CHAPITRE VII
médiaiement entre les mains de la justice qui, tout au moins, le torture et le ruine complétemenf, si elle ne lui arrache pas la vie. La famille du suicidé obtient ordinairement, dans ces cas, des dédommagements et des indemnités considérables ; aussi il n'est pas rare de voir des malbeureux, emportés par un atroce dévouement à leur famille, aller se donner stoïquement la mort chez des geus riches. En tuant son ennemi, le meurtrier expose, au contraire, ses propres parents et ses amis, les déshonore, les réduit à la misère, et se prive lui-même des honneurs funèbres, point capital pour un Chinois, et auquel il tient par-dessus tout ; il esta remarquer, en second lieu, que l'opinion publique, au lieu de flétrir le suicide, l'honore et le glorifie. On trouve de l'héroïsme et de lamagnanîmitédansla conduite d'un homme qui attente à ses jours a\ec intrépidité pour se venger d'un ennemi qu'il ne peut écraser autrement ; enfm on peutdire que les Chinois redoutent bien plus les souffrances que la mort. Ils font bon marché de la vie, pourvu qu'ils aient l'espérance de la perdre d'une manière brève et expéditive ; c'est peut-être cette considération qui a porté la justice chinoise à rendre le jugement des criminels plus affreux et plus terrible que le supplice même.
La Chine est le pays des contrastes ; tout ce qu'on y remarque esta l'opposé de ce qui se rencontre ailleurs. Chez les barbâtes, et même dans les pays civilisés, oà les véritables notions de la justice n'ont pas suffisamment régénéré la conscience publique, on voit les riches, les forts, les puissants, faire trembler les faibles et les pauvres, les écraser, se jouer même de leur vie
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aTcc une épouvantable légèreté ; en Chine c'est le faible qui fait trembler le fort et le puissant, en tenant toujours suspendue sur sa tète la menace d'un suicide, elle forçant souvent, parce moyen, à lui rendre justice, à le ménager, aie secourir. Les pauvres ont quelquefois recours à cette terrible extrémité pour se venger de ta dureté des riches ; il n'est pas même rare de voir des gens repousser une injure et un affront en se donnant la mort. Il serait peut-être intéressant de comparer ce duel à la chinoise avec celui qui est en usage chez les nattons européeiines ; on trouveraità faire des rapprochements curieux, et l'on serait, sans doute, forcé de convenir qu'il y a dans l'un et dans l'autre la même extravagance et la même folie.
Les fonctionnaires d'Ou-chan nous traitèrent avec une remarquable affabilité, et nos causeries se prolongèrent bien avant dans la nuit ; chacun préconisait les mœurset les usages de son pays : la Mongolie, la Chine et la France firent valoir tour à tour leurs prétentions par l'organe de leurs représentants. Il fut convenu que, chez tous les peuples, il y avait un fond de bonnes et de mauvaises qualités qui se faisaient à peu près équilibre; toutefois nous cherchâmes à prouver que les nations chrétiennes valaient ou pouvaient valoir mieux que les autres, parce qu'elles étaient toujours sous l'influence d'une religion sainte et divine, qui tend essentiellement à développer lesboit nés qualités et à étouffer les mauvaises. Les mandarins trouvèrent nos raisonnements lucides et concluants; ils proclamèrent donc, sinon par conviction, du moins par politesse, que la France occupait incontestablement le premier rang
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