CHAPITRE VIT. 30i
"vres, même en état de pulréfaetion, et déterminer ainsi leurs divers genres de mort. Nous avions entendu beaucoup parler des procédés mis en usage par le» magistrats dansées circonstances; on nous avait dit des choses si extraordinaires, que nous étions bien aises de prendre quelques rensei|^nements à une bonne source. Le préfet n'eut pas le temps de satisfaire notre curiosité sur tous les points ; mais il nous promit de revenir dans la soirée, et d'apporter avec lui le livre intitulé Si-yuen, c'est-à-dire lavage de la fosse. C'est un ouvrage de médecine légale, très-renommé en Chine, et qui doit être entre les mains de tous les magistrats. Le préfet nous tint parole, et la soirée fut consacrée à examiner rapidement ce curieux livre de médecine légale. Les mandarins d'Ou-cban ne manquèrent pas de nous le commenter et de l'enrichir d'une fouie d'anecdotes très-bizarres que nous ne rapporterons pas, parce qu'elles ne nous ont pas paru d'une authenticité suffisante.
Dans tous les siècles, le gouvernement chinois s'est occupé avec sollicitude des mojens de constater les homicides et de les vérifier sur les cadavres. Après l'incendie et la destruction des bibliothèques par le fameux Tsing-che-hoang, le plus ancien ouvrage de médecine Légale ne remonte pas avant la dynastie des Song, qui commença l'an 960 de notre ère. La dynastie mongole des Yuen,qui succéda à celle des Song, fit refondre l'ouvrage el l'augmenta d'une foule d'anciennes pratiquesque la tradition avait conservées dans divers tribunaux de l'empire. Après la dynastie des VueDj celle des Ming commanda des recherches, des
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examens, des discussions sur cette matière importante, et fit publier successivement plusieurs ouvrages pour l'instruction des magistrats. La dynastie mantchoue a publié aussi une nouvelle édition du Si-yuen.
D'après ce livre, voici comment on doit s'y prendre pour découvrir les traces des coups et des blessures sur les corps morts, lorsmême qu'ils commencent à tomber en pourriture. On lave le cadavre avec du vinaigre, puis on l'espose à la vapeur du vin qui sort d'une fosse profonde. C'estde ce procédé qu'on a donné au livre de médecine légale le nom de Si-yuen, lavage de la fosse. Pour creuser cette fosse , ii faut choisir, autant qu'il est possible, un terrain sec et de nature un peu argileuse ; elle doit être de cinq ou six pieds de long sur trois de large et autant de profondeur. On la remplit ensuite de branches et de broussailles, et on active le feu jusqu'àce que la terre du fond et des parois soit presque chauffée au rouge blanc. Alorsonretire la braise et on verse une grande quantité de via de riz ; on place sur l'ouverture delà fosse une grande claie d'osier où l'on étend le cadavre, puis ou recouvre le tout avec des toiles soutenues en voûte, afin que la vapeur du vin puisse agir sur toutes les parties du corps. Deux heures après, toutes les marques des coups et des blessures paraissent trèsdistinctement. Le 5ï-yeij«iassure qu'on peutégalement faire l'opération avec les ossements seuls et obtenir les mêmes résultats. 11 prétend que, si les coups ont été de nature à causerla mort, les marques doiventapparaitre sur les ossements. Les mandarins d'Ou-chan nous ont certilîéquecelaétaitd'uneparfaîteexactîtude;mai8Dous n'avoDSJamaiseuoccasiondelevérifierparnous-mêmes.
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