur salaire accoutumé. Pourvu que la navigation ne fût pas dangereuse et qu'on nous donnât une bonne barque, nous étions nous-mêmes tout heureux de pouvoir procurer ces nombreux agréments â nos conducteurs.
Cette nouvelle expérience fut couronnée d'un plein succès et nous réconcilia avec le fleuve Bleu, pour lequel nous avions d'abord éprouvé quelque antipathie. Nousrencontrâmesbiendetemps en temps des endroits peu faciles, quelques récifs à fleur d'eau; mais l'habileté et l'expérience des mariniers noustirèrent toujours d'affaire sans avarie. 11 était presque nuit quand nou»
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